LE PHYSICIEN CHARLES
ARMi les légendes qui courent sur l’invention de la Photographie, il en est une, d’autant plus tenace, qu’elle se résume dans un nom, intercalé dans une phrase vague mais répétée par tous les compilateurs qui se copient l’un l’autre.
Le professeur Charles, de Paris, aurait pris des ombres-silhouettes de ses élèves, dans des séances d’expériences, environ au commencement du xix‘ siècle.
Naturellement, les Français ont accueilli cette suggestion avec enthousiasme, puisqu’elle démontre une fois de plus que la photographie est une science éminemment nationale. Jamais, d’ailleurs, elle n’avait été examinée de près.
D’abord qu’était-ce que le physicien Charles? 11 est curieux de constater que certains noms restent dans la mémoire des hommes, sans qu’on sache exactement à qui ils s’appliquent; j’ai souvenir que dans mon enfance, j’entendais parler, parmi les membres de ma famille qui étaient de bourgeoisie moyenne, du physicien Charles comme d’un escamoteur, d’un faiseur de tours, dont on faisait le précurseur de Comte qui dans son petit théâtre du passage Choiseul donnait des représentations fantasmagoriques ou de Robin, le magicien des Spectres de Miss Aurore.
Charles (jacques-Alexandre-César), physicien et mathématicien français, n’a aucun des caractères du prestidigitateur. Né à Beaugency en 1746 — et mort à Paris en 1822 — il avait fait de bonnes études littéraires, puis avait été attaché au bureau du contrôleur général des Finances. C’était au moment où Franklin inaugurait ses curieuses expériences — eripuit cœlo fulmen, et leur publicité excitait les jeunes gens à des travaux similaires. Naturellement, l’emploi administratif de Charles lui laissait de longs loisirs qu’il employait à l’étude des sciences; doué d’une grande activité d’esprit, patient et habile, il devint très vite un expérimentateur de premier ordre, ouvrit des cours et groupa autour de lui un auditoire nombreux et attentif qui s’instruisait et s’amusait à la fois au spectacle d’expériences de physique classique, d’autant plus frappantes qu’à l’époque où ces faits se passaient, c’est-à-dire en lySS, la bourgeoisie et la noblesse étaient de la plus parfaite ignorance et tenaient facilement à miracle les faits les plus avérés et les plus simples de l’expérimentation courante. Il n’avait alors aucun titre officiel et on payait à ses séances un droit d’entrée. Le Tout-Paris d’alors courut au spectale de la F/7/e Invisible, simple illusion d’acoustique ayant un caractère merveilleux, puisqu’à des questions posées par les spectateurs il était répondu par un interlocuteur invisible. On trouve la description complète de l’appareil dans le premier volume du Magasin 'Pittoresque.
(t) Voir les n”' i, 2, 4 et 5 du Photographiste.
LE PfiOTOGT^JlVmSTE
NOTES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA PHOTOGRAPHIE
Mais, s’il était obligé de donner ces séances pour vivre, il ne perdait pas de vue des problèmes beaucoup plus importants et on lui doit l’emploi de l’hydrogène pour le gonflement des aérostats, ce qui transformait la mongolfière si dangereuse en un engin pratique et maniable. Son ascension du i" décembre ijSS marqua une date importante dans l’histoire de l’aérostation. Dès lors, sa situation était assurée ; Louis XVI lui donnait un titre officiel — physicien du roi — et l’installait au Louvre. Ce fut alors, raconte une légende, qu’il eut maille à partir avec le médecin Marat qui, au cours d’une querelle à propos des théories de Newton, le menaça de son épée et qu’il fit jeter dehors. Dès 1785, il était nommé membre de l’Académie des Sciences, maintenu dans cette fonction lors de la réorganisation de 1795, bibliothécaire de l’Institut, professeur de physique au Conservatoire des Arts et Métiers et paraît avoir vécu, heureux et travailleur, jusqu’en 1822. On trouve son éloge par Fourrier dans les Mémoires de l’Académie des Sciences (1825).
C’était évidemment un homme de courage, puisqu’il fut le premier qui s’aventura seul dans un ballon ; lors de l’invasion des T uileries en 1 792, comme la foule avait envahi son cabinet, il expliqua qu’il était — le Charles — des ballons et on le laissa tranquillement continuer ses travaux.
Il inventa le mégascope, instrument destiné à donner une image agrandie des objets, chambre noire et lentille convergente. On lui doit de très importantes expériences sur la dilatation des gaz.
Niais quid? de la photographie?
Voici ce qu’on lit dans le célèbre rapport d’Arago sur l’invention Niepce-Daguerre (iSSq): — « Les applications de la si curieuse propriété du chlorure d’argent, découverte par les anciens alchimistes, semblaient devoir s’être présentées d’elles-mêmes et de bonne heure ; mais ce n’est pas ainsi que procède l’esprit humain. 11 nous faudra descendre jusqu’aux premières années du xix' siècle pour trouver les premières traces de l’art photographique. Alors Charles, notre compatriote, se servira, dans ses cours, d’un papier enduit pour engendrer des silhouettes à l’aide de l’action lumineuse. Charles est mort sans écrire la préparation dont il faisait usage ; et comme, sous peine de tomber dans la plus inextricable confusion, l’historien des sciences ne doit s’appuyer que sur des documents imprimés, authentiques, il est de toute justice de faire remonter ces premiers lancements du nouvel art à un mémoire de Wedgwood... »
(JJ suivre.) JULES LERMl NA.
Quel Jason ira la ravir? A quelle Médée s'adressera-t-il pour [cela? l>e beaux cheveux blonds rayonnant sous le soleil ne sont-ils pas aussi enviables que la toison d'un bélier ayant servi de monture à Phrixus et Tiellé !... Tout dépend de l'objectif. Celui de l'artiste n'est pas le meme que celui du commerçant. Qui des deux a raison dans la vie?
Soleil couchant louis burgart
^ — Qu’il travaille dans le noir et blanc, ou qu’il travaille dans la couleur, l’artiste est toujours vivement sollicité par le soleil couchant. C'est qu'à cette heure la nature revêt ses plus majestueux et ses plus brillants atours, s'enveloppant des poésies de ta clarté et des morts prochaines. 'Elle fait réver, et l'œuvre d’art à laquelle vise tout artiste, doit toujours porter en soi la suggestion du rêve. J{ien de plus naturel donc que l’artiste soit attiré par un motif suggérant le rêve par tui-méme. ooooaooooo