‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 103 sur 108 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

lies Phr ji^ens et les lijdlens >*

Les Lydiens, issus de Lud frère d'Assur et fils de Sem, sont venus s'établir avec les Thérahéniens ou Tyrrhéniens (P. I, 305) , au milieu d'une ancienne population japhétite , les Phrygiens ou les Ases^ descendants d'ilskénaz, fils de Gomer, fils de Japhet. Les deux races se sont mêlées au point qu'on ne pourrait aujourd'hui faire sans erreur la séparation de leurs croyances on de leurs traditions respectives. Toutefois il en est dans le nombre qui sont très-probablement sémitiques, et c'est par celles-ci que nous conunencerons cette rapide étude.

AUïs=iAdonu. Nous avons vu que le culte d'Adonis était d'origine syrienne, que celui de la déesse syrienne à Hiérapolis avait été fondé par Attis, et que Hiérapolis était la première patrie des Lydiens de Méonie (85). De là vient que la Lydie et la Phrygie avaient leur Adonis sous le nom d'Attis.

A Sources: Homère, Hérodote, Diodore de Sicile, Pausanias, Julien, Ovide, Arnobe, Saidas, etc. Si je De cite pas ici d'autres écrivains modernes que Creuzer-Guigniaut et que Hupfeld (Rtrum lydiarum.Parliculalf 48S4), c'est que les traditions de l'Asie Mineure ont été jusqu'à présent peu étudiées, et que la voie que je tente m'éloigaait plus ici que partout ailleurs de celles qu'on suit d'ordinaire.

PHRYGIENS ET LYDIENS. ^BQl

Attis, en effet, est Tamant de Cybèle, Adonis de Vénus. Attîs est déchiré par un sanglier (envoyé par Jupiter, qui était jaloux des fêtes ou orgies qu'il instituait en Thonneur de Cybèle) , de même que Mars fait périr Adoniç par un sanglier ^ Après avoir pleuré la mort d*Attis , on célébrait avec des transports de joie sa résurrection, comme ù Byblos celle d'Adonis. Un hymne grec, que nous a conservé Hippolyte, dit en toutes let- »tres qu'Attis est TAdonis des Assyriens ^.

Le récit qu'Hérodote nous fait du fils de Crésus, Atys, qui pérît ù la chasse d'un sanglier monstrueux, n'est pas autre chose que le mythe du dieu lydien transformé ,par les Grecs en une touchante anecdote.

Attîs et Mœon, Dans la version que Diodore de Sicile nous a consei*vée du mythe d'Attis, l'auteur de sa mort est bien un Jupiter, un théothée (et non Mars=Typhon ou Satan). Mais il n'y est pas fait mention d'un sanglier, et le dieu mort ne revient pas à la vie. D'ailleurs Diodore , ici comme partout , évhémérise au point de rendre le mythe presque indéchiffrable.

11 fait d'abord de la Grande-Mère Cybèle une mortelle

qui a inventé la flûte a plusieurs tuyaux , les cymbales,

>les tambours, et qui la première a guéri les maladies

par des purifications. Puis il lui donne pour père Mœon.

Ce Mdeon est l'aïeul de la tribu phrygienne qui habitait

* Hermésiaoax dans Pausauias, VII, 17.

• Héfatation des fiérésies, L. V, ch. ix (en grec). — Dans ce même hymne, on lit que les Samothraces nomment Attîs Adamna le vénérable (d'après Tédition de MM. Dancker et Scbneidewin. 1856). Il est digne de remarque qu*AD\MNA , en phrygien , signifie Yami. Attis=:Papa8=Adamna=Adoni8 , est donc le Seigneur, le Père et VAmi de l'homme.

502 ASIE MINEURB.

le Tmole et la vallée de THermus avant Tarrivée des Lydiens. Mais le vrai aïeul de ces Phrygiens c'était leur dieu suprême, Mseon, le dieu des eaux du chaos, leur Océan, leurNérée, leur Hopi-moou (P. I, 236), et leur première religion devait être le théisme, puisque ce théothée avait engendré Cybèle ou la nature. Sans s'en douter, Diodore nous donne de précieux renseignements sur les primitives croyances des Phrygiens. Cependant ce Mseon qui a présidé aux eaux du chaos, a présidé aussi à celles du déluge, et, à ce dernier titre, c il expose sa fille Cybèle sur une montagne, où elle fut nourrie par des bêtes sauvages, et plus tard trouvée par des bergers. > Cybèle est ici une Sémiramis, la figure de l'humanité postdiluvienne (98). Mais elle reprend bientôt sa vraie nature, et elle est une Grande-Mère quand « elle se lia d'amitié avec Marsyas, également renommé par sa chasteté et par sa flûte a un seul tuyau, qu'il rendit susceptible d'exprimer tous les degrés de l'harmonie. > Ce Marsyas est le dieu-verbe des Phrygiens, leur Thoth, leur Hermès, qui a réglé les harmonies du monde, et à qui l'on ne donnait aucune épouse (P. 1, 199 sq;).

