PROJET DE L'ARCHITECTE MIQUE
Théorie des Jonlins, de ftlorel. — Adoption du projet de Ilique.
Modèles. — Finances.
Visite de Joseph II. — Le duc de Coigny. — Inauguration du Jardin anglais.
Lo moment csl enfin venu de parler du plan adoplé pour le jardin anglais de la reine. Il était à Tétude depuis 1774, et certaines portions se trouvaient déjà exécutées : la pelouse sur la façade nord-ouest du cliAteau , un fragment de la rivière , la grande lie et le bosquet vert. Le comte de Caraman avait d*abord dirigé les travaux. Ainsi que nous l'avons vu, M. d'Angiviller fit évincer cet amateur auquel il espérait se substituer; mais le champ d(ï bataille était demeuré à un troisième : l'intendant et coiitrAbîur général des bâtiments de la reine. Ces délais ne iiuiMirent pas h rcnuvre en préparation. Depuis 1774, lamélliodi? rliiiioise avait décidément fait école dans notre pays', i'\ non d<!MMinaleurM de jardins commençaient à montrer dans U'UîH ouvrages les qualités de discernement et de mesure qui canif l/'riii<'fil TrHprit français. L'un d'eux, Morel, le créateur des \tnrin d'Krnienonvillo et de (iuiscard, publia en 1776 une Thihrie
I A fi'iiiM tU^ mIIiW'|mm|ui), les ouvrages eu vers cl en pi-oso surlesjuiiliiis nImmiiIi fil \utt\n%tn', iliiiil iiouH avoii:» parlé plus liaul, lit paralU-u, uu des pfMMMM, iMi A«««o «Mr //i formation des Jardins; Paris, 1773, in-8*.
PROJBT DB L*ARGHITBCrB MIQUB. 80
des jardifiê\ où il fixe les règles du nouvel art avec une précision el une sûreté de goût tout à fait remarquables. Morel dont, suivant Tabbé Delille',
réloqucnle ?oiz
De la simple nature a su plaider les droits,
est avant tout l'ennemi des jardins factices, à quelque genre qu'ils appartiennent. Il ne critique pas moins sévèrement les fantaisies à la mode : poétiques, mythologiques, romanesques, imitalives, que l'abus de la symétrie dans les anciens jardins français. Cependant il reconnaît que ces derniers auront toujours leur raison \ d'être autour des palais et des monuments publics, où sied une certaine régularité, et il rend hommage au grand talent de Le Nôtre. Ce qu'il veut, c'est tout simplement l'appropriation du jardin à la nature du terrain, au site, au climat, à la destination des édifices dont il doit orner les abords. Si ces principes n'ont pas été appliqués àTrianon dans toute leur pureté, ils contribuèrent du moins à en faire écarter les inventions baroques qui ridiculisent la plupart des jardins de celte époque. Il y a déjà entre Monceau et Trianon une notable différence, toute à Tavantage de ce dernier, et dont il faut faire honneur au livre de Morel : la reine l'avait dans sa bibliothèque.
Mique termina donc le plan d'ensemble du jardin du Petit- Trianon, le 26 février 1777 (Voy. pi. XI*). Il proposait d'établir, sur l'emplacement des terrasses, un groupe de coteaux
1. Paris, 1776, in-8*. GeUe première édition esl anonyme. Morel a mis son nom h la deuxième, en 2 v. in-8*, Paris, an XI-i802.
t, Lc$ JardhiSf poCine, cli. m.
3. Le plan, reproduit dans notre planche XI, a été dressé en 1783. Il nous représente le projet de Mique complètement exécuté. Les chiffres, qu*on voit marqués sur la partie spéciale au jardin de la reine, correspondent aux indications suivantes : \ cour, 2 chAteau, 3 jeu de bague, 4 temple, 5 groUc, 0 orangerie, 7 réservoir du Ti-èflc, 8 belvédère, 0 maison du jardinier, 10 comédie, il ménagerie, 12 pavillon de jeu, 13 salon frais, 14 communs, 15 chapelle.
