‹ Le phylloxeraChapitre 2 sur 11 · SON EXTENSION. — SES SYMPTOMES. — SES CARACTÈRES · texte numérisé non relu

SON EXTENSION. — SES SYMPTOMES. — SES CARACTÈRES

Originaire des États-Unis d’Amérique, signalée en France, à Pujault (G-ard), dès 1863 (?); observée en Angleterre cette mêmë année 1863, dans les serres à raisin de Hammersmith, près de Londres,cette maladie nouvelle n'est positivement connue jusqu’à ce jour que dans certains vignobles de la Provence, du Comtat, du Languedoc, du Dauphiné, du Bordelais, du Portugal, de l'Autriche et, d’après une lettre récente de M. le professeur Schraut, dans des pépinières d’Erfurt, en Allemagne.

C'est par confusion avec d’autres maladies qu’on l’a indiquée en Suisse, en Corse et en Crimée.

Pour les détails de son extension graduelle dans le midi de la France, entre les années 1865 et 1872, on consultera avec intérêt les cartes teintées annexées, par M. Duclaux, à son beau mémoire sur la maladie nouvelle 1 . L’année actuelle (1873) nous montre les

4 Etudes sur la nouvelle maladie de la vigne dans le sud-est de la France ; par M. Duclaux, professeur à la Faculté des sciences de Clermont, délégué de l’Académie, présenté à l’Académie le 16 décembre 1872 (Mém. des sav. étrang. de l’Acad. des sc., t. XXII, n° 5; 51 p. in-4°, avec 8 cartes). Nous aurons souvent l’occasion de citer ce travail.

colonies d’avant-garde de l’insecte, dans la direction de l’est, à Saint- André -de-Sangonis et àPopian (arrondissement de Lodève, dans l’Hérault); dans la direction du nord, à Saint-Bauzille-de-Putois et Granges, arrondissement de Montpellier. Partout la maladie passe à peu près par les trois'phases que nous avons dès longtemps signalées : phase latente, pendant laquelle elle échappe à l’observation; phase desfoyers disséminés, où l’arrachage à frais communs aurait quelque chance d'en retarder les progrès ; enfin période d’invasion généralisée, dans laquelle certains quartiers de Montpellier sont entrés, et qui, de par la loi de la progression géométrique, s’accuse par de véritables désastres.

Dans le Bordelais, où la marche de la maladie (depuis 1866) s’est montrée relativement peu rapide, on aurait tort de s’endormir sur cette demi-sécurité ; car le mal s’étend de proche en proche, et, s’il n’est pas encore constaté dans les riches vignobles du Médoc, il progresse de l’Ouest vers l’Est, entre la rive droite de la Gironde et la rive gauche de la Dordogne, jusqu’au voisinage de Saint-Emilion 1 .

Symptômes de la maladie » — On peut les considérer en grand dans l’ensemble d’une vigne, ou en particulier sur les ceps examinés de près.

Dans l’ensemble, ce qu’on appelle la tache, ou point d’attaque, se dessine dans telle vigne luxuriante par un espace où les ceps, moins vigoureux, à sarments plus ou moins courts, laissent voir, aux mois d’été, le sol qu’ils avaient l’habitude de recouvrir entièrement. L’agrandissement de ces taches (si pittoresquement comparé par M. Gaston

1 La note suivante, d’un correspondant d’une de nos principales maisons de commerce, donne une idée assez précise de la situation actuelle des vignobles bordelais :

Bordeaux, le 13 juiUet 1873.

» Le Phylloxéra, depuis son invasion, a fait chez nous des progrès incessants, et, cette année, un grand nombre de communes signalent sa présence. On ne connaît qu’une trentaine de communes où sa présence et ses ravages ont été constatés, mais je suppose qu’il y en a davantage. On ne Ta signalé encore qu’entre la rive gauche de la Dordogne et la rive droite de la Gironde, dans un espace compris entre ces deux rivières, la ligne du chemin de fer de Paris et une ligne passant par Gamblanes, Créon, et prolongée en pointe jusqu’en dehors de Brannes, où plusieurs communes, telles que Grêzillac, Tizac, Lugagnac, sont atteintes. Le mal a fait des progrès sensibles dans les parties atteintes dans le mois de juillet, et un propriétaire de la commune de Baron, M. S-, désespéré, parle d’arracher cinquante

journaux de vigne. La maladie, quoique limitée, existe donc et progresse, et on a tort de ne pas compter pour quelque chose le mal qu’elle fait et surtout de ne pas voir qu’elle va s’étendre de plus en plus. Jusqu’où ira-t-elle ? C’est le secret de Dieu. »

Bazille à l’extension d’une tache d’huile) est un autre signe caraetéris- ' tique.Ajoutons-y comme symptômes confirmatifs, surtout dans la période avancée du mal, l’arrêt de végétation des ceps, qui, jusqu’en juin ou juillet, paraissaient encore sains, tout autour des ceps malades; l’absence ou la chute des vrilles aux extrémités des sarments ; le jaunissement et la chute précoce du feuillage (parfois dès les mois d’août et de septembre); l’imparfaite maturation des raisins, qui restent rouges (au lieu de tourner au noir), quand le mal est dans une période aiguë. Mais ces dernières apparences ne caractérisent que,le mal invétéré. Elles peuvent manquer à peu près chez des vignes encore au début de l’invasion, dont la récolte splendide fait illusion au propriétaire, et qui succombent le printemps d’après d’une manière presque foudroyante, probablement parce que leurs racines, dépouillées dé leurs radicelles dans le cours de l’automne précédent, ne peuvent réparer l’énorme dépense qu’ont faite les pampres pour nourrir leurs fruits et leurs feuilles.

