ACTE IL SCÈNE IX
Mme Vanderk. Madame, voici ma fille que j'ai l'honneur de vous présenter.
{La tante fait une révérence^ et n'embrasse pas,)
La tante, à M. Vanderk pere. Quel est ce monsieur noir, et ce jeune homme? 5
M. Vanderk père. C'est mon gendre futur.
La tante, en regarda^it le fils. Il ne faut que des yeux pour juger qu'il est d'un sang noble.
M. Vanderk père. Ne trouvez-vous pas qu'il a quelque chose du grand-père ? 10
La tante. Quelque chose ?... oui, le front. Il est sans doute avancé dans le service ?
M. Vanderk père. Non, il est trop jeune.
La tante. Il a sans doute un régiment ? ^
M. Vanderk père. Non. 15
La tante. Pourquoi donc ?
M. Vanderk père. Lorsque par ses services il aura mérité la faveur de la cour, je suis tout prêt.
La tante. Vous avez eu vos raisons, il est fort bien : votre fille l'aime apparemment. 20
M. Vanderk père. Oui, ils s'aiment beaucoup.
La tante. Moi, je me serais peu embarrassée de cet amour-là, et j'aurais voulu que mon gendre eût eu un rang avant de lai donner ma fille.
M. Vanderk père. Il est président. 25
La tante. Président ! Pourquoi porte-t-il l'uniforme ?
M. Vanderk père. Qui ? Voici mon gendre futur.
La tante. Cela ! Monsieur est donc de robe ?
Le gendre. Oui, madame, et je m'en fais honneur.
La tante. Monsieur, il y a dans la robe des person- 30 nés qui tiennent à ce qu'il y a de mieux.
Le gendre. Et qui le sont, madame.
La tante, au père. Vous ne m'aviez pas écrit que
c'était un homme de robe. (Au gendre.) Monsieur, je vous fais mon compliment, je suis charmée de vous voir uni à une famille...
Le gendre. Madame . . .
5 La tante. A une famille à laquelle je prends le plus vif intérêt.
Le gendre. Certainement, madame...
La tante. Mademoiselle a dans toute sa personne un air, une grâce, une modestie...; elle sera dignement madame lo la présidente. Et ce jeune monsieur? {Regardant le fils,) M. Vanderk père. C'est mon fils.
La tante. Votre fils ! votre fils ! vous ne le dites pas... C'est mon neveu ! Ah ! il est charmant ! Embrassez-moi, mon cher enfant. Ah ! vous avez raison, c'est tout le por- 15 trait de mon grand-père ; il m'a saisie : ses yeux, son front, l'air noble. Ah ! mon frère, ah ! monsieur ! je veux l'emmener, je veux le faire connaître dans la province, je le présenterai : ah, il est charmant !
Mme Vanderk. Madame, voulez-vous passer dans 20 votre appartement ?
M. Vanderk père. On va vous servir.
La tante. Ah ! mon lit, mon Ht et un bouillon. Ah ! il est charmant : je le retiens demain pour me donner la main. Bonsoir, mon cher neveu, bonsoir. 25 M. Vanderk fils. Ma chère tante, je vous souhaite...