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l'exode des Allemands vers la lointaine Amérique. Les Européens qui s'installèrent à cette époque à Alger furent donc, à part quelques colons français bénévoles que ne purent détourner les tracasseries de l'administration, des étrangers commerçants ou industriels, de petits boutiquiers, des spéculateurs, mercantis de la première heure à l'affût de gains illicites ou de spéculations hasardeuses. Mais, en 1841, les dispositions de la France sont complètement modifiées. L'Algérie sera conquise, occupée et colonisée. Le régime de la concession gratuite, inauguré en 1836 sous le second gouvernement de Glauzel et confirmé par l'arrêté du 12 avril 1841 à l'arrivée de Bugeaud, appelle et installe dans ce pays de nombreux nationaux. Quoiqu'à cette époque on donnât aussi des concessions gratuites à des étrangers, le maréchal veut surtout des Français, parce que dans sa pensée ils deviendront, plus tard, les meilleurs défenseurs du maintien de l'autorité française dans cette Afrique du Nord. Sous son impulsion le comte Guyot crée de nombreux villages, surtout dans le Sahel d'Alger, et projette d'en fonder dans la Mitidja, a Le maréchal Bugeaud, dit M. de la Chapelle, et ses successeurs créent ou agrandissent 126 villes et villages et concèdent 101,675 hectares 65 ares. La population rurale augmente de 40,913 habitants ; car elle est. en 1851, de 42,493 âmes. L'ensemble de la population européenne de la colonie qui était à la fin de 1840 de 27,204 habitants, s'élève en 1851 à 131,283, accusant ainsi un accroissement de 104,079 individus dont les 2/5 environ sont à l'actif de l'élément agricole. » Or, des Etrangers et des Français, quels sont ceux qui ont le plus gagné à ce régime de la colonisation officielle et à cet accroissement de la popula-
tion rurale ? Ce sont les Français : ils ont atteint et dépassé les étrangers. Voilà donc une première expérience faite : les étrangers s'accroissent plus vite que les Français tant que la colonie n'est qu'un simple comptoir de commerce, les Français augmentent plus rapidement que les étrangers lorsque la colonisation officielle essaie d'en faire une colonie agricole et y attire nos nationaux par les concessions gratuites. Vérité qui commence à s'établir dans cette première période, qui va se vérifier dans la seconde et surtout dans la troisième.
De 1850 à 1872, nos nationaux ne cessent pas d'être les plus nombreux et leur avantage numérique grandit aussi longtemps qu'est maintenu le régime des concessions gratuites, et cela malgré les modalitésnouvelles qu'on y introduit. Le décret du 26 avril 1851, tout en consacrant le principe de la gratuité. « substituait au titre provisoire, simple promesse de propriété, un titre de propriété immédiate et transmissible, mais avec clauses résolutoires ». C'était permettre au concessionnaire primitif, le plus souvent Français, de vendre sa concession à un indigène ou à un étranger. L'essentiel n'est plus de peupler l'Algérie d'un élément européen et surtout national, c'est d'obtenir la mise en valeur du sol. Dans la préoccupation du gouvernement de cette époque, le principe économique de l'exploitation l'emporte sur le principe démographique du peuplement, et, sous l'influence de ces idées nouvelles, peu à p;m le système de la concession gratuite va être critiqué, puis abandonné. Il avait cependant assuré à l'Algérie de 1861 une population française de 1 1 2.229 âmes contre une population étrangère de 80.517 : d'où un excédent de près de 32.000. Aurait-on continué dans cette voie, il est certain,
du moins autant que les leçons du passé permettent de préjuger de l'avenir, que l'Algérie eût continué à recevoir plus de Français que d'Etrangers et que la proportion de 3 contre 2, si favorable à nos nationaux, non seulement se serait maintenue mais, selon toute vraisemblance, se serait modifiée à notre avantage. Il ne devait pas en être ainsi ; le 25 juillet 1860, un décret supprime la concession gratuite, il liquide le passé en restreignant à la seule obligation de bâtir les charges imposées aux anciens concessionnaires. Il inaugure, en même temps, le régime de la vente sous trois formes différentes : la vente à prix fixe, la vente aux enchères, la vente de gré à gré. Or l'adoption de la vente, comme mode unique d'aliénation des terres domaniales, c'est le triomphe exclusif du principe de l'exploitation et l'abandon absolu du principe du peuplement. En vendant à quiconque se présentera, sans tenir compte de sa nationalité, les terres de colonisation, en laissant toutes possibilités à de grandes sociétés financières ou à des capitalistes d'accaparer de grands domaines, on entend parla même ne plus s'occuper du peuplement européen et français. Mieux encore on le redoute : l'Algérie aux Arabes, aux musulmans, telle fut un jour la devise de Napoléon III ! Et on accordera de grandes concessions domaniales : en 1866, l'Etat signe une convention avec la Compagnie Algérienne par laquelle il lui emprunte 100 millions et lui concède 100,000 hectares d'excellentes terres. On entreprend avec cet argent de grands travaux d'utilité publique qui attirent à Alger et dans les autres ports une main-d'œuvre ouvrière abondante. De cette considération exclusive du point de vue économique, quelles furent les conséquences immédiates ? Un afflux des étrangers, un énorme accroisse-
ment de leurs diverses colonies. Par un phénomène contraire, l'immigration française s'arrête peu à peu ; l'accroissement de nos nationaux se ralentissant, alors que devient plus rapide celui des étrangers, l'équilibre entre ces deux groupes, rompu naguère en faveur des Français, tend à se rétablir. En 1861, il y avait entre eux une différence de 32.000 unités ; en 1872, il n'y en n'a plus qu une de 14.000.