Cependant c Cybèle conçut une passion violente pour le jeune Attis, qui se nommait aussi Papas. » Les Scythes nommaient leur dieu suprême Pappseus, les Bithyniens, Poppa et Âtta. Dans la langue arménienne, qui est sœur du phrygien, pap signifie grand'père\ et atta a la même signification de grand-père ou de père, non-seulement dans les dialectes allemands de la Suisse, mais dans un très-grand nombre de langues africaines et américaines. Attis est donc un Jupiter, un théothée, comme Adonis, qui est le Seigneur. Mais Attis = Adonis est Baal II et non

* L*Butîqae roi d* Assyrie Babins est ainsi très-probablement nn dieu Attis.

PHRYGIENS ET LTDIENS. 603

Baal l'Ancien ; il est un dieu plus jeune que MsBon, un dieu de Thumanité et non un dieu de la création ( P. ^, 460 sq.). Diodore ne nous dit pas quel fut l'enfant d'Âttis et de Cybèle , parce que dans le mythe le (ils (l'humanité) s'était confondu avec le père , et que l'histoire de l'un est celle de l'autre.

€ Maeon, irrité de la faute de sa fille, fit périr Attis et avec lui les nourrices ou suivantes de Cybèle, et ordonna qu'on laissât leurs corps privés de sépulture. Cybèle, égarée par sa douleur, perdit la raison, sortit furieuse du palais, et seule, les cheveux épars, parcourut les campagnes, poussant des hurlements et frappant à coups redoublés un tympanon. » Qu'on se rappelle Sadid et sa sœur égorgés par leur père Saturne , et l'épouvante des dieux (133); la douleur insensée d'isis devant le corps d'Osiris (256) ; les courses errantes de Cérès et de Basilée à la recherche de Proserpine et d'Horus (151), et l'on conviendra sans doute que la mort d'Attispar Mseon, comme celle d'Attis= Adonis pjr le sanglier diluvien , ne peut pas signifier autre chose que la destruction de la première humanité par le cataclysme de Noé. — Je n'explique pas les suivantes de Cybèle, qui périssent avec Attis : aucun mythe analogue ne me vient en aide.

Diodore raconte ensuite la rencontre de Marsyas et d'Apollon , leur combat et le triomphe de la lyre et du chant des Grecs sur la flûte ou la musique des Phrygiens. Ceci est une ingénieuse fiction où les Hellènes ont exprimé leur supériorité sur les Asiatiques. Toutefois il s'est glissé dans cette fable des débris d antiques mythes phrygiens. Marsyas écorché vif est à mon sens un symbole des ravages causés par le déluge sur la terre, qui était l'œuvre de ce dieu-verbe, et dans laquelle Marsyas s'était comme personnifié. Ce qui donne

à mes yeux quelque poi^s à cette explication, c'e^t que, t Apollon, se repentant de sa rigueur, brisa les cordes de sa lyre, et le genre d'harmonie qu'il avait inventé fut perdu. » Ce qui signifie que Dieu ne rendit point à la terre, ^près le cataclysme, la beauté qu'elle avait eue jusqu'alors. Les Finlandais ont exprimé cette même pensée dans un mythe fort ingénieux (P. II, 275).

Cependant f les Phrygiens furent affligés par la peste et par la famine ; > or nous savons combien de fléaux ont atteint les Postdiluviens dans le temps que leur vie fut abrégée des neuf dixièmes. « Ayant consulté l'oracle, les Phrygiens honorèrent Cybèle comme déesse, et apaisèrent par de grandes lamentations la colère d'Attis qu'ils avaient injustement mis a mort, f

L'Attis deDiodore et rAttis=Adonisne sont pas mutilés : la mutilation est le trait distinctif des mvthes suivants.

Attis mutilé. Il est étrange qu'entre les divers mythes qui ont trait à la mutilation d'Attis, il n'y en ait aucun qui soit pareil à celui de Combabus, le vrai serviteur de Cybèle, le vrai Kubebus, qui, par chasteté, s'était mis dans l'impossibilité de répondre à l'amour d'une femme, d'une déesse que la passion égare (90). Cependant Catulle, dans son poëme d'Atys, dit que les Galles se sont dépouillés de leur virilité en haine de Vénus, Vetieris nimio odio '; Firmicus, que les Phrygiens ont établi des fêtes annuelles en l'honneur de Cybèle, leur reine, femme riche et puissante, qui eut à se venger des déàains d'un jeune homme qu'elle aimait >, et Julien , que dans les mystères de Phrygie on exigeait des abstinences et des pratiques de chasteté , auxquelles Tertullien et Arnobe

• Çat. 63,17.

« Firm. Mat. S.

font allusion. Nous supposons que le mythe d'Attis=' Combabus était le mythe primitif, que seul il indique la véritable origine des serviteurs-eunuques de Cybèle et de Dercéto, mais que, la corruption des siècles subséquents ne comprenant plus une chasteté aussi extraordinaire que celle dont il conservait le souvenir, il a ainsi disparu longtemps avant les mystères auxquels il servait de fondement.

