ANGLO-MALTAIS
ADTRES NATIONA- LITÉS EOROP. .
TOTAL
[ATIONALITES D'ORIGINE
uropéenne de l'Algérie
Les mercantis anglo-maltais, âpres au gain, avaient de bonne heure suivi nos troupes sur le sol de la Régence, et ils vivaient des petits bénéfices qu'ils prélevaient sur nos soldats comme vivandiers. En 1833, ils sont 1213 plus nombreux que les Italiens (1122), un peu moins que les Espagnols (1291) ; s'ils sont ensuite distancés rapidement par ces derniers, ils s'accroissent presque aussi vite que les Italiens jusqu'en 1851. Pendant les vingt années qui suivirent, leur augmentation, très régulière, est cependant assez faible ; ils passent de 7.307 à 11.512. En 187G, on observe une poussée brusque; ils gagnent près de 3.000 âmes. Enfin ils atteignent leur maximum en 1886 ; ils sont 15.533. Depuis lors, la régression a commencé et se poursuit avec la même régularité que leur progression antérieure. Ce parallélisme entre ces deux mouvements prouve à notre avis que l'immigration anglo-maltaise, considérable jusqu'en 1851, s'est arrêtée à cette date, que la colonie s'est accrue ensuite par ses seules ressources, par l'excèdent de ses naissances sur ses décès, et qu'après une reprise momentanée de l'immigration en 1872, l'afflux de nouveaux Maltais a cessé de nos jours ; que dès lors cette colonie déjà ancienne a été décimée par les emprunts que lui fait la nationalité française. Là est surtout la cause de sa décroissance actuelle. On peut faire remarquer aussi que ce mouvement régressif a coïncidé avec l'établissement du protectorat français en Tunisie, et il n'est point impossible que quelques Maltais algériens aient été se fixer dans notre nouvelle possession. A ce déplacement, ils gagnaient et de se rapprocher de leur île, et de trouver dans un pays neuf un terrain tout préparé pour y exercer leur merveilleux instinct de lucre. Notre conviction cependant est que
peu d'entre eux quittèrent l'Algérie où leur situation était enviable. De vivandiers qu'ils étaient, ils s'étaient faits commerçants, épiciers, usuriers, enfin spéculateurs. Beaucoup actuellement sont riches et ne songent nullement à quitter le pays qui les a enrichis.
Soumise à des fluctuations plus considérables est la progression historique de la colonie italienne ; ces variations s'expliquent d'ailleurs par des causes plus complexes. M. Loth, dans sa thèse sur le peuplement italien en Tunisie et en Algérie, a montré comment cette colonie s'est développée et de quels éléments elle a été composée. Il constate que, de 1833 à 1845, la population de langue italienne s'accroît assez lentement, qu'elle est formée surtout de Sardes et qu'elle se livre au petit commerce, à la pêche ou à la culture de la terre. A côté de ces immigrants de la Sardaigne, se trouvaient les déserteurs des armées des divers Etats italiens et surtout tous ceux qui voulaient se soustraire aux recherches de la justice ou échapper à la conscription. Leur nombre ne s'élève en 1847 qu'à 8.115 et il descend même en 1853 à 7.573. Cette décroissance momentanée est due à la crise immobilière qui durant quelques années sévit sur la colonie, et qui affectait plus particulièrement la colonie italienne, composée d'ouvriers et de petits commerçants. A partir de 1853, son accroissement est plus régulier et plus continu. Ce ne sont plus, exclusivement, les Sardes qui y contribuent, ce sont des Toscans, des Napolitains, des Catalans et même des Piémontais, attirés par l'ouverture de grands chantiers publics et par la pêche. En 1872, ils sont 18.351. Comme pour les autres colonies étrangères, la plus forte émigration se produisit les années suivantes. La colonie italienne passa successivement de 25.759 en 1876, à
33.693 en 1881, à 44.315 en 1886. Puis même recul que pour les autres groupements q partir de 1891 : ils redescendent à 39.161 puis à 35.589. De ce recul, nous avions donné comme couses probables et la conquête delà Tunisie, et la guerre de tarifs douaniers, indépendamment des naturalisations individuelles et collectives qui avaient accordé ou imposé la qualité de Français aux Italiens. Nous avions insisté en particulier sur la coïncidence de l'affaiblissement du groupement italien en Algérie et de l'ouverture de la Tunisie au peuplement européen, et sur la possibilité d'un déplacement des ouvriers italiens vers la Régence tunisienne ; c'était évidemment une simple hypothèse, qu'aucun document, aucune statistique ne venait appuyer mais qui était rendue vraisemblable par la composition d'une partie de la colonie italienne. Terrassiers piémontais et pécheurs calabrais et campaniens devaient aller vers des pays où s'ouvraient de grands travaux publics et vers des côtes moins dépeuplées par une pèche intensive M. Loth, sans nier d'une manière catégorique ce déplacement, reste assez sceptique à ce sujet, d'autant que les Italiens en Tunisie ne sont point originaires des mêmes provinces que leurs compatriotes algériens. Presque tous viennent de la Sicile, et il est incontestable que les conditions économiques et sociales de cette île, comme les facilités de communication entre les deux rives africaine et européenne si rapprochées en cet endroit, ont provoqué un mouvement d'immigration très intense. Mais n'est-il point admissible que les Italiens de la province de Constantine, ceux de Bône et de la Calle, de Guehna et de Soukahras, ne se soient portés partiellement à la suite de nos armées dans les parties de la Régence, les plus voisines de l'Algérie. Là où