Mais, si ces signes extérieurs suffisent souvent pour déceler la maladie, c’est à l’examen attentif des ceps qu’il faut en demander la confirmation. Ces symptômes décisifs sont les suivants : présence du Phylloxéra, nodosités sur les radicelles, pourriture des racines, précédée d’un épaississement de leur écorce, galles des feuilles renfermant des Phylloxéra. Examinons successivement chacun de ces points :

1° Présence du Phylloxéra sur les racines. — C’est là, de fait, le signe le plus indubitable du mal. Seulement, nous avons montré depuis longtemps que l’insecte serait cherché vainement sur les ceps les plus malades, sur ceux dont les racines pourries n’offrent plus de traces de chevelu. Les Acariens seuls (analogues aux Mites de fromage) vivent des sucs altérés de ces racines : les Phylloxéra, comme tous les Aphidiens et Coccidiens (Pucerons et Cochenilles), veulent des sucs encore frais, puisés dans des organes vivants. C’est pour cela qu’ils abandonnent les souches mourantes pour envahir leurs voisines encore saines ou peu malades, sur les racines desquelles on est à peu près sûr de les trouver. C’est donc au pourtour des taches, sur des ceps en apparence intacts, qu’on doit prendre les racines où l’on veut découvrir le Phylloxéra. On l’y trouvera tantôt sur les radicelles du chevelu, si le mal n’est pas avancé; tantôt sur les racines moyennes, si les radicelles sont déjà détruites; tantôt sur le pivot même de la souche et sur ses grosses ramifications, si l’on opère en automne, alors que la multiplication extrême des insectes les a faits se répandre sur toute la partie souterraine du cep.

Pour découvrir l’insecte lui-même, l’œil nu suffit le plus souvent, dès

qu’un peu d’habitude vous a rendu cette recherche familière. Nos vignerons s’y montrent en général très-experts, et savent découvrir l’insecte, même en hiver, alors que les individus, tous de même génération et de même taille, très-petits et d’un jaune plus terne que d’habitude, se pressent par plaques ou par lignes sur les ramifications des racines (grosses, moyennes ou petites, à l’exclusion du chevelu) et se dissimulent parfois sons les lambeaux de l’écorce extérieure ou périderme.

En tout cas, c’est une erreur de croire que, dans le courant de l’hiver, tous les Phylloxéra se réunissent sous le bout inférieur du pivot central de la souche, et qu’il suffirait d’introduire un insecticide sur ce point pour les détruire du même coup. Des observations répétées nous permettent de contredire le fait qui sert de base à ce raisonnement.

' Nodosités des radicelles. — Signalé par nous dès le premier jour, comme essentiellement caractéristique, ce symptôme ne fait jamais défaut, tant que les radicelles persistent. On le retrouve même trèsfréquemment sur des radicelles mortes, que le Phylloxéra a désertées, mais qui portent encore dans leurs renflements morts ou noircis les traces de son passage.

Ges renflements ou nodosités présentent, du reste, des aspects assez différents, suivant qu’on les considère sur le chevelu proprement dit, formé de fines radicelles, ou sur des divisions de raciné d’un diamètre variable.

Sur le chevelu, les fibrilles radiculaires normales et saines doivent être filiformes, cylindriques, d’un blanc opalin lorsqu’elles sont naissantes, ou d’un jaune ambré ou fauve pâle, à mesure qu’elles arrivent à leur plein développement. Parfois les extrémités de ces fibres se dilatent légèrement en patte d’oie, en se moulant, dans ce cas, entre les fissures des terres compactes ; mais cet état des radicelles se distingue très-aisément de l’état morbide que caractérisent les renflements déter. minés par le Phylloxéra.

Ces derniers occupent souvent l’extrémité même des fibres radiculaires ; ils ont souvent alors la forme d’une virgule, d’une larve batavique, d’un soc de charrue ; d’autres fois ils constituent des bosselures irrégulières sur la longueur même des radicelles, bosselures en forme de fuseau, de boule sphéroïdale ou ovoïde, symétrique en tout sens ou bombée d’un seul côté. Le corps ligneux de la radicelle participe à la formation de ces renflements; mais c’est l’écorce, dans sa couche interne principalement, qui, par une accumulation de fécule dans ses cellules, donne lieu à cette hypertrophie maladive. Dans cet état,

comme l’a très-bien dit notre ami M. Cornu (1), la radicelle, au lieu d’agir au profit de la plante, agit au profit d’elle-même d’abord, et subsidiairement de l’insecte, car elle nourrit la nodosité d'où l’insecte tire sa nourriture. Mais une chose qui reste pour nous inexpliquée, et qu’un chimiste devrait bien étudier de près, c’est comment les renflements radicellaires, pleinsdeséve et de fécule, dodus en quelque sorte et comme luxuriants de santé, tournent brusquement à la pourriture humide (on dirait à la façon des poires blettes), en entraînant dans leur destruction celle de la radicelle dont elles dépendent.

Par quelle évolution physiologique des tissus, par quels changements chimiques s’opère cette destruction des radicelles? C’est ce que l’observation n’a pas encore éclairci. Or la chose vaut la peine qu’on s’y arrête, -car la suppression des radicelles par voie de piqûre et d’hypertrophié d’abord, de putréfaction ensuite, est le premier acte, et le plus important peut-être, du rabougrissement de la vigne.

Les nodosités radicellaires se conservent mal dans des tubes ou des flacons fermés. En été, un ou deux jours suffisent parfois pour les faire passer au brun, puis à la pourriture humide, avec ou sans moisissures superficielles. Elles se détruisent alors d’autant plus vite qu’elles sont plus tendres, plus blanches et qu’elles dépendent de radicelles plus jeunes. Sur les grosses radicelles, 'ces nodosités se conservent plus longtemps: lorsqu’elles sont réduites à l’état de verrues superficielles, de rugosités, sur des racines un peu grosses, elles peuvent persister longtemps même en flacon, surtout en hiver, en nourrissant des groupes de Phylloxéra.

