Le peuple au citoyon Lamennais
Td Tiens de faire un livre à bonnes intentioDS pour le peuple ; le peuple l'a lu et me charge de t'en témoigner sa reconnaissance : c'est de la part un acte de civisme dont il saura le tenir bon compte, au jour de branle-bas général que tu entrevois pour lui dans un prochain avenir.
Personne mieux que toi jusqu'à présent , si ce n'est chacun de noua en particulier , n'a senti ,
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compris , développé les souffrances du peaple , apprécié son utilité sociale et son importance numcriqac.
B Le peuple, dis-ta, se compose dans chaque
■ pays de tous ccas. qui fatiguent et qui peinent
■ pour produire et répandre les productions.
B Oloz UD petit nombre de privilégiés enserclis » daus la pure jouissance, le peuple c'est le » genre humain.
B Sans te peuple nulle prospérité , nul dévelop- > pement, nulle vie; car point de vie sans tra- >• vail , et le travail est partout la destinée du » peuple.
" Qu'il disparût soudain, que deviendrait la » société? Elle disparaîtrait avec lui. Il ne reste- » rait que quelques rares individus dispersés sur B le sol, qu'alors il leur faudrait bien cultiver de B leurs mains. Pour vivre, Ils seraient immédiate-
■ ment (^ligés de se faire peuple.
B Or, dans celte société presque uniquement
■ composée du peuple, et qui ne subsiste que par B le peuple , quelle est la condition du peuple ? que
■ que fail-elle pour lui?
B Elle le condamne à lutter sans cesse contre
■ des multitudes d'obstacles de tout genre qu'elle » oppose a l'amélioration de son sort, au soula- ' grauent de ses maux ; elle lui laisse à peine une B petite portion du fruit de ses travaui ; elle le
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* Iraite comme le laboureur traite son cheval ■ et son boeuf, et souvent moins bien^ elle lui
* crée, sous des noms divers , une servitade sans
* terme et une misère sans espérance. >>
Puis à l'autre chapitre, au chapitre suivant, tu nous demandes si nous croyons qu'il en sera toujours ainsi , et (u nous réponds :
■ Me le pensez pas ; ce serait blasphémer .en » vous^némes. "
Ainsi soit-il ! nous sommes-nous dit en lisant ce passage ; mais, pour dire toute la vérité , je dois t'avouer qae nous sommes un peu embarrassés de savoir comment ce misérable état de choses pourrait devenir meilleur pour nous et pour loos ceux qni en souffrent , lors même que nous suivrions k la lettre les excellents conseils qae tu nous donnes d'organiser une bonne et franche ligue contre cette poignée de privilégiés dont ta Doos parles.
Une chose nous gène sm-(oat , c'est le désaccord qui existe, du moins h ce qu'il nous semble , dans tes principes , et nous avons beaucoup do peine à comprendre qu'un aussi grand esprit que le tien ne se soit point aperça de la contradiction dans laquelle il est tombé , en t'inspirant cet ouvrage si méritoire à tout antre égard i toujours en supposant que nous ne nous trom-
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piODS pas nous-niiïmes en croyaot que ta as manqué de l(^que.
D'une part, tu nous dis que , « si notre destinée
■ est devenue si pesante et notre vie si pleine » de misère, nous ne devons nous en prendre
> qu'à nous-mêmes ; c'est que nous avons mé-
■ connu les lois de la nature et que nous nous » sommes détournés de ses voies ; c'est que les u passions mauvaises, et l'égoïsme d'où elles » naissent toutes, ont armé les frères contre les » frères ; c'est que chacnu a cherché son bien
■ aux dépens d'autmi; c'est que, quand les na- » lions devenues ennemies les unes des autres se M furent ainsi divisées entre elles, chaque nation
■ s'est encore divisée en elle-même ; que quelquesu uns sont venus qui ont proféré celte parole
■ impie : A nous de commander et de gouverner i » les autres ne doivent qn'ohéir. Ils ont fait les » lois pour leur avantage , et les ont maintenues » par la force. D'un cAté le pouvoir, les richesses, a les jouissances ; de l'autre toutes les charges de
> la société.
» En d'autres pays et d'autres temps , sans lui
■ 6(er sa liberté , on a fait en sorte qao le fruit » de son travail revint presque en entier à ceux » qui le tenaient sous leur dépendance. Mieux » eût valu pour lui on complet esclavage. Car le " maître au moins nourrit, loge, vêtit son esclave ,
• le soigne dans ses maladies, à caage de l'intérêt » qu'il a de le conserver. Mais celui qui n'ap- •> partient à personne, on s'en sert pendant qu'il
■ fa quelque profit à en tirer, puis on le laisse » là. A quoi est-il bon lorsque l'âge et le labeur
* ont usé SCS forces ? h mourir de faim el de froid » au coin de la rue. Encore son aspect cboque-
> rait-il ceux qui ont toutes les joies de la vie. ■> Peut-être leur dirail-il quand ils passent : Un » morceau de pain pour l'amour de Dieu ! Cela
• serait importun k entendre. On le ramasse ». doDO et on le jette dans un de ces lieux im- » mondes , de ces dcpOls de mendicité , comme " on les appelle, qui sont comme l'entrée de la » voirie.»
C'est là, dis-tu, quelques-unes des causes de notre excessive misère. Tu ajoutes « qu'ailleurs » on a établi des distinctions fondées, non sur la
* naissance, mais sur l'argent) qu'il ne s'est » trouvé de place au banquet social que pour ceux
■ qui possédaient de la fortune ; mais que le pauvre » a reçu l'ordre de se retirer, qu'il n'y a même » plus eu ponr lui de patrie. >•
Fuis , ° que la fortune ayant marqué les rangs , » déterminé les classes, on a eu des droits de tonte
> sorte parce qu'on était ncbe ; le privilège exdn- " sif de prendre part il l'administration des adirés
B de tons ; c'est-à-dire de fait* ses propres affaires- B aux dépens de tous ou de presque tous. »
Enfin, * qae les prolétaires afirauchis indivi- ■> duellement ont été en masse la propriété de
■ ceux qui règlent les relations entre les membres
■ delà société, le mouvement de l'indoslrie, » les condilîoDS dti travail , son prix et la réparti- » lion de ses fruits^ qae ce qa'il a plu aux riches >• d'ordonner, on l'a nommé lot , et que les lois » n'ont été pour la plupart que des mesnres » d'intérêt privé, des moyens d'augmenter et de
■ perpétuer la domination et les abus de la do- ■■• minalioD du petit nombre sur le plus grand.»
Finalement, « que le repos, l'opulence. Ions •> les avantages ont été pour les uns ; pour les an- » très la fatigue , la misère , et une Tosse au bout ; " que tel est devenu le monde lorsqne le lien de d la fraternité a été brisé. »
Dans un antre chapitre, comme si l'exposé de toutes ces injustices ne t'avait point encore paru assez forts pour exciter notre indignation, notre jalousie, notre haine, contre un étal social aussi détestable , tu appelles notre attention sur les insolentes prétentions de ceux qui nous gouvernent, et tu nous dis :
■ H Peuple, écoute ce qu'ils t'ont dit, et à quoi ils » t'ont comparé.
> Ils ont dit qae tu étais un troupeau , et qu'ils
»en étaient les pasteurs : loi, la bmlej eux,. » l'homme. A eux ioùc ta toisoa, Iod lait, fa » chair. Pats sous leur houlette, et multiplie, » pour récbanO'er leurs membres , étancher leur » soir, assouvir leur faim.
» Ils ont dît aussi que la puissance royale était » celle d'un père sur ses enfants toujours mi- » neurs, toujours en tutelle. Sans liberté dès lors » et sans propriété , le peuple, élemeUement in- » capable de raison , incapable de juger de ce » qui lui est boo OD mauvais, utile ou nuisible, « vit dans une dépendance absolne du prince , » qui dispose de lui et de toutes choses comme
> il lui plait. Servitude encore et misère
•> Quelques-uns ne reconnaissent que la force n pour arbitre de la société. Au plus fort le pou- B voir, au plus fort le droit. Pauvre peuple, on » te foule , on t'opprime ; c'est le sort du faible ;
■ de quoi te plains-tu ? Dans ta candide simplicité , • tu demandes à la tyrannie ses titres. Est-ce que » partout tu ne les vois pas ? est-ce que tu ne vois » pas CCS baïonnettes qui luisent au soleil , el ces
■ canons braqués sur les places publiques?
» D'autres oui imaginé que le pouvoir appar- ' tenait de droit à quelques races d'une nature B plus parfaite 1 ou que Dieu le conférait iramé—
> dialement soit à des individus choisis pour cer-
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» taines uns particulières , soit à des ramilles B destinées à le posséder perpétnellemenl. Per- » pétuellement donc les peuples leur devraient 1 une obéissance entière, ayeragle. Car la volonté ' àa chef établi de Dieu étant, k l'égard des sa- B jels, la volonté deBieu m^e, serait toujours » présumée juste i et, en tout cas, aucun a^us,
■ aucun excès , ni les crimes même les plus énor- > mes n'autoriseraient à secouer le joug de sa- » puissance oppressive.
■ Ils ont appelé cela le droit divin ,
» Peuple, ferme l'oreille à ces mensonges. Laisse » l'impie blasphémer le Père du genre humain , • et apprends à connaître ses lois véritables , à » connaître Ion droit pour le conquérir.
» Tous les hommes naissent égaux , et par » conséquent indépendants les uns des autres : » nul, en venant au monde, n'apporte avec soi » le droit de commander. Si chacun originaire- » ment était tenu d'obéir à la volonté d'un autre^
■ il n'existerait point de liberté morale, on de » choix libre dans les actes ; il n'existerait ni crime » ni vertu , car la vertu dépend du libre dunx » entre le bien et le mal. »
Plus loin enfin :
■ Que si un ou quelques-uns tentaient de-
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" Hobstitaer leur volonté particulière à la to- >> lonté commune , leurs prescriptioDS , quelle» >r qu'elles fussent, ne seraient pas des 1(hs, mai»
■ une violation du principe même de la loi, » un acte ill^itime et subversif de toute vrai»
■ société.
■ Qnaod donc , renversant la base naturelle » de l'égalité dans l'organisation de l'État, on » investit exclusivement certaines classes privi-
■ légiées de l'antorilé législative j qu'on en fait • une attribution de la naissance ou de la ri- » chesse , il y a désordre et tyrannie ; car l'asso-
■ ciation véritable est changée en domination. » Les uns commandent, et pourquoi ? les antres » obéissent, et pourquoi? Qui a sonmis ceux- -ci à ceux-là ? qui a dit à des frères : Vos » frères se courberont sous votre main ; soyez ■» leurs maîtres , et disposez d'eux et de ce qui B est à eux , de leur travail et du produit de leur « travail comme il vous plaira?
■ Toute loi à laquelle le peuple n'a point coq- >• couru , qui n'émane point de lui , est nulle » de soi.
" On vous parle du souverain , du prince , » des pouvoirs publics : on wous abuse avec des
■ mots. Je vous l'ai déjà dit, le souverain, c'est "VOUS, c'est le peuple, essentiellement libre.
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« Le pouvoir , qu'il soit exercé par un ou plu- • siears, dérive de lui. Simple exécuteur de la M loi ou de la volonté du peuple, il n'a point » d'autre fonction; il est choisi, délégué unique- » ment pour cela, non pour commander, mais " pour obéir; et s'il cesse d'obéir au peuple, B le peuple le révoque comme un mandataire D inQdèle, voilà tout,
» Il faut encoreqae Toas sachiez ceci. Lorsque
■ l'excès de la souffrance vous inspire la réso-
■ lution de recouvrer les droits dont vos op-
■ presseurs vous ont dépouillés, ils tous ac-
■ cusent de troubler l'ordre, ils vous traitent > de rebelles. Rebelles , à qui ? Il n'y a de ré- 1 bellion possible que contre le véritable sou- » verain , contre le peuple j et comment le B peuple serait-il rdiellc au peuple? Les re- » belles, ce sont ceux qui se créent à ses dépens » des privilèges iniques; qni, de ruse ou de
■ force , parviennent h le soumettre à leur domi- B nation; et quand il brise cette domination, » il ne (rouble pas l'ordre, il le rétablit, il ac-
■ complit l'œuvre de Dieu et sa volonté toujours
■ juste. »
Dieu merci ! il ne manque rien au tableau , et les gros bonnets de la révolution de 89 , comme nous nous le sommes dit on lisant ces
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belles pages, ne sont que de piètres tribuns auprès de loi , en ce qui touche la manière de parler au\ peuples le langage de la liberté.
11 est bien entendu, d'après cela, que l'insurreclion est le plus saint de tous les devoirs, que loul ce qui existe de lois , d'institutions , de principes régissant la société actuelle , doit être radicalement extirpé, détmil, comme doivent l'être les racines des mauvaises herbes qui absorbent dans un champ les sucs nourriciers de la terre , appartenant exclusivement au bon grain. Le bon grain , c'est nous, c'est le peuple ; l'ivraie , c'est tout ce qui vit aux dépens du peuple.
Compris et adopté à l'unanimité ! Il sera fait comme tu le conseilles ; mais expliquerons cependant pourquoi , en nous soufflant à l'âme de pareilles ardeurs de destruction, lu viens à l'autre bout de ton livre nous imposer le respect du droit de chacun et par-dessus tout du droit depropriêté?
Nous parlant devoirs, lu nous dis, d'autre part :
' Lorsqu'on n'attaque que l'injustice, on ■ triomphe tM ou tard. Afin de triompher y certainement , ne veuillez donc rien que de " juste. Respectez le droit de ceux mêmes qui ont » foulé le faire aux pieds. Que la sûrrclé la li-
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» berté , la propriété de tous sans exeeplion vous 1. soient sacrées i car le devoir s'éteod à (onséga- » lement. Si nue fois vous violiez le devoir, où » s'arrêlerait cette violation? Ce n'est point » avec le désordre qu'on remédie au désordre. De <i qaoi TOUS accusent vos ennemis? de vouloir » uniquement sutstituer votre domination à >> leur domination , pour en abuser comme ils » en abusent -, de nourrir des pensées de vcn- B geance, des projets de tyrannie j et de là,
■ dans les esprits , une crainte vagae dont ils
■ profilent avec adresse pour prolonger votre as- " Eervissement.
N Dissipez ces fantômes sinistres évoqués par » de détestables imposteurs afin d'intimider les
• hommes simples et bons , et les détourner des " voies de l'avenir. Proclamez le devoir en même » temps que le droit ; ne les séparez point en " vous-même; qu'ils soient à jamais unis dans
• votre conscience el dans vos œuvres. Alors s'é- » vanouira le plus grand obstacle à ce que vous
désirez et devez désirer.»
>> Vous avez aussi à vous créer dans l'ordre
1 matériel une existence moins précaire ,- moins ' dure ; à combattre la faim, à faire en sorte d'as- » surcr à vos femmes et à vos enfants le néccs- " sairc , qui ne manque, parmi tontes les créa-
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» (ures, qa'à rbomme seul. Or, poarqooi tous
• manque-t-il ? Parce que d'aatres abordent le » n-uit de votre labeur et s'en engraissent. Et > d'où Tient ce mal? de ce que chacun de vous ,
■ priTé dans son isolement des moyens d'établir s et de soutenir une concurrence réelle entre
■ le capital et le trarail , est livré sans défense » à l'avidité de ceux qui vous exploitent tous. » Gomment sortirez-Tous de cette funeste dé- » pendance? En tous unissant, en tous asso-
■ ciant. Ce qn'nn ne peut pas, dix le peuvent ,
■ et mille encore mieux. »
Ce passade nous a paru d'une admirable justesse ; mais il nous semble avoir seulement constaté le mal sans en avoir indirué le remède. En supposant que l'association puisse en être un, ne dis-tu pas quelques lignes plus loin :
< Ceux qui profitent de nos maux en souffri- » ront-ilsle remède ? Ils jetteront leurs lois entre » chacun de nous et ses frères , et tous nos ef-
■ forts pour nous rapprocher seront vains , et les » violences qu'ils provoqueront inrailLiblemeol
* contre nous aggraveront encore notre misère.» Pais ta fais disparaître tous ces obstacles , en
ajoutant :
■ Et moi je vous dis : Veuillez seulement, et f les lois iniques disparaîtront soudain , et la vio-
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» lence des oppresseurs se brisera coolre votre !• fermeté inflexible et juste. Rien ne résiste à » l'aoloD do droit et du devoir.
» Soavenez-Tous des castors. »
C'est encore vrai que tu nous avais comparés à ces pauvres bétcs qui se bâtissent de si jolies maisons sur le bord des fleuves et en travers du courant des eaux, si la fantaisie leur en vient Ils sont bien heureux les coquins ! quand toutefois les sauvages ne viennent pas leur arracher la peau de dessus le dos pour la vendre aux gens avec lesquels ils commercent, comme il pourrait nous arriver à nous-mêmes , si nous nous avisions d'aller nous bâtir des maisons sur le domaine du roi, ou sur les terres de ceux qui nous tiennent en servage.
Ces réflexions-là et beaucoup d'autres encore nous les avons faites dernièrement entre nous , en tenant conseil sur les voies à suivre pour arriver à nous procurer, par an moyen quelconque, notre part de bien-être dans celte société si mal constituée, comme tu l'as fort sagement établi et comme nous en sommes nousmêmes bien persuadés.
Nous étions là , dans une bonnétc taverne , plusieurs centaines de braves gens plus misérables les uns que les autres , appartenant à
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tous les corps de métiers, i toutes les profes- «ioDS ïmagiDables, étions égaïeuieiit pressés par conséquent d'eu finir avec les auteurs de nos maux; ton livre était an milieu de nous, tous; cliercbaîent avec ardeur le moyen d'opérer cette régénération sociale si désirée; mais, comme je te l'ai dit , notre embarras fut grand en y lisant l'étrange contradiction que je viens de te signaler. La discussion qu'elle souleva parmi nous renouvela, pour ainsi dire, le miracle de la confusion de la tour de Babel , et si nous continuâmes de parler le même langage , au muins le désordre , le trouble, se mirent-ils dans nos idées , à ce point qu'il nous fut bientôt complètement impossible de nous entendre.
Les uns disaient : Pins de royauté ! plus de pouvoirs politiques ! plus de lois que celles qne nons ferons nous-mêmes !
Les antres : Plus de ricbcs ! plus rien que des gens qui ne vivent comme nous que de leur travail!
Et tous citaient, lisaient à haute voix les passages de (on livre, où tu prouves que les choses n'iront bien qu'à ces conditions-là.
— Oui, mais comment faire pour y arriver?
demandèrent les plus sensés d'entre nous. Ceux qui
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possèdent n'entendront pas de cette oreille-là ; ils ont de l'argent , des annes , des soldats et des lois par-dessus le marché , avec lesquels ils noos repousseront : d'ailleurs, le citoyen Lamennais l'a dit laiHD^e.
— Alors associons-nous ; ce qu'un ne peut pas faire , mUle le peuvent aisément , crièrent des gens persuadés qu'ils avaient tranché le nœud de la difficulté.
— Mais les lois défendent les coalitions d'ouvriers, observèrent des têtes plus rassises, et à la première tentative que nous ferons poor .nous montrer , la force armée nous dispersera, comme il est arrivé tontes les fois que quelque corps de métier parmi nous s'est soulevé pour obtenir une augnenlation de salaire. Tout le monde a crié cdntrc nous à la violence, à l'anarchie ; que sera-ce quand nous émettrons hautes ment la prétention de refaire le monde à notre modeP
— Si le monde crie, nous lai marcberonssur le ventre , et nous verrons après , dirent les exaltés de la bande ; et d'ailleurs , le monde est-ce que c'est autre chose que nous ?
— A la bonse heure ! mais le citoyen Lamcnnais défend de recourir à la force , fis- je obser-
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Tcr à ces partisans de la TJolcnœ ; il vent qoe nous respections tous les droits même de ceox qui ont foulé les oAlics à leurs pieds. Tenez , voyez plnlU.
£1 je leur lus de noareau le passage relatif aux devoirs.
II se fit un moment de silence pour chercher, au moyen de la méditation , à sortir de ce cercle infranchissable, mais essentiellement cuntradioloire avec les précédrats passages du livre , et l'on revint k se demander, pourquoi , plaçant la fin de notre misère dans la cessation des causes qui la produisent, et nous excitant à déterminer cette cessaIi(Hi , tu nous en «Mais en même temps les moyens, en nous obligeant- à respecter les droits de tous ceux à qui profite ce monstrueux état de choses.
Comme dirait un romantique, ange on démon , réponds-nous , est-ce la révolte ou la soumission que tu nous prêches ?
Si c'est la soumission , à qnoi bon ? ne souffrons-nous pas en silence , avec une résignation exemplaire, les maux de nos conditions respectives , et que dans notre simplicité nous avions crus jusqu'ici être inhérents à notre pauvre nature, etsnrtont à l'état de civilisation dans lequel marchent avec nous tant d'autres peuples? Dans ce cas, pourquoi ton livre? pour-
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■quoi Tcrscr sur des plaies qui ne sont que tn^ vives des caustiques aussi brûlants?
Si c'est la réTolte , pourquoi , après l'avoir en quelqoe sorte sanctifiée en nous disant qu'elle répondrait aux desseins de Dieu sur rbamanité, viens'tn condamner d'avaDCe l'usage des seuls moyens que nous puissions employer, pour arriver an résultat que tu souhaites et que (u noua dépeins comme si glorieux ?
Voilà ce que le peuple voudrait savoir et ce sur quoi tu ferais bien de t'expliquer catégoriquement et sans arriére pensée ; car le peuple possède assez de bon sens , tu dois le croire , pour comprendre qu'en matière de si haute importance il faut franchement adopter un parti , et qu'entre deux principes aussi essentiellement contraires que le sont l'oppression et la liberté , le privilège et l'égalité , il faut absolument choisir. Ce choix une fois fait , il n'y a plus de ménagements à garder avec le principe délaissé : les moyens les plus propres à détenniuer son anéantissement , sa ruine , doivent être déclarés les meilleurs ; le droit n'est plus que ce qui est utile au plus grand nombre , le j uste que ce qui sert de consécration à ce droit.
