‹ Le peuple algérienChapitre 19 sur 104 · DENSITÉ PAR ARRONDISSEMENTS · texte numérisé non relu

DENSITÉ PAR ARRONDISSEMENTS

Arrondissements

Superficie

Indigènes

Européens

Totale

Àlsrer

Médéa

Miliana

Orléansville . . .

Tizi-Ouzou ....

Oran

Mascara

Mostaganem. . .

Sidi-bel-Abbès .

Tlemcen

Constantine . . .

Batna

Bônc

Bougie

Guclma

Phiiippeville .. .

Sélif

(1) Les chiffres de densité totale sont un peu plus forts que ceux des densités européenne et indigène réunis. Dans la population totale en effet sont compris les Juifs et les Tunisiens et Marocains, groupes dont nous n'avons pas tenu compte pour calculer les densités européenne et indigène.

Le caractère? le plus saillant de ce nouveau tableau, c'est que l'on se rapproche davantage de la densité normale des pays méditerranéens ; et on se convainc bien vite ici qu'étendue à l'ensemble de l'Algérie entière ou au département, la densité faisait naître de dangereuses illusions. La colonie est peuplée, et fort peuplée même, dans quelques-unes de ses parties. Voyez l'arrondissement de Tizi-Ouzou ; il dépasse sensiblement la moyenne des départements français avec 109 ; voyez celui de Bougie qui l'atteint presque avec 09. 4. Nous objectera-t-on que dans ces arrondissements la densité de la population est due surtout à la foule des Indigènes, que le groupe européen y est réduit à une infime minorité ? Mais cela môme est une double indication précieuse ; car cela prouve d'abord qu'en certaines régions la place est prise et bien prise, et que l'immigration européenne, sans y être impossible, n'y doit être favorisée que dans certaines limites et sous certaines formes. Et puis, n'y a-t-il pas là un autre enseignement, celui de la nécessité où l'on est en Algérie pour juger de la densité de la population européenne d'avoir toujours devant les yeux celle de la population indigène ?

A entrer dans un examen plus détaillé de ce tableau, de nouveaux caractères, de nouveaux traits se dessinent. Tous les arrondissements, situés en bordure de la mer, ont proportionnellement à leur étendue plus d'habitants et surtout plus d'Européens que les autres. La densité générale et la densité des Européens iraient donc en diminuant, au fur et à mesure qu'on s'éloignerait des côtes et qu'on s'enfoncerait vers le Sud. Et aussi la densité des Européens, très faible partout où il n'y a pas de villes importantes, se relève au contraire

là où il y a une forte population urbaine ; à Bône elle est de 7.2(5 ; à Alger, de 17.2 ; à Oran, de 21.4. Cette dernière dépasse même celle des Indigènes ; c'est le seul arrondissement où le fait est constaté : il méritait d'être signalé. D'ailleurs, en Oranie, l'élément européen entre toujours, même quand il s'agit de régions de l'intérieur, pour une port appréciable dans la densité générale. Ces variations dans la répartition des Européens doivent avoir leurs causes, et elles apparaissent à première vue très complexes, ici politiques et géographiques, là économiques et sociales.

Densité par communes : tableaux. — Pour les bien étudier, au lieu de généraliser, on est conduit à spécialiser ; au lieu du département ou même de l'arrondissement, il faut considérer la commune. On est même forcé de faire un choix parmi ces communes et de laisser absolument de côté les territoires de commandement militaire, tant leurpopulation nomade est clairsemée ; les Européens n'y habitent que quelques centres, entrepôts de commerce ou sièges d'une garnison, ou encore quelques villages à proximité de la mer d'alfa et de mines importantes. S'agit-il des territoires soumis à l'autorité civile, les communes de plein exercice seules possèdent une population dans laquelle le groupe européen est dense et compact. Dans les communes mixtes, il est moins bien représenté ; cependant, depuis que la sécurité des campagnes algériennes est plus grande et que la prospérité économique s'affirme avec plus de netteté, il

se produit une pénétration pacifique des douars indigènes ; en 1001, ce mouvement en avant de l'armée européenne est très sensible ; des propriétés sont acquises aux Arabes, des fermes isolées se bâtissent. Le Tell ne suffit plus, les Hauts-Plateaux sont abordés. La colonisation européenne s'avance peu à peu à l'intérieur et se diffuse. De cette diffusion, de ce mouvement en avant, témoigne clairement l'étude de la densité par commune (1).

(1) Calculer les densités est un travail long, pénible et qui resterait infructueux si on ne les transportait pas sur une carte et si on ne les traduisait par des signes visibles. Nous nous sommes imposé ce double labeur, mais nous avons été aidé dans notre tàcbe. Nous avons calculé cette densité, pour chaque commune et pour chaque centre, depuis l'époque où les dénombrements nous fournissaient un état exact de leur population, c'est-à-dire depuis 1836 ; nous n'avons pu le faire que grâce au concours de If. Accardo dont l'expérience très sûre des statistiques algériennes a été mise à contribution pour débrouiller la masse confuse et souvent chaotique des premiers dénombrements et pour rechercher les variations de superficie des communes. M. Accardo a établi sur ces données plusieurs cartes de densité des Européens, correspondant aux divers recensements de 1856, 1866, 1876, 1886. 1896. Comme elles ont été publiées en 1900 dans les « Questions diplomatiques et coloniales », il était inutile de les reproduire ici. Ajoutons que nous avons été aussi guidés dans ce travail par M. G. Boulogne dont la compétence en matière de démographie algérienne et sur toutes les questions intéressant la colonie !'a justement fait choisir pour une des fondions les plus hautes de la colonie, et par M. le lieutenant-colonel Levé auquel la cause de la prépondérance de la race et de l'esprit français en Algérie tenait tant a coeur.

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