Rares sur les racines des vignes qui, venues dans des terres peu fertiles, n’ont que très-peu de chevelu, les nodosités sont très-abondantes sur les radicelles des vignes venues en terre forte ou abondamment fumées. Dans ce dernier cas, on voit de véritables grappes de nodosités sur les radicelles prises dans le fumier même : réponse péremptoire à ceux qui, sans sortir de leur cabinet, ont parlé de la mauvaise culture et de l’épuisement du sol comme étant la cause de la maladie des vignes.

Que la nodosité soit le résultat direct de la piqûre du Phylloxéra, c’est ce qui ne saurait être mis un instant en doute. L’un de nous l’a vue se développer en deux jours sur une radicelle adventive naissante, sous l’influence de la piqûre d’un seul Phylloxéra *. Toute nodosité

1 Maxime Gornu, Compt. rend, de l'Acad. des sc., 16 décembre 1872, tom. LXXV, p. 1891.

2 Voir également, sur ce point, les observations décisives de M. Max. Gornu, Comptes rend, de l’Acad. des Sc., 21 juillet 1873, tom. LXXVII, p. 191.

encore fraîche porte un Phylloxéra dans chaque petite dépression de la surface ; car l’insecte, en provoquant le développement exagéré du tissu de la radicelle, atrophie relativement le point même où sa trompe est plongée, ce qui fait que ce point reste enfoncé dans le renflement ambiant.

Le nombre des Phylloxéra de chaque renflement est variable : en général, 1, 2, 3 au début, tous plus pâles que ceux des racines plus nourries, d’un jaune verdâtre (et non jaune soufre ou orangé). Les petits, ’ issus des premières mères, sont peu nombreux ; parmi eux se trouvent fréquemment les nymphes qui donneront la forme femelle ailée, et c’est presque exclusivement là que nous avons trouvé ces autres. nymphes donnant une forme ailée dépourvue d’oeufs, que nous avions soupçonnée pouvoir être le type mâle de l’espèce. Cèpendant nous avons trouvé de loin en loin, sur des divisions du système^ radiculaire plus grosses que les radicelles extrêmes, les nymphes de ces deux formes ailées de Phylloxéra.

Pour en revenir aux nodosités considérées comme signes de la maladie, voici ce qu’une longue étude nous permet de dire avec une certaine assurance:

Partout où les nodosités caractérisées se décèlent, le Phylloxéra existe ou a existé.

Partout ou les radicelles sont normales, filiformes, sans nodosités, le Phylloxéra ne doit pas ou n’a pas dû se trouver; car la présence d’un seul insecte suffit pour provoquer, d’une manière presque fatale, le développement d’une nodosité radicellaire. •

Pourriture des racines, avec épaississement de l’écorce. — Ce symptôme n’est pas aussi caractérisé que le premier. Diverses causes, en effet, peuvent faire pourrir les racines, par exemple: l’humidité stagnante dans les sols mouilleux, le mycélium de certaines Cryptogames (Rhizoctone ou blanc des racines des jardiniers ; mycélium spongieux de quelque Polyporus, développé surtout sur les racines de vignes plantées sur défrichement de taillis de chênes, et constituant la maladie appelée pourridié dans le Comtat). Mais, dans ce dernier cas, l’odeur de moisi ou de champignon décèle la nature du mal. Chez les racines pourries par suite de l’action du Phylloxéra, les moisissures, si l’on en trouve, ne sont que superficielles et cônsécutivès à la mortification des tissus ; l’écorce d’ailleurs est remarquablement épaissie ; son tissu, avant de seréduire en putrilage noir, qui s’écrase sous les doigts, prend souvent une consistance spongieuse et une teinte brune ou violacée. Tantôt, du reste, cette altération occupe régulièrement toute la surface des racines ; tantôt elle est localisée sur quelques points, les autres res-

tant relativement sains. Il arrive même que^-sous une-couche d'écorce épaissie et altérée, la couche dite génératrice reconstitue une écorce, nouvelle, circonstance qui rend compte de certains cas de guérison, spontanée qu’ont offerts, dans les sols fertiles ou fortement arrosés et fumés, des portions de vigne abandonnées par les insectes avant leur destruction totale.

Galles à Phylloxéra. — Ces singulières productions, développées sur les feuilles des vignes par la forme dite follicole ou gallicole du Phylloxéra vastatrix, sont aussi rares chez les cépages d’Europe qu’ils sont abondants chez, les cépages américains. On ne peut donc guère y chercher dans notre région un signe ordinaire de la maladie du Phylloxera.ibeipxiis le onze juillet 1869, où nous vîmes ces galles en grand nofabre sur quatre pieds de vigne, à Sorgues (Vaucluse) 4 , toutes nos recherches dans le Midi n’ont pu nous en faire découvrir une seule. M. Laliman, néanmoins, qui les avait vues à Bordeaux, dès la lin juillet 1869, sur les èépages américains,les a observées également sur un pied de Malbec (cépage bordelais) dont les trois branches s’entrelaçaient avec celles d’un Vitis cordifolia (espèce américaine) gallifère. (Lettre à nous écrite par M. Maxime Cornu* en date du 22 septembre 1872.)Ceci, joint à des expériences directes faites par M. Signoret et par M. Balbiani, prouve que certains cépages d’Europe sont susceptibles de porter des galles ; mais l’observation en grand démontre, au contraire,, l’extrême rareté de ces productions chez nos cépages indigènes 1 2 .