Ainsi donc, si la royauté, si les pouvoirs politiques et les étais qui les soutiennent, sont
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23 — coatraires au bien élre-géoéral , il n'y a pas de milieu à garder avec eux, il fant les détraire. Si la propriété , les capitaux sont lellement mal répartis qu'il se trouve des individus en possession de ce qui suffirait à l'aisance de dis , de vii^, de cent familles, uni doute que ce ne soit une inmnséqaence de laisser subsister plus longtemps une aussi mauvaise répartition. La transaction avec de pareils abus n'est pas proposable. Si ce sont là bien réellement les sources de la misère publique , il est de tonte nécessité de les tarir ; et ceux qui prétendront s'j opposer devront être considérés comme les ennemis ' de rhomaoité et traités en conséquence.
Pourquoi donc , si tu as de pareilles convictions , prétends-ta nous enchaîner dans ce que tu appelles les liens du devoir ? pourquoi donner le nom de désordre à tout acte qni aurait pour objet de changer l'ordre actuel , que tu déclares toi-même être lont le contraire de ce qui devrait exister?
11 y avait dans ces simples réflexions matière à bien des dontes pour de pauvres gens aussi peu éclairés que nous le sommes. Néanmoins , comme en déSnitive il n'était gu^ possible d'admettre qu'un homme de science tel que toi , et prêtre, avec cela , écrivit de pareilles choses ,
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ponr semer des erreurs aoui dangerenses dans celles des classes du peuple on elles {vodairaient les plus fanestes conséquences, nous en sommes retenus k cooTenir que le plus sur et le meilleur pour nous était toujours de'commencw à mettre la main à la besc^e , en faisant nn appel général à tous les pauvres diables de notre espèce; dods disant que doos écririons sur noire drapeau : Fraternité, liberté, égalité i qu'après cela , nous irions en masse , dans les villes, faire rafle de l'argent et de tout ce qui a quelque valeur pour en faire ensuite un juste partage.
Oui, mais ctHnme nous commencions à Qons communiquer nos idées Jà -dessus , un ancien , un homme à cheveux blancs , à qui nous n'avions pas fait attenlitm parce qu'il se tenait A l'écart dans un coin , occupé , à ce que je pense , à lire les journaux , et qui n'avait pas pris la moindre part à notre discussion , cet ancien , dis-je , attira m ce moment sor lui nos regards par une dréle d'observation , qu'U Qt tout bant , assez haut, du moins, pour qu'on l'entendtt.
— Yoilà juste oà de pareik livres doivent mener le peuple que son ignorance empêche toujours de distinguer le faax du vrai , le raisonnable de l'extravagant : Et dire qu'il faut que ce schI la main d'un prêtre qui creuse cet abîme!
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Nous écoatioDS , nous aatrea et bien frappés diesurprise, ce Tiens paroissien mangréaDt (oat seul- GtHitre too livre , qui noos paraissait ai fort de bonnes raisons.
— Quoi donc ? Qu'est-ce qui tous pique , l'anden? lui dtmeS'Dous ; est-ce qu'il ne tous-- Ta pas à TOUS ce livre-là? c'est pent-41re que TOUS êtes ricbe; dans ce cas, on cmçwt,... mais que ça tous aille ou que ça ne tous aille pas, ça sera tout comme.
— Eh! mes amis, nous répondit-il d'an air qoi BOUS émut vivement, pour le peu d'années qoe j'ai encore à passer sur la terre, vous de- Tez bien croire que je dois être à peu prés indifférent à ce qui pourra m'adTenir, en cas de quelque noiwelle révolution; aussi n'est-ce pas sur moi qne je gémis , mais sur vous-mêmes et sur le Iriste avenir réservé à la sodété, si ce livre pernicieux devienl jamais l'Evangile de» classes auxquelles l'a destiné son auteur.
— Bah ! qu'est-ce que tous y trouvez donc de à pernicieux?
— Il est (aux de tout point, absurde et détestable d'nq bout k l'antre.
Nous nous récriâmes en masse sur la sévérité^ d'un pareil jugement , et répondîmes que dé-
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(ait plus facile à dire qu'à [>roaTer. Le Tienx ne se trouva pas nn momoit démonté de nos clamenrs, il haussa seulement les épaules comme un homme qui se dit : Ces pauvres g^ns-là ne seraient pas en étal de me com|H'endre. Noos eu fûmes piqués, comme de raison , et nous le pressâmes de s'expliquer ; il s'7 dédda eoGo par complaisance.
— Ecoutez , nous dit-il , je n'ai pas perdn nn seul mot de la discussion à laquelle a donné lieu entre vons la lecture de ce dai^eren^ ouvrage , et je n'avais pas remarqué sans plaisir que voire bon sens naturel vous eût signalé l'inconséquence du citoyen Lamennais, comme vous avez lonte raison de l'appeler, car cet homme , ce prêtre, tient en cITct le langage du plus effréné démagi^ue. Celte inconséquence est grave, radicale, et en même temps bien (liffcilc h concevoir chez un écrivain de ce mérite, puisqn'après avoir excité votre haine contre l'ordre social actuel, après vous avoir persuadé qu'il n'y aurait pour vous de bonheur qu'après avoir changé cet ordre de fond en ciMDble , ce qui implique nécessairement la destruction de tous les droits existants , il vous recommande, quelques pages plus loin, de les respecter tous sans exception. Si ce n'est pas là un non sens, une absurdité de premier ordre, il faut
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reBoncer à en jamais rencontrer dans aocua
écrit.
A'ons convtnmes que nous en avions fait la réflexion , mais que probablement l'anlenr ne serait pas embarrassé d'expliquer la cbose d'mie manière saUsTaisante, si on la Ini présentait comme (éjection.
— Gardez-Toos de le croire ! c'est là un de ces grands écarts de raison où sont entraînés, à leur insu , les esprits supérieurs , quand ils font un manrais usage da génie que leur a départi le del ; c'est le moyen dont Dieu se sert pour les discréditer dans l'opinion des peuples : leur sagesse n'est plus que ranité , quand le bon sens choqué dans ses instincts pent protester contre leurs écrits. Non , croyez-moi , lorsqu'un livre fait nat- Ire dans l'esprit des réflexions du genre de celles qne vous avez faites an sujet de celui-ci, c'est la marque assurée que celai qni l'a écrit n'avait pins toute sa raison , conséquemment qu'on ne peut trouver mêlées à quelques vérités que dé monstrnensea erreurs.
— Diable 1 citoyen Lamennais, pare cette botte-là si tn le peux, car c'est cbose au-dessns de nos forces : le vieux est trop subtil pour des ignorants comme nous , et je vais pour la même raison te rapporter tidèlement tout ee qu'il nous
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a dit encore cootre loo onvnge , qae nom xrom cependant défenda autant que noos en étions capables.
Hiaos conuoençAmes par Tooloir le faire coare^ nir qne tn avais dit vrai en pariant da maoTsis ïot qui nous était écha en partage , à nons autre» travaillenrs , dans la société tdle qu'elle est orga.nisée aujourd'hui.
— Quand je vous accorderais cela, nous répondit-il, s'ensuivrait -il qu'il ne vous aurait pas trompé sur les causes de votre misère , et qu'il aurait eu raison de vous proposer coame mojea de vous en afiraochir, le renversement de l'ordre social ? Or, c'est bien ce qu'il fait , pnisqa'il attribue vos souffrance k la nécessité où vous êtes d'obéir à des lois que vous n'avez pas faUea, à l'absence d'une liberté , d'une égalité absolues, au despotisme de la propriété sur ceux qui n'en possèdent pas, à l'iuégalilé des fortunes, à l'existence des distinctions de rang , de position dans le monde , toutes choses dont il a une égale borreur. Eh bien ! s'il a raison , n'est-ce pas tout cela qu'il vous faut détruire?
— Mais oui , nous croyons bien que c'est ainsi qu'il l'entend; dumùns c'est bien ainsi que ntms le comprenons.
— Et vous De lui faites pas injure en suppo-
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saot que co sont là ses intentioBg -, mais ses intentions soBt pervo'ses et ne vont h rieu de moins, TOoIez-TOns le savoir? qn'à noyer dans leor propre san^ les peuples qui seront assez malbenrenx poar essayer de réaliser son effroyable théwie. La plos sauvage barbarie aora lûentôt remplacé la cirilisation , et la misère qa'iis auront compté éteindre ù jaoïais, ne tarde pas à renalb-e pins implacable et pins générale qu'elle ne l'est aujourd'hui.
— Est-ce qao vons u'exagérez pas un peu à TOtre tour? demandâmes-nous à ce brave bomme qui avait pourtant l'air bien pénétré de ce qu'il nons disait , et je me basardai moi-même à lui dire qu'il me semblait que, si tontes les ridiesses de la France étaient distribnées par portions égales entre tous ses babitants, chacun devrait se trouver assez aisé ponr qu'il n'y eût plus on seul malheureux.
— Tu raisonnes bien là comme un pauvre ignorant , me répoodit-U de l'air d'un boomie ému de pitié. Ce serait jn^isémcnt le contraire de ce que tu crois qui arriverait, quand toi et tes amis vous seriez faits voleurs et assassins pour arriver à ce beau résultat ; car In n'imagines sans doute pas, j'espère, que ceux que vous entreprendriez de dépouiller de leur Tortunc , de leurs-
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biens , ne se mettraient pas en devoir de les biea défendre. Par cela même qn'il n'y aurait plus de riches , il n'y aarait parloat plus que des pauvres.
— Comment plos que des panvres ? m'écriai-je , saisi d'une aussi étrange conclusion. — Sans doute, répondit-il en souriant ; mais reprenant aussitôt tout son sérieux , il me surprit bien davantage en* çore en m'expliquant sa pensée.
— Ecoute, me dit-il, sache d'abord que les richesses ne comportent ce nom et n'acquièrent d'utilité réelle, qu'autant qu'elles sont concentrées dans les mains d'un nombre assez restreint d'individus. C'est ce qui fait qu'ib peuvent en aider l'industrie , le commerce , l'État , sans éprouver la moindre gène i ce que ne pourrait pas faire une multitude de malheureux , que le moindre petit prélèvement , sur la minime part dont ils seraient en possession , jetterait dans la dernière détresse.
Ce qui crée la richesse , mes amis , ne l'oubliez jamais , c'est le travail , et le travail est impossible sans la circulation incessante de grands capitaux. Or, les grands capitaux disparaîtraient sans retour , s'ils étaient fractionnés , répartis en France entre Ions ses habitants , de la manière que vous entendriez le faire , si vous étiez les maîtres.
Savei-Toos ce que chacnh de vous aurait en pocbe , si ce beau projet d'égalité dans les fortunes se réalisait? deux cent trente francs, et pas an son de plas.
— Bah ] flmes-noos , pas possible 1
— Pas an sou de pins, Tonsdis-je, et pour TOUS le proorer à Tons-mémes , si qnelqn'on de voQS sait compter , qu'il divise sept milliards cinq cents millions , qui font le rerenn net de la France, en trente-deux millions d'habitants qu'elle possède, et il verra si mon assertion n'est pas exacte.
Ajoutez À cela, reprit -il, qu'il n'y anrait plus de possibilité pour personne d'entreprendre de grands travaux , de faire subsister an seul établissement iodastriel de quelque im> portance; car qui de vous, par exemple, à la tête d'an aussi mince capital, voudrait en exposer la moindre partie aux chances toujours si hasardeuses du commerce? Et tenez, entre mille objets de comparaison, choisissons, si vous le voulez , les houillères , puisque d'ailleurs il y a parmi vous beaucoup de gens du métier. Quels ca|Htaax ne faut -il pas réunir, quand il s'^it d'une exploitation de ce genre! Il faut compter par millions plulAt que par centaines de mille francs. Et pourtant , qu'arrivet-il encore quelquefois quand on est en train
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à'oféreil que la veine se trouve rompue par des courants d'eau sur lesquels on n'avait pas compté, ou dont on avait mal ai^récié l'impwlance, ou des explosions souterraines et mille autres accidents de tous genres qui font , qu'après bien des efforts et de nouvelles dépenses, on est obligé de renoncer à l'entreprise; ce qui ruine bien souvent ceux qui l'ont commencée, s'ik n'ont pas assez de fortune pour soulemr cet échec S««ienl-ce de pauvres ouvriers qui, même avec la bonne vcdonté de vivre de c«tle industrie , pourraient réunir entre eux les sommes nécessaires à l'accomplissement d'un pareil projet? A combien faudrait-il qu'ils se missent pour réaliser seulement nne centaine de mille francs ; ce qui, vous le savei, serait ùisuffisantàla dépense du premier mois ?
Il en serait de même de toutes les antres industries qui nécesûtent beaucoup d'ai^eat : et quelle est celle, dites-le-moi, qui pourrait aller avec une mise de fonds de deux cents francs ? Adien donc les grands at^o^, les manufactures, les fabriques , qui donnait du travail et de l'aisance aux ouvriers à qui le cœur ae manque pas; et quel est celui de vous à qm l'emploi de son temps , de sa farce ou de son intelligence ne fait pas gagner par année cinq ou six fois celte misérable somme!
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Pins d'iiHlnstrie, plus d'arts, plas de commerce, partant (dos de gloire, plos de puissance nationale; car le moyen, avec nn état Toagi de misère , ne ponvant plus rien acheter ni vendre à l'étranger, de s'en faire respecter et o'aiiidre ati besoin? Avec quoi maintenir D&e marine , nne armée , subvenir aux dépenses pnUiques , créer quoi que ce soit de grand , d'utile , même de nécessaire , cbacnn n'ayant par devers soi qu'une somme de beaucoup inférieure à celle qu'il gagne maintenant ? Sans compter que les choses qu'il regarde comme indispensables à ses besoins n'existeraient pas en grande partie, on devraient être payées vingt ou trente fois pins cher qu'il ne les paye aujourd'hui , tant elles seraient dcvenaes rares par la difficulté qu'on éprouverait à faire marcher le moindre établissement. Vous voyez donc bien qu'en prétendant égaliser les fortunes , vous ne réussirez qu'à créer la misère pour tout le monde et qu'en cela , du moins, M- Lamennais a grand tort de diercher à vous indisposer contre les riches.
Noos ne pûmes nous empêcher de convenir, qnoiqu'à regret, que ta t'étais un peu fourvoyé sur la question, et c'est grand dommage, car il nous allait joliment d'essayer , ne fût-ce qua
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pour quelques années, de l'état de rentier, comme nous stious cru la chose possible ; mais comme l'ancien sait compter, à ce qu'il parait, il faut remettre la chose à un autre temps . Néanmoins je ne me tins pas tout à fait pour battu , et je loi Gs observer qu'il ne devait pas lui sembler juste que de braves gens qni travaillaient comme des chevaox n'eussent, au bout du compte, qu'une si petite part en comparaison de celle qui revenait aux entrepreneurs d'industrie. Ces gueux-là, lui dis-je,au bout de cmqoBaixaBS deviennent ricbes comme des Grésns, et les pauvres diables, qui leur ont fait cette fortnne-U , continoent de piocher le reste de leurs jours sans arrêter, pourtrouver, quoi? La fosse commune , comme le dit trop bien le citoyen Lamennais, en passant par l'bfVpital et quelquefois par le dépôt de m^idicité. C'est criant ça , j'espère.
— Oui, ce l'est, j'en conviens , et il serait en effet à souhaiter que le sentiment de l'humanité parlât plus souvent et plus haut au cœur de ceux qui , parvenus à la fortune par celte voie, oublient dans un lâche é^ïsme qu'il est du devoir de leur nouvelle position de se livrer sans cesse à des actes de bienfaisance ; et M. Lamennais aurait droit à la reconnaissance du peuple , à l'intention duqnel il a fait ce livre, s'il eût consacré le génie qu'il y a déployé à gagner les riches à
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la sainle cause de la charité; mats, tont en avouant qa'il y en a beaucoup qui restent élrangers à cette première Tertti d'nn véritable chrétien , soyez bien cerlaios qu'il y en a enrore davantage qai la pratiquent avec ardeur : ce qui le prouve d'une manière irrécusable, c'est ce nombre infini d'étab!issemenl9 utiles, d'institutions pieuses de tons les genres, ces hôpilaux , ces hospices, ces écoles de charité , ces bureaux de bienfaisance, ces assodations de toutes les espèces ayant toujours pour but le soulagement des souffrances humaines. £n serait-il ainsi, mes amis, si ceux qui possèdent les richesses étaient en eRet aussi durs, aussi gangrenés d'égoïsme , que vous les dépeint ce fanatique écrivain, pour allumer contre eux vos haines déjà trop vives, et les allumer. Dieu sait dans quelles vues! rfon , non , sur ce point-là comme sur tons les autres, M. Lamennais vous abuse encore-
Et, d'ailleurs, remarquez-le bien, à l'égard même des industriels dont vous parlez, craignez de tomber dans l'exagération et l'injustice envers eus ; toute forte que soit leur part en comparaison de la vOtre, les dépenses auxquelles ils sont astreints, les risques qu'ils courent en afTnHitant les chances du commerce , la réduisent quelquefois tellement, que beaucoup d'entre eux, loin de faire fortune, se trouvent au contraire complé-
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lemcnl ruinés. C'est là , du moins, une chance à laqodle u'est pas exposé l'oaTiier ; sans compter qu'il réussit presque lonjoars, quand 11 a del'ordre, de riulelligence et de la probité, i faire desècoiMMoiesqui loi permettent de s'établir et de deTOBir chef d'industrie à son tour. Ne trouTez-voua pas alors qu'il a en perspective toute autre chose que rb6|Htal ou le dépôt de mendicité et la fosse commune an bout?
Ma foi, citoyen Lamennais, cette antre brécbei ton système n'a pas fait snr nous une médiocre impression, et voyant qu'il y avait tant à profiter des leçons d'nn bomme aussi raisonnable, nous avons provoqué sa crîtiqae snr toutes les autres parties de ton œuvre.
— Alors, lui di^je, U n'aurait donc pas raison non plus quand il dit qne nous devrions faire les lois nous-mêmes, pour éviter que les riches ne les fassent toujours à leur avantage?
— Faire les lois , mes pauvres amis ! Eh bon Dieu! comment vous y prendriez- vous pour les faire? Vous n'imaginez pas tout ce qu'il faut savoir de choses pour toucher à cette matière-là. Outre qu'il faut avoir reçu de l'instructitHi , connaître les relations commerciales et politiques du pays avec les autres États, pour pouvoir prendre à leur ^ard les mesures convenables aux
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i^cODstaoCes, est-ce qu'il ne faut pas aussi avoir des idées nettes et arrêtées sur une foule de dio- 9es qui tiennent à l'organisme social, et qui peuvent tire l'objet de propoâiUons, de mesures, susceptibles d'être couTerties en lois après l'épreuve de la discussion? Qu'on tous parle droit civil, qu'on tous soumette une question de douane, nu projet d'instruction publique, qu'on vous donande, en matière de commerce, international, si vous éles pour le système protecteur, ou pour celui de la réciprocité, ou enfin pour celui d'une liberté sans restriction, que répondrez -vous? que connaîtrez- TOUS à toat cela? et je ne vous dis pas la centième partie des choses auxquelles vous éprouveriez encore plus de difficulté à répondre qu'à celle-là. Faire les lois, mes pauvres enfants! quand vous avez déjà ' tant de peine à vous entendre entre vous pour la confection du plus petit règlement dans vos ateliers.
— Ce que vous nous dîtes là a l'air assez raisonnable , lui répondîs-je ; car je vis bien que tous les camarades paraissaient être aussi de cet avis ; mais si nous ne sommes pas en état de faire les lois , an moins pourrions - nous bien choisir nous-mêmes de braves gens capables de faire à leur lour un bon choix de ceux qui, en définitive.
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seraient envoyés à Paris pour manigancer la chose coDTenablement. Au lieu de ça , c'est une poignée de boutiquiers, de geos de toute/arine, qui itomment k leur fantaisie les premiers inlrigants venus qui ont fait les cent coups pour attraper le plus de voix possible en leur faveur. C'est comme ça qu'il tous arrive des lois qui n'ont ni queue ni (été , et dont souvent le pauvre peuple a tant à souffrir.
— C'est encore là une de vos erreurs, à vous autres qu'il est si facile de tromper, d'csaspércr ou de séduire, selon qu'un parti opposa au gouvernement peut avoir intérêt à se servir de vous contre lui. D'abord, ce que lu parais regretter qui ne soit pas , c'est ce qu'on appelle les assemblées primaires et l'élection à deux degrés ; mais si cela n'existe pas , vous devez vous dire : C'est apparemment que des gens plus instruits que nous ont reconnu que c'était sujet à de grands abns, k de graves inconvénients , sans compensation pour le bien-être général, qu'il faut toujours considérer avant toute autre chose.
Et en effet, mes amis, dites-moi quel avantage il résulterait pour la France et pour vous-mêmes de votre participation aux choix- des électeurs. Ces choix seraient-ib bien libres! Ne sericzvons pas tout naturellement soumis à l'influence
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tle ceux qoi vous font gagner la vie ? Ne crajndriez-voas pas que , dans un temps ou dans on autre ils ne tous renvoyassent de leurs maisons, de leurs ateliers, de leurs usines, pour se veuger de tous avoir trouvés rebelles à leurs iusi- Duations , à leurs conseils ou à leurs ordres ? Il n'y a personne ici parmi vous, s'il est de bonne foi , qui ne convienne au fond du cœur qu'il voterait toujours comme son bourgeois voudrait qu'il voUt.
On se trouverait donc encore eu face des mêmes inconvénients que ceux dont vous vous plaignez, c'est-à-dire, que les collèges électoraux seraient composés des mêmes électeurs , des mêmes .hommes que vous y voyez figurer aujourd'hui. Il y aurait pour vous cette différence que vous auriez perdu plusieurs journées de travail , et que ces réunions vous auraient occasionné des dépenses de cabaret dont vos économies se trouveraient fort mal au bout de l'année. J'ajoute que voire mwalité en serait profondément altérée , en ce que , comme les ouvriers en Angleterre , beaucoup d'entre vous feraient métier et marchandise de leurs voix, se porteraient insensiblement, k leur exemple , aux violences et aux excès dégradants qui signalent si habituellement leur présence dans les assemblées. Serait-ce là
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Ae la liberté , diles-le-moi , et de la liberté proGlable à vos intérêts ?
