SCÈNE IX
M. VANDERK fere, ANTOINE.
M. Vanderk père. Avez- vous dit au chirurgien de ne pas s'éloigner.
Antoine. Non.
M. Vanderk père. Non! 15
Antoine. Non, non...
M. Vanderk père. Pourquoi?
Antoine. Pourquoi ? C'est que monsieur votre fils ne se battra pas.
M. Vanderk père. Qu'est-ce que cela veut dire ? 20 Antoine. Monsieur, monsieur, un gentilhomme, un militaire, fût-ce un capitaine de vaisseau du roi, c'est ce qu'on voudra ; mais il ne se battra pas, vous dis-je : ce ne peut être qu'un malhonnête homme, un assassin ; il lui a cherché querelle : il croit le tuer, il ne le tuera pas. 25 M. Vanderk père. Antoine !
Antoine. Non, monsieur, il ne le tuera pas, j'y ai regardé... je sais par ou il doit venir, je l'attendrai, je l'attaquerai, je le tuerai, ou il me tuera : s'il me tue, il sera plus
embarrassé que moi; si je le tue, monsieur, je vous recommande ma fille. Au reste, je n'ai pas besoin de vous la
M. Vanderk père. Antoine, ce que vous dites est 5 inutile; et jamais...
Antoine. Vos pistolets ! vos pistolets ! Vous m'avez vu, vous m'avez vu sur ce vaisseau, il y a longtemps. Qu'importe ! en fait de valeur, il ne faut qu'être homme, et des armes.
lo M. Vanderk père. Eh mais ! Antoine !
Antoine. Monsieur ! ah, mon cher maître 1 un jeune homme d'une aussi belle espérance ! Ma fille me l'avait dit, et l'embarras d'aujourd'hui, et la noce, et tout ce monde: à Tinstant même... les clefs du magasin! je les î5 emportais. (// remet les clefs sur la table.) Ah, j'en deviendrai fou ! ah, Dieu !
M. Vanderk père. Il me brise le cœur ; écoutez-moi ; je vous dis de m' écouter.
Antoine. Oui, monsieur.
20 M. Vanderk père. Croyez-vous que je n'aime pas mon fils plus que vous l'aimez?
Antoine. Et c'est à cause de cela, vous en mourrez. M. Vanderk père. Antoine, vous manquez de raison ; je ne vous conçois pas aujourd'hui : écoutez-moi. Ecoutez- 25 moi, vous dis-je; rappelez toute votre présence d'esprit, j'en ai besoin ; écoutez avec attention ce que je vais vous confier. On peut venir à l'instant, et je ne pourrais plus vous ./^parler... Crois-tu, mon pauvre Antoine, crois-tu, mon vieux y /camarade, que je sois insensible? N'est-ce pas mon fils?
y n'est-ce pas lui qui fonde dans l'avenir tout le bonheur de
^ ma vieillesse? Et ma femme... Ah ! quel chagrin ! sa santé I faible ; mais c'est sans remède : lej)réjugé qui afflige notre U nation rend son malheur inévitable.
-Xê^gmmai^er.