‹ Le phénomène de l'agglutination des microbes et ses applications à la pathologie (le sérodiagnostic)Chapitre 14 sur 79 · V. Obs. LIV · texte numérisé non relu

V. Obs. LIV

Réaction agglutinante observée à i p. 3o chez une malade ayant eu la fièvre typhoïde 8 mois auparavant et soignée dans le service de M. Achard pour des coliques hépatiques.

Taches rosées.

Taches rosées.

Nous avons donc trouvé la réaction agglutinante dans tous les cas de fièvre typhoïde examinés par nous depuis la I" communication de M. Widal(i) ; dans des cas graves terminés ou non par la mort, dans des fièvres typhoïdes moyennes et même dans des typhoïdettes. La réaction a été également constatée dans un cas de pneumotyphus.

//. — Époque d'apparition de la réaction.

Lorsque l'on inocule des cobayes dans le tissu cellulaire avec un centimètre cube ou un centimètre cube et demi de culture de bacille d'Eberth, la réaction agglutinante apparaît habituellement après 3 ou 4 jours (Achard et Bensaude) ; dans certains cas sans raison apparente elle est retardée jusqu'au delà du Séjour (Widal). Chez l'homme la date d'apparition de la réaction est plus difhcile à établir : les malades entrent souvent à l'hôpital à une période avancée et d'autre part ils ne précisent pas suffisamment le début exact de leur maladie (2).

Chez A 5 malades la réaction existait le jour de l'entrée à l'hôpital qui eut lieu :

septei

jour

3 fois

2 fois

. 6 fois

ge

5 fois

6 fois

(i) WiDAi,. Bull, et Méiii. de la Soc. inéd. des hup. Séance du 16 octobre i8g6, p. 708.

(2) Nous avons compté les jours de la maladie à partir du moment précis où les malades avaient pris le lit.

S'^ — 7 fois

()° ■ — 2 fois

io° — .1 fois

2^ septénaire/ ii° — i fois

12'' — A fois

i3® — .3 fois

i5« — 3 fois

3" et 4'' septe-( 17*" — i fois

naire ) 24" — i fois

Dans 7 autres cas la première recherche n'avait donné aucun résultat et la réaction n'a été trouvée que dans des examens ultérieurs. Son apparition se trouvait ainsi limitée entre les deux dates suivantes :

4° et 6° jour i fois

4*^ et 11° — I fois

6*= et 8" — I fois

6* et II'' — I fois

8® et 10" — I fois

18" et 39" — I fois

16'' joui' de la maladie et le 6° jour de la convalescence, i fois. Les cas les plus intéressants pour la pratique du sérodiagnostic sont ceux oii la réaction a existé avant le 8" jour : ils sont au nombre de 28 sur 62 cas examinés. Dans deux cas la réaction était retardée ; elle s'est montrée une fois entre le 18'' et le 39'' jour de la maladie, l'autre fois entre le 16" jour de la maladie et le 6^ jour de la convalescence (il s'agissait d'une fièvre typhoïde dont la durée de la période fébrile fut de 20 jours) (i).

(i) On a A'OLilu expliquer l'apparition tardive de la réaction par la bénignité de l'infection (Thoinot et Gavasse) ou par la présence du bacille d'Eberth dans le sang (Blumentbal). Mais ni 1 une ni l'autre de ces explications ne saurait être appliquée à tous les cas.

Y a-t-il un rapport entre la précocité de l'apparition de la réaction et la gravité de la fièvre typhoïde ? « Il m'a semblé, écrit M. Catrin (i) à ce sujet, que plus tardive et moins intense était la réaction et plus le pronostic semblait bénin ». Cette manière de voir repoussée par M. Widal (2) et par M. Thiroloix (3) est également en désaccord avec les faits relatés plus haut : parmi les observations dans lesquelles la réaction est apparue aux 3% k" et 5'' jours de la maladie se trouvent une typhoïdette (Obs. n° V) et plusieurs cas de fièvre typhoïde légère ; d'autre part la réaction n'a été constatée qu'au 39" jour de la maladie chez une malade atteinte d'une fièvre typhoïde grave avec des hémorragies intestinales, des phénomènes généraux très accusés, etc (4).