Un des mythes qui Ta remplacé est au moins inspiré par ces sentiments de profonde tristesse qui ont rempli le cœur des Noachides, et qui ont inspiré à plusieurs d'entre eux l'aversion du mariage, f Le jeune Attis, » chante Ovide , c avait inspiré à Cybèle une chaste passion, et désirant lui confier la garde de ses temples (ou plutôt, d'après Arnobe, sachant que l'hymen lui serait funeste), elle obtint de lui la promesse qu'il conserverait toujours sa pureté d'enfant. Mais auprès de la nymphe Sangaris il oublia ses serments. Cybèle irritée la fuit périr, et Attys, dont la raison s'égare, se mutile avec une pierre sanglante*. » Cybèle joue ici le rôle de Maeon et de Jupiter : elle est la divinité suprême qui ne veut pas appelei à l'existence la race humaine, dont elle prévoit les crimes et les souffrances. Sangaris, faible comme la tille de Mseon , périt de mort violente comme Dercéto d'Ascalon, et la cause de sa mort c'est le déluge. Attis, le dieu de l'humanité, devient fou de douleur en la voyant ainsi périr tout entière dans les flots, et il ne veut plus produire des êtres aussi misérables que le sont les hommes depuis le cataclysme (P. II, 293 sq.).

La relation d'Attis avec la période diluvienne se déduit en outre de sa métamorphose en un pin * dans le-

• Ovide, Fastes, IV, 223 et suir.

• Ovide, Métam. X, 104.

quel il est enferme comme Osiris Test dans la bruyère de Byhlos. Ce pin jouait un grand rôle dans les fêtes de Cybèle, oii Ton abattait un de ces arbres pour y suspendre rimage du jeune dieu. Aux. mystères d'Isîs, on coupait pareillement un pin, dont on creusait le tronc (en forme de bateau) , et Ton y enfermait comme dans un tombeau (le tombeau de l'arche), l'image d*Osiris, qui était faile des branches du même pin * (P. II, 489 sq.).

D'après Julien, c Attis était un fils de Cybèle, et il avait été exposé (comme tous les personnages diluviens) sur les bords du fleuve Gallus. Sa mère devint amoureuse de lui , et il ne la repoussa point. Mais il lui fut infidèle, et comme elle voulait le contraindre à ne plus la quitter, il s'enfuit. Un Corybante en avertit Cybèle par un lion roux, qui devint le rival de la nymphe et se battit contre elle, et Attis se mutile par l'excès du délire qui s'empara de lui par suite de son amour malheureux. »

Ici le sens primitif du mythe a disparu complètement, et les traditions historiques ont fait place à des mythes cosmogoniques et physiques. Il est bien encore question d'un hymen secret et coupable, d'un enfant exposé, d'une douleur qui rend insensé, d'une mutilation. Mais le culte de Cybèle a prévalu sur le monothéisme primitif, à ce point que M8eon= Jupiter est entièrement oublié, et que le dieu de l'humanité est devenu le fils de la Natui'e. Son inceste avec sa mère signifie que la Matière primitive a été fécondée par un démiurge né d'elle (P. I, 548). Le lion est l'été ardent, qui tue la Nymphe des eaux et de l'humidité, et la mort de cette nymphe est bientôt suivie de celle d' Attis, qui est le dieu de la végétation.

1 Firmicus, xxi. Faber, t. II, p. 260.

Minutius Félix prétend que Cybèle était si vieille et si laide, qu'Attis ne pouvait se résoudre ù Taimer, et qu'elle se vengea de lui en le mutilifnt*. C'est là sans doute une ironie de l'orateur chrétien et non un mythe phrygien.

Le mythe suivant, que nous a conservé Servius, nous introduit dans un ordre d'idées différent. 11 nous fait connaître l'origine de cet amour contre nature, qui est la plaie hideuse de la Grèce ancienne et moderne, et qui a pris naissance dans cette même Phrygie où, plus que nulle part ailleurs , on exaltait le célibat et méprisait l'ordre de l'Eternel à Noë. « Attis, jeune serviteur de Cybèle, que le roi de la ville poursuivait de son amour, s'enfuit dans les forêts. Mais il tomba entre les mains du prince, qui le mutile, et, en mourant, il lui rend la pareille. Les ministres de la déesse trouvent le corps d'Attis sous un pin. Cybèle institue en son honneur une fête lugubre, et oblige les Archigalles à se mutiler ù leur tour *. »

Le roi est Mœon=Jupiter9 et ici le théisme antique éclipse Cybèle et l'adoration de la nature. Attis ^ son vrai sens de dieu de l'humanité. Le pin nous avertit que la mutilation d'Attis a trait au déluge : elle nous rappelle celle du cadavre d'Osiris par Typhon (260). Attis, en mourant, met le vieux dieu dans l'impossibilité de créer après le cataclysme un monde nouveau.