M. Loth a absolument raison de dire que nous nous sommes trop hâtés d'affirmer, c'est quand il nous reproche d'avoir écrit : « Les colonies italiennes s'affaibliront encore, et quoique l'Italie ait cessé de poursuivre la France de son hostilité rancunière, il serait insensé de prédire un accroissement de la colonie italienne, les portes de la Régence restant ouvertes, o Les résultats du recensement de 1901 contredisent, en effet, cetteassertion ; en 1896, les Italiens étaient 35,589 ; en 190 L, ils sont 38,791. Or, cet accroissement de 3,252 unités ne saurait s'expliquer par un simple excédent de naissances. L'immigration italienne a donc repris ; toutefois ce relèvement ne s'est produit que pour le département d'Alger ou plutôt pour Alger et sa banlieue. Rien qu'à Alger la colonie italienne a gagné plus de 2,000 recrues nouvelles; aussi en est-on à se demander, s'il n'y a pas là un de ces accidents auxquels sont sujets les statisticiens. Le tout serait de savoir si les conditions des deux recensements, de 1896 et de 1901, ont été les mêmes, si dans les deux cas on a compté la population permanente et la population flottante, ou si dans le premier on n'a retenu que la première ; peut-être les pécheurs italiens, si nombreux sous les voûtes de la Pêcherie et dans le quartier de la Marine, étaient en mer lors du premier dénombrement et étaient à terre lors du second. Cependant la différence est trop considérable pour que cette simple raison suffise à en rendre compte. D'autres causes ont agi, notamment l'extension delà culture des primeurs aux environs d'Alger ; les Italiens sont particulièrement aptes à cette culture ; à Guyotville, ils s'y adonnent de préférence à toute autre, et il en est de même à Hussein-Dey, à Kouba, à Maison-Carrée. Partout où les Européens se livrent presque exclusivement
à cette culture, les Italiens s'accroissent rapidement ; tout dernièrement encore, on nous citait le débarquement de plusieurs centaines d'Italiens qui, à peine sur les quais d'Alger, étaient engagés par les primeuristes. Des besoins nouveaux appellent des bras nouveaux. Rien ne s'oppose à ce que l'afflux des immigrants napolitains ou calabrais ne compense et au-delà pour quelque temps les pertes subies par ce groupement.
La colonie espagnole forme une société complète, à la fois maritime et agricole, industrielle et commerciale. Aussi a-t-elle profité de toutes les causes qui ont favorisé le peuplement de l'Algérie, et sa croissance a été régulière, continue. Ouvriers agricoles ou défricheurs, fermiers ou propriétaires, les immigrants espagnols sont laborieux, sobres, tempérants ; ils résistent merveilleusement, sous ce climat, à toutes les fatigues, même les plus pénibles. Dès lors, leur accroissement s'est trouvé subordonné en partie aux progrès de la colonisation, et leur histoire fut celle des colons français. Toutes les fois que ces derniers s'accroissent rapidement, eux aussi augmentent avec la même rapidité. En 1841, à l'arrivée de Bugeaud, les Français n'étaient que 16,677 ; en 1845, ils atteignaient le chiffre de 46,339 et, en 1851, 66,050. Parallèlement, au cours de la même période, les Espagnols passaient de 9,748 en 1841, à 25,335 en 1846 et à 41,558 en 1851. 11 est vrai qu'à ce moment le gouvernement français donnait aux étrangers, comme à ses nationaux, des concessions gratuites de terrains. Mais, même sans cet attrait des concessions gratuites, il suffit que progresse la colonisation agricole pour que grossisse l'immigration espagnole. Jamais cet afflux n'a été plus abondant que de 1872 à 1886 ; il inonda toute l'Oranie et la partie occidentale du département d'Alger.
Tous les cinq ans, les dénombrements accusent un excédent de 20 à 30,000 Espagnols : en 1872, ils sont 71,366 ; en 1876, ils ont gagné 21,000 unités et passent à 92,510. Nouveau gain de 22,000 âmes en 1881 ; ils sont 114,320. Enfin bénéfice plus considérable encore en 1886 , plus de 30,000 individus ; ils atteignent 144,530. Ce sont les travaux agricoles, les défrichements des terres, la plantation de la vigne qui ont attiré cette armée de travailleurs et l'ont maintenue sur le sol algérien.
