MACHINISME ADMINISTRATIF
ministratives^ analogues à celles du vieil Empire romain, bureaucratie à la Colbert, armées à la Louvois. Ces machines avaient l'avantage d'employer l'homme comme force régulière, la vie, moins ses caprices, ses inégaUtés.
Toutefois, ce sont encore des hommes; ils en gardent quelque chose. La merveille du Machinisme, ce serait de se passer d'hommes. Cherchons des forces qui, une fois mues par nous, puissent agir sans nous, comme les roues de l'horlogerie.
Mues par nous? c'est encore de l'homme, c'est un défaut. Que la nature fournisse, non-seulement les éléments de la machine, mais le moteur. . . C'est alors qu'on créa ces ouvriers de fer, qui, de cent mille bras, cent mille dents, peignent, filent, tissent, ouvrent de toute façon ; la force, ils la prennent, comme Ântée, au sein de leur mère, la nature, aux éléments, à l'eau qui tombe, ou qui, captive, distendue en vapeur, les anime, les soulève, de son puissant soupir.
Machines politiques pour rendre nos actes sociaux uniformément automatiques, nous dispenser de patriotisme; machines industrielles qui, créées une fois, multiplient à l'infini des produits monotones, et qui, par l'art d'un jour, nous dispensent d'être artistes tous les jours... tlela, c'est déjà
INDUSTRIEL, PHILOSOPHIQUE, LITTÉRAmE. 125
bien, l'homme ne paraît plus beaucoup^. Le Machinisme néanmoins veut davantage; l'homme n'est pas encore mécanisé assez profondément.
Il garde la réflexion solitaire, la méditation philosophique, la pensée pure du Vrai. Là, on ne peut l'atteindre, à moins qu'une scolastique d'emprunt ne le lire de lui-même pour l'engager dans ses formules. Une fois qu'il aura mis le pied dans cette roue qui tourne à vide, la Machine à penser, engrenée dans la machine politique, roulera triomphante, et s'appellera pAi/osopAte d'États
La fantaisie reste encore libre, la vaine poésie, qui aime et crée à son caprice... Inutile mouvement! fôcheuse disperdition de forces!... Les objets que la fantaisie va suivant au hasard , sont-ils donc si nombreux, qu'on ne puisse, en les classant bien, frapper pour chaque classe, un moule, où nous n'aurons plus qu'à couler, au besoin du jour, tel roman ou tel drame, toute œuvre qu'on commandera? Phis d'hommes alors dans le travail littéraire, plus de passion, plus de caprice... L'économie anglaise rêvait, comme idéal indusrtriel, une seule machine, un seul homme pour la remonter. Combien le triomphe est plus beau, pour le Machinisme, d'avoir mécanisé le monde ailé de la fantaisie !
126 a NOUS DISPENSE D'UNION MORALE.
Résumons cette histoire :
L'État, moins la patrie ; l'industrie et la littérature, moins l'art; la philosophie, moins l'examen; l'humanité, moins l'homme.
Comment s'étonner si le monde souffre, ne respire plus sous cette machine pneumatique; il a trouvé moyen de se passer de ce qui est son âme, sa vie ; je parle de l'amour.
Trompé par le moyen âge qui promit l'union et ne tint pas parole, il a renoncé, et cherché, dans son découragement, des arts pour n'simer pas.
Les machines (je n'excepte pas les plus belles, industrielles, administratives), ont donné, à l'homme, parmi tant d'avantages^ > une malheureuse faculté, celle d'unir les forces sans c^voir besoin d'unir les cœurs, de coopérer sans aimer ^ d'agir et vivre ensemble, sans se connaître ; la puissance morale d'association a perdu tout ce que gagnait la concentration mécanique.
Isolement sauvage dans la coopération même, contact ingrat, sans volonté, sans chaleur, qu'on ne ress^t qu'à la dureté des frottements. Le résultat n'est pas l'indifférepce^ comme on croirait,
1 Je ne songe nullement à contester ces avantages (V. plus haut, p. 54). Qui voudrait revenir aux temps dMmpuissance, oh l'homme n'avait point de machines ?