Quant à ce qni est de ceux que vous appelez les intrigants qui arrivent à la députation , croyeE bien encore qu'ils sont pour la plupart des hommes fort capables, et ne voos imaginez pas que les boutiquiers et toutes les autres classes de citoyens qui procèdent à l'élection fassent tomber leurs choix sur des sots ou des gens ' tarés : ils ont bien trop d'inlérét à se voir représentés à la Chambre, pour y envoyer personne autre que des hommes pratique, des hommes d'expérience en toutes choses, des magistrats, des savants, des négociants, de grands agriculteurs, des officiers supérieurs, tous hommes enfin propres b se connaître à loit ce qui peut intéresser la gloire nationale et la richesse publique. Quels antres hommes que cens-là cboisiriez-TOUS pour représenter le pays et faire des lois dans ses intérêts, si le droit d'élection vous était abandonné ?
Que répondre à de pareils arguments ? Ça nous parut difficile à tous : aussi garda-t-on le silence; pourtant je m'écriai :
— Alors tout est donc pour le mieux ? et cependant notre sort n'est pas magnifique, il s'en faut de beaucoup.
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~- Je TOUS ai prouvé qu'il serait encwe plas àplaindre en vous ea prenant aux fortunes existantes et eu vous mélaut des affaires publiques.
— Si pourtant le prix des salaires était un peu plus élevé, les bénéfices des fabricaofs seraient sans doute moins considérables , mais les ouvriers jouiraient de plus d'aisance ; et puis ensuite une chose qui nous chiffonne Ions et avec raison, je crois, c'est cette manie de tout faire avec des machines, au lieu de réserver toute la besogne pour les bras qui ne demandent qu'à s'occuper; des machines , ça n'a jamais faim et ça n'a pas besoin de vêtements; mais des hommes, c'est bien différent ! et il me semble qu'on doit les préférer au Iwis , au fer, à la vapeur, et à je ne sais plus combien d'autres ingrédients encore. J'espère que vous ne défendrez pas du moius ces inventions diaboliques.
— Pins facilement encore que je n'ai défendu les autres choses.
— Ah ! par exemple !
— D'abord , lorsque les machines seraient par elles-mêmes une mauvaise chose sous le point de vue Irès-faux oii tu les places pour les juger; quand elles auraient pour effet d'enlever Ib travail à un grand nombre d'ouvriers, je Ic-
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répondrais qae c'est an malbenr, une nicessUé qu'il faat subir, aoas peine de ne pins pouvoir soutenir la coucarrence iadustrieUe avec tous les autres peuples, et Dotamment avec les Anglais, qui font toute espèce de choses imaginables avec ces sortes de procédés.
Vous devez tons comprendre que si vous arriviez sur un marché qoeloonque avec on produit manufacloré inférieur en qualité, qui se trouverait en concurrence avec an autre produit qui serait très-beau, très-bon et trois tms moins cher , la préréreuce serait nécessairement accordée à ce dernier. Or, c'est ce qui arriverait aux manufacturiers français s'ils persistaient à vouloir faire faire à la main ce que leurs rivaix eu commerce font au moyen de machines qui réalisent, sur toute espèce d'objets de fabrication, d'immenses économies. Ce sont ces mêmes économies qui font naître ces différences dans les prix. Le seul , l'unique moyeu d'empêcher qu'où n'obtienne partout sur nous la préférence, est donc de nous efforcer d'établir les choses à aussi bon compte que le font , sans ciceptioQ , tons nos rivaux. Remarquez bien que ce meilleur marché vous profite à vousmêmes , puisqu'il est une foule de choses dont vous seriez obligés de vous passer, tels que le lii^^ , le drap et beaucoup d'autres obj^s aussi néces-
saires, si rindostrie ne s'ingéniait saos cesse Jt les établir par les moyens les plus économiqnes.
Mais mainl^naut, après vous avoir démontré la nécessité d'appeler les machines au secours des travailleurs , il me reste à tous prouver que, loin de leur ôter leur pain, elles eo donnent au contraire à un bien plus grand nombre. Gomme par le fait elles augmentent considérablement la masse des produits et centuplent l'activité commerciale, elles nécessitent conséquemment une bien pins grande quantité de matières premières j partant , l'emploi de beaucoup plus de bras pour extraire on préparer ces matières , et , en second lieu , une bien plus grande quantité encore pour les distribuer aux consommateurs , quand elles ont acquis toutes les conditions nécessaires à la vente. De là ces constructions de dép6ts, de magasins, ces créations de routes, de canaux pour l'intérieur, et ces constructions de bâtiments marchands pour les exportations à l'étranger.
£h bien ! est-ce que tons ces grands travaux, et tant d'autres qui en dérivent et qui donnent lieu à mille antres industries diverses, n'occupent pas des millions d'ouvriers de plus que ce qui serait nécessaire si l'industrie répudiait les machines et se (rainait terre à terre en s'obslinanl
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h rester dans les voies de la roaliner Est-ce que ce serait même possible, anjourd'hui , lorsqu'on le voudrait? Est-ce qu'il ne Taut pas marcher avec tous les antres peuples, sous peine de devenir leurs tribotaires, et de tomber dans une honteuse inrôriorilé à leur égard , infériorité qui amènerait bieuldt la ruine de toutes les industries ?
Ce raisonnement nous parut tout ans^ juste que ce que le vieux nous avait déjà dit sur les antres choses, et nous avions peine à nous rendre compte de tout ce que nous avions déjà dit tant de fois entre nous contre les machines, que nous nous étions même souvent promis de briser. Cependant, comme il y avait parmi nous des camarades qui avaient été renvoyés de fabriques où ils avaient Ironvé de l'ouvrage avant qa'ïl ne fût venu à l'idée de leurs bourgeois de faire monter chez eux des machines à feu, je me prévalus de ce fait pour prouver à l'ancien que, du moins sons ce rapport, ceux qui se trouvaient ainsi victimes ne devaient pas être diarmés de céder leur place à des roues , à des cylindres, qui leur enlevaient leur besogne.
— C'est un inconvénient pour eux, j'en conviens , mais qui ne me parait pas sans remède , parc« qu'il y a, de reste, assez d'autres élablisse-
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meDts d'uD genre (ont à fait analogae où ils doivent pouvoir tronver à s'occuper , s'ils ont du courage et delà bonne rolonté, en même temps que delà conduite. Il y a vingt maisons pour une qui ne demanderaient pas mieux que de les employer, soit à une chose, soit à une autre, et qu'importe que ce soit cette chose si elle nourril celui qui la fait? Qui doncempêdierait un homme, dont les moyens d'existence sont dans sa force corporelle, et ce sont ceux du plus grand nombre d'enlre vous , d'appliquer celle force à une profession dilTérenle de celle qu'il exerce actuellement, s'il arrivait qu'elle vint à le laisser manquer d'occupation?
La fwce, mes amis, a cela d'avantageux que celui qui en est pourvu est propre è nue multituded' états, de métiers, que ne pourraient exercer ceux qui n'ont que l'intelligeuce et l'adresse d'un art tout à fait spécial, hors duquel ils ne sont plus bons à rien. C'est ainsi qu'un ouvrier robuste renvoyé d'une dislillerie, par exemple, se produira ulilemeut dans une forge, dans une houillère ou tout autre établissement du même genre; qu'an besoin il extraira des carrières du grès, du marbre, de la pierre; ou qu'il utilisera ses moments sur le port en aidant à l'embarquement et au débarquement des marchandises; qu'il travaillera chez les commissionnaires de roulage
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oD les aotres négociants en gros , et qu'enfin, Tante de mieux, il servira les maçons ou prendra sa part des travaux publies , teb que les (errassements , les dérrichements , les plantations , l'entretieD et la réparation des chemins de la commune ou da ceux du gouTeroement. Notez bien que je ne propose ces derniers moyens que comme pis-aller, et nniquemeni pour tous prouver qu'un homme valide et courageux ne peut jamais manquer d« travail , quand il veut bien prendre la pdoe d'en chercber. II ne doit point dédaigner celui qui rapporte le moins, quand il n'en a pas immédiatement sous la main un plus lucratif. Outre qu'il écbappe par-là à tous les inconvénients de l'oisiveté , it attend , sans trop prendre sur ses économies, s'il a été assez sage pour en faire , une occasion de se replacer plus avantageusement. Et dans les cas d'extrême détresse , il sait fort bien que la commune n'hésite jamais à venir à son secours.
— Oui , mais ça n'est pas régalant quand il faut en venir là.
— Sans doute : cependant tn dois reconnaître que l'inconvéaient que tu viens de signaler n'affecte que quelques individus, mais qu'il procure en même temps le bien-être au reste de la sociélc -.
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cl ce serait être cmellementégoïsteque de roaloîr la leur sacriGer tout entière.
— Hnm! quelques individus, ça tous plail à dire, car je sais bien sûr, moi , que c'est au coqtraire le plus grand nombre qui souffre de toutes ces belles inventions-là , du moins si on en j'i^e aux plaintes qu'on entend faire de tous les cdtés. Je ne dis pas que quelques machines par-ci par-là feraient du mal , mais tant qu'il ; en a à présent , c'est trop fort !
— Eh mon Dieu ! si tout le monde se plaint , c'est qu'il est de la nature de rhomme de n'être jamais content ; et loin qu'il y ait trop de moyens de productions ou de machines, si lu aimes mieux, c'est moi qui te dis que la France est bien loin d'en posséder encore autant qu'elle aurait besoin d'en avoir pour tirer convenablement partie des richesses de son sol. Exemple : La bouille qu'elle achète de la Belgique et de l'Angleterre, alors qu'elle possède d'immenses bassins qu'elle exploiterait fructueusement , si elle avait réuni d'aussi poissants moyens d'extraction qu'on a eu le boa esprit de le faire dans ces deux pays. .
Et Toulez-vous savoir, vous qui criez k la trop grande quantité de machines en France, ce que celles qui y sont maintenant représentent d'ouvriers? Trois millions seulement. ■
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— Eh bien! (rois millions, excusez du peu !
— Qu'est-ce que c'est , je vous prie , qne ce nombre auprès de l'Angleterre , à qui les siennes représeotenl les forces réunies de deux cents millions d'iiommes.
— Pas possible! l'ancien; tous rêvez assurément.
— Non, mon ami , je ne rêve pas. Ce chiOï%, tout effirayani qu'il soit , tout exagéré qu'il paraisse, est de la dernière exactitude] elcela semble d'autant plus surprenant encore, que la population anglaise est de dix millions d'Ames moins élevée que celle de la France ; et voilà pourtant comme elle travaille ! c'est qu'aossi, il est bon de vous dire qu'ayant accaparé presque tons les matcbés de l'univers, il a bien fallu qu'elle suppléât par des moyens de ce genre à l'exiguité de sa population, qu'elle les perfectionnât et les multipliât à l'înSni pour répondre à une fabrication aussi énorme, fabrication encore au-dessous des besoins qu'elle avait à satisfaire , puisque la France, la Belgique, la Hollande et quelques parties de l'Allemagne , ont encore réussi à se faire une place plus on moins considérable, sur beaucoup de ces marcbés , pour l'écoulement de leurs produits.
~ Entendit-on jamais des choses aussi extraor-
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dinairrs? c'est doDCça qae ces diables d'Anglais sont si riches et ea même temps si fiers ^
— Ils ont fait an excellent emploi de celte richesse ; car ils l'ont constamment appltqnée à l'accroissement de leur puissance mariliine , laquelle, à son tour, a servi à augmenter encore la masse de leurs richesses , en soumettant k leur domination les contrées les plus fertiles du globe, et en imposant des traités de commerce tonl à leur avantage aux nations qui avaient besoin de leur protection. Aussi comptent-ils, au moment où je vous parle, qnatre-vÎDgt-qnatorze vaisseaux de ligne , cent dix-sept frégates, trois cent vingt -quatre bâtiments de l'Etat, et vingt mille neuf cents navires marchands ! Allez donc lutter sur mer contre des forces aussi considérables I
— Eh mon Dieu! mais la France donc, la France qui est pourtant bien plus peuplée, combien a-t-elle de ces choses-là?
— Sa marine fut autrefois plus considérableque celle de sa rivale, mais elle est bien déchue de sa splendeuri cependant elle commence à se remettre sur un pied assez respectable, et il est à croire que, si la paix se maintient, le pavillon français reparaîtra encore avec éclatsur les mers. La marine marchande compte déjà quatorze
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mille aavires, et il est probable que riDda$lri&, prenant de Dooreaux développements, ne se tiendra pas à ce nombre, nous avons treote-trois vaisseaux de ligne , trente-bait finales et trois ceuls b&liipeDts de l'Etat; c'est déjà quelque chose en comparaison de la triste situation où Napoléon avait laissé nos forces navales, qui se réduisaient à sept vaisseaux de ligne et à une quinzaine de Triâtes ; mais paix à sa cendre ! S'il a commis des fautes politiques , il les a bien croellement expiées, et il a, du reste, fait d'assez grandes choses pour mériter le respect , l'adminrik» et k reconnaissance des Frauçais. Son syst^e de guerre contre les Anglais, après lequel on a tant crié, commecneottonjoursles ignorants a[ffès les choses qu'ils ne connaissent pas, mais qui frobsent un peu leurs intérêts, ce système, appelé le blocus continental, et qui consistait à interdire aux marchandises anglaises l'entrée en Europe , ce système , dis~je , eût ruiné l'Angleterre de fond en comble, siNapoléoD eût pu cootiaaer ne le maintenir deux années de plus seulement. Elle aurait péri écrasée sous le double poids de ses richesses accumulées et des énormes sacrifices qu'elle était obligée de faire pour parer aux frais de la guerre: vous le croirez aisément, j'espère, quand vous saurez qu'elle était forcée d'augmenter sa dette tous les ans de quinze cents millioos.
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Nous nous regardâmes tons, bien surpris de co que ce brave bomme nous disait, et nouscommençAmes à penser sérieusement , nous t'en demandons pardon, citoyen, qu'il y avait une aère diOereace entre ses raisons pour nous engager à rester comme nous sommes et celles que lu nous donnes dans ton livre pour nous pousser à mettre tout sens dessus dessous. Nons vîmes d'un cAlô des chiffres et de l'autre des déclamations, et, qui pis est, des contradictions. Pourtant , comme cette idée de liberté absolue , surtout celle de pouvoir mettre en commun tontes les propriétés me rcv^ait sans cesse à l'esprit, je m'armai du passage oîi tu dis si bien que c'est une indignité de voir les enfants du Père commun des hommes asservis à l'étrange loi de manquer du nécessaire, à côté de quelques antres qui regorgent du Superflus , et je dis à ton antagoniste , après lui avoir lu ce passage:
— Avec tout ça , vous direz (ont ce que vous voudrez , mais il me semble que , du moins làdessus , le citoyen Lamennais a raison ; que la loi qui règle la propriété est mauvaise, qu'elle est même barbare , puisqn'enfin ceux qui possèdent sont libres de refuser à ceux qui oe possèdent rien. Et d'abord , c'est contraire à la morale de l'Évangile, comme vous savez , puisque d'ailleurs
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je crois avoir eatcndu dire ou avoir lu quelque part que les tous premiers chrélicns vivaient en commun comme des frères : que ceux qui avaient quelque chose apportaieat tout aux prêtres , qui donnaient à ceux qui n'avaient rien , c'était beau , ça ! eh bien I regardez à présrat si l'on voit de pareilles choses!
— Mou ami , rien n'est changé à cet égard ; les voies de distribution ne sont peat-étre plus tout à fait les mêmes, c'est-à-dire que les prélres ne sont pins les seuls distrihuteurs ; mais les riches qui ont de la religion donnent encore de leurs hiens à ceux qui n'en ont pas; et c'est au moyen de ces dons qu'on crée , je te l'ai déjà dit , des iostilutions de bienfaisance de tous les genres. Quant à ceux qui ne pratiquent pas la charité recommandée par le christianisme, eh bien! c'est qu'ils n'y sont pas convertis. Que veux-tu qu'on y fasse? ils sont comme les païens qui , aux premiers temps de l'Eglise , se gardaient bien d'y apporter leurs offrandes.
Après cela, me diras-ta que, dans ce tempslà , les riches donnaient tout ce qu'ils possédaient sans eu rien retenir? Je te répondrai que je ne suis pas bien certain que cela soit rigoureusement vrai. Il a pu s'en trouver quelquesuns qui ont poussé l'ardeur de la charité jus-
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— 53 ~ igue-là , mais je crois que ce ne furent que dn glorieuses exceplions , comme un en pourrait encore citer quelques-unes aujourd'hui. Que di$-je ! elles sont mitas très -nombreuses, ces nobles exceptions ; car, sans parler de cens qni donnent de leur vivant tous leors bieus aux hospices on les font eux - miïmes serfir à quelques pieuses fondations, ne peut-on pas citer, comme poussant encore plus loin le dévouement , ces admirables femmes qni s'arrachent aux délices de la vie , aux joies du monde , pour se consacrer sans réserve au service des infirmes et des malades dans les hôpitaux ; celles que l'aspect des plus grands dangers ne fait pas reculer , qui bravent ceux de la contagion, du typhus et de la peste pour ■ voler aux secours des malheureux qui en sont atteints ; puis ces autres femmes , aussi modestes, aussi patientes, sinon aussi intrépides, qui se vouent à l'éducation des enfants du pauvre, qui coutinoent, pour l'achever et la recommencer sans cesse , leur sainte et utile mission sons les feux toujours renaissants de la calomnie et de l'ingradtude des parents, dont elles remplisseûl le devoir le plus difficile ?
Ah '. ne crois pas que le christianisme soit moins généreux, moins compatissant envers les pauvres qu'il l'était à son origine : les vertus qu'il
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inspire sonl immorlcUcs et se transmettent d'âge en Age à ceux qui pratiquent ses saints commandements. Seulement , si les bonnes œuvres ne semblent plus aussi considérables , c'est qae la religion , qui ne comptait dans le principe que quelques familles , s'élanl étendue à des nations, à des peuples , ces bonnes œuvres , à cause de cette immense répartition , paraissent être beaucoup moindres qu'elles ne le sont en réalité. Du reste, J'Évangile, en commandant aux hommes de s'aimer comme des frères et de s'entr'aider dans le besoin , n'a pas prétendu porter atteinte au grand, à l'indispensable principe de la propriété , principe sans lequel il n'y a pas de société possible.
— Tiens i mais il me semble pourtant que les Saint-Simonieus avaient dit , au contraire , que c'était uue chose toute naturelle; et là-dessus, vous savez que le citoyen Lamennais est tout à fait de leur avis.
— Cette erreur m'étonne beaucoup plus diez ce dernier , qui est un homme réflédii et sans doute riche d'expérience , que chez des jeunes gens exaltés comme l'étaient les partisans de Saint-Simon. Dans leur ardeur de faire le bien , ils ont exagéré les doctrines du maître , et dépassé de beaucoup ses philantropiques intcn-
t^onsi mais, entre tous les moyens qu'ils avaient Imaginés pour reconslitner la société sur de nouvelles bases, celui qui proposait l'abolilion de la propriété n'était pas , à coup sûr , le moins fécond en désordres de Ions genres, et je puis ajouter , le moins opposé à la nature de l'homme.
Le saunage lui-même a des idées trés-ncKes , trés-distinctes de la propriété , et je vous prie de croire que c'est ce sentiment qui agit avec le plus de tyrannie chez tous les êtres créés. Il parle quelquefois plus haut chez eux que celui même de leur ctHos^valion. Un sauvage a ses ■lèches , sa hutte , sa pirogue ; il y est attaché comme à la femme qu'il aime et à ses enfants. Ses armes , ses parures , bien que faciles à remplacer quand il vient à les perdre , le trouvent tout anssi disposé à se battre jusqu'à la mort pour les défendre, lorsqu'on tente de les lui ravir, qae vous le seriez, vous, si l'on venait dans votre maison pour vous vole»* ce que vous estimez le plus. Les hordes qui vivent de pillage respectent entre elles ce que chacun de ses membres possède en propre. Il ne viendra jamais à l'idée d'un Bédouin , d'un Arabe , de voler la moindre portion du butin de son camarade, bien que ce butin provienne du pillage et souvent
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da massacre d'une caravane ; il ne lui dérobera pas un de ses agneaux pour le manger ou l'ajouler à son tronpeao , s'il en possède un ; il ne cherchera même pas à lui débaucher sa femme , lors mâme qu'il en serait épris , car cette action est plus qu'un toI dans l'opinion de l'Arabe ; c'est un scandale et un crime tout ensemble , dont sa foi religieuse ne lui permet pas de se souiller.
Comment donc, quand aux yeux , même des peuples les plus barbares , la propriété est investie de tant de respect, a-t-il pu tomber dans la pensée d'hommes éclairés de toutes les lumières de la civilisation de vouloir saper dans sa hase un principe social anssi énei^ique, principe d'ailleurs d'autant plus nécessaire qu'il sert de véhicule à l'émulation des hommes ? Ah '. c'est par trop oser, il en faut convenir.
Joignez - y encore cette liberté sans frein dont vous parliez tout à l'heure , celle au surplus que préconise M. Lamennais , et vous verrez de belles choses ! Toute cette abondance due aux mesures prudentes que prend le gouvernement pour faire respecter, par les 1(ms et au besoin par la force , les grandes sources de la production , toute cette abondance , dis - je , disparaîtrait bientôt sous la main dévastatrice
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lies ennemis du travail. Les foréls, les rivières se larderaient pas à être dépeuplées , dn moment que cfaacon serait libre de chasser, de pécher à sa volonté. Et puisque je viens à Tons parler de cela , en voulez - vous avoir une preuve encore récente? Je puis vous la donner assez frappante. La révolution de juillet n'est pas tellement loin de nous, que nous ne puissions tous nous souvenir du fait.
On sait tout le soiu que Charles X apportait â* conserver le gihier dans les forêts de la cMironne ; les daims, les faisans, les sangliers, les chevreuils et toutes les autres espèees de gibier y foisonnaient. L'expédition de Rambouillet amena le peuple en armes de ce côté , le peuple libre , comme il lefutceltesemaine-là, etccmmeM. Lamennais entend qu'il le soit toujours. Eh bi^ ! en moins de trois jours , à dix lieues à la ronde autour de Paris , on ne trouva plus une pièce de gibier vivante.