Rien de bizarre, d’ailleurs, comme l’irrégularité d’apparition de ces galles, suivant les cépages et suivant les années, soit en Amérique, soit à Bordeaux, chez des vignes américaines. C’est ainsi que, sur plusieurs points des États-Unis, les galles, communes sur le Clinton en 1870, manquèrent sur ce même cépage en 1871 ou 1872, pour se porter sur le Taylor ; tandis qu’un changement tout semblable était parallèlement observé par M. Laliman à Bordeaux, sur les mêmes

1 Deux de ces pieds étaient dans la propriété de M. Henri Leenhardt, deux autres dans une vigne contiguë. On nous donna la variété de vigne qui portait ces galles comme étant le Tinto des vignerons provençaux; mais cette détermination est restée douteuse. En tout cas, ce n’étaient pas des pieds de vigne américains.

2 Dans une note de son quatrième rapport annuel sur les insectes nuisibles et utiles de l’Etat du Missouri [Fourth annual report, etc., in-8», 1872, p 64), notre ami Riley rapporte une observation de M. Glover, constatant que certains cépages d’Europe cultivés en serre en Amérique, tels que le Muscat Flambarg et Madame- Pince, s’étaient couverts, jusqu’en décembre, de galles phylloxériennes, et que ces galles commençaient alors à paraître sur les variétés Sonora et Duc-de-Malakoff.

variétés Clinton et Taylor, et dans les mêmes années 1870 et 1871 «.

Autre singularité inexpliquée : les pieds de vigne qui portent des galles n’offrent que peu ou pas de Phylloxéra sur leurs racines. Nous en avons vainement cherché jadis sur un des pieds gallifères du soidisant Tinto de Sorgues. La même observation négative fut faite (septembre 1860) par une Commission de la Société d’agriculture de la Gironde, dans les vignes phylloxérées du docteur Chaigneau, àFloirac, près de Bordeaux. (Lettre de M. E. Féret à l’un de nous, du 30 septembre 1869.) Enfin Riley, à qui l’on doit tant d’observations intéressantes sur le sujet qui nous occupe, constate que, chez le Taylor, par exemple, lorsque les galles sont abondantes, les Phylloxéra des racines sont peu nombreux, et, inversement, que le petit nombre de Phylloxéra sur les racines coïncide avec le grand développement des galles.

Ces faits curieux s’expliqueront peut-être par des cycles d’évolution dans la vie de l’espèce, amenant certains retours périodiques d’individus dont les aptitudes et les besoins seraient alternativement en rapport avec la nourriture par les feuilles, ou la nourriture par les racines.

Il y aurait beaucoup à dire sur les galles, si nous voulions rappeler ce que l’on sait de leur structure, de leur mode de formation, des Phylloxéra qui les habitent et des nombreux insectes qui dévorent ces Phylloxéra, Mais, dans une note comme celle-ci, dont le caractère est surtout pratique, trop de détails techniques pourraient sembler déplacés. Constatons seulement, d’après la judicieuse observation de Riley, que la transition entre les nodosités des racines, formations pleines et convexes, et les galles des feuilles, nodosités creuses à parois épaisses, se fait par par les tubercules à cavité superficielle et rudimentaire, que fait développer sur les vrilles, sur les tiges et sur les pétioles des feuilles des vignes américaines, la piqûre du Phylloxéra gallicole.

2° L’Insecte

Pour tout ce qui est purement descriptif ou qui concerne la classification, nous renvoyons à l’appendice entomologique qui termine le présent travail. Supposant donc l’insecte connu dans sa structure gé-

* Ch. V. Riley, Fïfth annual Report on the noxions and bénéficiai and other in • sects of the stale of Missouri ("Jefferson city, 1873, in-8°, 160 p., avec nombreuses vignettes), p. 63. Les rapports de M. Riley, comme entomologiste de l’Etat du Missouri, sont de vrais modèles du genre, comme valeur scientifique et en môme temps comme guides des praticiens dans la connaissance des rapports entre les insectes et les plantes. Rien d’équivalent, on doit l’avouer avec humilité, ne se rencontre dans notre littérature entomologique ou agricole française.

nérale et ses formes, nous l’étudierons ici principalement au point de vue de son origine, de ses mœurs, du rôle qu’il joue comme agent destructeur de la vigne et des circonstances qui favorisent ou entravent cette action.

Le Phylloxéra vastatrix est d’origine américaine. — Cette assertion est contestée par M. Laliman, de Bordeaux.Elle nous paraît s’appuyer sur les arguments suivants :

D’abord, l’identité absolue des deux insectes américain et européen, affirmée par un entomologiste d’une grande autorité, M. Riley, qui a vu et cojnparé les deux types, sous toutes leurs formes, aptère et ailée, gallicole et radicicole, femelle pondeuse et forme supposée mâle (à l’état de nymphe et à l’état parfait), et qui n’a vu que conformité sur tous ces points.

Ce témoignage de l’auteur américain, confirmant nos propres opinions, est corroboré par le passage suivantd’une lettre qu’écrit à l’un de nous M. Schraut, professeur d’agriculture à Kaiserlautern, dans la Bavière rhénane. «En même temps que vos Phylloxéra du Midi, j’en ai reçu de Riley (du Missouri) et de M. L. von Babo (de Klosterneuburg, en Autriche). La comparaison et l’étude microscopique de ces insectes m’a convaincu qu’ils appartiennent exactement à la même espèce.»

Seconde preuve: l’apparition du Phylloxéra juste sur les points où l’on a planté des cépages américains (enclos de M. Laliman, à Bordeaux; vigne de Grouvinhas, en Portugal, dans la région d’Oporto; collection de cépages de Klosterneuburg, en Autriche). Si les preuves de cette coïncidence manquent pour les serres à raisins d’Angleterre et d’Irlande, comme pour la pépinière, aujourd’hui détruite, des frères Audibert, près de Tarascon, il n’en est pas moins vrai que cette pépinière a reçu à diverses reprises des vignes américaines, et qu’elle a pu constituer la première station du Phylloxéra dans le bassin du Rhône. Ceci, du reste, n’a jamais été donné par nous que comme une hypothèse, mais comme une hypothèse plausible, s’appuyant sur des probabilités ,

Que le Phylloxéra n’ait pas nécessairement accompagné dans toutes les collections les cépages américains est une chose qui ne saurait étonner personne. C’est par les plants enracinés que l’insecte doit habituellement s’introduire. De simples sarments, taillés dans la saison du repos des vignes, n’ont pas pu transporter l’insecte d’une région dans une autre. En pareils cas, les faits négatifs, même nombreux, ne prévalent pas contre des faits positifs.