///. — Epoque de la disparition de la réaction.

La date de la disparition de la réaction agglutinante dans le sang est plus difficile à établir, car le plus souvent on perd les malades de vue dès leur sortie de l'hôpital. Nos examens ont porté sur 32 convalescents de fièvre typhoïde. La réaction a été retrouvée chez 26 d'entre eux, apyrétiques depuis 3, 4» 10, 11, 12, i3, i5, 21, 23, 24,

(i) Catrin. Son. niéd. des hôp., 16 octobre 1896, p. 708.

(2) F. Widal. Bull, et Mém. de la Soc. méd. des hôp. Séance du 16 octobre 1896, p. 708.

(3) Thiroloix. Sérodiagnostic de la fièvre typhoïde. Presse médicale, 4 novembre 1896.

(4) V. CouRMO^•T, th. Lyon, 1897.

3o, 33, 3/h 45, l\G, ^S, 118 et a/ji jours. Les deux derniers chiffres se rapportent a des fièvres typhoïdes graves : l'une, survenue chez un vieillard de 5 G ans, a duré environ un mois et s'est compliquée pendant la convalescence de périostite et de congestion pulmonaire (Obs. W) ; l'autre a atteint une fdle de 17 ans, a duré également un mois et s'est accompagnée de délire, de phénomènes méningiliques et d'une périostite du tibia (Obs. XXII). Le sang de cette dernière nmalade possède encore après 8 mois un pouvoir agglutinant dépassant i pour 300. Chez un de ses malades, M. Achard (Obs. LY) a constaté la réaction 8 mois après une fièvre typhoïde dans une dilution de i pour 3o. Il faut rapprocher de ces cas 4 autres déjà publiés par M. Weinberg(i) 011 la réaction agglutinante a existé chez des sujets guéris de la fièvre typhoïde depuis 10, 17, 22 et 27 ans ! La recherche de la réaction n'a été faite par nous dans ces cas qu'à une goutte pour 10 et le pouvoir agglutinant n'a pas été mesuré.

MM. Widal et Sicard ont pu mesurer le pouvoir agglutinatif chez des sujets guéris depuis plusieurs années : chez un sujet ayant eu une fièvre typhoïde 8 ans auparavant, le pouvoir agglutinatif était encore de i pour 1800 ; dans les autres cas publiés il ne dépassait pas i pour 4o ou i pour 5o (C. Fraenkel).

Cette persistance du phénomène de l'agglutination peut donc être utilisée pour faire un diagnostic rétrospectif de

(i) Weinberg. Quelques faits de sérodiagnostic de la fièvre typhoïde. Presse médicale, 19 décembre 1896, p. 682.

fièvre typhoïde plusieurs mois ou plusieurs années après la guérison, et M. Achard, M. Courmont, etc., ont rapporté des cas de ce genre (v. plus loin). Mais elle constitue aussi un danger pour la méthode du sérodiagnostic : une infection typhique légère ou fruste passée inaperçue peut conférer au sang des propriétés agglutinatives persistantes propres à induire en erreur le médecin à l'occasion d'une affection ultérieure. Il faut donc scruter scrupuleusement les antécédents du malade pour éviter une pareille méprise. Parmi le nombre infime de cas contradictoires à la méthode du sérodiagnostic, il y en a très probablement qui trouvent leur explication dans l'existence d'une fièvre typhoïde antérieure oubliée ou méconnue.

Mais si la réaction agglutinante peut persister des mois et des années après la guérison, il n'en est pas toujours ainsi. Nous avons assisté à sa disparition chez des malades apyrétiques depuis lo jours (Obs.V), i6 jours (Obs. XXX), 21 jours (Obs. XXI), 42 jours (Obs. LVII), 45 jours (Obs. XXXV), 54 jours (Obs. VIII) (la réaction existait le 17" jour de l'apyrexie), 96 jours (Obs. LUI) (la réaction existait au 61" jour de l'apyrexie).