Et il n'y a point à dire que ce fut avec mesure, avec le moindre esprit de prévoyance, ni pour la satisfaction de besoins raisonnables, qu'on procéda k ce hideux carnage; non, le démon seul du gaspillage et de la destruction animait ces impitoyables chasseurs. Les marchés de Paris furent encombres des produits de cette chasse sauvage , tous vendus à vil prix , sans parler
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de tons ceux que la potréfaclion avait aHeints^^ (.'t que cette cause en avait Tait repousser par iesmarcbands.
Est-ce là , je vous le demande , on raisonnable exercice de la liberté ?
Si donc il était possible de la décréter telle , pensez - vous que le peuple se montrerait {dos réservé , plus prévoj'ant , plus sage dans la satisfaction de ses besoins ou de ses plaisirs? Ces lois , ces règlements , qui protègent les eaux et les forêts contre la dilapidation et la cnpdité des hommes, n'existant plus, ne verrait-on pas consonomer, dissiper, en peu d'années, les ricbesses destinées k se reproduire sans cesse pour satisfaire aux besoins toujours renaissants de la grande famille ? N'en avons-nous pas nne preuve en petit dans les délils de braconnage qu'on a si souvent occasion de punir? Le misérable, qui se livre à ce genre de vie criminelle, regarde-t-îl à la saison? songe-til à l'état de la pièce que son cblen débusque ou fait lever ?
Le {temps lui parait toujours propice, qnand il lui promet une bonne chasse -, le gibier lai semble tcnijours bon a tuer , qnand le prix qu'il en espère dépasse , de quelques sous , celui de son coup de fusil. Egoïste impitoyable, il ravage dans une nuit, avec de perGdos likk, toute
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Hoe plaine peuplée de mères prèles à me(lre bas ou œuvant déjà leurs petits. Il détruit par des moyens à peu prés pareils tous les poissons d'une rivière , s'inquiclant peu si , au temps naturel de la consommation , les marchés se trouveront dépourvus.
Ce que quelques individus ne craignent pas de faire sous l'empire de lois très-sévères, des multitudes le feraient si ces lois tutélaires n'existaient plus. Puisez doue dans celte p^ve const* dératiOD la preuve de leur nécessité , et tirez-en en même temps cette juste conclusion , l'nlilîté du principe qui consacre le droit de propriété, puis , en vous en faisant à vous-mêmes une juste application , demandez-vous ce que vous penseriez d'individus qui viendraient un jour dévaster le champ, le petit jardin que vous auriez cultivés de vos mains ; de ces individus qui , s'aulorisant de la liberté absolue , de leurs vices et de leur paresse , vous diraient : Tout ceci est à nous, parce que nous avons faim ou soif, et qu'il nous platt de vivre aux dépens du travail des autres.
— Oh! je les rassasierais joliment à coups do pioche pour leur faire passer le goât d'an pareil'
— Mais s'ils venaient à plusieurs el en force, comme cela ne manquerait pas d'arriver P
— Dam ! je pourrais bien me faire échiner, c'est possible ; mais j'essaierais toujours de leur faire payer cher ce passe-temps-là.
— Tu (e ferais tuer , je n'en doute pas ; mais ne maudirais-tu pas en même temps un état social aussi détestable qui n'aurait pas garanti à chacun la libre jonissance du fruit de son travail , et qui aurait exposé l'homme paisible et laborieux à la violence de ceux qui préféreraient vivre en brigands?
— Oh! ça, c'est bien sûr!
— Eh bien ! alors tu reconnais par-là combien la propriété est une chose sacrée, et, qu'au lieu de maudire el de faire disparaître les lois qui en consacrent le principe et la défendent , il faut au contraire les conserver et les bénir.
— C'est ma foi vrai , tout de même 1 Mais alors , que diable nous chante cet autre avec son livre? Ah ! mais , il faut être juste aussi , il parle du devoir , et il est bien certain que les choses iraient tout autrement si chacun restait bien à cheval sur celle maxime qu'il nous recommande de ne pat-
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faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait , et même défaire aux autres ce que nous voudrions qu'ils nous fissent. 11 est évident que dans ce cas-là , je dirais anx paroissiens quiviondraient pour ffia/i^er mon tearre.- Halte-là! nons sommes là ; le citoyen Lamennais ne veut pas deçà; délalez d'ici , et virement encore, alteodtr que je ne vas pas chez vous Tourrer ma cuillère dans votre écuelle
— Mais s'Us ne se rendaient pas à cette juste observation, s'ils persistaient à vouloir te prendre de force ce que ta refuses de leur donner de bonne volonté, s'ils te répondaient : Nous nous moquons de cequetu appelles le devoir, etde ton Lamennais par-dessus le marché, nous voulons tout prendre et que lu (e taises
— Oh ! alorsjeleur tomberais dessus de la bonne sorte s'ils disaient ça. Mais pourquoi le diraientils , et pourquoi ne voulez-voospas, vous, que le devoir les retienne ?
— Parce qu'il ne retient jamais les méchants, les hommes violents, comme ne le prouvent que trop bien les actes de ceux que les tribunaux sont constamment occupés à punir.S'il se commet journellement tant de délits , tant de crimes , à présent qn'il existe de redoutables pénalités contre les
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mairaileurs , que serait-ce donc si ces pénalité» disparaissaient de noire code? Que scrait-œ surtout si les principes subversifs dont tu parles se substituaient tout à coup à la place des lois , alors que les ^rmes de révolte el de misère qu'ils contiennent auraient acquis tout leur développement.
Le devoir ! est-ce qu'il a jamais enchainè, retenu les passions mauvaises ehez l'homme alTrancbi du frein des lois? Lamennais rêve quand il écrit de pareilles choses. Où a-t-il vu des peuples vivre dans la paix et la concorde sous l'empire de ce seul sentiment? Comment croitil qu'il soit pos- .sible de faire nne nation de saints de créatures faibles, égoïstes et passionnées comme nous le sommes fous , qaaod la civilisation , en nous créant mille besoins factices que nous ignorerions dans l'état sauvage, a centuplé l'ardeur de nos eii-
Le devoir ! mais est-ce qu'il a cessé d'exister pour nous dans la voie de progrès ou nous marchons? Est-ce qu'il n'est pas au contraire proclamé tous les jours dans les écrits des gens de bien ? Estce que les ministres de la religion cessent de nous le recommander? Est-ce que le gouvernement lui-même ne le rappelle pas à notre mémoire?
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Est-ce que, pour doos engager à eu pratiquer les Tertus, il ne récompense pas tous les actes de dévouement qui Tiennent à sa connaissance?
Est-ce qu'enfin les lois mêmes ne sont pas nne sorte de coDsécraliOQ de l'élerncl principe de la justice en toutes choses ; et leurs dispositions répressives de tout ce qui est contraire au droit de chacun ne ne sont-elles pas un encouragement implicite au respect de ce droit?
Si donc la loi , la grande loi da devoir est encore si souvent transgressée, malgré les garanties dont elle est entourée , comment supposer qu'elle serait pins respectée, miens observée , si tontes ces garanties lui étaient enlevées P
Ah 1 s'il est vrai qu'il ait trouvé en efTet le secret de régir la société par un moyen aussi simple, il est bien coupable de nous en faire un mystère! Le devoir, rien que le sentiment du devoir! mais ce serait admirable, en vérité! et cela en dégageant l'homme de toute obéissance , de toute subordination envers ses supérieurs ; des supérieurs! je me trompe, il n'y en aurait plus l'ombre d'un
— Dit-il bien cela? au Tait, oui, je crois qu'il le dit.
— Commrall s'il le dit? s'écria ce diablw
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(l'homme en se saisissant du livre que je tenais à la main ; et le feuillelant précipitamment , il ajouta : Tenez, voyez ce passage même que vous n'aviez pas encore discuté , et il lut d'une voix retentissante :
« Y avait-il des rois, des nobles, des patri- » ciens et des plébéiens avant qu'il y eût des » peuples? Et si le peuple égal et libre préexis- >> tait à toute distinction , toute distinction , si elle B n'est pas le fruit de la violence et du brigan- " dage, dérive donc du peuple y de sa volonté » indépendante, de son impérissable souverai- » neté. Hors de là rien de légiiime , patricien , » noblesse, royauté; tonte prérogative, en nn - mol, qui prétend ne relever que de soi, se sous- » traire k la volonté , à la souveraineté du peuple , B est un attentat contre la sociélé, une usurpation a révolutionnaire, nn germe au moins de tyn rannîe.
■ Le peuple ne fait point de classes, il ne crée » point de privilèges, il délègue des fonctions. » 11 ^onfii! tel soin à celui-ci, tel soin à celui-là; " il les charge d'exécnler ses décisions, ce qu'il B a réglé pour le bieu commun, selon les formes • établies par lui et qu'il peut toujours modifier, » changer, a
Et le second paragraphe après celui-ci :
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- Donc , à qui qae ce soit qui osera se dire votre •> maître, répondez : Noo. Ne tous laissez ni op- B primer par les hommes de violence , ni tromper ■ par ceux qui vous prêchent la servitude au nom B de Dieu , qui s'efTorcent de vous plonger dans B l'abrutissement de l'ignorance, et disent ensuite : » Le peuple manque de lumières et de raison ; il ne > saurait se conduire lui-même , il Tant , pour son w inlérél, qu'il soit gouverné.
» Votre droit,au contraire, est que nul ne vous B gouverne^ ne vous impose des lois à son gré ; » qu'elles n'émanent que de cou* seuls, que le » dépositaire du pouvoir public exerce un simple B office trrécoca il fc, qu'il soit votre serviteur et rien B de plus n
Tout est remarquable de démagt^'e dans ce passage, et il serait, certes, bien impossible de consacrer le principe permanent de la révolte avec plus de violence , de prficher plus ouvertement le mépris de toute espèce d'autorité. Heureusement que ces dangereuses déductions se détruisent d'ellesmêmes par la fausseté de l'assertion première dont il les a fait découler !
C'est qu'en effet il est faux d'avancer que les peuples préexistaient à toute distinction ; car lorsqu'il a existé des peuples, il a en même temps
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ctblcdes chefs poar les coiidairo el les diriger; là où il ne s'est pas tronvé de chefs, il n'y a pas eu de peuples. L'existence des uns implique nécessairement celle des autres. Au temps des patriarches, ce qui touche à l'époqae la plus rapprochée de la création , ces patriarches vivaient «ntourés de nombreux serviteurs qui les vénéraient et exécutaient ponctuellement les ordres qu'il leur plaisait de leur donner; qui prcnairal soin de leurs troupeaux , suivaient leurs maîtres partout où ils jugeaient à propos d'aller et les assistaient dans toutes leur expéditions, ou partaient à leurs commandements pour tous les lieux où il leur convenait de les envoyer : témoins les pérégrinations d'Abraham et les secours qu'il amena en personne aux rois de Sodome et de Gomorrhe, déjà vaincus par les rois leurs voisins, et dont il vengea la défaite. Les populations nomades de l'Asie, qui ont retenu quelque chose de ces mœurs primitives, obéissent à dés chefs, et sont tous placés à leur égard dans la plus étroite dépendance. Aujourd'hui même encore la plus mince tribu de sauvages reconnaît des supérieurs dans ceux qui la guident k la pèche, à la chasse, k la guerre. Nulle exception k cette grande régie de la soumission de tons à la volonté dirigeante d'un ou de plusieurs chefs n'existe en aucun lieu du monde, et M. Lamennais vient donner un
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éclalanl démenti à ce fait , qu'il u'étai t Tona à la pensée de qui que ce soit , jusqu'ici , de révoquer en doute !
Alors, qu'il Dous.prouYe donc la Tcriié de son assertion ; qu'il nous dise dans quelle contrée du monde et en quel temps a vécu ce peuple exceptionnel ; sur quels documents historiques il s'appuie pour établir une prétention aussi étrange. S'il ne le peut , il a donc arguë sciemment d'uuc hypothèse lout-â-fait chimérique , comme d'une chose qui aurait réeUemenl existé : c'est un moyen, ce me semble, qui aurait dû répugner à sa loyauté d'écrivain. L'emploi de ce moyen est d'autant plusrépréhensible, qu'il destinait le livre, oii il en a usé, a une classe d'hommes Tort peu inslruils, et qui pouvaient, pour cette raison , être plus Tacilemcnt abusés par cette erreur.
— Ça , c'est vrai que nous avions cru la chose , dur comme fer: Qu'est-ce qui va s'imaginer qu'un prêtre , ces geos-là sont si savants '. va nous donner à tenir de pareilles bourdes ?
— Ainsi , TOUS le voyez , tout cet échafaudage de grands mots tombe devant le plus léger examen de tout homme qui u'est pas complètement ignorant- It y a toujours eu des chefs et il ne cessera jamais d'y en avoir, l^s systèmes de
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gOQTcrDCincnt pourront se modifier h l'iofiai , mais, quelque forme qu'ils aSeclent, il faudra toujours reconnaître l'autorité rouante; ctA\e des lois, si c'est une monarctiic constitalionaelle ou bien une république ; celle du prince ou de ses délégués , si c'est un gouveracment despotique , comme en Russie ou en'Turquie , oii la volonté seule du maître tient lieu de loi.
Or, comme nous sommes ici en France, et que c'est plus particulièrement au gouvernement qui le régit aujourd'hui que ce livre semble avoir voulu déclarer la guerre, je me crois obligé de vous dire , quelles que soient d'ailleurs vos idées politiques, qu'il est de votre devoir de respecter le chef du gouvernement aussi bien que ceux qui le représentent; c'est votre devoir, c'est da plus votre intérêt ; car le travail va toujours mal dans les temps de révolution , et 'ce ne seront pas ceux qui vous auront poussés à troubler l'ordre qui TOUS donneront du pain, quand la cessation des affaires, suite des alarmes du commerce, aura forcé vos patrons de fermer leurs ateliers.
— Gomme c'est arrivé en 1830, ça n'est pas régalant, nous en savons quelque chose, mais pourtant, quand un roi viole la constitution, comme )'a fait Charles X, il faut bien....
— Quand un pareil malheur arrive, il est sans
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doote nécessaire de chercher à s'en garantir; mais encore faut-il laissera ceux qui voient le mal de plus près que nous le soin d'y porter remède , car il est souvent si difficile de distinguer, aux distances où nous nous trouvons placés, le vrai d'avec le faux. Le mensonge, l'exagération, la calomnie , armes favorites des factions inéaotFlentes, déversentsi facilemenlle blâme sur les actes du pouvoir, qu'il faut craindre , en appuyant ces factions, de commettre une grande injustice et de traiter avec trop de rigueur des torts de peu d'importance. C'est précisément là qu'est le danger de l'exercice du droit de souveraineté populaire que vous recommande si chaudement M. Lamennais.
Il devrait bien savoir, et soyez sârsqu'iln'ignore pas , tout ce que présente d'embarras et entraîne toujours après soi de malheurs le périlleux usage de ce terrible droit. Ce principe est vrai en soi , il est même bon qu'il soit proclamé et reconnu , mais c'est une de ces armes redoutables qu'on ne doit tirer de l'arsenal que dans des cas extrêmes ; que quand une nation est pour ainsi dire exposée è périr sous les coups répétés de l'arbitraire; en d'autres termes, quand sa constitution est violée , comme elle le fut en réalité par les fatales ordomiances qui déterminèrent la révolution de juillet.
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Da reste, voyez donc quelle alTrcusc chose ce serait, si ea vertu de ce droit de soaveraiDeié nationale , le premier méconlent venu pouvait crier haro sur le pouvoir, et prétendre que , n'en étant pas satisfait, il entend absolument le révoquer! anjourd'hui ce serait le tour de l'on, dogiain celai de l'antre; et' à chaque nouveau changement on entrerait en révolalion , on se battrait , aa s'égorgerait sans cesse et sans raison , mais toujours en se prévalant du droit qu'on aurait d'en agir de la sorte , jusqu'à ce qu'on eût trouvé au chef capable de plaire à tout le monde , cequi, vous le savez, -n'est pas chose facile !
Yous sentez, je n'en doute pas, combien cela serait funeste à la société tout entière ; conséquemment, jusqu'à quel point M. Lamennais a tort de placer pour elle le bonheur dans la pratique d'un droit dont il serait si difficile de bien user, oser avec discernement'. Dans tous les cas, reconnaissez la nécessité de vous en rapporter là-dessus aux hommes d'expérience, sous les yeux desquels fonctionne le gouvernement. Soyez bien certains qu'ils ne tous appelleront à la défense des droits, des libertés publiques, que s'ils Icsvoieut exposés à des dangers réels, alors, seulementalors, ta'hésitez point à répondre à leur appel.
— A la bonne heure ! mais le gouvernement
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1l-s gagne, cesgcns-là, cequilui est facile, va qu'il a tout l'argent du pays eu maniement et toutes les plus belles places à sa disposition?
— Il s'en faut de beaucoup qu'il ait, comme tu le crois, tout l'argent du pays dans ses coffres, il n'en a h peu près que la cinquième partie i ce qui est à peine suHisant poor toutes les dépenses auxquelles il est obligé. 11 y a d'abord la dette publique dont il faut qu'il paye la rente; et le capital de cette dette n'est pas une bagatelle , puisqu'il s'élève à quatre milliards cinq cent quatrevingt-quatre millions cent soixante sept mille, trois cent soixante francs : ce qui , comme tu le vois, parlie à trois , à quatre et à cinq pour cent d'intérêt, fait déjà une somme bien lourde à payer tons les ans : mais qu'est-ce que cela auprès des sommes nécessaires aux services de la guerre, de la marine, des finances , des relations extérieures, de l'instraction publique, de la justice, du culte, de l'intérieur, et de toutes les choses qui dépendent de cas différents ministères ? C'est à s'y perdre, eu vérité '. Tu dois bien comprendre, maintenant, qu'il n'est guère possible an gouvernement de faire , sur la somme que lui alloue le budget, de grosses économies pour corrompre ceux-ci et ceux-là, ainsi que tu le supposes si mal h propos. Et puis, comme ec budget est voté par les députés, quelque dé-
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voués que lu veuilles bien les croire aux ministres, t'inaagines-tu donc que cela puisse aller jusqu'à les faire cunscnlir à leur accorder plus d'argent que n'en réclament les besoins réels de l'administration du pays? Ils n'auraient gardel D'abord, parce qu'étant eux-mêmes les plus riches , ils sont en même temps les plus forts imposés i conséquemment que ce serait tout particulièremeut sur eux que retomberait la charge du budget ; en second lieu , parce que lors même que quelques-uns le voudraient cela leur deviendrait impossible , puisque toutes les dépenses sont discutées publiquement , et que les ministres sont obligés de justifier rigoureusement de l'emploi des fonds qui leur ont été accordés l'année précédente, et que leurs états sont, de plus, contrôlés et vérifiés par la Cour des comptes.
Quant aux places , au moyen desquelles le gouvernement pourrait chercher à se faire des partisans pour arriver à se créer des majorités dans les chambres, je te dirai que cela s'est vu et peut se voir encwre, mais c'est un inconvénient attaché à tous les gouvernements représentatifs et dont les républiques même ne sont pas exemptes; mais sois bien sùi que ceux qui abusent de ce moyen finissent toujours par s'en mal trouver; car le pouvoir qui place sa force autre part que
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— 7$ — dans r«8lime publique, ne peut jamais compter sur une bien longue durée i tes auxiliaires qu'il s'^t créés par la corruption sont les premiers à l'abandonuer au jour oti ta nation se lève indignée pour reyendiqner ses droits méprisés.
Au surplus, comme je vous l'ai dit, quand cette terrible nécessité arrive, c'est toujours on immense malheur, et quoiqu'il ne faille point hésiter à répondre à l'appel du pays , tous savez comment j'entends cet appel , il faut constamment jusque-là témoigner de votre respect pour les lois et pour les hommes chargés de les faire exécuter.
— Pourtant, ce n'est pas gai,, s'il faut autant dire être écorché tout à fait avant que de pouvoir se plaindre.
— La plainte n'est jamais interdite quand elle est légitime , et soyez bien persuadés que, lorsi qu'il y a des motifs sérieux d'en adresser au pouvoir, il se trouve toujours, dans l'une et l'autre chambre , des citoyens assez courageux pour prendre à ce sujet une honorable initiative ; et le droit de pétition, réservé à ceux qui souffrent; d'un abus quelconque ou d'une fausse mesure du gouvernement, n'est pas un droit illusoire dans la Charte, seulement il est utile de n'en
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pas mésaser. D'après cela vous devez croire qae si l'objet de voire réclamation est bien foadé, il se trouvera assez de voix disposées à l'appuyer et à le faire triompher de toutes les résistances. Tout cela peut et doit avoir lieu sans désordres et sans démonstralions violentes.
^Allons, l'ancien, dirent les camarades, on voit bien que vous Mes partisan du gouvernement.
— Mes amis , je sais partisan de l'ordre et d'une sage liberté, voilà tout : du reste, je ne suis rien. Le gouveraement. tel qu'il est anjoar^ d'hui constitué, me laisse peut-être eu particulier quelque chose à désirer, une place plus large daus les collège^ électoraux au mérite privé de fortune ; mais j'attendrai tranquillement, sans me plaindre, que cette opinion soit plus généFalement partagée qu'elle ne me semble l'être aujourd'hui. J'ai payé dans le temps toA dette de bon citoyen, en exprimant tout haut mes vœux à cet ^ard : ceux qui m'en ont fait un crime ont eu tort, car c'était une opinion que je croyais utile de proclamer dans l'intérêt de tous, mais qui n'avait rien de personnel, parce qa'il ne m'aurait fallu rien de moins que le sentiment du devoir pour m'obliger h user de mon droit d'élec- Leor, si ce droit m'eût été couférc , tant
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j'allache de prix k la tranquillilé el aa repos. Mes idées à cet égard sont toujours les ' mêmes ; mais je regarde comme Innlile d'en occuper de nouveau le public , persuadé, comme je le suis maintenant, que le cours naturel des choses amènera le gouvernement à élargir dans ce sens, el en temps opportun, les bases de son système d'élection. Imitez ma réserve, et monlrez-Tous patients pour toutes les améliorations que tous attendez h votre sort, et qui ne sont pas encore venues. On a trop d'intérêt à vous rendre le plus heureux possible pour négliger les moyens d'arriver à ce résultat; mais sonveuez-voM qu'on ne pourra l'atteindre qu'autant que vous ne troublerez pas l'ordre public^ il sera bon par cette raison que vous ne vous nourrissiez pas l'esprit de faussetés, d'exagérations du genre de cellea dont est semé ce oialheurcux ouvrage , que son auteur regrette peut-être d'avoir fait; elles exalteraient votre imagiuation, et vous entraîneraient à des excès dont vous seriez des premiers k porter la peine.
