BIS, RUE DE LA PAIX. 7, RUE PA VÉE-SA1NT-ANDRÉ
IMPRIMERIE DE RAYKAL, A RAMCOLILLET,
Barricade du Faubourg Montmartre. 24 Février Ifl48
LES
22 , 23 y et 24 février 1848 .
Nous avons déjà, dans une publication récente (i) , tracé le tableau des événements qui viennent de renverser la nouvelle dynastie. Nous n’avons pu jeter qu’un coup d’œil ra- , pidc sur l'ensemble de la lutte. Aujourd’hui les émotions commencent à s’apaiser ; on peut croire à ce qui d’abord ne semblait qu’un rêve. Entrons dans le cœur même des événements; comptons les efforts delà multitude, les pulsations de l’esprit public, pour reproduire chaquo épisode du combat. Lorsque le nuage de fumée et de poussièro qui couvrait une bataille s’est dissipé, le spectateur ne voit plus seulement des masses, il distingue les soldats, il applaudit à leur courage.
L’agitation qui a régné dans Paris le 22 février, présageait l’orage. La foule s’est trouvée en présence des troupes, et ce spectacle seul devait faire redouter une collision ; il ne faut donc pas omettre ces tristes préliminaires d’une lutte terrible.
Les premiers troubles se sont manifestés à onze heures au abords de la chambre des députés.
La population de la rive gauche , s’est portée en grande partie sur le palais, par la rue de Bourgogne; en même temps, une foule épaisse débouchait par le pont de la Concorde, et la grille du péristyle était forcée.
(t) Le Peuple souverain ; histoire populaire de la Révolution de 1818, en vente chez les mêmes éditeurs.
C’est alors que l'on a fuit occuper militairement les abords «le la chambre. Le. pont de la Concorde était disposé de manière à pouvoir résister , non pas h une foule indisciplinée, mais à une armée entière.
A une heure la foule était ramassée, compacte , sur les boulcvarts et la place de la Madeleine.
Toutes les boutiques étaient fermées.
Des groupes paisibles ont été repoussés par la force. Ils sc sont repliés sur l'hôtel des Affaires étrangères, faisant entendre les cris de : Vir* la réforme l A bas Guizot! mais des patrouilles de garde municipale à pied et b cheval, faisaient évacuer les deux trottoirs dans tout l’espace occupé par cct hôtel. 11 était gardé militairement, et entouré d’un formidable cordon de troupes.
Au delà de l’hôtel des Capucines, on rencontrait sur les trottoirs jusqu’à la Madeleine, des patrouilles d’infanterie de ligue qui marchaient sur deux rangs, les files laissaient entre elles un intervalle de trois ou quatre pieds, qui suffisait à la circulation des passants. Les soldats avaient le sac sur le dos, et portaient leurs outils de campement, comme en temps de guerre.
La place de la Madeleine était occupée par un fort détachement d’infanterie de ligne, précédé de ses éclaireurs.
A trois heures, des collisions avaient déjà lieu sur la place de la Concorde. La garde municipale à pied et à cheval a fait quelques charges à l’entrée des Champs-Elysées.
Une pauvre femme a été écrasée sous un cheval qui s’est abattu. Les municipaux ne faisaient usage que de leurs armes blanches; le peuple sc défendait à coups de pierre. La troupe de ligne assistait, immobile et l’arme au bras, à ce triste spectacle.
Des groupes nombreux, de deux heures à quatre henres, circulaient dans presque tous les quartiers de la capitale ; les boutiques sc fermaient sur le passage des attroupements. Des charges ont eu lieu sur la place de la Concorde et de la Madeleine. Ine ambulance était organisée rue Saint-llonoré,
a 9 j , pour recevoir les blessés, déjà nombreux.
Oti a essayé, rue de Rivoli, rue Saint-Honoré, rue Croixdcs-Petits-Ghamps et sur quelques mitres points , de construire des barricades, en renversant des omnibus et d’autres voitures, et en dépavant des rues; mais, en général, la circulation a été promptement rétablie par l’arrivé des troupes.
Le magasin de Lepage, et celui d’un autre armurier (quai de la Mégisserie), ont été enfoncés, et on en a enlevé toutes les armes.