Les Espagnols ne répugnent à aucun travail, comme à aucun métier ; dans les villes on les voit occupés dans presque toutes les entreprises d'utilité publique, comme terrassiers, maçons, manœuvres. Ils ont constitué avec les Italiens les plus gros bataillons de cette armée de travailleurs qui ont percé les routes, creusé les ports, établi les chemins de fer. De 1861 à 1872, la colonisation agricole s'était ralentie, mais les grands travaux publics exigeaient une main-d'œuvre ouvrière très nombreuse ; l'exode des Français vers l'Algérie, sans s'arrêter, fut moins actif, celui des Espagnols, au contraire, devint plus intense ; de 48.145 en 1861, leur colonie passe à 58,510 en 1866 et à 71,366 en 1872. La vente aux enchères de terres domaniales permit aussi dans certains arrondissements oranais à de riches propriétaires d'origine espagnole d'acheter'de vastes domaines. Enfin les Espagnols sont commerçants et industriels ; ils ouvrent souvent des boutiques, des magasins, des cafés ; ils monopolisent quelques petites industries. Dans les quartiers habités de préférence par leurs compatriotes, presque toutes les enseignes portent des noms espagnols. Ils ont donc bénéficié des progrès de nos grandes villes algériennes, et leur nombre s'est accru dans les mêmes
proportions qu'augmenta la population générale de ces villes.
Mais en 1891, cette colonie espagnole, comme l'italienne, comme la maltaise, dut payer son tribut aux exigences de la loi française ; elle perdit, par la naturalisation, une partie de ses nationaux. Pour elle, le tribut fut plus lourd, parce que, parmi les jeunes espagnols, beaucoup étaient déjà nés sur la côte africaine, que quelques-uns même se trouvaient être les petits-fils d'ancêtres, débarqués en Algérie dans les temps héroïques de la conquête. Et puis — particularité toute spéciale — ce groupe comptait plus de femmes que d'hommes ; les mariages croisés, auxquels se prêtaient facilement les jeunes tilles espagnoles, leur faisaient perdre leur nationalité. Et bien, malgré les pertes sensibles qu'elle subissait, cette colonie espagnole continua à s'accroître en 1891 et en 1896. En 1891, la loi de 1889 était encore trop récente, pour avoir produit des effets très marqués : néanmoins, le dénombrement de cette année ne fit plus ressortir qu'un accroissement de 7.000 unités, celui de 1896 un autre de 6.000, alors que ceux qui avaient précédé avaient, depuis quinze ans. enregistré des gains de 20 à 30.000 individus. S'il n'y avait pas encore recul, il y avait ralentissement et presque arrêt dans la progression. Mais le recul ne devait pas tarder à se produire ; en 1901, les Espagnols ont perdu 2.000 nationaux : ils étaient 157.560 cinq années auparavant, ils ne sont plus que 155.265. La perte n'est point considérable, mais elle est une indication.
Répétons-le ; qu'on ne juge pas d'après des apparences trompeuses que les colonies étrangères ne sont plus alimentées par une forte immigration ; pour qu'elles puissent résister, sans trop en souffrir, aux prélèvements
que chaque année leur fait subir la loi française, il faut qu'elles récupèrent ces pertes par l'arrivée de nouveaux compatriotes ou par l'excédent de leurs naissances sur leurs décès. On ne sait encore ce que donnera le recensement de 1906 ; tout laisse supposer — et la prospérité actuelle de l'Algérie, et les calamités qui se sont abattues sur l'Espagne et sur l'Italie, — que de nombreux étrangers se sont fixés en ces cinq dernières années dans la colonie, qu'ils ont rempli les vides causés par la naturalisation française dans les rangs de leurs compatriotes et que par suite les effectifs de ces groupements étrangers n'ont pas éprouvé de sensibles variations.
L'équilibre des sexes en Algérie. — La puissance de piogression spontanée d'un peuple neuf n'est réellement mesurable que lorsqu'est remplie une condition nécessaire, l'équilibre entre les sexes. Or cet équilibre n'est généralement atteint que bien longtemps après la pacification qui a suivi la conquête. A cette loi de toute colonisation, l'Algérie n'a pas fait exception ; bien au contraire, comme l'établissement des Européens s'est fait au milieu d'une population indigène assez dense, réputée pour sa cruauté, enhardie au début par nos hésitations et fanatisée par ses marabouts, comme de fréquentes insurrections avaient ensanglanté ce sol algérien, de longues années s'écoulèrent avant qu'une sécurité relative permit aux femmes européennes de venir dans ce pays et aux familles de se fonder. Car c'était folie de songer à la possibilité d'un croisement
avec les femmes indigènes, la religion, les mœurs, l'hostilité innée des deux races, s'y opposant.
Aussi, jusqu'en 1851, la différence entre l'effectif des hommes et celui des femmes varie entre la moitié et un tiers. Défalcation est faite, bien entendu, de l'armée qui ne saurait être considérée ici. Voici les chiffres que le Docteur Ricoux a puisés dans les statistiques officielles. Il laisse de côté tous ceux qui sont antérieurs à 1847 en raison des erreurs manifestes contenues dans ces relevés, et cite ceux qui concernent la période 1847-1851 et ceux des dénombrements de 1866 et de