— Alors , à ce compte-là , il n'y aurait donc rien du tout de bon dans ce livre?
— Au contraire, il y a d'excellentes choses, de belles et sublimes pensées magnifiquement exprimées, et c'est précisément là ce qtu le rendi
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plas dangereux pour les hommes hors d'état, par leor défaut d'instraction, d« distiller la vérité d'avec l'errear. 11 vaudrait mienx , pour les sauver du péril de la séduction , qu'il ne s'y trouvât rieu que de faux ; ou pourrait espérer' qoe leur bon sens, choqué luie fois de quelque assertion par trop opposée à la raison , les porterait à s'en défier, et à conclure que l'auteur n'est pas toujours de bonne foi j mais c'est du espoir qu'il n'est guère permis decooscrver, quand, à des sopbismes adroitement présentés, se trouvent mêlées, comme dans ce livre , des rentes saisissantes qui portent vos convictions jusqu'à l'enlbousiasme. Tout entiers à l'espèce d'enivrement qu'elles vous font éprouver, vous buvez à plaisir à celte coupe eucfaanlée, sans faire attention au poison qu'elle contient.
C'est ainsi que vous avez cru à sa véracité , à la sainteté de ses intentions, en lisant les nobles conseils, les touchantes exhortations dont se trouvent empreintes" toutes les pages qu'il » consacrées à vous tracer vos devoirs. Sur ce point important , il a toute raison , et son œuvre serait au - dessus de tout éloge s'il n'en avait pas détruit les salutaires effets, par les frénétiques déclamations qui en souillent la première et la plus essentielle partie, celle où
il TOUS parle de vos droits. Bémagr^e insensé, après TOUS avoir soafBé ses furears , sa haine et son mépris pour les institations et les lois existantes , après avoir tenu à lear égard nn lanr gage qoe n'auraient pas désavoué Marat, Foaqnier Thinville, et les plus effrénés terro-' ristes de leur époque , il emprunte à Féueloo sa douceur, h Bossuet son éloquence , pour vous inspirer l'amour et la pratique des vertns chrétiennes : c'est là, je vous l'ai dit et prouvé, une déplorable inconséquence.
— Nulle société possible sans le devoir, vous dit-il , car sans lui nul lien entre les hommes ; il comprend la justice et la charité.
Il aurait dû ajouter que cette société n'est pas plus possible sans lois et sans soumission à ces lois ; car si elles n'existaient pas , on seraient les moyens de contraindre à l'accomplissement de ce que leur prescrit le devoir, ceux qui ne voudraient pas 7 conrormcr leur conduite ?
Sa parabole de l'homme ruiné qui recourt à la charité de ses deux voisins est d'une belle et touchante simplicité; la distinction qu'il établit entre la stricte justice et la charité est frappante de justesse. Mais qu'il nous dise donc quel serait le sort de son pauvre, an sein d'une
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société qui n'aurait pas pourvu d'avance aux besoins de ce malheureux, pour le cas où il lui arriverait de oe trouver aux portes où il irait frapper que des hommes animés du simple sentiment de justice.
C'est sans doute une chose très-louable qae de chercher k inspirer aux hommes le goût des bonnes œuvres ; mais un homme , aussi éclairé que l'est M. Lamennais, devrait sentir que cela n'est pas suffisant pour opérer tout le bien qu'on désire à son prochain; qne de bonnes institations le produiront toujours plus sûrement et en plus grande abondance que si l'on s'en ûe à la bonne volonté présumée des particuliers, bonne volonté qui peut souvent faire défaut au malheur dans l'instant précis où il a le plus besoin d'être secouru.
Qui s'attendrait après avoir vu cet écrivain s'élever, avec une fougue sauvage , contre L'ordre social tel qu'il est aujourd'hui , et lui avoir attribué tous les maux qui affligent les prolétaires, qn> s'attendrait, dis-je, à lire ces sages observations dans son chapitre XI ?
■ Interrogez partout la raison qu'aucun pré- B jugé n'altère, et la conscience qu'aucun in- » térét, aucune passion n'a cturompue : elles
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> vous répondront que l'homme est sacré pour X rtiomme ; que l'atbqoer dans sa personne , u sa liberté , sa propriété , c'est renverser la » base de l'ordre, violer les lois morales, « conservatrices du genre humain, c'est oom- » mettre un de ces actes qui , dans tous les ' siècles, chez tous les peuples, ont reçu le » nom terrible de crime,
> Il y a une vois ao dehors de vous, immua-
■ ble, étemelle, et une autre voix au dedans » de vous-même , et ces deux voix disent :
« Ta ne tueras point , tu ue déroberas point, » lu ne flétriras point la vertu de l'épouse ni » la pudeur de la jeune vierge ; ta pensée
■ même sera pure de ces abominations. ■
Grâce au ciel , voilà la propriété réhabilitée dans ses droits au respect de tous ; les violences proscrites , les crimes frappés d'anathème et la continence recommandée.
Mais , alors , que sii^ntfiail ce déchaînement contre une législation qui , sauf les expressions, tient absolument le même langage?
Pourquoi aigrir l'esprit pauvre en lui répétant à satiété que c'est cette législation à laquelle il 7i' a point participé , qui fait toute sa mt-
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sèrc? Pourquoi, à l'appai de cette assertion, lui dire que ceux qui ont fait les lois les ont toutes faites dans leur propre intérêt et point du tout dans le sien ; qu'ils le traitent , à l'aide de ces mémos lois , à l'égal d^une béte de somme, plus mal que le laltoureur ne traite son bœuf ou son chevali que moins beureux que l'abeille qui a sa ruche, la mite son vêtement de soie qui la protège contre la froidure, le plus chétif vermisseau sur sa plante natale où il troure tout à la fois l'abri et la nourriture, l'bonime du peuple manque de l'un et de l'autre que même jusqu'à une goutte d'eau de la mer ou lui défend de la prendre ?
Pourquoi, avec l'accent d'une compassion pro^ fonde, ajouter ;
" Vos maux, encore un coup, viennent des 1 vices de la société, détournée de sa fin natu- " relie par l'égolsme de quelques-uns, et ja- » mais vous ne serez mieux tant que ceux-ci ' feront seuls les lois. Si vous aviez quelque » chose à attendre d'eux, s'ils ne désiraient et u- De cherchaient, selon la justice, que le plus » grand bien de tous, s'élcveraient-ils au-dessus ■ de tous? se réserveraient-ils si exclusivement » l'administration des affaires de tous? Est-ce par » zèle pour vos intérêts qu'ils vous en interdis
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« sent le soin? Esl-ce pour eux ou pour vous, » pour votre avantage ou pour le leur, qu'ils » réclament la domination ? Si pour le leur , » à quel titre, et d'où ce privilège? Si pour le
■ votre, ils vous jugent donc incapables de dïs- > cerner vons-mâmes ce qui vous est bon ou mao-
■ vais? Vous êtes donc des brutes, suivant eux? >• Bapprochcz ce langage si cmellement provocateur de celui que je viens de vous rapporter touchant l'amour qu'il essaie de vous inspirer pour la pratique des plus douces vertus , et ditesmoi si ces deux passages vous paraissent sortis de la mémo plume ; si le premier ne vous semble pas d'ao apdtre de l'Évangile et te second, d'un ultra 'révolutionna ire. A lui donc de concilier, s'il le peut, des doctrines aussi contradicloires. Tous avez très-bien Tait de lui donner à choisir entre l'ange et le démon , je vous réponds que , d'après un pareil ouvrage, il ne sera pas médiocrement embarrassé de se prononcer.
— Oh! c'est bien œ qn'il me semble, mais je serais fièrement curieux tout de même de savoir comment il justifiera ces choses-là ! M'est avis qu'il est intéressé à ne pas laisser soupçonner , en gardant le silence, qu'il avait l'esprit troublé quand il a écrit un pareil livre.
— C'est un aveu que son amour-propre d'é-
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«rivain ne lui pcrmeltr» pas de faire, sois-en bien sûr! Dienine garde de mal juger des intmlions d'DD homme de à rare mérite, sous le rapport lilléraire ; mats les contradictions dans lesquelles il est tombé sont si palpables , si évidentes, qu'il ne m'est pas permis de croire qu'elles ne l'aient pas lui-même frappé. Il me parait l'aToîr été tellement , qu'on dirait que, saisi comme d'un remords, à l'aspect de ce qu'il avait écrit dans la première partie de son œuvre , et ne roulant pourtant pas l'anéantir, il s'est efforcé d'en neutraliser les funestes effets par tout ce qu'il a écrit de beau , de touchant dans la seconde. Mieux eût valu qu'il eût tout anéanti , que de produire au jour de la publicité une conception aussi monstrueuse !
— Attendons, attendons { peut-être qu'il pourra tout accorder... avec ça que vous dites que c'^t un homme si capable.
— Il n'est au pouvoir de personne d'entreprendre une pareille tâche, et sois certain que, si cela était possible, M. Lamennais lui-même y aurait encore réussi mieux qu'aucun autre.
Mais ce qui est écrit est écrit, et plus il met de douceur, de mansuétude dans ses conseils pour vous porter à l'ordre , à l'aaion , à la justice , à a paix , plus son inconséquence éclate dans
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ceux tout contraires qu'il tous a donnés implîcitcmeat , par ses déclamations furibondes , contre l'état actuel de la société ; il l'a touchée d'une arme dont la blessure est incurable, puisque cette arme est la calomnie. Tous ses efforts ponr Tcrser du baume snr la plaie sont impuissants contre le poison qu'il avait lui-même préparé.
• Il y a des paroles qui tuent», c'est toi qui l'as dit, pourrai! s'écrier la société. • Veillez doncsur " votre langue, et que jamais elle ne soit souillée » par la médisance et la calomnie, n
Pourquoi donc n'as-tu pas veillé sur ta plume bien autrement redoutable que ta langue , puisque ta parole passerait et ne serait entendue que de quelques-uns , et que tu sais que tes écrits resteront; qu'ils pourront encore, bien des années après que lu ne seras plus , fomenter le trouble , la discorde, au sein des nations ?
JEh bien ! tu as calomnié ton propre pays en accusaut sa législation de s'être montrée barbare, sang entrailles, pour ceux qui n'ont point apporté de fortune en naissant ; tu l'as calomnié en avançant qu'il les retenait, par pur cgoïsme, dans l'ignorance et l'abrutissement ; tu l'as surtout calomnié eu essayant de persuader aux malheureux que cette sorte d'iniquité sociale était le résultat d'une usurpation de leurs droits !
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Quelle excuse à cela ?
Ne sats-tu pas que le développement des libertés d'une nation ne dépend pas de la volonté des individas qui la composent ; que le progrès social n'est lui-même que le fruit du temps , de l'étude, et des méditations des hommes qui cultivent les sciences? et quelle multitude de causes peut entraver leurs efforts pour arriver à d'utiles découvertes, sans parier des obstacles qu'ils peuvent encoru trouver sur leur roule , avantque de parvenir à faire , de ces mêmes découvertes, de salutaires applications !
Eh quoi ! nous ne sommes encore qu'aux premiers éléments de la science qu'on appelle l'économie sociale, autrement dit la science de l'accord des intérêts de tous, et ta nous fais un i-rime, à nous chargés du soin de la législation, d'eu laisser encore quelques-uns en souffrance! les découvertes incessantes dans toutes les autres sciences, parliculiéremenl dans celtes qui touchent aux intérêts matériels de tous, dotent chaque jour l'industrie, l'agricullure et le commerce de procédés dont la pensée s'effraie , tant ils révèlent de puissance, et tn nous accuses d'indifférence pour le bien-être du peuple!
Tu nous reproches surtout d'usurper sa place
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ji la cbamlnv , de ne uous y maintenir que pour l'opprimer davantage et plus longtemps!
Teux-tu donc détrôner le savoir an profit de l'ignorance ?
Qne feras-to? qu'oi^niseras - tu avec des hommes dépourvDs d'instruction et de Inmières , dans ce chaos d'affaires si compliquées, qu'avec tonte notre application, nous, hommes de pratique et d'expérience , avons déjà tant de peine à régler?
Et s'ils sont ignorants, est-ce nons qui les avons faits tels, quand nous avons de toute part créé des écoles de tous genres , ouvertes aux plus pauvres, où ils ont pu puiser avec l'instruction les moyens d'améliorer leur sort par la ^oie du travail?
Nous efforçons-nous donc de les retenir dans l'abrutissement, quand nous favorisons de tout notre pouvoir la propagation des livres utiles et moraux , les créations des caisses d'épargne, toutes les associations en général qui se proposent pour objet l'accroissement du bien-être de ces infortunés ou l'allégemeat de tenr,misére?
Y a-t-il contre eux ànos nos lois quelque disposition qui les exclue d'aucun des avantages so-
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ciaiix dont un hcHumc raisonnable puisse désirtr la jouissance?
Sauf le droit de faire partie des collèges électoraux ou de compter parmi les membres du jnry, il n'existe entre eux et nous aucune différence, et pour combien d'autres citoyens qu'eux cette dilTérence n'existe-t-elle pas! encore disparatt-elle pour les ans et pour les antres, qaand ils ont réussi à se placer dans les conditions voulues par la loi pour jouir des droits politiques qu'elle confère. Aucune autre barrière ne les en sépare , qu'ils s'instruisent donc et qu'ils s'élèvent par le travail au degré de l'échelle sociale ou nous sommes arrivés par des moyens tout semblables, et ils seront les bienvenus dans nos rangs; la société ne les repoussera pas plus qu'elle ne nous a repoussés , car ils lui anront alors présenté toutes les garanties dont elle a besoin pour accorder sa confiance.
Essaie de persuader à cette société qu'elle a tort de préférer pour mandataires des hommes d'expérience et de savoir à des hommes dépourvus de l'un et privés de l'antre. Elle le répondra , nous croyons pouvoir l'assurer, qu'elle ne se De que médiocrement aux inspirations d'une raison sansculture, mais qu'aucun préjugé
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n altère, OQ Sux dbdsJOQS d'une conscience qu'aucun intérêt n'a corrompue.
Voilà , mes amis , ce qae le pays pourrait dire k M . Lameaaaîs ; peosez-Tous que daus ce cas il lai serait facile de biea répoodre ?
— Ma foi '. di^je au vieux , ja crois que ça ferait embarrassant ; mais il faut pourtant cooTenir que s'il trouve toujours tout trop mal , tous trouvez peut-être, tous, (ont trop bien ( que s'il est le médecin tant pis, TOUS «les le médecin tant miaix. Le fait est qu'à bien considérer la cbose , il y a terriblement de misère ea France , pour les ouvriers du moins.
— La misère n'est pas aussi ^érale qne tu le crois , et ce n'est surtout pas sur la classe ouvrière qu'elle pèse le plus. Et qu'esl-ce, après tout, que cette misère auprès de celle qui règne en AngMore?
— Tiens ! k présent ces Anglais que je croyais si riches , moi ?
— Les richesses sont énormes eu Angleterre, mais elles sont réparties en un si petit nombre de familles, que tout le reste de la population ne se compose que de proUiaires , autrement dit , de ces gens qui n'ont pour tout moyen d'existence que leur induslrie. Toutes les terres, les mai-
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soQS , les capîtaax de toute espèce sont possédés, pour les qualre-vingt-dix-neaf centièmes , par quarante mille individus, et pour l'autre centième, par deux cent soixante mille; tout le resie de la population , qui s'élève à pins de viogl millions d'âmes , ne possède absolument rien que ce qu'U peut gagner par son travail : aussi le nombite des indigents est-il effroyable et va-t-il croissant d'années en années , sans qu'on puisse prévoir on cela s'arrèt^a. On compte, quant à présent, un indigent sur six persoimes dans ce pays si brillant en apparence; et la taxe, k t'aide de laquelle on soulage encore bien insnfiisammeot une aussi effroyable misère , monte à plos de deux cents millionsj cela fait cent francs par chaque individu secouru ; mais tous les objets de consommation sont si chers, que c'est à peine si les malheureuses familles peuvent, en joignant le gain de leur travail à cette aumdne, acheter dn pain et des pommes de terre pour soutenir leur triste existence. Elles sont obligées, dans les villes, de s'entasser dans les caves , dans les greniers , et à la campagne , dans d'élroiles cabanes mal couvertes, mal closes, exposées à tontes les intempéries de l'air; et vous savez sans doute que le climat dans ce pays est généralement beaucoup plus dur que dans le nètre?
— £h mais, mon Dieu! que vous me snrpre-
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89 — nez ! dis-je à cel homnie qui nous apprenait là des choses si nouvelles potir nous tons. Mous qai avions cru qao tout était cuit et rdli en Angleterrepour ceux qui avaient le bonheur d'y vivre ! Eh bien ! voilà des gens jolimeat lotis avec tons leurs vaisseaux et leur grand commerce avec tont l'univers , comme vous nous aviez dit d'abord , da moment que tout ça ne profile qu'à si peu de monde , et que tout le reste est obligé de se serrer )e ventre! Alors vous devrez convenir que le dloyen Lamennais n'a pas déjà si mal Tait de faire son livre , dès qu'il y a des pays où les choses vont si mal pour de pauvres diables comme nons; ça prouve tout de même qu'elles iraient sûrement mieux si le peuple était appelé à dire son mot dans les chambres où se fabriquent les
— S'il avait dédié son livre à l'Angleterre, sa censure n'aurait pas frappé à faux, j'en veux Inen convenir , car c« pays est véritablement , sons ses vaines apparences de liberté, celui de l'oppression la pitis dure et la plus avilissante pour la classe des travailleurs. Nulle part ils ne se trouvait placés dans une aussi étroite dépendance des entrepreneurs d'industrie et des pos~ sessenrs de capitaux. Mais tout ceci tient à un enclialnement de causes qu'il serait trop long de
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roDB expliquer , caoees qu'entretient nne législff' lalion Ticieose à beanconp d'égards , mais tonte dans l'intérêt de la puissance aristocratique, causes parmi lesqndles figurent , indépendamment d'une foule d'accidents politiques, la réforme religieuse, et l'adoption d'un système de commerce qui devait en définitive , après un temps donné , amener de désastreux résultats pour les masses ouvrières, sans pourtant altérer l'éclat et la grandeur du gouvernement.
Toutes ces choses , mes amis , m'entratue^ raient à beaucoup trop de détails pour que Tons puissiez bien me comprendre , je me borne j| vous dire que le mal est grave là-bas, beaucoup plus qu'il ne l'est ici assurément.
Là il est besoin d'une révolution radicale, comme le fui en Franœ celle de 1789 ; mais il est A souhaiter que ce soit la raison qui la fasse, et il se trouve dans ce pays des hommes de haute intelligence qui travaillent sans relAcbe à déterminer ce résultai sans malheurs et sans secousse; ce qui ne serait cerlainemeut pas possible si les masses populaires, ignorantes, aveugles , passionnées , comme elles le sont presque partout, prétendaient mettre la main à l'œuvre. M. Lamennais encore, en irritant diez elles, au moyen de son livre, le sentiment de leurs souffrances, assume en quelque sorte
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sur sa tête la responsabililé des crimes , des excès qu'elles pourraicDt commetlrej je tous laisse à juger s'il a fait en cela l'œuvre d'un ami de l'bumaDité , d'ua partisan do bon ordre et da progrés.
Quant au régime dont joail aujourd'hui la France, il n'y a nulle espèce de comparaison à taire pour ce qui concerne les classes de travailleurs arec celui qui pèse sur les mêmes classes en Angleterre ; les chiffres sont là pour le prouver. Sur ringt-tnus millions d'habitants qu'elle possède, on compte vingt millions de prolétaires ; il n'y en a que douze millions en France , sur nue population beaucoup plus considérable. Les deux tiers de cette population y possèdent donc quelque chose ; terres ou malsons les attachent au sol et peuvent donner pour eux un sens très- significatif au root Patrie ,- et les douze millions reslanb peavenl eux-mêmes arriver librement à figurer dans celte classe , car chez nous , du moins , plus de ces lois de substitutions qui perpétuent la possession des terres dans les mains des grandes familles : ces sortes de richesses se fractionnent à l'infini , et lonjouTB dans la mesure des besoins des.
membres de la commanaulé. Les capitaux, par la même raison, ne sont pas à beaucoup près
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anssi concentrés qu'ils le sont chez nos voisins/ ol c'est à cette diffnsio» , plus d'accord avec l'ntilité réelle de l'argent , en tant néanmoins que cette diffasion ne dépasse pas certaines bornes , que le prolétaire est redevable de pins d'indépendance : qu'il peut racilement trouver des moyens d'exercer , à son profit particulier , ses talents ou son indostrie ; car s'il ne trouve pas ces moyens chez l'un à des condilions qui lui GonvieDuent , il les trouvera chez l'autre, s'il offre d'ailleurs, dans ce qu'il ccnnple entreprendre et dans sa moralité persmiBelIe , des gfaranlies satisfaisantes.
Il faut bien, en définitive , que l'aisance, beaucoup plus générale ici qu'en Angfleterre , tienne à quelques-unes de ces causes et au bon système snivi par le gouvernement , puisqu'il n'y a encore que seize cent mille indigents , tandis que noire superbe rivale en compte environ quatre millions.
Aussi la moralité se montre-l-eUe en accord parfait avec les proportions respectives de celte misère ! C'est ainsi qu'en Angleterre le chiffre des accusés s'est successivement accru , d'années en années , jusqu'à ce point de présenter , en 1831 , sis criminels contre un en France. C'est ce qui a fait dire à un de nos savants éc»-
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, homme de beaucoup d'esprit, qu'oit poarait délermiDer , d'une manière assez précise , l'époque à laquelle il se trouverait, en Angleterre , beaucoup plus de gens méritant la potence que de personnes intéressées à les f faire accrocher.