Agdestis. Nous arrivons enfin au mythe d'Agdestis, qui se mêle avec celui d'Attis, et dont nous avons deux versions peu différentes , l'une de Pausanias, qui est la meilleure, l'autre d'Arnobe, qui transporte à tort après Deucalion la première partie de ces fables '.

« Oetav>us,Ji\\.

• jEneid. IX, 116.

» Paus. VII, 17 ; Arn. V, 4.

&08 ASIE MIKEimfi.

€ Jupiter eut un rêve impur, et du rocher naquit un monstre, Âgdestis. > Un mythe du Rig-Véda (P. I, 485) et, dans la Théogonie d'Hésiode, le récit de la mutilation d'Uranus, dont le sang produisit les redoutables Furies et les Géants belliqueux (P. II, 140), nous apprennent qu'il s'agit ici de la pluie extraordinaire qui a mis fin au fléau du feu, et après laquelle ont apparu les Néphilim.

€ Cet Âgdestis était androgyne, » au dire des Phrygiens, qui se plaisaient, dans leur culte et dans leurs mœurs, ù confondre les sexes; « doué d'une force invincible et sauvage , agité par des passions furieuses, ne se souciant ni des dieux ni des hommes, méprisant le ciel et la terre, et violent jusqu'à tout détruire. » On ne pourrait faire des Néphilim un portrait plus ressemblant.

t Les dieux effravés le mutilèrent en l'enivrant, i Us le mutilèrent près d'un pin sans doute, lors du déluge. En l'enivrant : ne serait-ce point un souvenir de l'ivresse deNoë?

« De son sang germa un amandier ou un grenadier. Nana, la fille du roi ou du fleuve Sangarius, en cueillit un fruit qu'elle mit dans son sein. Il disparut, et elle se trouva enceinte. » Ce mvthe est fort extraordinaire : on le dirait chinois ou américain, tandis qu'il ne se reproduit nulle part dans l'Asie antérieure et en Europe (P. Il> 67. 89). Primitivement il désigne la naissance miraculeuse du héros protévangélique. Les Phrygiens l'ont appliqué a la naissance de l'humanité postdiluvienne. € Le père de Nana fit exposer l'enfant. Un berger le trouva et le nourrit de lait de chèvre. »

Agdestis , qui est ù la fois la personnification des Titans primitifs et celle des Géants du temps de Nemrod, et qui, comme Nemrod, < était un grand chasseur, s'éprend pour Attis d'un amour » infâme, lequel date donc,

comme nous l'avons déjà vu (38) , des siècles voisin» du grand cataclysme, c Les parents d'Attis, pour Téloi* gner de son amant , l'envoient à Pessinonte. Le roi Midas lui donne sa fille. Déjà Ton chantait l'hyménéç quand survient Agdestis furieux, qui rend insensés tous les assistantsr. Attis lui prend sa flûte, enjoué, danse en rond jusqu'à ce qu'il tombe à terre sous un pin et s'y mutile. Midas suit son exemple, Gybèle (telle qu'Isis à Byblos) se lamente avec Agdestis devant le pin qu'elle avait transporté dans sa grotte. Jupiter lui refusa de ressusciter Attis, et accorda seulement l'incorruptibilité à son corps , qui fut enterré ù Pessinonte. » Cette dernière partie du mythe d'Agdestis nous offre de nouveau les traits fondamentaux de celui d'Attis ; mais l'antique tradition dégénère en un conte incompréhensible.

De la religion des Phrygiens et des Lydiens passoQ» à leur histoire primitive.

Leur premier roi, c'est-à-dire le premier homme» était le fils de Jupiter et de la Terre, ou de Dieu et de la nature, et se nommait Manès\ qui est le Menés égyptien et le Manou indien.

Nous identifions Manès avec c le roi Alcimus , le plus pieux et le plus doux des hommes , sous qui la Lydie jouit d'une paix profonde et d'une grande prospérité ; chacun vivait exempt de toute crainte. Après sept ans de règne le peuple demanda (aux dieux) que plusieurs autres années semblables fussent accordées à Alcimus. Il en fut ainsi , et les Lydiens menèrent pendant longtemps une vie pleine de félicité*. > Alcimus estrAl-orus

> Hérod. r, 94; Den. Halîc. t. f, p. 21. * Xanthus, Fragm, Gr. Eût, U 1, p. 38.

des Lydiens, et d'après le verbe sémitique qoum, qim, il serait Thomme permanent, Protogonus=.^on de Sanchoniathon (112). Le règne d'Alcimus est donc Tûge d'or des Lydiens embelli par quelques fictions.

Lityersès, le tyran grossier et inhumain de Célaenes, est le Gain des Phrygiens. Il est agriculteur comme lui. Sa faim dévorante et sa soif insatiable sont celles des Caïnites pendant le fléau du feu. Sa cruauté qui le pousse à couper la tête aux passants qu'il arrêtait et forçait à travailler aux champs avec lui , répond à celle des Néphilim. L'hymne que les moissonneurs de Phrygie chantaient en son honneur pendant la moisson , fait de lui un demi-dieu du monde primitif. Tué par Hercule, son corps est jeté dans le Méandre, qui figure le déluge.

