‹ Le Petit-TrianonChapitre 182 sur 314 · T. II · texte numérisé non relu

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se» complols, qui cul ensuite Tair do rentrer; il faisait clair de lune. Le prince, sous un déguisement, rejoignit madame de Lamolte comme il avait été convenu, demanda le nom de ce personnage; elle lui dit que c'était le valet de chambre de confiance de la reine h Trianon. »> VjgM ce même laquais supposé qui, sous lalivréedeTrianon, vint, le!" février 1785, prendre devant le cardinal, caché dans un cabinet, Técrin du collier que celui-ci avait, un moment auparavant, déposé entre les mains de la comtesse de Lamotte. « Le cardinal , avant bien examiné les traits de Thommo à qui on avait remis la cassette du collier, et ayant cru reconnaître ceux du prétendu valet de chambre de Trianon, qui avait, une nuit, reconduit madame de Lamotte, ne douta plus que ce collier ne fut parvenu h sa destination. >» *

L*abbé Georgel ne donne pas de plus longs détails sur les entrevues imaginaires de la reine et de Tintrigante à Trianon. Dans les factums rédigés pour la défense des accusés, il semble que les avocats se soient donné le mot pour laisser dans Tombre ce cAté de l'affaire. Olui du cardinal* y fait une timide et rapide allusion. H parle ainsi des inventions de madame de Lamotte : « Kt quelles étaient ces fables? On frémit de le dire. Elles violaient le profond respect dA h la majesté royale : son nom, ses malheurs, la bienfaisance de la reine lui avaient, disait-elle, ouvert un acc^s auprès de sa personne; elle en approchait en secret... »»ll ifest, du reste, pas fait mention de Trianon dans les mémoires du cardinal. Seul, Cagliostro, dans sa défense, prononce ce nom* : « J*étais, >» dit-il, « h Bordeaux dans le temps de Tapparition de la fausse reine dans les bosquets de Trianon. >» Pourquoi ce silence? ('/est que l'objet de ces relations mensongères était d'une nature tellenuMit délicate que les accusés se seraient infailliblement perdus par des déclarations plus explicites. Ce n'est que trois ans après, et de Londres, que Tinfàmc descen-

1. Mémoire |X)iir LouLs-Rent^-Édouard de Rohtvif carrlmo/, etc.; Paris, 1786, n-4% 15.

2. Mémoire pottr le romlc de Cnglinglro; l'an», 1780, iii-4», 43.

;nO LK IIAMBÂU.

tiaiito (les Valois osa piihlin- ros impiilalioiis moiislrueuses qui fiiroiit roprodiiilcs di^vuiil lo Inluiiial révolulioiiuaire. Nous an parlerons quanti le monicnl sera venu.

Si la reine n*avail pas jelé bas autour d'elle toutes les barrières protectrices de réti({uette, si elle n*avait pas, ce que redoutait tant sa mèrCjéli'ï s'établir seules tians un cbàteau, sans le roi, sans ses dames dlionneur, entourée seulement de domestiques, pour y vivre en parlicnli«;r(^ avec quelques inlinuss que Ton ne regardait pas comme an-dessus dt! tout reproche, jamais la comiusso de Lamotte n'eût pu fournir au cardinal l'apparence d'une preuve de relations quelconques avec elle, et l'intrigue avortait. Ajoutons que, sans Tinfamie des courtisans ci les révoltantes inventions de'leur jalousie envieuse (il faudra aussi, malgré nous, remuer ces innnondices), jamais la complice du cardinal n'eut elle-même conçu son incroyable projet.

Il est resté dans beaucoup d'esprits, sur les relations de Marie- Antoinette et de madame de Lamotte, des doutes qui prennent leur point (rap|)ui dans une phrase de madame (jampan, corroborée par une nimvelle k la main publiée dans les Mémoires secrcts, (les derniers prétendent que la princesse de Lamballe chercha & voir madame de Lamotte fi la Salpétrière, où l'entrée lui fut refusée par la supérieure qui lui dit que; la comtesse « n'était pas condamnée à la voir. » « Par suite des fausses vues qui dirigeaitïiit les démarches de la ciuH', » dit de son cAté ma- (lame (lampan*, « on y trouva que h* cardinal et la femme Lamotte étaient également ctmpables et inégalement jugés, ci on voulut rétablir la balance de la justice en exilant le cardinal h labbaye de la Chaise-Dieu, et v\\ laissant évader madame Lamotte peu de jours après son entrée k l'hApitai. (2ette nouvelle faute confirma les Parisiens dans l'idée (|ue cette vile créature, qui jamais n'avait pu pénétrer même jusqu'au cabinet des femmes de la reine, avait réellenn^nt intéressé cette* infortunée princess4\ >» Si les faits avancés dans ces deux passages étaient avérés, j'avoue

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qu*il serait, eu effet, bien difficile <lo ne pas partager ces soupçons, et quand on saura quelle était la nature de la faveur dont se vantait madame de Lamotte, on jugera de la gravité qu'ils ont pour la mémoire de la reine.

Mais, d*abord, il est hien difficile de croire au racontar des Mémoires secrets. l*eut-(ui sérieusement admettre que la supérieure de la Salpêlrière ail osé refuser Tentréo d'une prison royale à la surintendante de la maison de la reine, et lui répondre par une insolence? Et ne voit-on pas que le récit n*est fait que pour amener le bon mot qui le termine?

D'autre part, rien n'est moins vraisemblable que l'intérêt tardif pris par la cour à la situation de madame de Lamotte. C'était avant l'i^xécution de l'arnM qu'il fallait la faire évader, si l'iui avait quelque cliose il craindre d'elle ou la moindre compassion pour son sort. Lui rendre la liberté après l'avoir laissé fustiger et marquer, c'était lui donner les moyens do satisfaire l'esprit de vengeance dont elle ne pouvait manquer d'être animée. Los circonstances de son évasion, que nous a racontées le comte Beugnot', ne laissent d'ailleurs pas supposer un instant qu'elle ait été favorisée. Elle arriva h pied, demi-nue et presque mourante, à Bar-sur- Aube, et s'y blottit dans un trou de carrière, où elle serait morte de faim, sans la cliarité de la mère de l'avocat champenois qui lui porta de la nourriture et lui donna de l'argent p(uir fuir à l'étranger. Ainsi qu'on pouvait s'y attendre, elle y publia d'horribles libelles contre la reine. Heureusement pour la mémoire do Marie-Antoinette, la calomniatrice, comme on le verra, s'est chargée elle-même de fournir les preuves les plus éclatantes de l'innocence de sa victime.

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