Ecoutez , après cela , les déclamations de ceux qui crient sans cesse contre l'administration en France , et qui nous jettent à la tète, pour exemple et pour modèle, l'administration anglaise ! Peutêtre M. Lamennais , s'il eAt un peu plus sérieusement étudié les difficultés inhérentes à l'organisation des intérêts d'nne grande société, se serait~il abstenu d'attaquer avec tant de violence le mal qu'il a pu remarquer dans la ndtre. £t pourtant, quand on s'exerce avec aussi peu de ménagement qu'il Ta fait , le droit d^ censure, au moins devrait-on prouver , par les mo;eps qu'on indique, que l'on est soi-même plus fort et plos habile que les gens que l'on es^ saie de détrOner.
Nous savons ce qu'il a blâmé , voyons maintenant ce qu'il propose.
Et l'ancien ouvrit de rechef le livre; puis, après avoir lu seul, tout bas, ce qu'il j cherchait sans doute , ce qui nous rendit tous attentifs et silencieux, il ajouta ■.
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— Toujours les mêmes vices de raistumement 1 toujours des phrases creuses , les mêmes ÎRConséqucDces entre ce qu'il veut pour le peuple et les conseils qu'il lui donne pour l'obtetiir , et aussi les mêmes injures à la législation ! Seulement, et ce en quoi il diffère des improdenles et amères récrimioalions auxquelles il s'est livré dans les pagres précédentes, c'est que, dans celles-ci , il tous engage « à ne tous abn-
■ ser ni sur le temps ni sur les choses, k vous » garder de rêver l'impossible, l'égalité des po- » silions et des avantages annexés k chacune n d'elles. Cette égalité (il le reconnaît cette Tois) • n'est pas dans ta nature, et à son avis vos
■ efforts, pour l'atteindre et la fixer, non-sea- » lement seraient infructueux, mais ils ac- » croîtraient encore la somme de vos maux » actuels. 1
Il dit avec non moins de raison, que ■ le mon- B vement de la vie sociale oppose un obstacle » invincible à l'égalité des fortunes; qu'établie B le matin elle n'existerait plus le soir ; que l'in- B dusirie, plus ou moins intelligente, plus ou » moins active, l'aurai t déjà détruite, n Et U ajoute, remarquez bien ces paroles !
» Et l'on ne doit pas s'en plaindre , car ce
■ coatiuuel effort de chacun, cet instinctif em-
r ploi de ses facultés pour augmenter son pro- B pre bien-être est uiie des conditions du bien-
■ être général, a
Qui a pensé à le lai contester, et quelle disposition dans nos lois empêche un individu de travailler dans ce douUe but ?
Puis , oubliant tout ce qu'il a écrit de violent , il ajoute au paragraphe soivant :
« Ne pensez pas non plus que votre état si B misérable puisse complètement changer tout ' d'un conp. Ce changement total et subit est, D quoique vous fassiez , impossible. Il impliqae-
■ rail une violence (elle, qn'au lien de réfor- B mer la société, il briserait les ressorls de la » société, s
Alors , malheureux ! si tu devais arriva* à une conclusion aussi sensée, aussi raisonnable, pourquoi donc, après avoir excité les haines du peuple par la peinture exagérée de ses souffrances, terminais-tu ton XV< chapitre, après avoir conseillé à ce peuple de s'associer , nonobstant les lois qui défendent les associations dans ce sens dangereux pour l'ordre public, pourquoi, dis-je, terminais-lu par ce brûlant afqiel à la révolte.
• Et moi je vous dis ; Veuillez seulement! ci
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•les lois iniques drsparailront soudain, el la " TiolCDce des oppresseurs se brisera contre
- TO(re fermeté inflexible et juste. Rien ne ré- » siste à l'union du droit et du devoir. -
Maintenant il tous recommande, après ce passage qne tous aviez (rès-bien remarqué, d'attendre patiemment tout du temps, parce qu'une conduite (ouïe contraire impliquerait une teUe violence, que les ressorts de la société s'en trouveraient brisés, loin qu'eUe s'en trouvât réformée.
Vous le voyez, cet homme se contredit snr toutes choses et dans tous les instants. Mais voilà qu'après vous avoir fait cette sage exhortation il vient vous dire :
•■ Lorsque vous aurez réussi à donner pour » foudement à l'orçanisation politique l'égalité
- chrétienne des droits. •
Ce qui vous sera un peu difficile , si , vous ea tenant à son dernier avis, vous vous en fiez au temps, sans agir, pour laisser arriver ce grand résultat.
II ajoute :
« La régénération uoulue par TOUS , et que Dieu » vous commande de couloir, s'accomplira de
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* soi-même dansjces trois branches inséparables ,
• l'ordre matériel, Tordre intellectael et l'ordre
• moral. .
Peut-on imaginer rien an monde de pins creux, de plos Tide de^sens? Prétendre faire croire à la possibilité d'une;j transformation sociale de cette importance par le seul secours de la volonté intuitÎTe!
f Et tout de suite il reprend le cours de son rêve, et TOUS dit :
a D'où vient le mal dans l'ordre matériel? Estce de l'aisance des uns? Non, mais du dénù-
* ment des autres ; de ce que , en vertu des u lois faite» par le riche pour l'exclusif intérêt B du riche....
Oh! décidément, œt homme a la monomanie du blâme , el le mal procède chez lui par accès !
. Il (le riche ) profite presque seul du travail » du pauvre de plus en plus stérile pour lui. i> De^quoi donc s'agil-il? D'assurer au travail ce « qui lui appartient équitablement dans Ira pro- B daits du travail même. Il s'agit , non de dé- » pouiller celui qui possède déjà, mais de créer n une propriété à celui qui , maintenant , est privé » de toute propriété, 'i
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Attendez ! il CD a sans doalc trooTé le secret -, «OD livre, dans ce cas , sera ud rare bienrait pour le monde entier ; car il y a déjà bien des années que beaucoup de sarants économistes de tous les pays marchent à la recherche de cette précieuse découyerte.
— Or,- comment y parviendra-t-on î se demande- t-it.
« Par deux moyens : l'abolition des lois de pri- » Tilége et de monopole; la diffusion des capitaax,
■ que le crédit multiplie, ou des instraments de » travail rendus accessibles à tons.
■ L'effet de ces deux moyens , combinés avec x la puissance incalculable de l'association , serait
> de rétablir/»eu àpeu le conrs naturel de la ri-
> chesse , arlifîciellemeut concentrée en qnel- » qnes mains ; d'en procurer une disUibution
■ plus égale , plus juste , et de l'accroUre iruen- B siblemerU.'
De bonne fui , peut - on abuser plus complètement de l'aftention de ses lecteurs et les mystifier à ce point, en dounant à une difficulté de cette importance une solution aussi peu satisfaisante ?
Eh quoi ! le bonbeiir du genre humain Ta se trouver assuré à si bon compte ! mais pour-
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qaoi donc celui des Français ne l'est-il pas conipIctemeDt, cax qui ne sont soumis à aucune loi Tavorable an privilège, an monopole, comme le prourent assez bien le code qui les régit et la Cfaarle qui prodanie l'égalilé <ies droits pour tous?
La liberté illimitée du commOTce et dont chacan peat jouir s'il le veut, implique, il faut bien l'avouer , contradiction avec l'existeuce du monopole , à moins qu'on ne veuille donner ce nom à la protection que le gouvernement accorde aux sociétés qui se proposent l'exploitation d'une branche quelconque de l'industrie, on la restriction du UMnbre des certains agents ou fonctionnaires préposés à un oEBce public quelconque. On peut, dans ce cas, faire observera M. Lamennais, si c'est là sa pensée en effet, que c'est faire un étrange abus des mots et de leur significalioD naturelle, que de vouloir confondre entre elles des choses aussi distinctes que le sont en réalité la protection dont je parle et le monopole comme il doit s'entendre.
La protection accordée aux sociétés en question et aux possesseurs d't^ces publics, dont le gouvernement se réserve la nomination , est une mesure salutaire et toute dans l'intérêt de la „ociélé ; car il tombe sous le sens que , s'il
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«n était autrement , elle serait exposée à se trouver à chaque instaot dupe de sa coaSaoce , si le premier venu pouvait , sans contrôle aucun , s'établir à son gré , notaire , agent de change, ou s'attribuer de sa propre autorité des Tonctions aussi délicates.
Alors on peut crier , A aussi bon droit, au monopole et à la tyrannie contre le gouvernement, qui , par an motif non moins louable , interdit l'exercice de la médecine, celui du professorat d'mie science quelconque dans les nniversités , à ceux qui ne prouvent point leur droit à cet exercice par la représentation d'un diplôme attestant leurs capacités.
Qu'a de commun , je le demande , cette sage précaution avec le monopole , chose odieuse en elle-même, et vraiment contraire à la justice, privilège intolérable , qui consiste à réserver à des individus l'exploitation exclusive d'une source de richesses , à laquelle ils n'ont pas plus de droit que les autres , comme le fut dans le temps, en Angleterre, la création delà compagnie des Indes ) comme le furent autrefois , en France , tant de créations de privilèges onéreux à la communauté , mais très - profitables à ceux à qui ces faveurs venaient à échoir?
Rien de tout cela n'y existe maintenant de-
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pins près d'un demi-siècle. S'il s'y trouve des /unclîoDs lacralives , eAles ne sont telles qae parce qae le nombre ea est restreint et réglé sur les besoins présumés des villes où elles sont créées ; et il ne fant point ooblier qu'elles sont accessibles h (ont le inonde, pourra qo'oa réunisse les qualités , les talents et toutes les autres conditions Toolnes par les lois. Du reste , et pour ce qui n'est pas fonctions publiques, dans les arts, le commerce, les sciences, l'indaslrie; est-ce que chacun n'est pas complètement libre de tirer parti de ses facultés et de ses capitaux , de s'établir on b<Mi lui semble et comme il l'entend ?
Qui donc s'oppose alors à ce que chacun soit parfaitement content de soa sort ? Pourquoi , avec UD tel ordre de choses, se tronve-t-il encore, en France , douze millions de prolétaires^ et , sur ce nombre , plus de seize cent mille indigents ? Cela ne tient donc pas aux causes qu'indique M. Lamennais, et il a donc gratuitement cal(Hnnié l'admiiiistralîon du pays? Les moyens qu'il propose sont donc insuffisants pour réaliser le bien-éire dans les proportions qu'il annonce, puisque tous ces moyens existent , sont en action, et mis è la portée de tous ceux qui veulent eu oser ? 11 n'a surtout , encela,rienimaginédeneuf , puisqu'à partir des traraux législatifs de l'assemblée constituante, i
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laquelle est censée remonlcr l'émancipalion du peuple, jusqu'à ce jour, on n'a pas cessé de marcher dans ccUe voie, d"en élargir l'accès do plus en plus , pour que chacun y Ironvftt place el pût trayailler soi-même librement à laccroisscment de son bonheur.
Oh! si M. Lamennais eût dit au gouvernement : Vos intentions sont bonnes , vos principes ne manquent pas de libéralité; vous voulez Bincèremeol le bien , mais vous vous trompez dans le choix des moyens qne vous avez adoptés pour le produire ; j'aurais compris , si surtout , passant en revue les ressources de la société, il lut eût indiqué quelque mode plus ingràieas , propre à tirer un meilleur parti de ces ressources. Mais blâmer, mais crier, mais tonner contre un ordre de choses qu'on est impuissant à changer; puis calomnier les actes, Ions les actes, et jusqu'aux intentions de ceux qui goavernent; les taxer d'impuissance, quand luimâmc ne montre pas plus d'habileté , c'est pousser loin, ce me semble, la présomption et l'injustice!
Ah! qu'il attribue nne grande partie de la misère de la classe ouvrière à l'inconduîle , à 'l'imprévoyaDce, h l'absence de tout principe
retigieQX, corles, il ne Irouvers personne qui le contredise.
Mais que peut à cela le goavcrnement , obligé, soos peine de passer pour enlreprwidre sur cette liberté , de respecter même jasqo'aus écarts de la liberté; Dd resle, ne faitrîl pas (ont. ce qu'il peut pour empêcher ces bommes de se suidder par leurs propres Tices? ...
N'a-t-il pas , je vous le répète , ouvert de toutes parts, et jusque dans les communes où sonautorilé n'a pas été repousséc par celle des administrateurs de ces mêmes communes, des écoles où les enfants du peuple sont tour à tour appelés à puiser autant d'instruction qu'il leur eu Taut pom' cwinattre et pratiquer leurs devoirs sociaux les plus importants pour leurs propres familles et pour l'État?
N'a-t-il pas dans le même dessein , encouragé la publication des livret moraux à bon marché?
N'a-l'il pas favorisé de tout son pouvoir la création de caisses d'épargne, ou l'ouvrier peut déposer ses économies et les retirer quand il le veut?
N'a-t-il pas eulia attaché à chacune des paroisses des desservants chargés de moraliser, d'inviter à la vertu tous ceux qui veulent biei
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prendre la peiae de les venir entendre, aux jours oà la suspension du trayail leur permet d'aser de leurs loisirs comme bon leur semble ?
Bien pins encore , suivant en cela an salutaire exemple donné par la Prusse, qui paraît attacher, plus qu'aucune autre puissance, du prix à l'instruction , le gouvernement français ne s'occupe-t-il pas en ce moment de rendre cette instruction obligatoire pour chacun , en faisant une loi aux chefs d'ateliers de ne recevoir chez eux aocuu enfant au-dessous de l'âge de huit ans, cl qui ne soit muni d'un certificat attestant qu'il a passé, pour le moius, un an dans une école primaire ?
Que peut-il faire de plus pour les classes pauvres? Quels meilleurs moyens de s'affranchir de l'abrutissemenl , de l'ignorance et de la misàe poQvait-il leur mettre i la main?
Quant à cette foriplus équitable que M. Lamennais parait désirer pour le Iravaillenr, dans œ qu'il contribue à produire, c'est sans doute nn vœu très-louable, mais encore en déplorant que cette part ne soit pas plus forte, faut-il prouver qu'il en puisse être aatremenl. Eh bien! M. Lamennais a-t-il, sous ce rapport, indiqué quelque remède au mal dont il s'indigne avec tant de véhémence ? Point. Fidèle à sou système.
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il se renfenne encore, loi,' homme supénear,dans les déclamations banales à l'usage des esprits médiocres, qaî croient rehausser lenr importance personnelle -en critiquant impitoyablement les TJces de tontes choses, sans jamais pouvoir en proposer de meilleures et surtout de plus praticables.
C'est qu'en ^et l'objection est facile à poser, mais ne l'est pas du loat à résoudre.
Et qni a, d'aîUcnrs, pronvé à M. Lamennais que l'ouvrier n'était pas payé dans de justes proportions de son travail ; que la pari qui lui revient dans Je produit n'est pas au contraire en rapport exact avec les bénéfices provenant de la vente de l'objet qu'il a contribué à créer?
On est le mode d'appréciation possible pro{»% à régler le prix du salaire , lorsque tant d'accidents , de circonstances imprévues, peuvent le faire varier du taux le j)lus élevé an plus vil prix, et même à l'entier anéantissement ; ce qui arrive, par exemple, lors de l'extinction totale d'une branche d'industrie? Et que faut-il pour cela? Une concurrence malheureuse avecnnpajstoatà conprairichi d'un moyen de perfectionnement, ou la transplantation de cette branche d'industrie dans un canton où la main-d'œuvre peut se payer beaucoup moHis cher, en raison du bon marché des vi^
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très ou de l'extréiue sobriété des habitants de ce cantoD.
11 y a mille autres causes de tonte autre nature , mais qai peavenl influer avec pins ou moins depaissance sur la valeur vénale, o», pour mieux dire, sur le pHx du cours de tels ou tels produits, et je demande si, dans ce cas, M. Lamennais oserait prendre sur loi de garantir de ces chances l-s Tabricants de ces produits, pour les obliger à maintenir toujours à son même taux le prix des salaires? Il ne fallait pourtant pas accorder beaucoup de temps àl'exameo de la question pour entrevoir au moins ces graves inconvénients et les conséquences encore plus graves qui en découlent ?
Mais, maintenant , sans choisir cet exemple que je veux bien consentir à ranger dans les cas exceptionnels , et prenant tout simplement un terme de comparaison parmi les choses moins sujettes A la variation dans les prix , je su^^m^e un propriétaire voulant faire bâiir une maison pour placer le Capital, dont il peut disposer à cet eEfet d'une manière selon lui plus sûre qu'il ne pourrait le faire dans le commerce.
Le terrain acheté et la maison bâtie, il a dépensé soixante mille francs. Voulant retirer cinq ^ur cent net de son argent, il se dît : U
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faut que je loue ma maisoD un prix qui me pro~ duise exactement mille écos de revenu tous les; ans. Il fait alors tous les calculs nécessaires pour arriver à ce résultat; le foncier, les portes et fenêtres , les réparations , les non valeors, tout cela est mis et doit être mis en l^e de compte. Il a payé à l'arcbitecte , qui lai a bAti cette maison , trente mille francs ; celui-ci à son tour a payé à tous les ouvriers qu'a nécessités celte consiruclion le pris de lear maiD-d'cBavre et de leurs fournitures au taux du prix conrant : , quelle réclamation peuvent élever ces ouvriers contre cet architecte on ce propriétaire , s'il leur vient à l'idée de trouver trop minime le salaire qu'ils ont reçu? L'architecte leur répondra : Ce n'est pas moi qui ai déterminé le prix de votre main-d'œuvre , c'est le cours qui existe dans ceLte localité j si vous ne vous y étiez pas conformé , le capitaliste pour lequel je vons ai fait traj'ailler et qui connaît aussi bien que vouse( moi l'état de ce cours, aurait très-bien sa me dire, après avoir examiné mon devis : Yous me portez là des prixbeaucoup plus élevées que ceux qu'on trouve généralement dans le pays ; prenez das ouvriers moins exigeants, ou ni eux ni vousne ferez un pouce d'ouvrage pour moi.
Si ensuite ces ouvriers viennent dire à ce propriétaire qu'un homme riche comme lui ne
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doit pas rc^rder de si près au salaire des mal' heureax , il leur répondra fwt pertincmmeDt : Mes amis , je sais an boDOéle homme et ne veax pas placer mon argeat à im taox usuraire; cioq pour cent me soffisenl, je n'en désire pas davantage. Eh bien ! voilà une propriété qui me coûte maintenant soixante mille francs , de laquelle somme moitié est entrée dans vos poches. Avec les charges dont elle va se trouver grevée, il Taut que je réussisse à la louer environ • cinq mille cinq cents francs , pour que j'y retrouve juste mes mille écus nets de revenu , ou cinq pooT cent, si vous entendez micnx, du capital actuellement engagé. Or, je serais bien loin de mon compte si , ponr satisraire à vos vœux , j'avais dû , par exemple, payer un quart en sus du prix qne me coule votre main-d'œuvre ! C'eût été quarante mille francs au lieu de b^nte, et cette augmentation, pour que je pusse me retrouver à mes cinq du cent, m'aurait obligé d'él«ver de cinq centsfrancs le prix de ma location.
Eh ! mes amis, je n'aurais en vérité pas mieux demandé, si vous eussiez pu me garantir la location de ma maismi avec cette augmentation de prix ; mais ne comprenez vous pas qne ce me sera chose tout à fait impossible puisque dix , vingt, cent propriétaires m'Aferont la possibilité de la loner ce prix-là, attendu qu'ayant fait bâtir à un
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qnart pour cent meilleur marché que moi , ils pourront oITrir, à ceux qui voudront se loger, du avantage considérable pour obtenir sur moi la prérérence ?
Gctle réponse n'cst-elle pas sans réplique , et ne prouve- t - elle pas, en effet, contre tout ce que pourrait alléguer M. Lamennais, que l'élévation du prix des salaires ne dépend nullement des entrepreneurs d'industrie , non plus que des ouvriers dont elle sollicite les travaux , et que la règle qui la détermine e^t essentiellement variable , et ne dépend que du plus ou du moins de besoins que cette industrie est appelée à satisfaire ? J'entasserais des milliers de preuves à l'appui de celle vérité . si l'exemple que je viens de produire ne la démontrait au delà même de l'évidence.
Si j'ai choisi cet exemple préférablement à tout autre , c'est que de tons les objets qui nécessitent l'intervention d'ouvriers de différents états , c'est sans contredit la bâtisse qui en emploie un plus grand nraubre, à commencer par le terrassier, qui creuse le sol pour asseoir les fondations de la maison, jusqu'au plombier qui garnit la couverture, ou au ferblantier qui pose les girouettes j il y a là (outc une armée de travailleurs à satisfaire, à payer selon le prix du cours attaché aux
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produits de leurs métiers ou de leur art. Ton» doivcnl se tronver ctmteols de ce pris , ou cbercber à se produire dans une autre profession pins grasscmeal rétribuée. Mais eucore, aTUit que de s'abaudonacr à cet esprit de chaDgemeDl, qui leur coûtera le temps et peut>4tre les dépenses d'un nouvel apprentissage, devront -ils d'avance se pénétrer de l'idée que, dans un temps diiiicile à déterminer, mais àcoup sûr inévitable, puisque tout progresse, te salaire attaché à cette profession qu'il ambitionne devra subir, à son tour, de notables diminutions par l'une ou l'autre des ctuses dont j'ai parlé ^ témoin l'horlogerie, qui procurait autrefois en France , à d'habiles ouvriers, dix , douze et même quinze francs par jour , et qui ne leur rend plus aujourd'hui un écu.
— Ah 1 c'est bien vrai ! s'écria un camarade qui avait été de l'étal, et s'était jeté depuis dans la coutellerie fine. Moi , j'ai longtemps gagné dix francs par jour dans la montre, avant qae ces animaux de Genevois fussent venus nous couper l'herbe sous le pied , en travaillant autant dire pour rien ; mais , bah ] on en a pour son argent, allez! L'ouvrage soigné veut toujours être bien payé, et ceux qui achètent des montres de ces maudits Suisses, n'ont que des patraqtws dans leur gousset.