A cinq heures du soir, on battait le rappel dans toutes les rues, pour réunir la garde nationale ; mais cet ordre a été révoqué dans la nuit.
Vers neuf heures, la rue de l’Arbre-Scc était encombrée; on y élevait une barricade; la garde municipale se présente ; ou la hue ; la ligne survient et défait la barricade ; eris de V ive la ligue 1
La garde municipale et la troupe de ligne ont allumé des feux et bivouaqué sur les principales places de Paris.
A dix heures, la rue Saint-Honoré était occupée par la troupe; la circulation était interdite depuis le marché des Innocents jusqu’il la rue Saint-Honoré. La troupe stationnait sous les échoppes de la halle. En plusieurs endroits, et notamment b la Porte-Saint- Denis, le houlevart était intercepté par la force armée.
Dans la partie du Marais comprise entre la rtic du Temple et la rue Saint-Martin, plusieurs rues étaient occupées par des groupes armés ; des barricades étaient élevées.
Les barricades élevées dans la rue de-CIéry et dans les petites rues adjacentes, vers la me Saint-Denis, étaient complètement abandonnées à onze heures. Plusieurs patrouilles de gardes nationaux, assez nombreux, parcouraient ces rues alors désertes et plongées dans l'obscurité parle bris presquo général, des lanternes.
A minuit, des barricades étaient formées dans la rue Grcnétat. Un combat s’est engagé. On enlevait des morts et des blessés, parmi lesquels on a remarqué une femme.
Les combattants ont successivement occupé les rues Tiquetonne, Rourg-l’Ahbé, Grenelai et Transnonain. Tccnta
ou quarante & peine avaient (les armes. Ils ont au bientôt épuisé leurs munitions. L'engagement le plus meurtrier a eu lieu dans une maison de la rue Beaubourg , où cinq prisonniers avaient été enfermés. Leurs camarades ont essayé de les délivrer ; un combat b coups de fusil b bout portaut a eu lieu cuire les gardes municipaux et les combattants. Un garde municipal a été tué, un autre blessé; un jeuue homme a été également tué et les prisonniers sont restés au pouvoir de la force publique.
Le s5 février, à sept heures du matin, on battait le rappel dans tous les quartiers de Paris.
A neuf heures, des barricades étaient formées h la Porte- Saint Denis, et la troupo faisait des charges sur les groupes qui s’y trouvaient réunis en grand nombre.
A dix heures, des barricades existaient, noa-seulament b la porte Saint-Denis, mais rue de Cléry, rue Neuve-Sainl-Eustache, rue du Cadran, et rue du Petit-Carreau. Hue fusillade s’est engagée entre des hommes armés, placés derrière les barricades, et des gardes municipaux. Deux jeunes gens ont été tués; un garde municipal a été désarmé. Le maréchal Bugeaud. h cheval et suivi de deux aides-de-camp et do plusieurs ordonnances, a parcouru une partie de la ligne des boulevarts.
Le maréchal saluait à droite et à gauche ; personne ne lui rendait son salut.
Quelques gardos municipaux, poursuivis sur la place du Caire par des jeunes gens armés de bâtons, ont fait feu et blessé plusieurs personnes, line femme, atteinte d’une balle à la tête, est tombée raide morte.
Au même moment, un peloton de garde nationale qui se trouvait sur la place, s’est ébranlé, sur l’ordre de l’officier qui le commandait, et qui, ne pouvant retenir son indignation. en présence du spectacle dont il était témoin, a crié: Aux armes ! Les gardes municipaux se sont retirés en toute hâte.
Une barricade, élevée dans la rue Montmartre, a été attaquée par les gardos municipaux, qui ont fait feu. Un enfant
a été tué, deux ouvriers et trois femmes, grièvement blessé*, ont été transportés par les citoyens dans une ambulance établie chez un pharmacien.
A midi, le quartier des halles était gardé par des force» considérables : le maréchal Bugcaud, suivi d’un nombreux état-major, visitait tous les postes. Deux pièces de canon étaient braquées, l’une sur la rue Montmartre, l’autre sur la rue de la Ferronnerie; les caissons étaient ouverts, et les servants à leur poste.
Sur la place du Carrousel, la garde municipale à cheval a chargé, le sabre au poing, sur les groupes.
