‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 58 sur 108 · CHAPITRE lïï · texte numérisé non relu

CHAPITRE lïï

Refînes des dleax.

Diodore nous dit qu'Horiis fut le dernier des dieux qui régna sur la terre. C'est ce que confirment de nombreuses listes ou groupes de divinités, dont la dernière est dans la règle Horus. Ces listes ont fait le sujet d'un travail spécial de M. Lepsius. Cet illustre savant ramène ces listes à deux types, dont Tun appartient à la Basse et l'autre à la Haute Egypte.

Liste de Memphis, Liste de Thèhes,

Phtha. Amoun.

Ré. Menth.

Mou et Taphné. Atmou.

Sev et Nout. ^ Mou et Taphné.

Osiris et Isis. Sev et Nout.

Setlî et Nephthys. Osiris et Isis.

Horus et Hathor. Seth et Nephthys.

Horus et Hathor.

(Sevec.)

Dans la liste thébaine, Menth est d'ordinaire le. premier ; on ne connaît que trois inscriptions où il est précédé d'Amoun; mais dans une autre, Amoun-Ré a pris sa place.

Parfois aussi Tlioth sépare Sev et Osiris. Ou bien l'on a : Sev, Osiris, Harouéris, Horus, Thoth ; — Sev, Osiris,

Thoth et Nephthys, Horus. Le Papyrus de Turin donne : X, X, X, Sev, Osiris, Seth, Horus, Thoth, Tmé, Har (ou Hat).

M. Lepsius voit dans ces huit dieux les huit dieux de premier ordre d'Hérodote. Nous croyons y retrouver des dieux qui ont successivement régné sur Tu nivers, et qui appartiennent aux trois ordres dont nous parle Fhistorien grec. Le premier ordre comprenait probablement quatre théothées et quatre Grandes-Mères , comme Amoun de Thèbes, Phtha de Memphis, Menth=Pan de Mendès, Khem=iPan de Chemmis ou Sev, et Mouth, Neith, Rétho=Léto, et Souven ou Nout. Les douze dieux secondaires ne peuvent être , ce nous semble , que des divinités cosmiques , telles que Ré , Atmou , Mou et Taphné, Ehou, Chonsou, Harka= Hercule, Haké, Harouéris I , Tmé. Les dieux du troisième roi sont sans aucun doute nos dieux humanitaires, les Osirides.

Si nous comparons les deux listes de dieux que nous a fait connaître M. Lepsius, nous verrons qu'elles se divisent Tune et l'autre en deux parties, dont la dernière commence par Sev. .

Celle-ci nous est bien connue : elle renferme les dieux humanitaires dont nous venons de faire l'histoire. La première partie nous offre un théothée et des dieux cosmiques.

Voici donc quel serait le sens de ces deux listes :

Au commencement régnait le dieu irrévélé (Amoun), le dieu de la lumière incréée (Phtha). Aussi la Vieille Chronique sgoute-t-elle que Phtha brille jour et nuit, et que les temps de son règne ne «e peuvent compter.

Puis Dieu (Menth) façonna la matière, le chaos.

Sa première œuvre ou celle de ses œuvres qui, par sa beauté, éclipse toutes les autres, fut le soleil (Ré).

RÈGN£S DËâ DIEUX. 269

Le iDOode, d'ailleurs, n'est point tout entier lumineux, bon et pur. 11 se divise en deux moitiés. L'une n'est. qu'cc/ai et splendeur (mou) , et tous les êtres qu'elle renferme sont en quelque sorte des enfants du soleil ( lequel est le père de Mou et de Taphné) . L'autre est ténébreuse ; c'est celle que le soleil (Àtmou) visite pendant nos nuits, à son coucher.

Cette opposition de l'hémisphère nocturne et de l'hémisphère diurne, ou du jour et de la nuit, et cette victoire constante de la lumière sur les ténèbres , qui ont elles aussi leur soleil, résumaient toutes les idées que les Egyptiens se faisaient du monde physique.