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— Tu dis vrai , mon ami ; mais, qnoi qu'on 4ise et qu'on Tasse, le bon marché tente toujours ; et pour quelques ridies qui peuvent mettre le prix aux belles et bonnes choses , ir Faut bien avouer que , pour les masses , le |nis t«t toujours la principale affaire. Or, comme if y a , an dire du {HMjverbe , plus de petites bourse» que de grosses , c'est particulièrement pour leb premières qu'un bon spéculateur s'efforcera constamment de produire. Ceux qui s'indignerimt qu'il en soit ainsi , parce que cela dmt apporter de la perturbation dans les prix du salaire , sont de pauvres et ignorants économistes ; la seconde , s'ils sent partisans du progrés, qu'ils veulent des eDels sans causes; puisque, d'une part, l'économie sociale se propoise de satisfaire , au meilleur compte possible , les besoins imposés aux hommes pour la civilisation i et que , d'autre part, le progrés ne pourrait avoir lieu si l'on répudiait l'usage des mo;eos de peTfectionnentent , révélés par l'étude et l'expérimentation à l'intelligence homainê.
Maintenant que je vous ai démontré l'impossibilité de déterminer une règle fixe et -invariable pour les salaires, je vais vous prouver que la disproportion , entre ce que vous gagnrz et ce que gagnent ceux qni vous font travailler, n'cs4
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pas aussi offrayaDle qu'affecte de le croire M. Lameanaïs.
— Ob ! pour le coup , nous deTlumes tou( yeux, toutornlle, pour De rieo perdre de celle preuve-U.
— Je vous ai présenté ce bon, ce paisible propriétaire , qui se contente de cinq pour cent de retenu à son argent , pourvu qu'il le sache en sûreté , bien à l'abri des éTénemcnts. Il sent, ce digne homme, qu'un placement réunissant de pareilles conditions de sécurité ne peut guère rapporter davantage : rien de plus rationnel.
Mais le commerçant, lui, à qui les mauvaises chances et la fluctuation des afiJaires ne peuvent pas permettre de se contenter d'un taux aussi peu élevé pour le capital qu'il possède et qu'il expose à de si périlleux hasards , prend assez généralement, pour mesure commune, quinze du cent. Ce n'est pas trop, si l'on considère les frais de sa maison, les pertes que peuvent lui faire éprouver tes faillites , les déchets de marchandises , et toutes sortes de menus frais qui ne laissent pas que de monter au bout de l'année ; ne trouverez- vous pas juste , et tout naturel , que ce commerçant , s'il a mis par exemple cent mille
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Trancs dans les ailaires (Ache de s 'arraager de manière à en gagner qaiaze oa vingt mille par an , et même davantage , s'il le peut, parce qn'enfin, indépendammrat de ce capital de cent mille francs , le mal qu'il se donne lui-même toute l'année mérite sans doute aussi salaire. Son instruction, les sommes qu'elle a pu couler Ji sa Tamille, n'est-ce pas an capital tout personnel qui doit également rapporter intérêt comme ceini qui se trouve engagé dans le commerce ?
— Tiens ! au fait, c'estjnsle, ça ; c'est tout comme pour Bons, le temps que nous avons passé en apprentissage pour devenir en état de travailler.
— C'est précisément où j'en voulais venir ; mais laissez-moi suivre mon exemple et en faire application à un fabricant quelconque. Supposons , si vous le voulez , un fondeur ou tout ce que vous voudrez que ce soit , et admettez que cet industriel emploie diez lui vingt ouvriers auxquels, terme moyen , il paye trois francs par jour. Voilà pour la paye de ces ouvriers, si je compte bien, dix* huit cents francs par mois ; dix -huit cents francs qa'il faut qu'il détwurse, qu'il avance, quelque embarras qu'il puisse éprouver d'ailleurs. Ajoutez à ce prix l'acquisition des matières premières ; puis l'obligation où il est, aux termes des usages du commerce, de faire six, neuf et dix moisdecré-
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<dit aux marchands qu'il Tonmil, soas peine de les voir alJer chez des fabricants qui leur oSriront celte facilité ; ajoutez encore les accidenta qui peuvent frapper UDefonte,renlretien du matériel, le loyer de l'établissement, les gages des domestiques que je n'ai pas compris dans votre paye , et dites-moi si tous trouvez que l'industriel , qui a obtenu quinze ou vingt pour cent de son argent , a trop gagné?
— Oh! bien sur que non ; mais nousautres, nous Tf^ez-vous là , nous, avec notre petit écu quinous représente juste, les quatre (jimanches déduits, an bout du mois , soiiaote-rdix-hnit francs net conme fiaréme, à supposer qu'on lundi de farce ne vienne pas écomiflcr la somme ?
— Eb I mes amis, cela fait neuf cent trente-six francs au bout de l'année pour les moins habiles d'entre vous , car ceux qui le sont davantage n'ont pas de peine à se faire mille à douze cents francs , pour peu qu'ils veuillent bien doaaer , de temps en temps , ce qu'on appelle de bous coups de collier , dans les moments où la besogne presse ; ce qui arrive assez souvent.
£h ! bien prenons mille francs pour terme moyen : est-ce que ce n'est pas juste un revenu qni vous présente, à cinq du cent, un capital de vingt Diiltefrancs, ou d'environ sept millefrancs, si vous
le calculez à quinze , comme votre palroo , à cause du mal que TOUS arez eo Iraraillant? Quel est celai de TOUS à qui son apprentissage a coûté rien autre chose que quelques années de son temps, à une époque oo il ne devait pas lui paraître bien précieux , puisqu'il étail encwe bors d'état de rien ga^er du (ont f
Tous devez maintenant avouer , pour peu que vous ayez de bonne foi , qaela disproportion existant enli^vos gains et ceux des maîtres qui vous emploient n'est point au fond aussi réelle qu'elle le parait, et que, existât-elle en elTet, elle serait encore sanctionnée par l'équité , puisqu'enEin ils courent une foule de risques auxquels vous n'êtes point exposés.
— Excepté cependant quand il nous arrive des accidents, comme ça se voit si souvent
— Trop seuvent , je vous l'accorde ; mais accordez-moi aussi en même temps de reconnaître que beaucoupde ces accidents naissent del'imprudence, de la témérité, du défaut de précaution des ouvriers.
— C'est un peu vrai, tout de même; maïs une ditTérence que Vous ne pensez pas à établir entre les effets du capital de l'ouvrier et ceux du capital de son bourgeois , c'est que ce dernier vit de ses rentes , quand il juge à propos de se retirer des
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affaires , (aadis que l'autre paavre malheureux est obligé de crev^ de faim quand il ne peut plus traTaitler. *
— Je maintiens qu'il en est tout autrement s'il n'a pas manqué d'ordre et d'économie Sans doute! comme son capital n'était pas, à beaucoup près, aussi considérable que celui de sou patron, il ne peut pas prétendre à un aussi fort revenu; mais il est bien certain, au moins pour l'ordinaire , que , s'il a de la conduite et l'amour du travail, il trouvera à faire un mariage plus avantageux que ne le pourrait espérer un de ses camarades beaucoup moins rangé.
Eh bien! se manant à une bonne ménagère, à une femme sage, économe et laborieuse, il devra pouvoir, n'en doute pas, après vingt-cinq ou trente ans bien utilement employés, et en plaçant soigneusement , tontes les semaines ou tous les mois, aux caisses d'épargnes , les petites éconiHnies qu'U aura pu faire , il devra , dis-je, trouver, dans ce capital ainsi formé, de quoi vivre en paix et sans plus travailler le reste de ses jours. Il y aura, entre son ancien patron et lui, parfaite identité de position , et la seule différence qui existera dans le revenu sera à peu de chose près la même que celle qui aura existé dans leurs capiuxta
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respectifs, aa momeat où ils auroot commencé à les faire valoir. Pour preuve de cela, suppose que l'industriel dont je parlas tout à l'heure , celui qui avait apporté un capital de ceut mille francs dans son commerce, ait cooslamment vécu sans faire d'économies , des quinze ou vingt mille francs qu'il, lui faisait rapporter par son activité et son industrie , que lui resterait-il au moment où il se retirerait des affaires Toujours ces mêmes cent mille tVancs , mais qni ne loi rapporteraient plus alors que cinq du cent, ou, si tu comprends mieux, cinq mille francs de rentes , du moment qu'il aurait , en cessant de travailler, perdu le pouvoir de leur faire rapporter davantage. Ne devines -tu pas qu'habitué à dépenser quinze ou vingt mille francs par an, il se trouverait, jusqu'à un certain point , malheureux d'<^tre réduit à n'en plus pouvoir dépenser que cinq mille ? Je me mets en fait que toi , retiré avec six ou sept cents livres de rentes, dans un village où la vie ne serait pas trop chère , tu le trouverais , relativement , plus riche que lui , TU ses habitudes, conttnuanl de résilcr dans HOC grande ville, avec ses cinq mille livres de revenu.
— n est cerlun que je me fais l'idée qu'avec six à sept cents livres de rentes bien assises,
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n'ayant plus la dépense des cnfaols sur le dos , n'élant plus que soi et sa femme, on doit pouvoir vivre, encore assez œmme il faut, dans an bon pays : mais trente ans ! y peusez vous? Savez-vous que c'est terriblement long?
— Mais non , mon ami , pas trop long , selon moi. Si (u supposes le travail utile commencé à vingt-cinq ans, car je veux laisser passer le feu de la jeunesse ; eh bien , ces trente annéeslà te mènent à cinquante -cinq ans. Est-ce que le travail fatigue un homme de cceur avant cet âge-là? D'ailleurs, regarde si les employés du gouvernement ont droit à la pension de retraite avant trente années hien révolues de travaux, et songe donc de plus, malheureux! qu'il était rare, extrêmement rare, autrefois, qu'un n^ociant se retirât du commerce, avec une petite fortune, avant quarante et quelquefois cinquante ans d'exercice de l'étal qu'il avait embrassé dans sa jeunesse! Mais je te fais observer qu'il sortait des affaires dans ce temps- là avec une réputation de probité dont beaucoup de ceux d'aujourd'hui , plus* pressés de se retirer, ne semblent point aussi jaloux.
— C'est bien un peu ce que je me disais â part moi. Allons, je vois bien que vous avez
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vouU le ciloyeD Lamennais mr bien des points où DODs pensions qa'il avait tout à fait raison ; mais , pourtant , une chose sur laquelle nous serions fort aises d'avoir votre avis, c'est sur le conseil qu'il nous donne de nous associer pour le travail, 11 me semUe, en ^et, qu'il n'a pas trop de torts en disant que le travail affranclU, maître de soi, serait maître du monde.
~ C'est encore là , permeltei-nioi de vous le dire, une de ces pensées vidps de sens, dont il est d'ailleurs si prodigue , de ces grandes images à t'aide desquelles il étonne et subjugue l'esprit, mais dont une raison sûre, éclairée, reconnaît toujours aisément le faux.
El d'abord , qu'est-ce qu'il entend par le travail affranclU, maître de soi? Est-ce la faculté accordée ans hommes , par les lois, par le gouvernement , d'exercer librement leur activité sar toutes choses, soit du domaine matériel, soit de celui de l'inlelligcnce? Si c'est là sa pensée , nous pouvons lui répondre qu'en France , dn moins , chacun est parfaitement libre de faire de ses facultés , sous ce double rapport , tout ce que bon lui s^nble : l'exception à cette règle ne porte que sur ce qui est de nature à nuire à la société, comme le ferait indu-
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bilablcmeitt toute industrie ayant an but immoral oa dangereux. Dn reste , tout ce qui peut accroître le bien-être de cette société ca est parfaitement recueilli ; elle réserve même des encouragements à ceux qui t'enrichissent d'une décourerte utile , ou qui lui révèlent quelque nouYeau moyen d'améliorer sa situation.
Considérée sous ce point de vue, la pensée de M. Lamennais est au moins un non sens , par rapport à la France, à supposer que ce ne soit pas une nouvelle calomnie coutre le gouvernement. Si donc le travail , affranclii , comme il l'est ici , n'est pas devenu le maître du monde , c'est que 8a suprématie ne tient pas à l'affranchissement. Mais entendrait-il par - là le travail mis en commun avec les peuples du monde? Dans ce cas, je répondrais que c'est caresser une chimère , créer une gigantesque utopie , en d'autres termes , rêver une chose impossible à réaliser ; car chaque peuple différant essentiellement de chaque autre peuple par ses lois , ses mœurs et ses coutumes, ne pourrait jamais se plier aux exigences d'une pareille idée , ne fût-ce que par ce qu'elle lui paraîtrait avoir de contraire à ses habitudes. Comme le climat, en outre, influe d'une manière irrésistible sur les besoins respectifs des nations, il s'ensuivrait nécessairement toujours
qne celles qai ont moins que nous aulres, parexemple , repoQSseraient toutes aos idées sur la nécessité de tels on tels travaux, de telles ou tellesindustries.
Il tombe sous le sens qne les nabilants de climats méridionaux , à qui la fertilité de leur sol produit tout ce qui estnécessaire à la vie sans leur donner la peine, pour ainsi dire, de le cnltiver, Ironreraienl fort mauvais qu'on leur dit : Travaillez parce que vous décuplerez alors les productions de ce sol ; et il est nécessaire que vous le fassiez, attendu que cela viendra en aide à d'autres peuples moins favorisés que vous sous ce rapport par la Providence.
L'Asiatique, à qui son climat énervant fait prendre le travail en horreur, répondrait : Je suis bien Hichéde ce que- vous me dites, mais que ceux, à qui leur climat crée plus de besoins que nous n'en avons ici, le quittent, en chercbentun plus doux, je ne m'y oppose pas le moins du monde, mais quant à moi , pour qui le repos est le souverainbîen, je vous déclare que je ne changerai pas de manière d'être. Votre loi du devoir et de la fraternité me semble une belle chose, mais je crois, pardonnez- le-moi, que vous enfai tes une fausse application : voilà pour ceux qui ne voudraient pa8> travailler.
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Prenons maiotenaat une nation qui vit de sonr industrie, l'ADglelerre, par exemple. Que diraitelle de ce philanlropique projet? Je la suppose parlant à la France qui le lai propose.
Et d'abord, comment l'entendez- vous ?
Le premier effet de mon asscntîmeatà vos vœux ne doit-il pas être de me faire renoncer à tous mes avantages particuliers? de vous ouvrir la libre entrée de mes ports, même de ceux de l'Inde, où je fais un si grand commerce? Cent quinze millions de sujets que je possède là, et qui m'enrichissent des rares productions de leur sol , lesquelles me permettent de placer en quelque sorte le monde commercial dans ma dépendance, tout cela ne se cède pas sans recevoir de celui qui fait une pareille dè^ mande quelque chose d'équivalent; or, que m'offrei-vous?
Le bonheur d'accomplir, me direz-vous , la loi du Christ , qui appelle tous les hommes au partage égal des biens de la terre?
C'est à merveille ; mais je pense que l'extensioD que vous donnez à cette loi va beaucoup plus loin que le Christ lui-même n'a prétendu la faire aller.
Son précepte favori , qui commande de rendre toujours à César ce qui appartient à César, n'im-
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pfiqae pas seulement le respect envers les supériears, il implique également le respect des droits de cbacun, et tout particulièrement cens de la propriété. Or , tenir à ce qu'on possède n'est point offenser le divin' législateur ; et le précepte de l'amour du prochain , tout en commandant d'assister autrui dans le besoin , ne va pourtant pas jusqu'à l'obligation de se miner soi-même daus l'unique vue de l'enrichir : c'est précisément ce qui m'arrirerait à moi, Grande- Bretagne, si j'associais l'Europe, l'univers, au partage d'une Fortune que j'ai eu tant de peine à me créer.
Et d'abord sachez que l'indc rapporte , à la compagnie de capitalistes qui l'exploitent à leur très-grande satisfaction, de compte Tait, deux cent soixante millions de revenu. Ajoutez, chose dont en ma qualité de gouTememenl je ne suis pas non plus fftché , que celte possession met la compagnie dans la nécessité d'entretenir à SCS frais un très-grand nombre de soldats et de matelots , qui sans ce moyen de les utiliser, de les faire vivre, viendraient grossir considérablement la masse déjà si lourde des mécontents de leur sort , que je n'ai que trop de peine à contenir. C'est là , je veux bien l'avouer , un des plus graves embarras de ma situation i mais en récompense, ceux qui sout riches ne le
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»on( pas à demi ; et comme une très -grande parù> de ces richesses provient de rintérét des actions de cette fameuse compagnie des Indes , et par saite des énormes bénéfices da comtnerce qui en rcsalte, je voos demande, quand j'aurais la bodne volonté d'accéder à votre désir , où serait pour moi la possibilité de le faire ? Le pays tout entier se sonlèverait à l'idée seule d'une parfflltc transaction , car , encore quecet aveu puisse me coûter h faire , je vem bien vous dire que l'Angleterre sérail rainée de fond en comble si le malheur voulait que l'Inde lui échappât : il ne resterait plus qu'à brûler sa marine marchande , car de quelle utilité lui serait-elle, je TOUS prie, après la perte d'une possession de cette importance? Vous ne comparerez sans doute pas les conséquences d'un pareil événement à celle dont fat pour elle la guerre de l'indépendance avec ses colonie»
d'Amérique. En perdant une partie du continent américain, elle ne s'était autant dire point aperçu de la diminution de sa fortune, parce que, sans parler de la nouveauté de ces établissement» dans cette partie du monde à peine explorée , encore la population coloniale était alors trop peu considérable pour rendre de bien grands proUts à la métropole. La chose est si vraie ,que, pour ne pas se trmiver tout à fait en perte avec
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ces coionies, od a jugé nécessaire de hausser outre mesure le droit des objets de consommation nécessaires à leurs besoins , ce qui, voasle savez comme moi , les détermina à se constituer en républiques indépendantes, comme elles le ïODt encore aujourd'hui , sous le titre assez expressif d'États-Unis d'Amérique.
Mais l'Inde! mais cet antique Toyer de la civilisation du monde, où vivent mille nations indolentes et luxueuses , qui me donnent de l'or k profusion pour les plus minces produits de mes , fabriques ; qui me laissent prendre sans mesure l'ivoire, les parfums, les cotons, les épices, et tout ce que l'Europe consomme si avidement j l'Inde qui m'est une occasion d'être indispensable au monde entier et me procure le moyen, cbétive que je suis, bornée aux seules ressources de mon misérable Ilot , d'éclipser par ma puissance celle des nations les plus fières, tu m'en demandes l'abandon? Ab ! sans doute, France, tu ne penxme faire sérieusement une pareille proposition !
Voilà très-probablement, mes amis, ce que répondrait l'Angleterre à cette demande toute chrétienne et il est au moins douteux que M. Lamennais réussit, avec sa rare éloquence à faire adopter, au gouvernement de ce pays si bon cal-
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calaleur à toas ^ards , ses vues organisafricrs du bonheur du genre humain. 11 est du moins permis de croire qu'il éprouverait une assez forte opposition de la part des personne intéressées au maintien de l'ordre actuellement existant dans la Grande-Bretagne. Habituées qu'elles sont au confort d'une exîslence tonte sensuelle et féconde en manies, en caprices, fort dispendieux pour l'ordinaire, mais que leur permettent de satisfaire des fortanes énormes , colossales, elles auraient probablement beaucoup de peine à se soumettre à la régie, sans doute un peu ascétique, que M, Lamennais se trouverait obligé d'imposer à tout le monde, pour que toul le monde trouvât une part h peu près égale an banquet qu'il prépare et auquel il convie l'humanité.
En cela donc encore il a demandé l'impossible. Le travail , en ce sens, ne sera jamais complètement affranchi et ne peut pas l'être , parce qu'il est de l'essence d'un peuple de tenir aux avantages qu'il possède , comme il l'est de celle de l'individu de vouloir conserver ses biens. C'est ce qui fait qu'en matière d'industrie, et pour satisfaire à des exigences aussi naturelles, tous les gouvernements se regardent comme obligés à proléger les industries de leurs peuples respectifs. C'est ainsi que nos douanes, par exem-
pTe, après lesquelles vous criez 'lant, parce qac vous n'en connaissez pas l'utilité, ne sont précisément créoes que pour empêcher l'oitrée en France de marchandises étrangéri-» , qui , vu l'infériorilé de leiu- prix comparé à celui de marchandises d^ même nature et que nous fabriquons uous-mémes, leur seraient nécessairement préférées. C'est pour obvier à cet inconvénient que le gouvernement , dans l'intérêt de DOS fabriques et des ouvriers qu'elles font vivre, met sur ces marchandises étrangères un droit asssz élevé pour que les adirés puissent aisément soutenir la concurrence avec elles, ou que, plus prudemment encore quelquefois, il frappe ces dangereux objets de rivalité d'une complète prohibition. Mais c'est une mesure à laquelle 11 ne faut pas se décider légèrement, car il arrive presque toujours que l'Etat, contre lequel on l'a prise, use de représailles d'une manière bien désastreuse pour les intérêts du commerce de la puissance qui lui a joué ce mauvais tour : elle le lui fait souvent payer fort cber! aussi puis-je vous assurer qu'il faut en savoir long sur celle matière délicate pour se permettre d'en discuter le moindre point. Je suis mtoie bien persuadé que si M. Lamennais eût eu seulement la plus légère teinture de celle branche si essentielle de l'économie politique, il se se-
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rait bien gardé d'émeltre, à ce sujet, une opinion aassi singnlièrc que celle qai résulte de sa proposition d'aETranchissement du travail .de l'homme , da moins dans le sens qu'il attache à celte idée. On ne tranche pas ainsi, sachant si peu, dans le vir des intérêts des nations! Lorsqu'on songe que l'Angleterre est arrivée an< joord'hui au point , tu le nombre et la p«fection de ses machines , de jeter, sur tous les marchés du monde, une foule inimaginable d'objets de fabrication de toute.espèce, qu'elle peut donner, sans y perdre, à trois fois meilleur compte que c© que pourrait fournir la France ellemême , dont l'industrie semble pourtant si avancée, n'cst-on pas effrayé à la seule idée de voir tomber les uniques barrières qui nous défendent encore de l'esprit envahissant de son oimmerce?
