CHAPITRE m
E<e Déloge et ses suites
(VII-IX, 1-19 i XI, 10-32.)
Nous avons démontré ailleurs, par la Genèse, que le léluge de Noë fut , non point une inondation locale, ni Bême un cataclysme universel, mais une crise tellurique, d'où est sortie, après plusieurs siècles d'agitation, ine terre nouvelle. Aussi le déluge se confond-il parbis dans les mythes païens avec Torigine du monde, et les eaux avec celles du chaos (P. 11, 175 sq. ; H. T., 115). Les Persans mahométans appellent Noë le second
Les principales circonstances du déluge se sont touies offertes à nous dans les traditions des païens : Timnrévu de cette épouvantable ruine à laquelle nul ne Mnsait quand elle survint et les emporta tous (P. II, iM sq.)*; les eaux tombant des cieux, mais surtout Ùllissant de terre par des gouffres, par où elles seront rentrées plus tard dans son sein : les ténèbres dans les-
' Chardin, Voyages, IX, 78. Les Persans font vivre Noë mille leu. cents ans. Etant près de mourir, an homme lai demanda : ^0 prophète de Dieu qui as le plus vu dans ce monde, qu'en as- tu tooavé en tant de temps? » — « H m'a paru comme un grand palais à itox portes : une devant, une derrière ; je suis entre par Tune et je Itts par l'autre. » — Caldéron a mis en scène cette même pensée jbns son drame spirituel : Le Grand Théâtre du mondç,
» Mattli. JiXIV, 38, 39,
quelles étaient plongés les habitants de Tarche qui était autant un cercueil qu'un berceau (id. 487); le cyprès ou le pin dont elle était construite (id. 489); le corbeau qui ne revient pas; la colombe annonçant que Dieu s'est apaisé , que la grâce prévaut dans son cœur sur la justice, qu'il aime de nouveau ; l'olivier, symbole de la paix qu'il a faite avec le monde (id. 492 sq.) ; la face désolée de la terre sur laquelle l'homme se voit jeté (îomme un enfant qu'on abandonne dans un désert aux bêtes sauvages (id. 237 sq.) ; et l'immense holocauste de Noë à sa sortie de l'arche (id. 202). Ce sacrifice où les victimes sont pour la première fois égorgées, ouvre une ère nouvelle dans l'histoire de la religion : l'ère de la crainte d'un Dieu qui ne recule pas devant la destruction de toute une race ; l'ère de l'obéissance à la loi, du besoin d'une expiation et de la foi dans la promesse; l'ère des terreurs de la conscience et des efforts désespérés de l'homme pour apaiser, fut-ce au prix de ses propres enfants, la colère d(^ la Divinité (id. 412).
Dans l'alliance que Dieu traite avec Noë , il y a pour nous trois choses à noter : l'ordre réitéré de croître et de se multiplier, qui était une protestation contre le dégoût de la vie et l'amour aveugle du célibat qui allait s'emparer d'une partie des hommes et les pousser à se mutiler (P. II, 429) ; l'établissement de la justice criminelle qui deviendra la base de l'Etat (l'Etat se fondant à cette même époque où la religion subissait une transformation complète , et l'homme pliant la tête a la fois sous le triple et salutaire joug de la loi divine, de la loi morale et de la loi civile) ; enfin , l'arc-en-ciel , qui apparaît pour la première fois et qui est un signe do paix (id. 203).
La découverte du vin par Noë reparaît, plus ou moins altérée , chez tous les peuples qui ont cultivé la vigne
(id. 205). La faute de Cam, au contraire, n'a laissé dans la mémoire des païens que des traces incertaines (id. 269).
Mais ce que les peuples n'ont pas oublié, c'est la i*apidité avec laquelle la vie humaine a diminué de mille à cent ans pendant les trois siècles qui ont suivi le déluge, siècles lugubres de mort et de deuil (P. 11, 29i sq. H. T., 147 sq.).
Ce même temps a été celui de révolutions locales, dont la ruine de Sodome est un saisissant exemple, et qui ont ébranlé toute la terre. C'est Tère de Typhée pour les Grecs , et du barattement de la mer pour les Hindous. (P. II, 272 sq. H. T. 155 sq.)