Mais le monde physique n'était pas tout l'univers. La création avait abouti à l'homme , et aux dieux solaires et cosmiques ont succédé les dieux de l'humanité. C'est d'abord, Sev et Nout, qui président d'une manière générale au temps dans lequel s'opère le développement de notre histoire, et au monde de la liberté. Puis vient Thoth, la Sagesse éternelle, qui veut concourir à la création d'êtres faits à son image. Après Thoth et Sev apparaissent et régnent Osiris et Isis, les divinités de l'humanité primitive. Mais le mal, la division, la guerre (Typhon, Seth), se produit en même temps que l'homme et pénètre au sein des cités (Nephthys). Le dieu sauveur (Horus) lutte contre le mal sans pouvoir l'anéantir . La sagesse (Thoth) vient en vain régner ainsi que la justice (Tmé) pour un temps sur la terre. La terre et l'honmae n'en ont pas moins été détruits par le déluge (que symbolise le crocodile, attribut du grand théothée Sévec) » .

1 Noos ne tentons pas l'explication de la liste, fort pen authentique , duSyncelle: Valcain=Phthah, le So)eil=Rë, Agathodémon, Saturne= Sev, Osiris et Isis, Typhon, Uoms, Mars, Anubis, Hercule, Apollon, Ammon , Tithoës , Sotas , Jupiter. — Le Manéthon d'Eusèbe place après Horus plusieurs rots anonymes, dont le dernier est Bitys. le ne sais ce que signifie ce dernier nom.

Après Sévec devrait venir Ainyrtée=Metsraïin. Mais à côté de l'histoire divine du monde primitif il y avait rhiàtoire humaine, et l'on intercala entre Amyrtée et le dernier des dieux, d'après le Manéthon d'Ëusèbe :

Les demi-dieux, qui ont régné . . 1255 ans.

D'autres rois 1817 » Kraïai

30 rois de Memphis 1790 »

10 rois de This 350 »

Les mânes et demi-dieux 5813

< M. de Bunsen (V, p. 222, et déjà I, p. 102) prend aa sérieux ces cinq ou six mille ans, et les place avant Menés, le fondateur de Memphis. Il obtient ainsi dix mille ans pour Vliistoire de l'Egypte, et il en compte dix mille autres pour le monde primitif (IV, p. ix). C'est donner gain de cause à Dupuis et à l'incrédulité , contre la Bible et la foi; mais c'est aussi aller à rencontre des règles de la critique. Je confesse ne pouvoir comprendre les historiens qui abandonnent la chronologie de l'Ancien Testament pour celle de Manéthon; car la première est d'une exactitude incontestée pour les temps récents où Ton peut la contrôler par l'histoire profane de l'Egypte, de l'Assyrie et de la Babylonie, tandis que les listes de Manéthon sont à chaque ligne contredites par les monuments des Pharaons. Il y a donc, ce nous semble, quelque peu de crédulité à accepter les chiffres de ce prêtre égyptien quand ils se rapportent aux temps plus anciens que Menés, et qu'on est dans l'absolue impossibilité de les vérifier. Mais ce que je puis bien moins comprendre encore, c'est qu'un historien qui croit d'une foi implicite à ces 5212 ans de Manéthon, ait le cœur de traiter avec un si grand dédain les pieux et savants défenseurs de la Bible^ en particulier de les accuser d'être en proie à une illusion aussi insensée que criminelle, et les supposer capables de chercher à rétablir la foi en la vérité par de nouveaux mensonges et par une plus grande effronterie (IV, préface, p. xvi). Je ne sais à qui s'adressent de telles paroles, mais je doute excessivement que les ultérieures recherches de la science historique donnent gain de cause contre la Bible à M. de Bonsen, qui veut qu'il se soit écoulé 1434 ans de la famine de Jacob à l'Exode (IV, p. 440), qui restreint à 169 ans le temps des Juges (id. p. 337), qui fait nSourir Moïse la 22» année du séjour des Hébreux aa désert (td. p. 332), etc.

Page 1