Oui, mes amis, voilà lavraic situation deschoses, et je vous demande où nous en serions, où vous en seriez , surtout vous-mêmes, si le vœu de ce sage réformateur s'accomplissait.
Quant à ce qu'il tous a dit toudiant l'association, il n'a pas fait preuve de plus de sagesse et de prévoyance que dans tout le reste de son œuvre .
Vous associer! comment l'cntend-il encore?
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11 reste dans de vapies généralités selon sa coutume. Mais d'alXHxt, pour s'associer, il faut des capitaux, et tous n'eu avez pas^ sans compler qu'il TOUS faudrait braver les lois qui défendent les associations de ce genre, sur ce seul fondement qu'elles ressemblent an peu trop à des ligues, à des coalitions, pour que la société ne doive pas s'en effrayer. Mais passons là-dessos ; TOUS parvenez à faire prouver an gonvememetit que l'ordre public n'en sera nullement troublé, et il rapporte ces lois, ouplulâtilen suspend l'effet pour vous laisser faire.
— Ah! dibien, les choses en étant là, nous trouverons des capitaux !
— Pas seulement un son, mes pauvres amis, parce que l'argent ne se prête qu'à ceux qui présentent de bonnes garanties pour le remboursement du capital et le service des intérêts. Ce n'est pas seulement à votre égard qu'on en agit ainsi, c'est indistinctement envers tons ceux qui se trouvent dans le même cas que vous, snr quelque degré de l'échelle sociale qu'ils soient placés. Je ne parle pas de l'argent que les intrigants réussissent quelquefois à se procurer an moyen de projets fallacieux , à l'aide desquels ils éblouissent certaines dupes, des gens la plupart sans expérience des hommes et
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-des affaires. Mais pour parler des sources sAres auxquelles il faut pniser des qu'il s'agit de faire convenablement une entreprise sérieuse, ces sources-là, je dois vous le dire, ne s'ouvriront pour TOUS qu'à bonnes enseignes !
Supposez que tous prétendiez exploiter par Tons-mémes une houillère. Il faut d'abord en solliciter la concession du gouvernement, si la iQine se trouTe sur an terrain qui lui appartienne, ou l'acheter si elle est sur une propriété particulière. La concession, vous ne l'ob- (iendrei pas du gouvernement, parce qu'il n'en accorde jamais, qu'il ne lui soit bieo prouvé qu'on est largement en mesure de supporter les frais de l'opération, et que vous ne pourrez à cet égard satisfaire à sa juste et prudente exigence ; n'ayaut ni fonds ni cautions qui vous en tiennent lieu, vous serez aussi repousses si TOUS TOUS tournez du cdté de la propriété particulière.
Mais , pour faire nue large part à voire idée et TOUS en mieux démontrer toutes les conséquences, j'admets que tous déterminiez du propriétaire à se contenter des bonnes espérances que tous lui auriez données ; bien plus encore , que vous réussissiez, par un moyen quelconque, à trouTcr l'argent nécessaire à votre exploitaticm. Il ne
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s't^l pins poar voas que de naarcher : voos com-
Mais d'abord tous tous comptez. Combien *les-vous, un cenl, deux cents, trois cents?
Quel que doive être ce nombre , bien certainement vous ne voudrez pas vouloir qu'il excède celai nécessaire an travail commandé par l'entreprise, puisque TOUS n'y Iroaveriez plus votre compte si vous agissiez autrement -, car trente ou quarante travailleurs , de plus que ce qui pourrait être utilisé, feraient une terrible brèche aux bénéfices espérés. Vous devez même être bien convaincus d'avance que, si tous commettiez une pareille bévue, les capitalistes intéressés h vos travaux ne manqueraient pas de vous la reprocher comme un grave attentat à la loi de l'économie, et de retirer tons leurs fonds pour ne pas s'exposer à les perdre.
Alors, supposons que celle exploitation nécessite trois cents ouvriers. Que serez-Tous par rapport à tous vos autres camarades qui vivent de la même industrie, et dont je puis, sans esa- ^rer, porter le nomtire à trente mille ; que dis-je 1 à cent mille, même davantage encore, si je mels, sur la même ligne que vous, les extracteurs dn minerai pour le service des forges? Que serezvous par rapport à eux? Trois cents privilégiés
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dent l'existence excitera lenr envie : tous ne serez rien de plus ; ce n'est certes point ainsi qu'on doit entendre l'association du travail. Il faudrait , poar qu'elle existât , que tous les bommes , au moins ceux de la même localité qui exercent la marne industrie , se trouvassent appelés à jonïr en commun des avantages qn'dle rapporte. Or, dans l'espèce, vous devez reconnallre que tous les autres mineurs n'ayant pas été assez heureux pour trouver, comme vous, des moyens de travailler à leur compte , continueraient de le faire pour celui des autres ; que cette amélioration de votre sort ne serait qu'une exception sans valeur, qui ne ferait , pour ainsi dire , que mieux ressortir encore l'impossibilité de réaliser les vues de M. Lamennais sous ce rapport.
Que si nous admettons maintenant , chose purement fictive, bien entendu, que tous les autres bouilleurs aient réussi à se créer une position toute pareille à la vôtre, qu'arriverat-il ? qu'ils seront tous rivaux les uns des autres, qu'ils se feront entre eux une guerre de concurrence, d'où résulteront de profondes inimitiés ; car le moyen de supposa que le bon accord puisse se maintenir entre des masses aussi considérables d'individus, dont tant de causes peuvent affecter les intérêts ?
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ït ce u'est là, croyez-le bien, qu'une faible partie de la difficuKé ! Étendez maJatenaDt l'association k tontes les antres industries de la France. Voyez-vous Tingt millions d'hommes, adonnés à tons les arts et métiers hnaginables, déponiller leur individnalité , et travailler, diacnn sous la bannière de sa pndiession, avec le même zèle, la même ardeur qu'il déploie maintenant sons les puissants motifs d'émniatioa qui lui sont particuliers dans l'ordre actuel de la société, mab qui perdraient singulièrement de leur force sous le régime absurde d'une pareille communauté?
Ne voyez-Tons pas pleuvtrir de toutes parts les récriminations, les reproches, sur la tête de ceux qui ne paraîtraient pas tenir à la Iftche autant que lesautres? Leurs excuses d'impuissance ou de faiblesse seraient-elles bien reçnesaa tribunal ineioraUed'nnégoïsmequi prendrait le nom de justice, et se croirait obligé de se montrer sévère pour ne pas encourager la paresse et donner naissance à mille abus? Ce serait l'expression de la multitude parla multitude.
Existerait-il sur la terre un despotisme comparable à celui-là ?
Si encore il JMHivait profiter à ceux qui l'auraient créé ! Mais est-ce que ce mode d'organisation industrielle aawîf •y>nr rffet d'exploiter
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ane masse de produits de beanconp Bapérirare à celle qu'on exploite aujourd'hui? Ne serait-on pas 4d>ligé , comme maintmant, de régler la production sur le chiffi*e des besoins ; et les bénéfices provenant de celte production devant être répartis paiement entre tous les travaillenrs , ne peut-on pas pressentir que la part de chacun d'eux ne différait guère de celle qu'il obtient maintenant?
Vous paraissez «n doaler ? Rien pourtant de ■ plus facile à concevoir. Rappelez-vons ce que je vous ai dit du revenu de la France, et de la minime portion qui vous en reviendrait s'il était partagé entre tons ses babitants. Ici le cas n'est pins tout à fait le même, puisque vous laissez les capitaux à la place où ils sont; mais vous devez penser que l'emprunt que vons leur feriez vons mettrait dans l'obligation d'en payer l'intérêt, et que ce seul prélèvement sur le capital obtenu par vos travaux y ferait déjà une assez forte brèche; que ce prélèvement équivaudrait, à peu de diose près , à ce que gagnent sur vons les entrepreneurs d'industries. La senle diflérence sensible qui existerait, c'est que la responsabilité du travail pèserait sur vous au lieu de peser sur eux , et qu'au lieu du mal qn'ils se donnent aiyourd'hoi pour s'assurer d'incertains
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bénéCces , ils les gagoeraient k rien faire sans coarir la moiodre mauvaise chaDce- Et s'il arrirait qu'ils jugeassent à propos de ne tous prêter l'argent qu'au taux onéreux auquel ou l'obtient souvent dans le oonunerce , lorsqu'il s'agit d'entreprises considérées comme hasardeuses , à qnel chiSre ne pourrait pas s'élever encore la diminution de vos profits l
Si TOUS ajoutez à toutes ces chai^t^s la nécessité où vous seriez de partager fraternellement ces mêmes profits avec ceux qui auraient exploité une braucbe d'industrie en soufirauce , comme l'est , par exemple , depuis quelques années, celle des soieries, ne devinez -tous pas que ce qui tous reviendrait atteindrait à grand'peine la moitié de la amnme que tous gagnez maintenant ?
Tous le Toyez ; même de cette manière l'oi^auisation du travail n'est pas possible , et M. Lamennais tous abuse encore, on s'abuse lui-même , en TOUS conseillant de tous associer dans ce but. Avet; le dessein de feire disparaître quelques inconvénients qui le fi'appent dans le mode actuellement existant , il en ferait surgir d'efFroyables et de bieu plus n(Hnbreux de celui qu'il prétendrait y substituer.
Non , ntes amis , l'amélioration de votre sort
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ne lienl pas à de pareils changements ; le désordre, la confusion , qu'ils jetteraient dans les int^éls , ne poorraîent que mener h l'anarchie, et l'anarchie n'a jamais produit le bonheur -, elle est ponr la société le pire de tous les états.
San? doute les dioses ne vont pas aussi bien pent-étre qu'elles devraient aller , mais qui est jAaa înléreasé que le goarememeot à les bire aller mieux ? A part la sécurité que lui procnre le bien-être général, ne s'enrîi^it-il pas luJméme en l'augm^ilant , et par-)i , naocratt-il pas sa splendeur et sa puissance? Ne comprenez-Tous pas que , oomiae les impiMs ne sont assis que sur la production et sur k consomraalion , plus on crée de produits et de oonsonunatears capables d'acheter ces produits , plus les impAls rendent aux caisses de l'Etat? C'est ainsi que si TOUS autros, par exemple, échappez à la contribution directe, parce que vous ne possédez rien d'imposable, en raison de l'esiguilé de vos moyens d'existence , qui ne tous permettent point l'usage d'une Toule de choses atteintes par les împMs , vous devenez assfx aisés pour vivre d'une manière plus con/b/Va6/e, vous augmentez d'autant le nombre des contribuables ; vous produisez alors trois admirables eSets dont chacun se réjouit. Le {premier, de nécessiter une plus
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^ande qnaDtîlé d'objets de consommalion ,.
ce qui doone du travail à un plus grand nombre d'ouvriers ; le second , d'aagmeatcr la rirhesse publique par ce surcroît de matières imposables ; le troisième enfio , d'alléger le fardeau de la conIribulioD , eo rournissant ainsi à l'Etat le moyen de l'élendre à des masses plus considérables. C'est ce qu'il peut alors faire sans s'astreindre à de fâcheuses économies , dont des services souvent Irés-imporlants-. ont parfois beaucoup à souffrir.
D'après cela vous devez croire que voire peu d'aisance n'est pas sou ouvrage, et qu'il ne dépend pas de sa volonté d'élever lê prix des salaires; il ne pourrait le faire sans tyrannie ni même sans de très-graves inconTéiiients. Tout ce qu'il peut faire pour vous auprès de ceux qui vous emploient . il le fait. S'ils veulent ouvrir des ateliers, monter des fabriques, y établir des mécaniques , il les oblige à avoir, sur tous points , égard à votre santé, et supprime autant que possible, par une vigilante inspection, toute cause d'accidents. 11 donne lui-même h tous l'exemple de celle sollicitude pour les malheureux ; lémoins les règles observées dans toutes les constructions qu'il fait élever à leur intention. Qn'ils'agisse de salles d'asile , d'écoles , d'hospices „
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d'bdpKaas, d'ateliers de charité, de prisons, on est sûr de trouver, dans chacun de ces élablissemeots, une distribulioa parfaitement en rappwl avec leur destination, mais dans tons, et par-dessos tout, les moyens d'y entretenir aisément et en tout t«nps on ordre et une propreté admirables.
A vons donc de faire de votre côté par tousmémes tout ce qui est en votre pouvoir pour améliorer votre situation. Soyez sobres , économes et laborieux , ce soat trois qualités bien profltables à celui qui les possède, parce qu'elles le Teront toujours préférer, pour le travail , à celui qui n'a que de l'inconduite. Instruisez-vous aussi autant que vous le pourrez, c'est on moyen certain de devenir toujours plus habiles dans le métier que vous exercez, et d'obtenir conséqnemment un plus haut prix de voire main-d'œuvre. L'instruction oSre d'ailleurs cet avantage, que celui qui s'y livre ne tarde pas à perdre le goût des plaisirs grossiers. Du jour où il remporte sur iui cette victoire , il s'est élevé d'un degré de plus sur l'échelle sociale, il a commencé k sentir la dignité de sod être, à attacher du prix à l'estime de soi-même , il ne voudra plus rien faire qui l'oblige à rougir à ses propres yenx; C'est U, croyez-moi, un progrés désirable que
TOUS devez tons ambilionuer, et qne toob pouvez tous réaliser, puisque la société vous ouvre , de tontes paris et gratuitement, les sources de l'instrnctioD.
Le sol de la France est riche, n'eu doutez pas,; des calculs non exagérés établissent qu'il pourrait fournir eu abondance aux besoins d'une population quintuple de ce qu'elle est maintenant. Cent cinquante millions d'âmes au moins pourraient vivre dans l'aisance, et, snr trentedeux millions qu'elle possède aujourd'hui , nn tiers de ce nombre est dépourvu de propriété ! Qu'est-ce que cela prouve ? La nécessité du progrès pour tous.
A l'œuvre donc! mes amis, car c'est dans l'intelligence et la moralité des travailleurs que réside la véritable source de la fortune et du bonheur. Les sciences marchent et révèlent chaque jour de nouveaux moyens de faire prospérer l'agriculture et l'industrie manufacturière ; mettez-vous doue en état de comprendre leur langage et de seconder lenr mouvement , au .
lieu de l'enlraver par votre fatal attachement aux procédés de l'ignorante et aveugle routine. Cullivez votre raison , et vous comprendrez alors quels bienfaits, quelles richesses , scmt destinés à répandre ces machines puissantes et hardies.
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dont Tooi redoDtez si mal k propos l'inlo'TeD'
tioadans vos travaas. Vous hi.iaez surtout de TOI Tflsux les chemios de fer, contre lesquels se dresseut taot d'égoïsme et d'ignorance. Vous pressentirez aisément, qu'en compensation dn sîm[de déptacemeni de quelques intérêts privés , d'énormes masses de prodaits qui périssent isalilonent sur pied, Tanle de consommateurs ou de faciles débouchés , approvisionneront en quelques heures les marchés les plus éloignés du berceau de ces produits. Vous tirerez facilement vousmêmes de ce Tait cette conséquence, que les propriétaires du sol où naissent ces mêmes produits seront dès lors intéressés à le cultiver pour lui en Taire rapporter davantage j que leurs terres, par ce moyen , auront plus de valeur qu'elles n'en ont maintenant, et , par contre, qne les consommateurs y gagneront enx-mémes aussi , puisque ce surcroît de produits , faisant concurrence à ceas qm approvisionnaient leurs marchés , en devra nécessairement faire baisser les Prix, n'est-ce pas, dites-le-moi, un moyen à la fois simple et naturel d'établir insensiblement dans les fortunes une égalité satisfaisante ; d'appeler au banquet humanitaire un plus §rand nombre do convives que ceux qui peuvent y trouver place aujourd'hui ?
Et d'ailleurs, UD&réflesion que vous dcvei faire.
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— Ul —
cf qni doil sii^Dli^eaient rehaasaer vos espérance* et fcvlificr voire coara^, c'est qu'il y a encore aujourd'hui en France prés de vingt-deas millions d'arpents de terres en friche qni n'attendent , pour livrer k la conHnnuaaté tes trésors qa'ils reorerinent , que des bras (1) pour les eu extraire. (kHobien de noaveanx propriétaires celte immense sorfoce n'est-elle ptrint appelée à créer! Chaque lieoe carrée de défrichement ne promet-elle pas de payer an centuple la peine qu'on aura prise pour la féconder? L'appui que prête le gonveroemenl aux compactes qni se- Tivrent à ces utiles entreprises n'esl-ïl point une preore irréfragable de son désir d'accrollre de tout son pouvoir la masse ^érale de la richesse du pays, mais surtout anssi le bien-être et l'aisance de la classe des travailleurs?
t>HDptei donc sur cette aisance et de bî«iétre; mais en attendant ce ma^ifiqne résultat, préInde de résultats encore plus magnifiques, unissez-roos entre tous tous par les liras sacrés
(i) Noie de rauteur. Tout ce qui toncbe à Is tUUttlque ^ans cet opiucnle e«t puisé dans l'excelleutiMim» 0UTr»ge du ricomte Alban de Ville-Neore Bargemont ; Veconomi» politique chrétienne dont on ne Murait faif*tjmp d'éloges •
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da deroîr. Que toot Iraviillenr aoit h vos yeos comme qd frère. Dans vos professions respectives, formez-Tous d'utiles règlements pour roos portra' à la lempérance, à l'amoar de l'ordre et an respect de TOas-mémes. Confiez vos économies aux caisses d'épargne, mais prélerez-en ooe part aoiquement destinée à venir en aide k ceux de Tos camarades qni so troarcront hcsn d'état de tniTailler. Qne celt« masse fournisse à lears besoins tont le temps qne dorera la caose qui leur aura 6té lenrs moyens d'existence. Que tos consolations ne leur fassent point défaut, si qudqne affliction les atiat; ce que tous ferez pour enx dans ces tristes occasions, ils le feront ponr tous , avec le même zèle , dans des occasions analogues ; el ni roos ni eox ne devront s'en tronver humiliés, car l'argent donné dans ce cas n'a point le caractère de l'aumOne , puisque celui qui le reçoit a lui-même contribué par ses cotisations à en augmenter la masse.
C'est de cette manière seulement que j'entends l'association ; et la société , ou si mieux tous aimez le goUTeroement , oe Jettera point ses lois entre pous pour empédier des ligues de celte nature : il les favorisera au contraire de tout son pouToir. 11 en existe déjà un assez grand nombre sous ses ycQs , qui sout organisées dans ce but vertucus :
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— lia —
il ne m'est pas encore reveno qu'il ail conçu an seul inslant la pensée de les dissoudre. C'est aux associations formées dans on but politique qu'il déclare la ^erre, et M. Lamennais , qui confond à dessein les unes avec les autres , sait , aussi bien que personne , celles qu'il est de l'intérêt du pays de prof^er ou de repousser.
Comme je crois , par tout ce que j'ai dit , tous avoir mis à même de juger du mérite de ce livre, quant à la valeor des idées qu'il renferme ; comme je pense vous avoir démontré jusqu'à l'évidenœ qu'il est rempli de contradictions, de prindpes erroDés capables d'entrataer anx plus dangereuses conséquences , il ne me reste plus qu'à vous faire part de ce que je soupçonne du secret dessein de son auteur.
Je pense que derrière cette œuvre , d'ailleurs si séduisante par la pompe du style et la hardiesse des principes, se cacbe une pensée d'ambition , mais de cette ambition démesurée, profonde, (elle qu'elle éclate au cœur d'un homme de génie, qui se sent à l'étroit dans la sphère on l'a jeté le sort , et qui veut à tout prix se faire place dans une sphère plus élevée, surtout dans celle du pouvoir suprême, impatient qu'il est du frein de toute obéissance, fort qu'il croit se sentir pour exercer la domination. Ceci se comprend plus aisément encore
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dans l'espèce , si l'on considère qae ce lier geuie se remue aa Tond de l'àine d'un prélre qui a lui-iuéme brisé les liens de la soumission qui l'en-chaînaient à ses supérieurs. Aussi le livre de ce prélre n'esl-il au fond que l'expression , je devrais dire la iuslificalion , de ses propres sentiments, une sorte d'apothéose de sa révolte envers le saint-siége. Pent-élre espère-t-il, cet ange foudroyé , en entraînant les peuples dans la même voie , gagner à ce terrible jeu nn empire tout pareil k celui que se créa Satan au jour où, dominé par son oi^eil , il enb^rit de détrOner l'Eternel.
— Qu'importe le malheur, pourvu que je règne, el si je ne puis régner qu'à ce prix ? C'était la devise du rival de Dieu; qui nous assurera que ce n'est pas celle du rival du pape?
Eu tout cas, il. est bien permis de supposer que si , à la voix de M. Lamennais , la société s'écroulait sur ses bases qu'il déclare vermoulues, on ne s'adresserait à aucun autre architecte que lui pour reconstituer l'édifice. C'est du moins une espérance qu'on peut le croire disposé à nourrir^ et qui oserait dans cette hypothèse affirmer que ce n'est pas à cette ambitieuse pensée que sa dissidence avec Rome doit sa naissance? Quoi qu'i en puisse être, et pour
ne parler qae de ses lav» particolières, dans les cas où il réussirait à réorgaDiser l'ordre sotial comme ït l'eotend, on peut se demander quel fond 11 pourrait Taire sur la soumission de ses Doureanx sujets , après leur avoir si bien enseigné, dans ses livres el par sa conduite personnelle, à mépriser toute espèce d'autorité: c'est ce que j'abandonne et recommande à vos méditatifs.
Disant cela, l'ancien noos quitta malgré nos efforts pour le retenir.
— D'après tout ça , citoyen Lamennais , vois à raccommoder ton pourpoint dn mieux que tu pourras , car, à notre avis , ce vieux renard y a Tait bien des trons ! et nous soupçonnous qu'il était en mesure, d'en faire bien davantage encore , s'il n'eût jugé ceux-là déjà suffisants pour nous inspirer sur tes œuvres passées, présentes el futures , une salutaire défiance.
De bon compte , celle que nous ressentons en ce moment n'est pas de paille ^ mais, pourtant, comme nous sommes justes , si tu nous prouve, par de bonnes et solides raisons s'entend que tu es dans le droit chemin, dans le cb^in de la vérité , et qu'il est , lui , l'ancien , dans celui de
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