Dans deux de ces cas (Obs. V et XXXV) il s'agissait de typhoïdettes ; dans deux autres de fièvres typhoïdes légères (Obs. XXX et LUI) et enfin dans trois autres de fièvres typhoïdes de moyenne intensité (Obs. VIII, XXI et LVII). Il semble donc que la disparition précoce soit plus fréquente dans les formes atténuées. Cette observation concorde aA^ec celle faite par MM. Widal et Sicard. Mais, comme l'écrivent ces auteurs qui ont assisté à la disparition de la réaction dans deux cas de fièvre typhoïde légère, « l'étude attentive et

— 7!) — longtemps poursuivie d'un grand nombre de convalescenls pourra seule nous dire si la persistance plus ou moins longue du phénomène présente un rapport constant avec la durée et la gravité de la maladie. L'apparition plus ou moins précoce de la réaction agglutinative, aussi bien que sa persistance plus ou moins longue chez certains malades, tient peut-être à une sorte d'idiosyncrasie, à une impressionnabilité plus ou moins grande du sérum de chacun de nous à l'influence des toxines microbiennes qui imprègnent l'économie (i) ))•

Mais quelle doit être l'étendue des dérangements produits dans l'organisme par la lutte contre les microbes, quand on songe que déjà au bout de quelques jours elle imprime à toute la masse sanguine une modification aussi profonde pouvant persister des mois et des années !

(i) WiDAL et SicARD. Bull, et MéiH. de la Soc. méd. des hôp., g octobre 1896, p. 684-

III. Valeur de la méthode du sérodiagnostic dans la fièvre typhoïde.

La critique proprement dite du sérodiagnostic de la fièvre typhoïde comporte deux parties ;

I, — L'absence de la réaction agglutinante implique-telle toujours l'exclusion du diagnostic de fièvre typhoïde?

IL — La présence de la réaction agglutinante implique-t-elle toujours l'admission de ce diagnostic?

MM. Widal et Sicard ont publié une observation de fièvre typhoïde à rechute dans laquelle la réaction n'a apparu ni pendant les périodes fébriles, ni pendant la convalescence.

La nature eberthienne de ce cas ne peut cependant être mise en doute puisque une ponction de la raie, faite pendant la première attaque et pendant la rechute, donna chaque fois des cultures pures de bacille d'Eberth. C'est là, certes, un cas tout à fait exceptionnel.

Mais il en existe d'autres oii la réaction ne peut être utilisée dans la pratique parce qu'elle apparaît à une période trop avancée de la maladie, alors que le médecin, se

basant sur les symptômes cliiiicjues, a déjà pu établir son diagnostic (i). C'est ainsi que M. A\idal ne l'a vu apparaître cliez un de ses malades qu'entre le lo" et 22^ jour de la maladie. Nous n'avons rencontré dans nos 83 examens que deux cas de réaction retardée; une fois, elle ne s'est montrée qu'entre le 18" et le 89" jour de la maladie, l'autre fois elle n'a été constatée que le 25" jour de la maladie, le 6" de l'apyrexie (2) (Obs. XXX). Chez un malade de M. Achard le suc splénique donnait des cultures pures de bacille d'Eberth au 10'' jour, mais ce ne fut que le 20'' jour de la maladie, le 4" de l'apyrexie, que la réaction se montra d'une façon nette (Obs. LXIX). MM. Tlioinot et Cavasse ont d'autre part rapporté une très intéressante observation dans laquelle la réaction n'apparut que dans le cours d'une seconde rechute. Ces faits ne sont pas isolés, et à l'étranger on en a publié 011 la réaction faisait défaut au :

ili" jour (Stern, i cas, dilution du sérum à i pour 10):

iC% 17" jour (KoUe (3), 2 cas, dilution du sérum à i pour 3o);

iS'' jour (Durham, i cas, dilution de sérum à i pour 20) :

21" jour (Blumenthalj :

20°, 25% 3o% 35" jour (Gruber (4), 3 cas, dilution du sérum à i pour 32) ;

(i) Ch. Achard. Sérodiagnostic rétrospectif de la fièvre typhoïde et sérodiagnostic retardé. Soc. méd. des h op., 9 avril 1897. (3) Ch. Achard. Soc. méd. des hôp., 7 mai 1897.