Et la distance qui les sépare encore va vite diminuer ; après la funeste guerre de 1870 et la répression de l'insurrection indigène, l'activité desgrands travauxpubiics. un moment suspendue. reprit fiévreusement ; elle devait amener et elle amena, en effet, la plus forte augmentation de la population étrangère que l'on ait encore observée. Aussi, en 1876. les deux groupes sont-ils à peu près g aie force 1 1 56.365 Français— 1 55.072 étrangers), et cela malgré une reprise de la colonisation officielle et l'arrivée des Alsaciens-Lunains. Que certains événements politiques, notamment ceux qui ont troublé l'Espagne en 1873 et 1874. aient contraint un plus grand nombre de familles espagnoles à se fixer en Algérie, la chose est indéniable, mais l'impulsion donnée à la construction desroutes, des chemins de fer, des ponts, attira plusieurs milliers de manœuvres. Voilà donc une seconde expérience : elle est aussi convaincante que la première. Dans le premier cas. c'étaient les Français qui, inférieurs d'abord en nombre aux étrangers, les dépassaient ensuite grâce au régime des concessions gratuites ; dans le second, ce sont les étrangers qui, en retard sur les Français, les rejoignent par suite du brusque abandon de la colonisation officielle et surtout de la grande extension donnée aux travaux publics.
Ces indications du passé doivent-elles être perdues
pour l'avenir ! On le croirait à voir le discrédit dont est frappé, dans certains milieux, le système des concessions gratuites. Cependant ce régime, remis en vigueur, a permis à l'élément français de lutter contre l'invasion étrangère jusqu'en 1891. Sans doute il n'a pas été le seul facteur de cet accroissement : la colonie a profité des ravages que le phylloxéra avait occasionnés dans le vignoble de la métropole ; quand on sut que son territoire était indemne de l'insecte dévastateur, que son climat se prêtait merveilleusement à cette culture rénurnératrice, beaucoup de propriétaires français acquirent des domaines en Algérie, les rirent défricher et plantèrent de la vigne. En vingt ans, près de 150,000 hectares furent complantés et presque tous appartenaient à des Français. Il y eut donc un véritable essor de la colonisation spontanée et particulière : l'Algérie y gagna d'importants capitaux. Bénéficia-t-elle. ainsi que nous l'avons cru et écrit, de beaucoup d'immigrants français? Le doute est au moins permis ; car, qu'on veuille bien le remarquer, ces grands planteurs de vignes, s'ils ont amené des chefs de culture, se sont adressés pour le défrichage et même pour la plantation aux ouvriers indigènes et espagnols. Ces derniers surtout, originaires d'un pays où cette culture est pratiquée et de plus habitués aux rudes travaux des champs, forment actuellement la très grande majorité des ouvriers agricoles. Leur endurance, leur sobriété, leur ténacité en font dans la colonisation agricole des concurrents redoutables et souvent heureux de nos nationaux. Et ils débarquent en longues théories sur les côtes africaines. Aussi estimons-nous que la constitution et l'entretien du vignoble algérien ont profité autant aux Etrangers qu'aux Français, que, pendant ces trente dernières années, ces
deux groupes ont augmenté de quantités à peu près égales, attendu que les efforts de la colonisation officielle et l'extension des grands travaux publics ont marché de
pair.
Mais qu'odviendra-t-il dans l'avenir si l'on renonce aux concessions gratuites? Je sais bien que, d'après le dernier décret sur la colonisation, ce système a été partiellement maintenu, mais il n'est plus que l'exception tandis que la vente sera la règle. Je sais bien aussi que le régime delà vente a été entouré de telles précautions qu'en fait il semble donner toutes les garanties nécessaires pour assurer le peuplement de l'Algérie par nos nationaux, puisqu'il réserve les terres domaniales aux Français d'origine et aux naturalisés et qu'il soumet les acquéreurs aux mêmes conditions de résidence et d'exploitation que les concessionnaires. Toutefois, il est à craindre que ces ventes, malgré toute la publicité dont on pourra les faire précéder, soient effectuées surtout au profit des Français ou des naturalisés, habitant déjà l'Algérie et mieux placés que tous autres pour se renseigner sur la situation et la valeur exacte des terrains vendus ? Et dès lors, comment pourraient-elles servir à amener de nouveaux immigrants français de la métropole ? Heureusement les efforts de la colonisation officielle, loin de se ralentir, sont devenus plus vigoureux. D'autre part, plusieurs raisons favorisent actuellement une recrudescence de l'immigration étrangère. Je ne veux point parler de la situation économique de l'Espagne qui reste toujours très précaire, ni de l'orientation politique de l'Italie qui la rapproche de la France. Ce sont là des causes trop générales qu'il est malaisé d'apprécier. Mais les Espagnols et les Italiens ne vont-ils point trouver dans la culture des primeurs, qui s'étend avec
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GRAPHIQUE iNDIQUANT LA PROGRESSION COMPARÉE DES TROIS PRINCIPAUX GROUPES EUROPÉENS