Manès a pour fils, soit Attis, père de Lydus et de Tyrsénus, et Cotys, père d'Asius, soit Cotys père d'Asius et d'Attis , lequel Attis a pour fils Lydus et Tyrsénus». Nous avons ici en deux lignes l'histoire de vingt el trente siècles : Attis est le représentant phrygien du monde primitif; Asius, celui des Ases, ou Askénazites, ou Phrygiens japhétiques; Lydus et Tyrrhénus, ceux des colonies lydiennes et thérahéniennes venues de l'Euphrate à une époque comparativement récente.

Aux temps de Gen=Caïn survint une grande sécheresse» nous a dit Philon , et d'après Hérodote , sous le règne d'Atys , fils de Manès, toute la Lydie fut affligée d'une grande famine, qui dura plus de dix-huit ans. Ces deux traditions offrent certainement une ressemblance frappante. Mais le souvenir de la calamité du feu se confondit dans l'esprit des Lydiens avec celui de famines postérieures, et ils rapportèrent à tort à la première

> Athénée, X, 1 ; Suidas. Pollux. Théocrite, X. < Den. Ual. ibid. Herod. I, 7; IV, ^ ; VU, 74. » I, 84.

PHRTGieSfS ET LYDIENS. 511

l'invention des jeux , qai était une de leurs gloires, et le départ des Tyrrbéniens pour l'Italie.

Les Cariens, qui se disaient frères des Lydiens , adoraient entre autres un Jupiter Ghr^saorien, et le nom de Chrysaoris avait été celui de toute la Carie. Chrysaor est le nom phénicien de Tubalcaîn , qui était donc bien connu dans cette province toute sémitique de l'Asie Mineure.

Le Cannac, Annac, Nannac des Phrygiens est un mélange de Cbanoc (Hénoc) et de Noach (Noê). Ils disaient proverbialement : vieux comme Xannac, pleurer comme CannaCj pleurer sur Annac, et ils racontaient de lui t qu'il avait régné sur eux avant le temps de Deucalion , et que, prévoyant le déluge, il les avait rassemblés tous, et les avait conduits dans un temple où il avait offert pour eux des prières et des supplications accompagnées d'abondantes larmes. » Suivant une autre version , c U avait déjà vécu plus de trois cents ans ( la vie d'Hénoc est de 360 ans), quand le peuple du voisinage demanda à un oraclo combien il avait encore à vivre. La réponse fut que lorsqu'il mourrait, toute l'humanité serait détruite ( Méthusçala est mort l'année même du déluge). A cette nouvelle, les Phr/giens firent de grandes lamentations sur lui. Le déluge de Deucalion vint accomplir l'oracle. Quand la surface de la terre commença à sécher, Jupiter ordonna à Promélhée et ù Minerve de faire, avec de l'argile, des statues qui eussent la figure de l'homme. Quand elles furent terminées, appelant les vents, il les fit souffler sur elles, et elles prirent vie». >

Les mythes d'Attis= Adonis , d'Agdestis , d'Annac , nous ont prouvé que la tradition du déluge occupait une très-grande place dans la religion phrygienne. Si

* Soidas. IVavvflwoç; Steph. Ixcmov*

Ton peut en croire Ârnobe, on montrait en Phry^e un rocher immense nommé Agdus, d'où Deuealion et Pyrrha avaient pris les pierres qu'ils jetaient selon l'ordre de Thëmis, et qui devenaient des hommes. La ville lydienne de Sémiramis, la ville mysienne de Thébé, les trois villes d'Ancyre ou Ancore, c'est-à-dire de rancre^ nous paraissent être des cités diluviennes ^ On ne conçoit d'ailleurs pas comment l'Asie Mineure, placée entre le Deuealion du Parnasse et le Xisuthrus d'Hiérapolis et des monts Cordyens, n'aurait pas eu son Noë avec l'arche. Mais tous les doutes se dissipent quand on porte ses regards sur une contrée que nous appellerons la terre sacrée de la Phrygie, et qui nous offre un mont Baris, une ville d'Apamée Kibotos, et im lac Ascanien. Le mont qui porte l'un des noms anciens de l'Ararat est la montagne du vaisseau*; la ville dont le surnom signiGe arche a sur ses médailles une arche avec les deux lettres No; le lac est celui d'Askénaz, le père des Phrygiens.

Le surnom d'Apamée n'est pas plus étrange que le nom du mont Baris, et No ou Noë, que Cannac-Ghanoc. Les médailles de cette ville ne paraissent suspectes qu'à ceux qui les isolent de l'ensemble des traditions phrygiennes, qui sont toutes éminemment bibliques.

Nous retrouvons encore le souvenir du déluge dans le mythe d'Hylas, le jeune favori d'Hercule, que les Nymphes attirèrent à elles comme il venait puisera une source, et dont le sort est le même que celui de Manéros. On célébrait une fête en son honneur à Prusias, vers les confins de la Mysie et de la Bithynie, près du

< En Carie était le fleuve Ninas, sur les rives duquel fut enterré Dédale, qui fut mordu d'un serpent au moment où il le traversait. Le serpent est Typhon , le fleuve Ninus figure le déluge, et Dédale doit donc être un héros diluvien.