(3) Dans ces deux cas, M. Kolle a pu isoler le bacille d'Eberth une fois dans les selles, l'autre fois au niveau des taches rosées.

(4) Dans un de ces cas, la réaction absente au 20^ jour de la maladie, a été retrouvée à un examen ultérieur fait 5o jours plus tard.

Ben s AUDE. 6

La fréquence de ces cas de réaction tardive ne peut encore être établie d'une façon précise, faute de documents suffisants. En tout cas, la statistique suivante que nous empruntons à M. Gruber, paraît exagérer la fréquence des cas où manque la réaction. Dans cette statistique la réaction existait :

Pendant la 1''° semaine, 5 fois sur 11 cas examinés (1/2 des cas environ) ;

Pendant la 2° semaine, 6 fois sur 9 cas examinés (2/8 des cas environ);

Pendant les 3", 4*^, 5" semaines, 10 fois sur i3 cas (4/5 des cas environ).

M. Gruber n'a recherché la réaction agglutinante que dans la proportion de i pour Sa et il pourrait se faire qu'il soit tombé sur une série de cas de fièvre typhoïde à pouvoir agglutinatif faible.

Achard et Castaigne ont proposé récemment de distinguer deux catégories dans les réactions tardives : l'une où l'on classerait tous les faits de réaction tardive apparaissant alors que le malade a encore de la fièvre : c'est à ce groupe qu'appartiennent presque tous les faits publiés récemment.

L'autre catégorie où l'on classerait les cas de réaction apparaissant pour la première fois après l'apyrexie: c'est dans ce groupe que prennent place les observations de Blumenthal, Achard et Bensaude, Achard et Castaigne.

Si rares que puissent être ces faits de réaction retardée, ils sont utiles k connaître. Car si l'on ne poursuit la recherche de la réaction avec insistance, on pourrait croire qu'il s'agit d'une fièvre typhoïde sans réaction, ou qu'il ne s'agit pas de fièvre typhoïde, parce que la réaction fait défaut.

Nous avons commis cette dernière erreur une fois chez un malade du service de M. le professeur Debove, présentant les signes d'une fièvre typhoïde.

La réaction faisant complètement défaut le 18" jour de la maladie, on élimina le diagnostic de fièvre typhoïde et l'on songea à une tuberculose aiguë. Mais le 89" jour de la maladie, une hémorragie intestinale étant survenue, l'idée d'une fièvre typhoïde s'imposa de nouveau et la recherche de la réaction fut cette fois nettement positive (i).

11 ne faudrait cependant pas s'exagérer la crainte d'une pareille méprise et n'attacher aucune valeur clinique à une réaction négative constatée à plusieurs reprises à une période avancée de la maladie.

L'observation LVIII nous offre un bel exemple de l'utilité d'une réaction négative. Il s'agit d'une femme de 2/4 ans, entrée dans le service de notre maître M. Achard, avec tous les signes d'une fièvre typhoïde, les taches rosées seules faisaient défaut.

Récemment arrivée à Paris et malade depuis trois semaines, cette femme présentait à son entrée à l'hôpital un certain état de stupeur, de la courbature généralisée, des douleurs de tête, de la diarrhée et une légère épistaxis : la langue était sèche, le ventre ballonné, la rate grosse et la température oscillait autour de 89°. La réaction agglutinante fut recherchée à plusieurs reprises, mais sans résultat ; étant donnée la période avancée de la maladie, on élimina l'hypothèse d'une fièvre typhoïde. La marche des accidents et l'autopsie ont prouvé qu'il s'agissait d'une granulie.

