A M. EDGAR QUINET
Ce livre est plus qu'up livre; c'est moimême. Voilà pourquoi il vous appartient.
C'est moi et c'est vous, mon ami, j'ose le dire. Vous l'avez remarqué avec raison, nos pensées, communiquées ou non, concordent toujours.
Nous vivons du même cœur... Belle harmonie qui peut surprendre; mais n'est-elle pas naturelle? Toute la variété de nos travaux a germé d'une même racine vivante : « Le sentiment de la France et Tidée de la Patrie.
Recevez-le donc, ce livre du Peuple, parce qu'il est vous, parce qu'il est moi. Par vos origines militaires, par la mienne, industrielle, nous représentons nous-mêmes, autant que d'autres peut-être, les deux faces modernes du ^euplej^^juycécent avènement.
VI CE LIVRE Sqft^DpL'^(ABIl^NGE ^ ^ '*
Ce livre je l'ai fait de moi-mênîe, de^nja vie, et de mon cœur. Il est sorti de ïSlbm]^ôn'ce, bien plus que de mon étude. Je l'ai tiré de mon observation, de mes rapports d'amitié, de voisinage; je l'ai ramassé sur les routes; le hasard aime à servir celui qui suit toujours une même pensée. Enfin, Je l'ai trouvé surtout dans les souvenirs de ma jeunesse. Pour connaître la vie du peuple, ses travaux, ses souffrances, il me suffisait d'interroger mes souvenirs.
Car, moi aussi, mon ami, j'ai travaillé de mes mains. Le vrai nom de l'homme moderne, celui de travailleur, je le mérite en plus d'un sens. Avant de faire des livres, j'en ai composé matériellement; j'ai assemblé des lettres avant d'assembler des idées, je n'ignore pas les mélancolies de l'atelier, l'ennui des longues heures....
Triste époque ! c'étaient les dernières années de l'Empire ; tout semblait périr à la fois pour moi, la famille, la fortune et la patrie. ^
Ce que j'ai de meilleur, sans nul doute, je le dois à ces épreuves; le peu que vaut l'homme et l'historien, il faut le leur rapporteçJ[^naigardé
DR L'AufEUrf PLUS QUE DES LIVRES. VU
sortout un sentiment profond du peuple, la pleine connaissance du trésor qui est en lui : la vertu du sacrifice, le tendre ressouvenir des âmes d'or que j'ai connues dans les plus humbles condi-
tions«
Il ne faut point s'étonner, si, connaissant autant que personne les précédents historiques de ce peuple, d'autre part ayant moi-même partagé sa vie, j'éprouve quand on me parle de lui, un besoin exigeant de vérité. Lorsque le progrès de mon Histoire m'a conduit à m'occuper des questions actuelles, et que j'ai jeté les yeux sur les livres où elles sont agitées, j'avcme que j'ai été surpris de les trouver presque tous en contradiction avec mes souvenirs. Alors, j'ai fermé les livres, et je me suis replacé dans le peuple autant qu'il m'était possible; l'écrivain solitaire s'est replongé dans la foule, il en a écouté les bruits, noté les voix... C'était bien le même peuple, les changements sont extérieurs; ma mémoire ne me trompait point... J'allai donc consultant les hommes, les entendant eux-mêmes sur leur propre sort, re- OHcilla^^ de' leur bouche ce qu'on ne trouve
Vllt LA GONYEAKATION DU PEUPLE EST INSTRUCTIVE.
pas toujours dans les plus brillants écrivains, les paroles du bon sens.
Cette enquête, commencée à Lyon, il y a environ dix ans, je l'ai suivie dans d'autres villes, étudiant en même temps auprès des hommes pratiques, des esprits les plus positifs , la véri« table situation des campagnes si négligées de nos économistes. Tout ce que j'amassai ainsi de renseignements nouveaux qui ne sont dans aucun livre, c'est ce qu'on aurait peine à croire. Après la conversation des hommes de génie et des savants très spéciaux, celle du peuple est certainement la plus instructive. Si l'on ne peut causer avec Béranger, Lamennais ou Lamartine, il faut s'en aller dans les champs et causer avec un paysan. Qu'apprendre avec ceux du milieu? Pour les salons, je n'en suis sorti jamais, sans trouver mon cœur diminué et refroidi.
Mes études variées d'histoire m'avaient révélé des faits du plus grand intérêt que taisent les historiens, les phases par exemple et les alternatives de la petite propriété avant la Révolution. Mon enquête sur le m/ m'apprit de gnome' beaiP