Se figure-t-on, d’ailleurs, un insecte aussi destructeur que le Phyl-

loxera, s’il était vraiment indigène dans notre région, restant inconnu pendant des siècles, puis tout d’un coup prenant une extension telle que ses ravagés auraient des proportions effrayantes ? Comprend-on qu’un fléau, si manifeste par ses effets, se propage'graduellement en rayonnant de quelques centres séparés par de vastes intervalles; qu’il apparaisse dans une courte période dans les serres, dans la grande culture, sans qu’ily ait dans son extension graduelle un fait d’importation récente ? Le cas du Puceron lanigère, importé des Etats-Unis en Angleterre vers la fin du siècle dernier, puis en France dès que la levée du blocus continental en permit l’introduction, ce fait n’est-il pas exactement parallèle, au fait récent du Phylloxéra %

La botanique offre des cas nombreux d’introduction analogue de plantes exotiques, devenant rapidement de mauvaises herbes dans leur patrie d’adoption. En Europe, par exemple, 1 ' Eriger on’canadense, YŒnothera biennis,VElodea canadensis, toutes plantes de l’Amérique du nord ; a Montpellier en particulier, et dans la région méditerranéenne en général, diverses Lampourdes(XrmfAmm), diverses Amarantes [Amarantus albus, Amarantus prostratus, etc.)En zoologie, les rats, les blattes, sont des exemples de ces importations funestes. Les maladies) elles-mêmes, la variole entre autres, n’échappent pas à cette loi de diffusion qui fait de l’homme et des animaux de puissants modificateurs des faunes, des flores et des conditions sanitaires des diverses régions du globe. L 'oidium de la vigne, probablement identique avec YErisyphe necâtor Schweinitz, de l’Amérique du Nord, est encore un cas qui fait pendant à celui du Phylloxéra et du Puceron lanigère.

Le Phylloxéra est la cause directe de la maladie. — Cette opinion a rencontré de nombreux . contradicteurs. Nous n’avons jamais voulu discuter très en détail les raisonnements purement théoriques sur lesquels ces contradictions se fondent, parce que nous comptions sur l’évidence des faits pour réduire ces hypothèses à leur vraie valeur, c’eSt-à-dire à rien. Cependant, comme de bons esprits ont donné dans cette voie du raisonnement à priori, il ne sera pas superflu de montrer lès vices de cette méthode ancienne, qui lutte encore contre la méthode scientifique de l’observation, de l’expérimentation et de l’induction.

En voyant un loup manger un mouton, une chenille dévorer un chou, personne ne s’avise de penser que le mouton ou le chou étaient prédisposés à être mangés; mais, en voyant un arbuste aussi vigoureux que la vignp succomber aux attaques d’un insecte presque imperceptible, oh hésite à rapporter un si grand effet à une cause en apparence

si faible. On se demande alors si l’insecte, au lieu d’être l’agent direct et primordial de la maladie, n’en serait pas, au contraire, la conséquence, l’effet, ou tout simplement un symptôme, une manifestation accessoire, ce que les médecins appellent un épiphénomène. Voyons sur quelles illusions ou sur quelles assimilations inexactes repose cette hypothèse.

Première illusion, très-commune encore chez les médecins ultravitalistes (et nous séparons ici très-nettement le vitalisme de la doctrine large et féconde de l’hippocratisme, tellequ*on la professe à Montpellier) : c’est de regarderie plus souvent les parasites du corps de l’homme et des animaux comme résultant fatalement à l’état constitutionnel du sujet qui les nourrit. C’est ainsi que la gale a passé pendant des siècles pour une maladie à cause interne, jusqu’au jour où la découverte du sarcopte en a fait connaître à la fois et la nature parasitaire et la guérison infaillible et immédiate par la destruction du parasite. Quel homme, si sain qu’il soit, voudrait- aujourd’hui s’exposer à partager le lit d’un galeux? Et, si tels sujets, par exception, échappent de loin en loin à l’infection parasitaire, si l’âge et la constitution modifient à cet égard l'aptitude à l’infection et la rapidité de développement des parasites, faut-il voir dans ces faits autre chose que des actions accessoires de milieu, tandis que l’action directement nuisible du parasite est prouvée jusqu’à la dernière évidence par la nature des lésions qu’il détermine ? On peut dire que la connaissance des parasites et de leurs mœurs a changé du tout au tout le traitement des maladies de cet ordre. Témoin le traitement insecticide du tœnia, des vers intestinaux en général, de la muscardine des vers à soie, du charbon des céréales, du noir de l’olivier, de l’oïdium de la vigne, etc. Partout, dans ces cas, c’est le parasite que l’on attaque directement, et, sans nier le moins du monde l’action des milieux (conditions climatériques, nature du cépage, s’il s’agit de vigne), c’est par la suppression d’un insecte ou d’une cryptogame que l’on supprime le mal.