(i) Ch. AcHAKD. Soc. méd. des hop., 9 avril 1897, p. ^97.

Ces faits de réaction retardée ne contredisent d'ailleurs en aucune façon les lois de sérodiagnostic telles que les posait M. Widal au Congrès de Nancy lorsqu'il disait : « Un résultat négatif obtenu avec le sérum d'un malade suspect fournit une probabilité contre le diagnostic de fièvre typhoïde, mais ce n'est qu'une probabilité, surtout si la recherche a été faite dans les premiers jours de la maladie ; l'examen doit être alors répété les jours suivants. La probabilité est d'autant plus grande que l'examen est pratiqué à une époque plus avancée de la maladie ».

Nous adopterons donc comme conclusion l'opinion exprimée par M. Achard à la Société médicale des hôpitaux (i avril 1897) :

(( J'estime, dit-il, que les faits de réaction retardée que j'ai cités tout à l'heure sont utiles à connaître pour éviter des erreurs d'interprétation, mais ils n'infirment point l'importance du sérodiagnostic de la lièvre typhoïde. Ils montrent seulement qu'une indication négative ne saurait jamais constituer un élément de certitude, et que l'absence d'un signe, même de très haute valeur, ne suffît pas à écarter un diagnostic qui semble légitime à d'autres égards ».

Cette même formule s'applique au diagnostic rétrospectif de la lièvre puisque, car ainsi que nous l'avons montré avec M. Achard, la séro-réaction peut disparaître dans le sang dès les premiers jours de la convalescence.

Nous arrivons maintenant à notre deuxième question

La présence de la réaction agglulinanlc imj)li([iie-l-elle toujouis l'admission du diagnostic de fièvre typhoïde;'

Celte question ne peut être résolue que par l'étude comparative du pouvoir agglutinalif du sérum chez des sujets non typhiqucs et chez des sujets typhiques.

1. Le pouvoir acjfjlutinatff du sérum des sujets uon typhiques.

Gruber avait déjà signalé ce fait que le sérum normal de l'homme peut exercer une action agglutinante sur le bacille d'Eberth lorsqu'il est employé en solution concentrée.

M. AVidal propose, pour éviter l'erreur qui pourrait résulter de cette agglutination par un sérum normal, de rechercher la réaction agglutinante dans la fièvre typhoïde avec un sérum dilué à i pour lo.

MM. Achard et Bensaude (i) ont été les premiers à signaler dans une affection exceptionnelle l'agglutination du bacille d'Eberth par le sérum employé même à ce titre de dilution,

Il s'agissait d'une malade (2) infectée par le bacille de Nocarddont le sérum dilué à i pour 10 agglutinait 4 échantillons de bacille d'Eberth sur i/i, mais seulement au cours de la maladie. Le sérum de cette malade ne possédait pas à

(i) AcnAiîD et Bensaude. Soc. méd. des hop., 27 novembre 1896, p. 823 à 825.

(2) Cette observation est rapportée in e.xteiiso plus loin au chapitre : Infections par le bacille de Nocard. Elle ne se trouve pas analysée dans quelquesunes des revues critiques faites sur le sérodiagnostic à Tétrangcr, par suite d'une omission de la Semaine médicale qui n'a pas reproduit le résumé de la commrniication faite par M. Achard à la Soc. méd. des ho[)., le 37 novembre i8g6.

l'état normal de propriété agglutinante ; il n'avait acquis cette propriété que passagèrement, tant que durait l'infection par le bacille de Nocard, bacille très voisin, mais distinct du bacille d'Eberth. L'action agglutinante dans ce cas tenait à la parenté de ces deux bacilles et n'était nullement comparable à l'action en quelque sorte physiologique des sérums normaux signalée déjà par Gruber,

A la suite de cette observation, M. Widal s'est demandé s'il n'avait pas lieu d'augmenter, à cause de ces cas exceptionnels, la dilution du mélange qu'il avait proposé primitivement.

