LE JARDIN DE LA REINE
Goût du Jardinogo. — Monceau. — Don du Pctit-Trianon à Marie-Antoinette.
Louis XVI. — Le Petit- Vienne.
Monsieur, le comte d'Artois, Madame, la comtesse d*Artois, Mesdames tantes.
Suppression du Jardin botanique.
La comédie intime et le jardinage furent les deux goûts dominants de la société française pendant les années qui précédèrent la Révolution. Personne, sous ce rapport, n'a été plus de son temps que la reine Marie-Antoinette. Madame Campan' nous a raconté comment, daupliine, elle s'essayait en caclietto au rôle d'actrice avec ses beaux-frères et ses belles-sœurs, et nous la verrons, à Trianon, satisfaire bautemontsa passion pour Ictliéàtre. LfO jardinage n'avait pas moins d'attraits pour la jcuno famille royale. En attendant qu'ils pussent remuer eux-mêmes la terre à
i. Mémoire: Pari», 1823, 3 ▼. în-8», I, 71.
Ragalcillc* cl h |tninoy\ les frtiTs du niî se faisaioiil peiiulro on jardiniers; l'un, cuoillunl ù un c^p une grappe do raisins pour sa bcllc-sœur, la comtesse de Provence; l'autre, une hêclie à la main, offrant h la comtesse d'Artois la fameuse prune de Monsieur*. On visitait les jardins célèbres : la dauphine, au mois d'octobre 1773, alla voir celui du maréchal de Biron\ C'était, comme le Petit-Trianon de Louis XV, un jardin français, avec des potagers, des lleurisles et des serres pour les plantes rares. On citait comme un prodige ce fait que le magnolia grandiflora y avait fleuri deux années de suite. Les amateurs appréciaient surtout les carrés de tulipes et une collection d'asters qui ne comptait pas moins de vingt espèces différentes. Les parterres et les terrasses étaient ornés de dix mille pots de faïence dont on changeait les fleurs suivant les saisons. 11 y avait aussi, dit Lerouge, dans les allées et dans les bosquets, « quantité de fauteuils et de canapés artistement cachés sous des toiles cirées*. » Marie -Antoinette dut s'intéresser davantage au jardin que le duc de Chartres venait de terminer dans la plaine de Monceau (on disait aussi Monceau). 11 était à la mode anglaise, et rempli des nouveautés les plus variées et les plus galantes. On y voyait les ruines d'un sanctuaire de Mars, d'un cirque et d'une naumachie, et un temple circulaire en marbre blanc, et un moulin hollandais sur des rochers, et un minaret mauresque au sommet d'une butte. Le cours d'eau qui serpentait à travers les pelouses
I. Lerouge, cah. XII, pi. 2, 18, 19. — DcscriiUion de la France, etc. S. Lerouge, cah. YIU, pL 20 et 27.
3. Ces deux tableaux sont de Drouais. Ils appartiennent aujourd'hui à M. Ed. de Rolschild. Le couple de Provence est en bleu, celui d*Arlois eu rose. Les princesses sonl costumées en bergères.
4. Mercy, II, 54. Ce jardin était siluô rue de Yarenne, près des Invalides. Il avait une étendue de 14 arpcnls. Il apparlient aujourd'hui au Sacré-Cœur. — l>*après Lerouge, cah. I, [il. 24, la reine visita aussi le jardin de M. de 1^ Bossière, rue de Clichy ; c'élail un jardin français. On en trouve les plans dans la collection Lerouge, cah. I, pi. 0, et cah. XII, pi. I.
5. Lerouge, cah. I, pi. 9, 10, 24, cah. Xll, pi. 17, 18. Horace Walpole, Bisay, etc. C*est U,000 pots seulement, ^d*après ce dernier.
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conduisait à uno première llo où paissaient des moutons, et plus loin à une autre entièrement couverte do fleurs. Ailleurs, c'était un bois parsemé de mausolées qui conviait Tàme à de mélancoliques réflexions; à côté, des parterres jaunes, bleus, roses, symétriquement disposés parmi des bocages, offraient à l'imagination une scène plus riante. Il y avait aussi des tontes turques et tartares, un merveilleux jeu de bague chinois, enfin, un jardin d'hiver avec une grotte délicieuse où s*entendaient les sons adoucis d'un orchestre caché*. Un autre prince du sang avait caché dans une lie, au milieu des pompeux bosquets plantés par le grand Condé, un charmant petit jardin anglais avec uno miniature de village*.
A leur exemple, Marie- Antoinette désirait posséder, comme la Julio de Jean-Jacques, son Elysée*^ où elle pût se distraire de la monotonie du parc de Versailles, et voir autre chose que les ifs, les bronzes, quelque admirables qu'ils fussent, et les bassins do marbre de cette immense terrasse brûlée du soleil ou balayée par le vent et la pluie, que cet horizon du grand canal encadré dans les deux rangées d'arbres qui bordent le tapis vert, que ces simpiternels quinconces, charmilles, boulingrins,
Tourniquets d^aimables buissons, Bosquets tondus où les fnuvcltcs Clicrchcnl, en pleurant, leurs chansons.
Où les dieux font tant de façons Pour vivre à sec dans leurs cuvettes ^
Elle n'était pas moins fatiguée de l'étiquette qui régnait dans ce
1. Jardin de Monceau; Poris, 1779, in-folio, flg. — Lerouge. cah. IX, pi. 4; cah, X, pi. 2, n, H ; cah. XL, pi. 19; cah. XXI, pi. 6. — Delille, Les jardim; Paris, 1782, chant. II. — Le duc de CharU*es avait encore un autre jardin anglais, d*un genre plus naturel, à Saint-Leu-Taverny, qui avait été établi par M. de La Borde. Voy. M-« de Genlis, Métnoires; Paris, 1825, 10 v. in-8«, lU, 154, et I^rouge, cah. XII. pi. 3 et 9.