ACTE II, SCÈNE VIII. iH
Si je ne suis aimé, je préfère la mort.
ENSEMBLE
GUILLAUME
Mieux vaut mourir.
Que de souffrir Tous les tourments Que je ressens.
TÉRÉZINE, à part.
Il veut partir ; C'est trop souffrir; Tous ses tourments Je les ressens.
GUILLAUME
Ainsi ce talisman, pour toute autre infaillible, Sur elle est sans pouvoir! elle reste insensible!
Adieu! je pars, et puisque le docteur
M'a trompé...
TÉRÉZINE, le retenant avec tendresse.
Non!... non, si j'en crois mon cœur!
ENSEMBLE
GUILLAUME
Dieu! que viens-je d'entendre 1 0 moment enchanteur!
Ce mot vient de me rendre La vie et le bonheur.
Près de ce que j'adore Je demeure en ces lieux; Et le ciel que j'implore A comblé tous mes vœux.
TÉRÉZINE.
Je ne puis m'en défendre; Ses tourments, sa douleur, Et cet amour si tendre Ont su toucher mon cœur.
De l'amant qui m'adore • Comblons enfin les vœux.
C'est être heureuse encore Que de le rendre heureux.
(A la fin de cet ensemble, qui est sur un mouvement de marche militaire, on voit à gauche arriver Fontanavose , Jeannette et tous les habitants du village, et à droite paraître Joli-Cœur qui marche devant ses soldats en tournant le dos à Térézine.)
JOLI-COEUR, à ses soldats, et réglant le pas.
Une, deux ! une, deux !
Halte-front ! présentez les armes !
(il se retourne et aperçoit Guillaume qui dans ce moment vient de se jeter aux pieds de Téiézine.)
Ah ! grands dieux !
Je rends à mon rival les honneurs militaires !
TÉRÉZINE, allant à Joli-Cœur.
Vous saurez tout, sergent !
(Elle continue à lui parler bas ; elle a l'air de se justifier en lui racontant ce qui est arrivé; Joli-Cœur relève sa cravate d'un air avantageux, et semble dire, en regardant Jeannette, qu'il ne manquera pas de consolations. Pendant ce temps, Guillaume, qui a aperçu Fontanarose, se lève, court à lui et lui saute au cou.)
GUILLAUME
0 philtre merveilleux !
Par lui je suis aimé, par lui je suis heureux!
FONTANAROSE, avec fatuité.
De mon art ce sont là les effets ordinaires !
(Montrant Jeannette.)
De plus, mon jeune ami, j'apprends que vous voilà Très-riche !
TÉRÉZINE, étonnée.
Est-il vrai?
GUILLAUME, avec indifférence.
(Montrant Térézine.)
Riche!... ah! je l'étais déjà!
FONTANAROSE, se tournant vers les paysans.
Car ce philtre, Messieurs, que pour rien je vous laisse, Ce philtre peut aussi procurer la richesse.
TOUS, l'entourant.
Donnez, donnez-m'en sur-le-champ !
Voilà, voilà mon argent.
FONTANAROSE, faisant sonner les pièces de monnaie qui sont dans sou chapeau.
0 philtre tout puissant !
Je disais bien qu'il donnait la richesse.
(En ce moment le cabriolet du charlatan paraît au milieu du théâtre.)
Adieu, soyez heureux!... Adieu, mes bons amis!