Autre illusion, plus spécieuse encore, parce qu’elle repose sur une assimilation inexacte. C’est un fait incontestable que certains insectes, surtout du groupe des Coléoptères, les Xylophages (les Scolytes, lesBostriehus,etc.), n’attaquent les arbres que lorsque ces arbres sont affaiblis ou souffrants par suite de causes antérieures. Dans ce cas, l’insecte se fait l’auxiliaire des autres causes de destruction et porte à l’arbre, en quelque sorte, le dernier coup. Certains Pucerons euxmêmes, ceux du pêcher, par exemple (soit les bruns qui passent l’hiver, soit les verts qui paraissent l’été), s’attachent de préférence à tel ou tel pied d’arbre,probablement parce que sa sève, plus riche en sucre, leur donne une nourriture plus appropriée à leur goût. Mais, d’autre part,

combien d’insectes'mangeurs ou suceurs (et dans ces derniers des Pucerons, des Cochenilles) s’attaquent aux plantes les plus vigoureuses, à tous les sujets qui sont à leur portée, et n’amènent l’affaiblissement de ces plantes que comme conséquence de leur action directe. Si certains Acariens, comme les Mites du fromage, de la farine ( Tyroglyphus, Glyciphagus ) attaquent les matières organiques déjà‘mortes ouïes sucs déjà altérés, d’autres, comme les divers Tetranychus (constituant , la maladie dite la grise par les jardiniers), attaquent les organes vivants des plantes (légumes, fleurs d’ornement, feuilles du Tilleul, CameiUas . des serres, etc.), et, si les seringages. copieux, même à l’eau pure,. diminuent l’intensité de leur action, cela ne prouve pas que leurs piqûres ne soient au fond la cause de lésions nuisibles à la santé des organes ou des pieds entiers envahis par eux.

Reste un troisième genre d’illusions, celles-là surtout fréquentes parmi les agriculteurs. C’est l’idée de rattacher toutes les maladies des plantes, même celles qui sont parasitaires, à des causes générales ou vagues, telles que les intempéries, les changements gratuitement supposés dans le cours des saisons, l’épuisement du sol, la prétendue dégénérescence des races,etc. On commence à nous faire grâce sur ce point des infl.uences.de la lune, mais tout ce qui se dit et s’imprime là-dessus de lieux communs renouvelés des Grecs et des Latins, tous les préjugés tenaces qui, s’abritant sous le grand mot de pratique, opposent encore les causes occultes aux faits patents que la science moderne dévoile, tout cela constitue, en tout pays, le bagage le plus ordinaire dé la routine agricole. Eh ! sans doute, dirons-nous à ces infatigables discoureurs ; sans doute le froid, le chaud, la sécheresse, l’humidité excessive, influent puissamment sur la santé des êtres et déterminent directement chez eux des lésions directes ou des maladies ; sans doute l’épuisement du sol en principes nécessaires à telle plante en compromet le développement et la vigueur; sans doute, les parasites auront plus vite raison d’une plante épuisée que d’une plante vigoureuse. Mais, tout cela reconnu, reste-t-il moins vrai que les parasites sont nuisibles par eux-mêmes, qu’ils ne naissent pas, comme on le croyait jadis, par génération spontanée ; que, pour, attaquer les êtres sains, la plupart n’ont besoin que d’être mis en rapport avec leurs victimes, et que, pareils aux maladies infectieuses, ils se transportent d’un pays à l’autre, attaquant d’une manière épidémique des sujets qui, jusque-là, s’étaient montrés parfaitement indemnes de leurs atteintes ?

Et, quant à la dégénérescence des races, à quel agriculteur sérieux de notre Midi fera-t-on croire que 1 'Aramon, par exemple, le cépage qui fait la richesse de nos plaines, s’est trouvé tout juste à point assez

épuisé, assez dégénéré, pour être tout d’un coup dévoré par ces monstres inconnus qui s’appellent l'Oïdium et le Phylloxéra ? Oui, dans le beau milieu d’une vigne jusque-là splendide, un animalcule apparaît qui détruit visiblement les radicelles, affame la plante en la privant de ses moyens de succion; cetanimalcule se montre sur le cep plein de vigueur, il abandonne ce cep épuisé pour aller sur un autre rempli de vie ; nous assistons à la première attaque de l’insecte, nous constatons les lésions organiques qu’il détermine, nous voyons le dépérissement et la mort l’accompagner dans ses migrations, et, loin de reconnaître ce fait si simple, nocuité directe de l’animal à la plante, vous allez supposer une cause éloignée, un affaiblissement général de la vigne! En vérité, c’est tropi chercher midi à quatorze heures, c’est plus de subtilité que n’en supportent les hommes dé simple bon sens. Il est vrai|que ceux-là së 'contentent modestement de guérir la vigne de l ’Oïdium par le soufre, tandis que les théoriciens, pour qui la vigne est une plante dégénérée, poursuivent vainement comme remède à tous ses maux la chimère de sa régénération.

Pour nous, qui préférons aux subtilités lesfaits et les raisonnements simples, voici comment nous résumerons les preuves de l’action directement nuisible du Phylloxéra: 1° Le mal n’apparaît que là où estl’insécte ; 2° il apparaît partout où est l’inse'cte, tant dans les serres que dans les pépinières ou les cultures en grand ; 3° le Phylloxéra, par sa piqûre, détermine sur les radicelles des nodosités morbides (expérience ancienne de l’un de nous, expériences récentes de M. Max. Cornu); 4° il attaque les racines saines, dont il provoqué la putréfaction; il abandonne les ràcines déjà pourries; 5° il envahit graduellement les vignobles, soit de proche en proche, soit par ses émissaires ailés, et toujours dans des directions qui s’expliquent, par les conditions topographiques de la contrée.

MARCHE DU PHYLLOXERA APTERE TRANSPORT A DISTANCE DU PHYLLOXERA AILÉ ( et probablement aussi de l'aptère )

Au point de vue pratique, rièii n’est plus intéressant péüt-etrê que la question delà diffusîon du Phylloxéra, soit de proche en proche, soit à distancé et comme par sauts, à des kilomètres d’intervalle.