Il avait en effet observé que le sérum d'un typhique à la période d'état agissait en général encore dans des dilutions de I pour 60 au moins.

Si (( le mélange à i pour 10 est trop concentré, rien ne erait plus simple, en ce cas, de parer à cette petite difRcultés par une légère modification de technique, en étendant un peu plus la dilution, car nous avons le champ large, entre I pour 10 et I pour 60 ».

On chercha partout à établir la dilution limitée au delà de laquelle le sérum des sujets normaux et celui des sujets ne présentant pas de fièvre typhoïde n'exerce plus aucune action sur le bacille d'Eberth.

Différents observateurs rapportent des cas de sujets n'ayant pas ou n'ayant pas eu la fièvre typhoïde et dont le sérum possédait cependant la propriété d'agglutiner le bacille typhique dans des dilutions à i pour 10 (Ziemke, 5 cas sur 28, Kolle, Scheffer) ; à i pour 20 (Ziemke, i fois sur 28 cas, du Mesnil de Rochemont. i fois) ; à i pour 3o (du Mesnil de Rochemont, i cas) ; à i pour /lo (Van Ordt,

I cas). L'observation de M. Van Ordt nous paraît inattaquable et mérite d'être rapportée en détail.

Un homme de 5o ans, malade depuis 3 semaines, n'ayant jamais eu la fièvre typhoïde, présente à son entrée delà fièvre, un état typhoïde, de la bronchite, un double soufïle mitral et aortique et une hypertrophie de la rate; il n'y a pas de taches rosées.

Bientôt surviennent des symptômes méningitiques : douleurs et raideur de la nuque, exagération des réflexes, hypéresthésie cutanée, incontinence des matières et de l'urine. La mort arrive le 8" jour de séjour à 1 hôpital. Après avoir songé pendant peu de temps à la possibilité d'une fièvre typhoïde, on porte le diagnostic de méningite cérébro-spinale. La réaction agglutinante recherchée à 2 reprises par le procédé macroscopique et microscopique fut cependant nettement positive à i pour 3o et à i pour 4o. On ne l'a pas recherchée dans des dilutions plus étendues.

L'autopsie pratiquée 12 heures après la mort révèle les lésions suivantes: endocardite ulcéreuse des valvules aortiques, abcès du myocarde, méningite cérébro-spinale suppurée, infarctus ramolli de la rate, etc., pas de lésions de dothiénentérie.

Le pus des méninges, des abcès du myocarde et des végétations de l'endocarde contient une grande quantité de pneumocoques. L'ensemencement de la pulpe splénique donne des cultures d'un bacille immobile d'aspect variable, se laissant agglutiner par le sérum typhique dans des dilutions plus concentrées que I pour 20, mais ne subissant pas l'action du sérum du malade. 11 n'y a pas de bacille d'Eberth [Mnncli. Med. Wochenschr . , 1897, n" 10, p. 827).

S'agit-il dans ce cas d'un sérum normal à pouvoir agglutinatif exceptionnellement élevé .^ La présence de ce bacille

spécial trouvé dans la rate et se laissant agglutiner par le sérum typhique concentré a-t-elle joué un rôle clans l'exagération de ce pouvoir ?

Ou enfin le malade avait-il eu antérieurement une fièvre typhoïde anormale et méconnue?

Nous ne saurions le dire. Il n'en reste pas moins établi que dans ce cas l'examen clinique, anatomo-pathologique et bactériologique autorisait à éliminer l'infection typhique et que cependant le sérum du malade exerçait une action agglutinante nette sur le bacille d'Eberth dans une dilution faite à i pour 3o et à i pour /lO.