« Fr, Gr. Ei$L 1. 111, p. Aib.

fleuve Hylas ou Àscanius. Ce dernier nom indique que le jeune dieu faisait partie des mythes ascaniens ou phrygiens. En Bithynie, les Mariandyniens, que nous ne croyons d*ai]leurs pas phrygiens, avaient un chant de deuil sur Bormus, jeune homme qui avait péri comme Hylas, et sur Mariandynus, fils de Titius, qui avait été tué dans une chasse, sans doute dans une chasse au sanglier comme Attis • (P. II, 213. 230).

Askénaz , par qui commence l'histoire nationale des Phrygiens, vivait dans les temps du haraitement de la terre ou de la lutte du Typhon volcanique contre Jupiter (HT. 199 sq.). Or la Lydie et surtout la Phrygie Brûlée offrait à ses premiers "habitants de nombreuses traces de grandes et récentes révolutions physiques. Aussi cette contrée passa pour Tun des théâtres des combats de Typhon, de ce Typhon qui, pour les Grecs, était inséparable des Arimes (? Araméens, Syriens), et d'après Xanthus, elle avait eu un certain Arime pour roi^.

Le No d'Apamée, Annak, Alcimus nous enhardissent à expliquer par les traditions antédiluviennes les mythes de Sipyle. La ville de Sipyle passait pour avoir été la résidence de Tantale et de Niobé, le berceau de Pélops, et, sous le nom deTantalis, la plus ancienne capitale de la Mœonie. Elle avait été, disait-on, engloutie dans la terre, et remplacée par un lac près des rives duquel se voyait le tombeau de Tantale. Sur le mont Sipyle on montrait, au-dessus d'un temple de Cybèle Plastène, le trône de Pélops, et les voyageurs modernes ont retrouvé le rocher de Niobé, duquel tombent , comme d'abon-

< MuUer, Orckom, p. 293. Donnas vient sans doute de frcmo, latin, BREMO, grec, -bruhmen, allemand, baram, hébreu, prémir, murmurer^ dans le sens spécial de murmurer des lamentations.

s Fragm, Gr. HUt* p. 37.

dantes larmes, des filets d'une eau limpide. Tous ces mythes appartenaient aux Maeoniens, c'est-à-dire à une tribu pariiculière des Askénazites ou de ces Phrygiens japhétites qui avaient conservé, bien mieux que le jeune peuple des Hellènes, les traditions de la primitive humanité.

Tantale est Adam, Pélops Ganymède, Niobé un être fictif qui est le pendant de Cassiopée.

Tantale était, comme Manès=Adam, fils de Jupiter, t Si jamais les dieux comblèrent d'honneurs un mortel, ce fut Tantale. Ils l'invitaient à leur table et venaient s'asseoir a la sienne; Jupiter lui confiait ses secrètes volontés; et son fils Pélops avait été transporté dans l'Olympe, » où il vivait comme un dieu*. A ces traits-là nous reconnaissons Tàge d'or, où, d'après Hésiode, les dieux et les hommes célébraient en commun les mêmes festins; et la Genèse nous laisse entrevoir combien, dans le Paradis, étaient fréquentes et pour ainsi dire familières les relations d'Adam avec son Dieu.

€ Tantale, ajoute Pindare, ne put pas supporter un tel bonheur; la satiété lui fit commettre un crime audacieux, n déroba aux dieux et communiqua aux hommes le nectar et l'ambroisie qui l'avaient rendu immortel*.» Vambroisie ou la nourriture (ï immortalité ^ c'est le fruit de l'arbre de vie qui devait donner à l'homme pur les forces nécessaires pour transformer son corps et le soustraire au trépas. Dans la chute d'Adam il y a, comme dans celle de Tantale, ingratitude, satiété, orgueil, et tandis que Jéhova chasse nos premiers parents du paradis pour qu'ils ne puissent plus manger des fruits

» Pind. 1" Olymp, Diod. Sic. IV, 74; flygin. Fab. 82; etc. * Oa , saivant Diodore et Hygin , U divulga les desseins de Jupiter.

de l'arbre de vie. Tantale cherche à les dérober et à les emporter avec lui hors du paradis.

Les dieux punissent Tantale en le précipitant dans les enfers, où ils lui infligent un double châtiment, qui exprime d'une manière aussi vraie qu'ingénieuse le sort de l'humanité déchue : « Un énorme rocher, » celui des revers imprévus, des maladies, de la mort, « qui est toujours suspendu sur sa tête et qu'il cherche sans cesse à éviter, lui ravit toute joie. » Ou , d'après d'autres mythes, l'arbre de vie incline vers lui ses rameaux chargés de fruits; il est lui-même plongé dans les eaux vives du paradis ; le bonheur qu'il a goûté jadis Tentoure encore de toutes parts, il en est altéré , affamé ; mais l'eau recule devant ses lèvres et les fruits devant sa main.