Les attroupements qui semblaient se dissiper sur un point, ne lardaient pas h se reformer sur un autre point.
L'hôtel des Capucines était toujours un point de réunion pour le peuplo, qui poussait les cris de : Vive la réforme ! h bas Guizot !
A midi, toutes les légions de la garde nationale se sont rassemblées dans leurs mairies respectives. La 3", place des Petits-Pères, était entourée d’une foule immense, qui criait : Vive la réforme 1 Un escadron de cuirassiers a chargé la population, mais les chasseurs de la 3' légion l’ont fait entrer dans leur carré, et ont croisé la baïonnette devant les cuirassiers qui se sont retirés, laissant aux gardes nationaux, d’après leur promesse, le soin de faire évacuer la place.
A la mairie du a* arrondissement, les gardes nationaux, rassemblés en grand nombre , ont déclaré qu'ils voulaient l’ordre, mais la liberté; qu’ils s’efforceraient de calmer l’agitation, mais aussi d’amener le gouvernement b de grandes mesures conciliatrices. Ils ont crié Vive la réforme 1
A deux heures, la 3 e légion de la garde nationale a chargé son colonel de porter ce vœu formel à l’état-major.
La garde nationale a compris partout l’importance de sa mission; partout on la vit s’interposer pour empêcher dos collisions entre les citoyens et la troupe.
A quatre heures , une masse de jeunes gens, au nombre de deux mille hommes, s’est formée près de la Bastille ; elle venait d’apprendre que le ministère était renversé et que la
réforme électorale était accordée au peuple. Cette masse fraternisa avec les troupes, et se dirigea par le pont d'Âuslcr!ilz vers le quartier latin. En tête étaient des élèves de l’Ecole polytechnique et des Ecoles de droit et de médecine. Arrivée J» la hauteur de l’entrepôt et de la rue des Fossés-Saint-Bernard, auprès de la caserne des municipnnx, elle fut accueillie par un feu de peloton. Plusieurs blessés sont restés sur le terrain, an nombre de dix à peu près, dont trois blessés très grièvement. Ils ont été transportés à la Pitié.
Vieille rue du Temple, un fort piquet de la y légion passait devant l’imprimerie royale, suivi d’une foule nombreuse, et aux cris de : Vive la réforme ! vive la garde nationale ! En ce moment le poste de garde municipale placé b l’imprimerie royale, fait une décharge, et sept gardes nationaux, parmi lesquels le tambour-major de la légion, sont tombés atteints par les balles.
L’exaspération produite par cet événement ne s’est on peu calmée qne lorsque l'on a connu dans le quartier du Temple le renversement du ministère.
Parmi les épisodes de la journée, il en est un d’une nature particulière et fort imprévue. Le feu avait été mis vers une heure aux bureaux de péage du pont Louis-Philippe, lorsque tout à coup la flamme gagnant les points d’attache des chaînes, elles ont cédé, et le tablier est tombé dans la Seine. La chute du pont a produit un remous si considérable, que plusieurs bateaux sc sont détachés.
La journée a été coupée par la nouvelle de la démission des ministres. L’agitation, alors , s’est un moment affaiblie, mais elle a repris le soir devant l'insuffisance de celle victoire pour l’opinion, et Paris était bientôt plein de rumeurs et de préparatifs de guerre.
Dans tout le quartier Transnonain , roc Chapon, rue Beaubourg, rue Aumairc, rue Transnonain, des barricades formidables avaient été élevées, et le service s’y faisait militairement ; elles étaient gardées par des hommes qui ne poussaient qn un cri : A bas le système! On veut, disaient-ils, leurrer lo peuple avec un ministère Molé.
Le peuple, avec des flambeaux, frappe h toutes le* portes jusqu'h ce qu’à ce qu’o» les ouvre {tans les enfoncer), ou jusqu'à ce qu'oit se montre aux fenêtres. Quand ou s’est montré : « Avez-vous des armes? demande le peuple. — Oui. — Donnez. > On donue /es armes, et le peuple écrit sur la porte : On a donné des armes,
A neuf heures et demie, de fortes divisions de garde nationale circulent par la ville, avec des flambeaux, aux cris de : Vive la réforme! Liberté à tous les prisonniers! Des masses de peuple les suivent en colonne, et chaque cri est accompagné d’une strophe de In Marseillaise ou du Chant du Dèpurl.