Les recherches de Stern sur le sérum des sujets non typhiques sont les plus intéressantes : sur 70 sérums non typhiques examinés, 20 fois l'agglutination s'est produite à

1 pour 10, de ces 20 cas 5 agglutinaient encore le bacille d'Eberth à i pour 20 et 2 présentaient des traces d'agglutination à I pour 3o. Stern ajoute n'avoir jamais vu l'agglutination se produire à i pour /io ; même dans des dilutions de sérum à i pour 10 les amas n'ont jamais été aussi marqués que dans les cas intenses de fièvre typhoïde.

Les chiffres de ces différents auteurs ne sont toutefois pas comparables entre eux ; ils ne sont pas non plus comparables à ceux obtenus par les observateurs ayant suivi strictement la technique de M, Widal. Ainsi les résultats de Scheffer et de du Mesnil de Rochemont se rapportent à l'examen macroscopique : les autres à l'examen microscopiques mais faits dans des conditions différentes: Stern, par exemple, place les préparations à l'étuve à 87° pendant

2 heures favorisant, comme le fait remarquer M. AVidal, la formation des amas par la chaleur et la dessiccation.

Ces études montrent la nécessité absolue de mesurer le pouvoir agglutinatif dans les cas douteux et la prudence qu'il faut apporter dans l'appréciation des cas soi-disant contradictoires à la méthode du sérodiagnostic. Elles nous dispensent, d'ailleurs, de discuter longuement la valeur des observations dans lesquelles la séro-réaction a été simplement cherchée dans une dilution de i pour lo et le pouvoir agglutinatif n'a pas été mesuré (i).

Mais admettons que dans tous ces cas la technique employée ait été la même, que les observations soient toujours irréprochables (ce qui est loin d'être la vérité), enfin qu'elles se rapportent invariablement à des sujets n'ayant jamais eu

(i) Dans cette catégorie rentre le cas de MM. Ferrand et Theoari et celui de M. Jez qui, tous deux, ont eu un grand retentissement.

Dans l'observation de MM. Ferrand et Theoari il s'agissait d'un homme de 20 ans entré à l'hôpital avec un aspect typhique des plus nets, et une adénite axillaire consécutive à une piqûre de l'index gauche.

La séro-réaction recherchée dans la proportion de i pour 10, négative une première fois, fut positive dans deux examens ultérieurs. Les lésions trouvées à l'autopsie sont celles d'vine septicémie grave ; l'ensemencement de la rate fournit une culture de streptocoque à 1 état pur.

L'observation par laquelle M. Jez crut avoir ébranlé la méthode de sérodiagnostic de M. Widal se résume en ceci :

Chez une femme de 28 ans n ayant jamais eu la fièvre typhoïde et présentant tous les signes d'une méningite cérébrale, la réaction agglutinante a été constatée à I pour 10 par le procédé extemporané et par le procédé de culture à l'étuve.

L'autopsie révèle une méningite tuberculeuse de la base, une infiltration tuberculeuse des deux sommets, etc.

Cette observation est au moins passible de 2 reproches : le pouvoir agglutinant n'a pas été mesuré et de plus l'ensemencement des organes à l'autopsie n'a pas été fait. Rien ne prouve en effet qu'il ne se soit agi dans ce cas d'une de ces infections mixtes tuberculeuse et éberthienne comme celle qu'ont signalées MM. Guenon et Meunier, qui sera rapportée plus loin.

— go — r

de fièvre typhoïde passée inaperçue : qu'en résulterait-il pour le sérodiagnostic de la fièvre typhoïde ?

Après avoir été recherchée dans des milliers de cas, la séro-réaction aurait été trouvée positive en dehors de la fièvre 1 typhoïde :

I seule fois dans une dilution à. . . . i pour /io

I seule fois — à. . . . i pour 3o

7 fois environ — à. . . . i pour 20 Une trentaine de fois — à. . . . i pour 10

Dans tous les autres cas le sérum des sujets normaux ou des sujets non typhiques dilué dans la proportion de i pour 10 est resté sans action sur le bacille d'Eberth.

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