90 LB JARDIN ANOLAIS.
avec un grand rocher. Une source, sortant de la montagne à quelques pas des poulaillers, transformés en foyers pour les acteurs, s'épanchera dans un petit lac derrière le rocher, à travers les fissures duquel elle s'échappera en bouillonnant pour former un plus grand lac aux bords cchancrés, qui baignera le pied des collines. Ce lac donnera naissance à une rivière, dont le lit sera barré par dos quartiers de roche occasionnant différentes chutes d'eau. Une première ile, toute petite, auprès du lac, une plus grande, au sud-est de l'enceinte, agrémenteront son cours. Devant le ch&teau, la rivière étendra deux bras dessinant une presqu'île, et ira se perdre près de la porte verte dans un ravin. Sur la rive gauche, elle sera bordée par une avenue d'arbres de Judée, derrière laquelle s'élèvera un monticule boisé qu'on appellera le bocage. En face, à l'autre bout du jardin, sur la rive droite, était déjà planté le bosquet vert. Entre deux, la plaine sera coupée par un bouquet d'arbres allongé qui aura le nom de limaçon. Voilà pour le paysage.
Passant aux fabriques qui doivent le décorer, la principale consistera en un temple circulaire placé dans la grande Ile, visà-vis du ch&teau. Il y aura ensuite un ermitage avec sa cloche; — un salon hydraulique, formé de pilastres et de colonnes d'eau jaillissante, où l'on respirera un air frais pendant les grondes chaleurs; — un cabinet de treillage couvert de roses grimpantes; — un parc de moutons à la chinoise pour animer les pelouses; — des bancs chinois et des canapés turcs en pierre, « peints comme s'ils étaient d'étoffe*; » — une ruine sur le grand rocher, « représentant un temple ancien' entouré do débris supposés tombés du frontispice; » — enfin, pour permettre d'embrasser d'un coup d'œil toutes ces merveilles, un belvédère sur la montagne près
i. Si Ton veut se faire une idée de la façon donl on entendait le genre lurc, il faut aller, à Fonlaincblcau, voir un cabinet orné de cette façon, dans Ici; petits appartements do Murio-Antoinetlc.
2. « D'après la 44* planche des ruines de Balbec. » Elle représente un édifice circulaire d*un dessin très élégant. Voj. les Ruines de Balbec, autrement dite lléliopolis, dans la Cœlosyrie, par Robert Wood; L.ondres, 1757, in-folio, flg.
os LB JARDIN ANGLAIS.
Dans le premier aperçu donné par Miquo des frais qu'entraiucrait rétablissement du jardin anglais, rarchitecte avait parlé d'une somme de 170,000 livres. Le devis défînitif allait à 298,275 livres, 10 sous, 10 deniers. On avait obtenu une ordonnance de 100,000 livres sur lesquelles 46,100 livres étaient dépensées au commencement de 1776. Il manquait environ 200,000 livres. Le comte d'Angiviller adressa, dans les premiers jours d'avril, à la reine un mémoire pour lui exposer la situation. « Si les fonds ordinaires de mon département, » dit-il, « n'étaient pas toujours trop inférieurs h ses besoins, je ne me permettrais pas d'occuper Votre Majesté de l'espèce d'embarras dans lequel je me trouve pour les 200,000 livres à peu près qu'exige le jardin. Mais, puisque les circonstances s'opposent h mon vœu le plus cber, celui de prévenir les désirs de Votre Majesté, je La supplie très bumblement de vouloir bien m'autoriser à rendre compte, de sa part, au Roi de l'état actuel des choses, et à prendre ses ordres pour solliciter auprès du ministre de la finance et au nom de Votre Majesté l'assignat » de la somme nécessaire. « Peut-être Votre Majesté préfèrera-t-Elle de parler Elle-même au Roi, et je me permettrais volontiers de L'y engager. Si Elle daignait m'en laisser le soin, ce sera me réserver un moyen de plus de Lui marquer et mon respect et mon zèle. » La reine ne voulut pas se donner la peine de demander les fonds au roi, et le directeur des b&timents dut se charger de la négociation*. Le successeur de Turgot, M. Necker, n'y mit pas d'abord un très grand empressement, car il n'avait encore rien accordé h) 10 juin; il falhit pourtant «^ la fin s'exécuter.
Au moment où l'on apportait chez la renie les modèles du Petit-Trianon (5 mai)*, elle recevait son frère, l'empereur Joseph II qui, sous le nom de comte de Falkenstein, venait incognito visiter
i . Voici coinmciit on proposait de répartir Tcniploi des fonds : 80,000 liv. de juin ù sopleiiihrc 1777; .'10,000 liv. doclobro A duceiiilH-e ; 30,000 liv. do janvier à niojs 1778; 4!>,000 liv. d*avril à juin; 43,000 liv. de juillet à septembre ; 22,000 liv. en octobre et novembre. OM87G.