Tous les gardes municipaux sont relevés de leurs postes. La ligne les occupe. Les citoyens entrent dans les corps-dcgardes et fraternisent.
A neuf heures, tout Paris est illuminé; de nombreuses barricades, appuyées par la garde nationale en armes, et présentant un aspect formidable, sont formées dans plusieurs quartiers. L'enthousiasme est à son comble.
A dix heures, tout change d'aspect. Lue terrible péripétie précipite le dénofunenl du drame populaire. Lne colonne de citoyens, ayant en tête des gardes nationaux sans armes, est partie de la Bastille après avoir descendu le faubourg Saint- Antoine (rue Charonne). Elle avait traversé sans encombre les boulcvnrl* du Temple, Saint Martin, Bonne-Nouvelle, Poissonnière, gardés par de nombreux régiments d'artillerie, cuirassiers, dragons. Quelques fantassins s’étaient joints aux gardes nationaux. On se disjmsait à aller sur la place de la Concorde, à descendre les quais, en passant par le bouievart des Capucines.
Arrivée là. cette colonne a trouvé le passage barré par la garnison de M. Guizot, un colonel en tête., qui se trouvait aux abords du ministère des affaires étrangères. Cet officier supérieur a déclaré qu’il lui était impossible de laisser passer, et à peine avait-il fini, que des coups de fusil ont été tirés sans sommation.
On évalue le nombre des morts ou des blessés à quarante environ.
A la suite da cette boucherie, les cadavres ont été entassés dans un tombereau que le peuple traîna à bras, à. travers la ville ; le convoi sinistre était précédé de citoyens portant des torche* : celte scène lugubre a proJuit un effet terrible.
A deux reprisos, outre onze heures et minuit, on a entendu le tocsin. C'était le glas funèbre de la royauté de juillet.
Aussitôt les pavés se soulèvent, les barricades se multiplient, les arbres des konlevnrts tombent sous la hache ; les grilles sont dépecées et fournissent des armes ; on s’arrange de tout ce qui peut offrir une résistance ou un moyen d’attaque, et la nuit sc passe à celle terrible besogno, au bruit de la cloche d'alarme et h la lueur des (lambeaux.
Dès la pointe du jour, tout était prêt. Les boulcvarts, depuis l’hôtel des Capucines jusqu’à la Bastille, offraient une suite do dix-huit barricades, dont quelques unes avaient douze pieds de haut. L’cmbouchuro de chaque rue avait sa redoute. Quelques maisons de la rue Poissonnière et du faubourg Montmartre s’étaient transformées en forteresses.
A sept heures du matin, on entend retentir la cloche d'alarme. On a pénétré dans l’église Nolre-Dame-de-Bonne- Nouvelie, et l’on sonne le tocsin; ce bruit, qu’on n’entend pas même à Paris lors des incendies, cesse un moment, mais à neuf heures et demie, il recommence, et des ouvriers en blouse, presque tous sans armes, établissent de nouvelles barricades.
Ou peut remarquer qu’un grand nombre do jeunes gens du quartier, qui portent le costume des classes aisées, leur prêtent un concours empressé. En peu de temps, la rue Poissonnière, d'un bout à l’autre, est prcsqno entièrement dépavée. A neuf heures, trois barricades, qui ne sont pas construites sans art, ferment la rue Poissonnière. La première, élevée un peu au dessus de la rue de Gléry, à l'endroit où la rue fait un coude, est formée entièrement de pavés. La seconde, placée en face de la maison n° 24, est à hauteur d’homme. Outre les pavés, larges et carrés, entassés les uns sur les autres, on a employé, pour l’édifier, les planches et la porte qui servaient de clôture à un terrain non bâti qui se trouve en face
du n° 18. La troisième est placée à l’extrémité de la rue, à trente mètres environ du boulevart.