Cependant le premier homme est d'ordinaire dans les mythes païens le représentant de toute la première race, et Tantale a commis deux autres crimes que celui dont nous venons de parler. Il possédait des richesses qui étaient proverbiales comme les pleurs d'Annac. Mais elles furent l'occasion de sa chute. 11 les avait dérobées à un temple, et de plus il nia par un faux serment son larcin. Quelles sont ces richesses si ce ne soi\t celles de Chrysor=Tubalcaïn, l'homme de l'or (chrysos)? Quel est ce temple si ce n'est la terre elle-même, que Dieu a foimée et qui le glo "ifie? Quel est ce larcin si ce n'est celui des Caïnites dérobant à Dieu et à la terre ses trésors pour les employer à satisfaire de criminelles passions? Et que marque ce faux serment, si ce n'est l'impénitence des i^ntéJilu viens refusant obstinément de rendre ù Dieu 1rs allions de grâces qu'ils lui devaient. La découverte des trésors métalliques cachés dans le sein de la terre a été pour Meschia l'occasion d'une nouvelle chute (349).

516 ASIE MINEUIUS.

Sipyle qui s'abîme dans les entrailles de la terre, et le lac qui se forme au lieu qu'elle occupait, est un mythe diluvien tout semblable à ceux des Chinois ou des Celtes (178. P. II, 179).

Un dernier mythe, transformant Tantale en un serviteur de Saturne postdiluvien et de Moloc *, le représente égorgeant son propre fils Pélops pour servir ses membres aux dieux qu'il a invités ù sa table. Ovide, oui raconte une action semblable de Lycaon , la place immédiatement avant le déluge ; et nous avons dans ces deux mythes un vague souvenir des temps où les descendants de Noe se mirent dans plusieurs contrées à vouloir apaiser par des sacrifices humains la colère du Dieu qui venait de détruire la terre.

La fable phrygienne de Philémon et de Baucis, de la visite que leur font le dieu suprême, Jupiter, etMercure, son messager ou son ange^ de la corruption de tous les habitants de leur village, de la formation subite d'un lac qui engloutit tous les méchants , et de la délivrance de ces deux seuls vieillards, est une tradition altérée de la ruine de Sodome, que les Lydiens du Jourdain ou la race de Jardanus auront apportée avec eux en Phrygie,

1 Tzetzès parle des sacrifices humains de Tantale. Chil. X, S. — Ces sacrifices et le mythe de Lityersès rendent compte de l'histoire de Camblétès, que nous font Xanthus et Nicolas de Damas. Ce roi de Lydie était tellement vorace, qu'une nuit il mit en pièces et dévora sa propre femme. Le matin, comme uoe des mains s'était encore trouvée dans sa bouche, et que son forfait s'était ébruité, il se fit mour'r en présence de tous, en disant qu'il croyait que quelque maléfice l'avait rendu furieux. Il avait pour ennemi Jardan, le père d'Omphale. Ce mythe est d'origine sémitique ; car Jardan est, dans les traditions arabes, le frère de Pharuz (le Phérésien) et le fiU de Loud, et Cam-ble-tes vient de bala', manger avec avidité^ dévorer , et peut-être de cah, qui marquerait Tardenr du désir, la foreur da cannibale. Voyez Fragm. BisL Grœc, t. I, p. 38 ; 1. 111, p. 372.

Tantale avait deux enfants, Pëlops et Niobé.

Niobé est Cassiopée. L'une exalte la beauté de sa fille au-dessus de celle des Néréides ; Faulre est tellement fière de ses six fils et de ses six filles qu'elle se compare, se préfère à Latone, qui n'a que deux enfants*. Les deux mythes doivent recevoir la même interprétation. Celui d'Andromède que le dieu des mers veut faire périr par une inondation et par un monstre marin, ayant certainement trait au déluge, il faut entendre aussi par Niobé la première humanité , qui , au temps de sa plus grande corruption, s'est crue l'égale d'un Dieu qui semblait impuissant à réprimer sa superbe. Les douze enfants de Niobé sont donc, comme Andromède, comme Proserpine , une personnification de toute la jeune génération, qui périt en un même jour par les traits de la divine Justice. Toutefois Diane épargna Mélibée, qui, de la frayeur qu'elle avait éprouvée, resta pâle toute sa vie, ce qui lui fit donner le nom de Chlork. Elle épousa I^élée'. A sa terreur nous reconnaissons en elle le témoin du déluge (P. II, i9I), et Nélée, ou le Fleuve (en hébreu nahal), est le même que Ninus, l'homme du déluge (99)',

* Homère, //. XXIV, 602 et suîv.