Résumons d’abord ce qu’on sait sur le premier point :

L’observation capitale à cet égard est celle qu’on doit à M. Faucon et' à ses neveux. En se côüchant à plat sur la terré, sur un terrain

d’une vigne phylloxérée formée d’une argile blanche, lisse, fendillée, ces observateurs virent en plein jour, en août 1872, des essaims de Phylloxéra aptères (mêlés de Phylloxéra ailés) courant sur le sol, s’enfonçant dans les fentes de-l’argile, y disparaissant en partie, probablement pour aller trouver les racines de vigne sous-jacentes. M. Faucon a revu cette année le même fait, dès le 14 juin 1873. Il en résulte évidemment que, pour certains terrains au moins, la migration de l’insecte à la recherche de nouvelles racines se fait par la surface du sol. Ce fait remarquable, et presque inattendu, semble confirmé par une observation que l’un de nous (J. Lichtenstein) vient de faire. Sur des provins faits en plein été (au mois de juin 1873), avec les sarments verts de vignes phylloxérées,les radicelles adventives se sont montrées d’autant plus couvertes de jeunes Phylloxéra que ces radicelles sont plus rapprochées de la surface du sol. C’est un indice que, dans bien des cas au moins, la migration des insectes se fait par la surface plus que par la profondeur du sol, et une indication précieuse sur l’emploi qu’on pourrait faire des insecticides répandus à la surface de la terre, ou mieux encore des provins eux-mêmes, comme collecteurs des jeunes Phylloxéra, dans leur marche rayonnante autour des foyers infectés.

Il est difficile, néanmoins, d’admettre que tous les Phylloxéra suivent cette route indirecte de la surface du sol, pour gagner les radicelles profondes d’une souche encore saine. La manière dont les radicelles des ceps voisins sont rapprochées et parfois comme enchevêtrées, les interstices creusés dans la terre entre les radicelles voisines, le fait que, le plus souvent, c’est par les radicelles mêmes et non par le pivot ou les grosses ramifications de la racine*que se fait l’invasion des souches saines, tout fait supposer que la migration de l’insecte s’opère partie sous le sol, d’une radicelle à l’autre. L’expérience, suivante, encore inédite, en est d’ailleurs la preuve directe:

Dans une vigne phylloxérée de M. L. Vialla, l’un de nous (J.-E. Planchon) fit creuser dans le sol une cavité cylindrique, juste audessus de racines phylloxérées. Dans cette cavité l’on enterra, jusqu’à fleur de terre, un bocal à large ouverture, rempli de terre saine de jardin (sans trace de Phylloxéra ). Vers la mi-hauteur du bocal, à 20 centimètres au moins de son ouverture, on avait placé dans la terre un tronçon de racine de vigne saine, qu’on avait eu soin d’entailler par des plaies superficielles susceptibles d’attirer les jeunes Phylloxéra. Le bocal fut mis en terre, l'ouverture en bas, en août* 1872. Huit jours après, le tronçon de racine saine portait sur ses plaies superficielles six jeunes Phylloxéra qui n’avaient pu s’y rendre que des racines sousjacentes et à travers la terre saine du bocal. Voilà donc la preuve positive que le Phylloxéra chemine sous la terre, même à travers un sol

meuble, et qu’il sait aller trouver à distance (guidé probablement par l’odorat) les racines fraîches qui sont à sa portée*.

Nous avons parlé de sol meuble, parce que, en effet, la terre de nos bocaux, d’expérience était sèche et friable, bien que répondant à ce qu’on appelle terre franche de jardin. Du sable pur aurait probablement offert un obstacle, sinon invincible, au moins sérieux, à la marche de l’insecte, tandis qu’une terre argileuse, en gros fragments, lui aurait offert de larges voies tout ouvertes. Gette conjecture, qui n’est pas encore vérifiée par l’expérience en petit, trouve un appui dans une observation faite par MM. del’Espine et Bedel slir l’ensemble des terrains phylloxérés de Vaucluse, observation confirmée par les recherches de M. Duclaux sur la constitution physique de ces terrains, et corroborée jusqu’à l’évidence par ce qui se passe autour de nous dans l’arrondissement de Montpellier.Nous voulons parler de la résistance, relative que les terrains sablonneux opposent aux progrès du Phylloxéra, tandis qué les terrains argileux, surtout sur lés pentes des collines, semblent particulièrement exposés à ses ravages. Il y a là sans doute un fait mécanique dont quelques agriculteurs ont voulu induire un traitement au moins préventif contre l’invasion, en recommandant de mettre autour des pieds de vigne, dans les terrains argileux, une certaine dose de sable fin, qui devrait, dans leur idée, arrêter l’insécte, en supposant qu’il pénètre dans le sol par le pied même du cep. Mais cettè méthode, en tout'cas digne d’être étudiée, n’a donné chez un propriétaire de Camargue que des résultats très-incomplets.

Sur le transport à distance du Phylloxéra, à défaut d’observations directes, l’on n’a pu émettre jusqu’à présent que des hypothèses plus ou moins plausibles . L’extension graduelle du mal, surtout dans la direction dé certaines vallées; la faiblesse du vol de l’insecte, dont les ailes délicates ne-sont soutenues que par de très-faibles nervures, la rapidité de son invasion dans le. sens où souffle le mistral dans le bas Rhône, tout donne l’idée que le veht est le principal agent de sa dispersion. Il est possible même que la forme ailée ne soit pas la seuleque le ventpuisse emporter à distance; les individus aptères, lorsqu’ils marchent sur le sol, pourraient bien être soulevés par des vents violents; mais ce n’est là qu’une pure hypothèse, tandis quele transport de l’insécte ailé dans l’air est, dans une certaine mesuré, prouvé par ce

* Une expérience analogue, mais en sens inverse, c’est-à-dire avec un bocal pré-' paré, comme le précédent, mais enterré jusqûes rez du soj, avec l’ouverture en haut, n’a donné que des résultats négatifs. Je voulais voir, par cette expérience, si les Phylloxéra pénétreraient du haut en bas jusqu’aux racines saines plongées dans la terre du bocal. Bien que ce résultat ne se soit pas produit, il n’y a rien à en conclure contre la marche du Phylloxéra à la surface du sol, puisque ce fait est établi directement par l’observation de M. Faucon.