Toutes tes rues longues et étroites qui aboutissent au boulevart sont pareillement barrées par dos monceaux de pavés. La rue du Faubourg-Poissonnière est aussi coupée par deux barricades assex élevées, l’une presque h l’entrée, l’autre à la hauteur do la rue Richer. Dans celles-ci, sont fîchés des pieux qui forment comme des chevaux de frise. Des obstacles semblables ont été élevés dans les rues Cléry et dos Jeûneurs, à chaque bout de la rue Saint-Joseph et rue Bourbon-Villeneuve. Le quartier se trouve ainsi coupé par une cinquantaine de barricades, qui Ibrmout un système do défense.
Quelques mies de ces barricades ont été laites lentement et avec soin. Elles offrent presque l’aspect régulier d’une construction ordinaire. La barricade du faubourg Montmartre, dont nous donnons un dessin fidèle, était surtout remarquable sous le rapport de l’organisation des combattants; un canon enlevé pendant le combat , défendait la tête du boulevart. Un quartier -général avait été établi dans un magasin abandonné. Au sommet de la barricado , flottait un drapeau criblé do balles du 14 e de ligne, line ambulance avait été organisée. Quatre-vingts citoyens occupaient le poste commandé par quatre chefs, les citoyens Jean Mouilhac, Huart, tous denx sous-officiers d’Afrique, Barbier et Saillard.
Ces préparatifs ont été achevés sans qu’aucun empêchement y ait été apporté. Les troupes de ligne, rangées le long du boulevart, l’arme au pied, regardaient de loin sans agir. La physionomie des soldats était morne; à neuf heures, l’ordre leur arrive de se retirer, et elles défilent sur le boulovart, au cris do Vive la ligne! Vive la réforme! On remarque l’empressement des gardes nationaux è se rendre à leur mairie. A huit heures et demie, de fortes patrouilles commencent è circuler.
Les dispositions que nous venons d’indiquer se reproduisent dans tout le quartier du Faubourg Montmartre, vers la rue Rochechouart, et surtout au carrefour de la rue Cadet et de la rue Coqucnard. Sur ce point on fond des balles au milieu de la rue.
A ce moment, on ne voit pas encore un très grand nombre d’armes entre les mains du peuple. Mais tout à coup arrive par la rue Montholon , une masse de peuple, bien armée, avec les gibernes garnies , qui se dirige vers la rue Cadet; après avoir parlementé pendant quelque temps, le régiment caserne rue du raubourg-Poissounière, s'était décidé à livrer ses. armes.
Au moment où la troupe de ligne défilait sur le boulevart, retournant vers la Madeleine, les soldats de garde 5 l’hôtel des Affaires étrangères, voyant l'accord qui régnait entre le peuple et la troupe, se sont décidés b évacuer l'iiôlel. Deux officiers de la garde nationale, s’empressèrent de placer en faction une sentinelle de la garde nationale et une sentinelle prise parmi le peuple, à la porledc 1'bôtel pour en défendre l'entrée-, et protéger les archives si importantes de ce ministère. On écrit b la craie, en grandes lettres, sur un ballant ; IIôlcl du Peuple; sur l’autre. Propriété nationale, et l’on place à gauche un écriteau portant : Boutique à louer; b droite, un autre écriteau portant : Grand appartement à louer présentement.
Il était alors onze lietires environ. A des gardes nationaux, réunis sur divers points, so joignaient les citoyens armés appartenant à toutes les classes de la population. Les uns ont des fusils de munition, d’autres des fusils de chasse ; les rangs se forment; le peuple se mêle h la garde nationale, et le défilé commence au son du tambour, mais ou n’a pas encore de but bien déterminé.
Un grand nombre de Rouennais en armes sont arrivés par le chemin de fer, et, s’unissant b la population de ces quart'ers, ils sont descendus vers la chambre des députés. Cependant, l'agitation gagnait de proche en proche; les barricades se reformaient aux abords du Carrousel, vers la rue de CEchclle, la rue Saint- Nicaise, la mode Rohan, et au Palais- Royal, principalement b l’angle de la rue de S r alois et de la rue Saint-Honoré. La cavalerie et l’artillerie étaient sur la place du Carrousel, et Centrée de cette place restait interdite au public.