• Hygin, Fab. 110. Paus. H, 2i.

s La famille de Chloris et de Nélée ofire an carieuz exemple dei répétîtions dans lesquelles semble se complaire l'esprit mythique. Chloris a, comme sa mère, douze enfants (douze fils); dix périssent de la main d'Hercule, qui prend la place d'Apollon et de Diane; le onzième est changé en un aigle, de même que Ganymède (qui est Pélop8=Ucnoc), est enlevé par un aigle; et le dernier, qui, comme Chloris, survit seul , est Nestor qui vécut trois siècles, et qui esU comme Noë, l'unique témoin d'un âge qui n'est plus. Quelque colonie msBonienne ou lydienne se sera établie dans TElide oh a régné Nestor, et où l'on aura relié le mythe asiatique de Niobé aux traditions indigènes. Hygin. Fab. X. — Chloris d'ailleurs faisait primitivement partie des mythes d'Orchomène ou de Béotie. Qeyne, ad Âpollod. Observ. p. 61. 240.

518 ASIE MINEURF.

Le mariage deNîobé avec le Thébaîn Amphîon marque l'époque où quelque tribu mseonienne est venue s'établir en Béotie. c Pélops, dit Nicolas de Damas, élant parti de Lydie avec une armée , laissa sa sœur Niobé à Thèbes, d'où il se rendit ù Pise*. »

La métamorphose de cette mère infortunée en rocher est plus difficile à expliquer. Homère , qui déjà la mentionne, dit dans le même passage que ce furent les dieux qui, au dixième jour, ensevelirent les corps des Niobtdes, qui étaient restés dans leur sang, et que nul n'avait inhumés, parce que Jupiter avait changé les peuples en pierres. Ces pierres ne sont-elles pas celles qui reprennent vie et redeviennent hommes dans les mains de Deucalion et de Pyrrha ( P. Il, 242) ?

Le frère de Niobé, Pélops, avait été enlevé au ciel par Neptune, nous dit Pindare, comme Ganymède l'avait été déjà par Jupiter. On aurait sans aucun doute laissé tranquillement Pélops dans l'Olympe, s'il n'était pas devenu le prince le plus puissant du Péioponèse. Il fallut donc le faire redescendre sur la terre pour qu'il put se rendre de Lydie en Grèce , et Pindare fit de son retour parmi les mortels une des funestes conséquences de la chute de Tantale.

L'établissement de Pélops en Morée est celui d'une colonie maeonienne , qui a pris le nom du plus célèbre de ses demi-dieux ou de ses ancêtres*, et transporté les mythes de sa première patrie sur la teri*e étrangère, où nous les retrouvons tous sous une forme plus ou moins altérée.

« JFV. Hist, Gr, t III, p. 367.

• Paus. V, 13 : • Pélops est autant au-dessas des autres héros « qu*on honore à Olympie, que Jupiter est au-dessus des autres • dieux. •

Âlcimus, que nous avons pris pour une personnification de Tage d'or, devient un fils de Pélops et d'ffi/)podamie, sous le nom d'//i;>palcimus^

Le rapt de Pélops par Neptune se reproduit dans celui de Chrysippe, fils illégitime de Pélops, par Laïus, fils de Labdacus'.

Pélops avait été égorgé par son père, et ses chairs servies sur la table des dieux. De même Atrée, fils de Pélops, foit manger ù son frère Thyeste, de ses deux enfants. Ces enfants se nommaient Fun Tantale, comme leur aïeul, Tautre Plisthène, comme la Cybèle Plasthène de Mseonie '\

L'inceste de Thyeste avec sa fille Pélopie est un souvenir des mythes cosmogoniques de la Phrygie, qui font du grand dieu l'époux de sa fille ou de sa mère.

Les fictions des religions orientales et les traditions du monde primitif versent ainsi a Tenvi sur les Pélopides tout ce qu'elles ont de plus monstrueux. Toutefois c'est l'élément historique qui prévaut. Cette famille mseonienne est une image en raccourci de l'humanité primitive, et aussi la faute primordiale, dont parle Eschyle*, peut-elle s'entendre en quelque manière du meurtre de Gain et de la chute d'Adam.

Rendons donc ù l'Asie, à Moloc, aux Antédiluviens, ce qui leur appartient dans l'histoire héroïque du Péloponèse. Mais la ligne de démarcation entre le mythe et l'histoire est partout fort difficile à tracer. Nous avons vu la Sémiramis fictive se confondre avec Atossa. Il y a de même dans l'histoire des Pélopides, au milieu de beaucoup de fables, plusieurs allusions à des événe-

« Hygin. Fab. 14, Si. 97.

« Id Fab. 85.

* Id. Fab, 88.

* Agamem, v. 119:2.

520 ASIE MNEURE.

ments réels qui se sont passés en Grèce vers le temps de la guerre de Troie. Hélèoe, par exemple» peut avoir été Fépouse de Ménélas » quoiqu'elle ait pour mère les Ténèbres du chaos, et pour frères la Lumière et TObscurité. Achille est à la fois un roi des Phthiotes, et leur Adam-sauveur qui n'était vulnérable qu'au talon. Ulysse est bien un roi d'Ithaque, mais en même temps il est censé avoir fait à lui seul tous les voyages aventureux des descendants (ïElisça , le fils de Javan et le petit-fils de Japhet(149).

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