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un caprice ne pouvait-il aussi avoir gagné ses bonnes grâces à la comtesse de Lamottc, qui élait jeune, jolie, spirituelle, et descendait de la race des Valois? N*avait-clle pas supprimé toute étiquette et ne s'était-elle pas donné mille libertés interdites aux autres reines? EsUce que la rencontre nocturne* dans le pnrc de Versailhm élait boau(M)up plus étrange que i(*.H dencampaiivos dont on avait parlé dans toute TKurope? Kt quant à la commission d'acquérir les diamants à Tinsu du roi, la reine n'avait-elle pas déjà traité dans les mêmes conditions avec Boehmer, pour des girandoles de plus de cent mille écus, par l'intermédiaire d'une femme de chambre*?
Il ne manquait pas de gens pour commenter tout cela et y
I . Les Euats historiques sur la vie de Marie- Antoinette, dont nous avons parlé plus haut, page 160, note I, donnent sur ces dtscampatiws desdélails curieux que je suis loin de garantir, mais qui étaient alors répandus dans le public. Ils racontent qu'après souper on faisait illuminer un bosquet où Ton établissait un trône de fougère. On élisait alors un roi, qui élait presque toujours le comte de Vaudreuil. Celui-ci, ordonnant aux assistants d'approcher du trône, formait des couples. Les mariages faits, il prononçait : « Descampativos! » On fuyait alors deux h deux dans le parc, avec défense du roi de la fougère aux couples qui se rencontreraient, de se regarder, de se parler, de se nuire et de rentrer avant deux heures. Ce jeu, prétend Tauteur du pamphlet, amusait fort le roi.
î. Cnmpan, I, 94. — D*nprè8 Mcrcy (II, 418), ces girandoles roulèrent 4(H),000 francs. Une diminution faite au bijou réduisit la somme, suivant madame Campan, h 300,000 fram^s. Tous deux assuriMit que la reine les paya sur sa cassette. Louis XVI a laissé, sur ce fait, dans son livre do dépenses particulières, des renseignements qu*on n*a pas encore relevés. En réalité, les boucles d*oreilles ne coulèrent que 348,000 livres, sur lesquelles la reine n*en paya que 48,000. Ce fut le roi qui lui remit le reste de la main k la main , pour qu'elle pût remplir son engagement : « Décembre 1776, à la reine, 25,000 livres. Ces 25,000 livres sont le premier paiement d*une somme de 300,000 livres que je me suis engagé à payer k Boehmer, en six ans, avec les intérêts, pour des boucles d oreilles de 348,000 livres que la reine a achetées et dentelle adéjk payé 48,000 livres. » Boehmer fut totalement désintéressé en tingl-quatre paiments. Le dernier eut lieu le 3 décembre 1782. On trouve, k cette date, dans le compte du roi : m A la reine, pour solde décompte avec Boehmer, 12,000 livres. i* En même temps, la reine achetaitdes bracelets. On lit dans le compte particulier du roi, k la date du 18 jantier 1777 : « J'ai payé à la reine 21,000 livres en acompte des 182,000 qu'elle doit à Boehmer pour des bracelets de diamants. •
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clicrdicr dos niolifs jiislifii^lifs pour le cAnliiial. Sans parler de HH iioiiihreiise parnilé (|iii coiiiplail parmi ses alliés des princes du sang, lt;s grands ordres de TKlal, riergé el noblesse, élaienl portés à prendre la défense d'un des leurs, el trouvaient exorbitant de voir un prince, un évoque, abbé de plusieurs abbayes, proviseur de Sorbonne, grand aumônier tie France, décoré de la pourpre romaine, confondu sans ménagement, dans une mëmo accusation, avec une intrigante, une fille entretenue, un cliarlatan et des comparses obscurs. Le parlement, qui avait à se plaindre du ministère, était peu favorable h la cour. La cour ellemême, détachée de la reine par sa partialité envers quelques personnes, après lesquelles il semblait qu'il n'existât plus rien pour elle en Fnince, était médiocrement disposée. Tous les vieux courtisans du temps de Louis XY, laissés de côté pour mm génération nouvelle, boudaient. Les dames Agées, dont la reine, toute jeune encore, avait ri, ne lui pardonnaient pas cette raillerie enfantine.
L'abbé Soulavie a remarqué avec justesse que, dès son arrivée à Versailles, Marie-Antoinette avait trouvé une puissante coterie montée contre elle : le parti français, détestant dans sa personne le gage de Talliance autrichienne et prêt & tout exploiter pour la rendre odieuse à la nation*. Celle-ci, d'abord enthousiaste, on peut le dire, de sa souveraine, bientôt choquée de ses allures si différentes de celles des reines qui l'avaient précédée, s'était peu à peu désaffectionnée, et, sous cette mauvaise impression, avait fini par prêter l'oreille à tous les bruits semés par la calomnie. La calomnie! jamais elle ne se déchaîna plus implarable, plus infAme, plus effrénée qu'à la fin du xvni*" siècle. Il y avait à peine dix ans que Beaumarchais en avait tracé cet effrayant portrait, qui jette une ombre lugubre sur les gaietés du Itarbier de Séville; et, sous ce rapport, les nupurs \\i\ s'étaient pas améliorées depuis. « (Iroyi*/, » dit doni itasile, » qu'il n'y a pas de plate méchancelé, pas d'horreur, pas
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do coiito absurde qu'on iic fasse adopter aux oisifs d*uiic grande ville en s*y prenant bien; el nous avons ici des gens d*une adresse! . . . D*abord un bruil léger, rasant le sol comme liirondelle avant Forage, pianissimo murmure, el file, et sème en courant le trait empoisonné. Telln bondie le recueille, rt;>ia;i/;, ;>iVi/io, vous le glisse en Toreilln iidroilnnienl. Le mal est fait, il genm*, il rampe, il chemine, et rinforzatido de bouclie en bouche, il va le diable; puis tout h coup, on ne sait comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir h vue d*œil. Elle s*élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraine, éclate et tonne, et devient, gn\ce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait? »
Cette dangereuse semence tombait donc dans un terrain bien préparé pour la recevoir. Et, par une fatalité, pendant Tinstruction même du procès, deux incidents venaient lui donner de nouvelles forces. L'obligation, où le gouvernement du roi fut, pour ne pas perdre le bénéfice d'un traité avantageux conclu avec la Hollande, de payer, à ce moment, pour elle à Joseph II cinq millions de florins, exaspéra ceux qui répétaient que l'alliance avec l'Autriche, copartageante de la Pologne à l'insu el contre les intérêts de son alliée, n'avait été pour la France qu'une duperie. Et un scandale qui se produisit à Versailles durant l'hiver de 1786, dans la société de la reine, acheva de jeter un jour déplorable sur son entourage le plus intime. Elle en fut elle-même éclaboussée, or On ne fait que parler, » disent les Mémoires secrets^ « de cette aventure, d*autant plus fâcheuse que la dame a été élevée sous les yeux de la reine. »
Dans de telles circonstances, et avec la passion d'opposition qui est au fond de l'esprit français, Marie-Antoinette avait peu de chances de voir l'opinion se prononcer pour elle; et le parlement ratifia, il faut le reconnaître, le sentiment public, en rejetant les conclusions du procureur général qui s'était pourtant