A midi un quart, un nombreux détachement de garde
nationale est range sur l’espèce «le plate-forme élevée qui longe le Châlrau-d’Eau du Palais-Royal; d’aulres gardes nationaux, mêlés au peuple en armes, débouchent de la rue Saint-Honoré et de la rue de Valois, en franchissant les barricades. Quelques hommes, restés rue de Valois, attaquent alors l’enlréc de la cour du palais, du c« A >lé des écuries. Des coups de feu, tirés de ce côté, se font entendre, et à ces coups de feu répondent d’aulres coups de leu partis du poste qui se trouve au coin de la rue Saiul-Thomas-du-Louvrc, et encore occupé par de la troupe de ligne.
A partir de midi et demi, une fusillade extrêmement vive s’est engagée entre les gardes nationaux réunis aux citoyens, postés à l’angle nord-est de la place du Palais-Royal et la troupe do ligne établie h l'angle sud-est de la place. Au bout de quelques instants, les cris: Aux Tuileries! aux Tuileries ! se font entendre.
Le feu a redoublé de part et d’autre; enfin, un vigoureux effort des citoyens a fini par leur permettre d'approcher du poste , auquel le feu a été mis. Les cris : aux Tuileries ! ont redoublé, et la place du Carrousel a été envahie par des masses populaires aux«|uelles les troupes qui relaient encore sur celle place n’ont pu opposer qu’une faible résistance.
Il était environ deux heures. Le roi avait quitté le palais lorsque le peuple y est entré ; il s’était retiré, escorté par la cavalerie et l’artillerie, par la partie du jardin qui longe la rivière. On pouvait voir de la rue de Rivoli, à travers les arbres dépouillés de feuilles, ce morne et triste cortège.
La troupe s’était formée sur la place du Carrousel, le long des quais adjacents et autour de la chambre des députés ; mais elle se laissait envahir et pénétrer par de nombreux groupes de citoyens qui arrivaient drapeaux en tête ; bientôt même, sur l’ordre de ses généraux elle abandonne le terrain en conservant l’attitude la plus régulière et la plus pacifique. On criait sur son passage : Vive la ligne ! vive l’artillerie ! Partout elle rentrait dans scs quartiers ou ses cantonnements.
A ce moment, la grille qui lait face à la rue de Casliglionue avait été renversée ainsi que deux «le ses supports en pierre;
et le flot populaire est arrivé presqu’en même temps aux Tuileries par ln cour et par le jardin.
Les appartements ont été bientôt envahis, mais il n’y a pas en de dévastation. Lno boîte romplic de bijoux ayant été trouvée dans les appartements de la reine, elle a été portée à la mairie dn troisième arrondissement.
Dans la salle du tronc, on s’est emparé du fauteuil, qui a été porté tout le long des boulevarts, et brfdé sur le soubassement de la colonne de juillet, en présence d’une foule immense.
A peu près au même instant où les Tuileries étaient emportées, les appartements du Palais-Royal ont été envahis. Beaucoup de livres et d’objets mobiliers ont été jetés par les croisées et brûlés. On a aussi brûlé sur la place du Palais- Royal une des voitures royales qu’on avait amenée des écuries de la rue Saint-Thomas-du-Louvrc.
Pendant qu’on livrait ainsi aux flammes une foule d’objets précievtx, quelques hommes du peuple portaient au bout de leurs armes des écriteaux ainsi conçus : Mort aux voleurs ! et des factionnaires improvisés fouillaient toutes les personnes à leur sortie des appartements royaux.
Le bûcher allumé dans la cour intérieure était le plus considérable. C’est là qu’ont été brûlés les canapés, les fauteuils dorés, les meubles de prix du salon d’honneur. Tristes, mais inévitables conséquences de la victoire populaire! Celle victoire a aussi fait éclater de nobles sentiments; le peuple l’a rendue belle, c’est ce que nous montrerons h tons (i).
Nous venons de voir apparaître la République au milieu des Barricades, nous la suivons maintenant dans sa marche pacifique ; nous rechercherons ses progrès dans les actes de son gouvernement (a). Puissc-t-clle assurer les destinées de notre patrie ! c’est le vœu de tous les bons citoyens.
(1) te Peuple en action. traits «le braioerc, etc., chez les mêmes éditeurs.
(2) Actes officiels <h i gouvernement provisoire, dans leur ordre chro-
nologique, re> ue des faits les plus rctaarquabtos, chez les mêmes éditeurs. s
tiS VE MK CHEZ LES MÊMES ÉDITEURS.
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