fait que l’insecte se rencontre assez fréquemment, dans'les vignes, englué dans des toiles d’araignée. (Observation de Lichtenstein, de Duclaux, de Planchon, de Cornu, de M. le capitaine Acariès, etc.) Que l’insecte ailé s’élève de lui-même, en dehors du vent, à une certaine hauteur, dans une atmosphère calme ou confinée, c’est qui résulte de deux observations précises, l’une de M. Riiey, qui a vu l’insecte voler dans ( une chambre, assez haut pour disparaître à ses regards; l’autre de MM. Maumené'et Rouvière, de Nîmes, qui en ont recueilli des individus sur les parois d’une cloche enduite intérieurement de glycérine et placée sur un cep phylloxéré. • -

, En général néanmoins, le vol du Phylloxéra de la vigne, comme celui du Phylloxéra du chêne, ne présente que peu de puissance et d’étendue. L’insecte a souvent, sous nos yeux, dans une chambre fermée, imprimé à ses ailes relevées un mouvement rapide de vibration ; puis, s’élançant à quelques décimètres et décrivant une courbe oblique, il est retombé sur la table, comme ferait un cerf-volant auquel l’impulsion de l’air viendrait à manquer.

Que ce soit, du reste, ou son propre vol, du l’action du vent qui transporte au loin le Phylloxéra, ce n’est pas là, pratiquement, la question vraiment importante. Deux choses seraient bien plus essentielles à connaître, savoir: 1° de quelle manière, par quelle voie, à quelle saison, à quelle heure du jour ou de la nuit, sous quelles influences de température, de sol, ou d’état de l’atmosphère, ces émissaires de destruction sortent du sol et transportent au loin l’infection qui, d’abord latente, se révélera plus tard par des symptômes manifestes ; 2° comment se comportent les femelles ailées, en tant que fondatrices de colonies.

Les observations font absolument défaut pour savoir si la nymphe qui va donner l’insecte ailé sort de terre avant de se transformer, ou se dépouille de sa peau sous la terre même. L’agitation qu’elle manifeste au moment de cette dernière métamorphose, ses allées et venues le long des parois du flacon qui la tient captive, nous feraient penser qu’elle cherche l’air pour se transformer et déplier ses ailes. Mais cette conjecture n’a qu’une valeur précaire, l’observation pouvant seule trancher la question de fait.

D’autre part, est-ce par les fissures du sol, est-ce par les sillons des divisions des racines et, finalement, par le pivot de la souche, que la nymphe ou l’insecte ailé trouvent leur voie en dehors? Ici encore, doute ou plutôt ignorance complète. La chose serait néanmoins bien importante à connaître, comme devant influer sur le traitement. Dans le cas, en effet, ou l’insecte sortirait en suivant le cep lui-même, un Simple badigeonnage au goudron, au vischio des Italiens (glu dont a parlé récemment M. Maistre, de Villeneuvette, comme d’un remède

employé à Tivoli contre des insectes de la vigne), aux crasses d’huile imprégnées ou non de pétrole, suffirait peut-être pour l’engluer au passage. Mais, avant de compter sur ce traitement, il faudrait savoir si l’insecte, au lieu de suivre une voie unique, ne sort pas à la fois du pied’de la souche et des fissures du sol.

Autre lacune, et plus fâcheuse encore : c’est sur la manière dont la femelle ailée se comporte pour pondre les deux ou trois œufs dont, son abdomen est rempli dès le premier temps de son éclosion. En captivité, nous l’avons vue déposer rapidement ces œufs sur les parois de sa prison de verre, puis mourir après deux ou trois jours d’existejxce. Placée sur un panrpre de vigne, sous une cloche, elle est morte sans avoir déposé ces œufs et sans avoir piqué les feuilles d’une manière ostensible. On ignore donc absolument où ces œufs sont déposés, quelle génération d’insectes en sort, et quel rapport peuvent avoir les premiers nés de la mère .ailée avec les galles dans certaines vignes, avec les racines chez d’autres. C’est, à notre avis, le desideratum le plus important dans l’histoire des mœurs du Phylloxéra. C’est un des points que l’un de nous se propose d’étudier en Amérique, en joignant à cet égard ses efforts à ceux du judicieux M. Riley.

Reste à .savoir également si les insectes ailés naissent un à un d’une manière irrégulière et s’ils se répandent de même, ou bien s’il y a en quelque sorte essaimage de nombreux individus naissant à la fois et se’ laissant emporter par le même souffle de vent. Y a-t-il des heures déterminées, du jour ou de la nuit, où cet essaimage, ou tout au moins des éclosions nombreuses, se'feraient de préférence? Là-dessus, l’on ne sait à peu près rien, sauf l’observation de M. Faucon, que les insectes ailés (organisés par la structure de leurs yeux pour vivre en pleine lumière) marchent parfois sur le sol mêlés aux insectes aptères et aveugles; qu’ils ont l’air d’être gênés dans leur marche par l’action d’un vent un peu fort, et qu’ils semblent s’attacher alors par leurs pattes aux aspérités du sol, pour ne pas être emportés. Mais ces quelques notions laissent presque entier le problème de la dispersion â distance du Phylloxéra ailé.

Quant à la période pendant laquelle ce transport a lieu, elle doit s’étendre dans notre climat du mois de juin jusqu’à la fin octobre. Les nymphes sont surtout abondantes en août et septembre, époques critiques sans doute, et pour la formation de nouveaux loyers d’infection, et pour l’exacerbation du mal dans les foyers' anciens. C’est donc dans le courapt de l’été ou de l’automne que l’infection se répand à distance, et tout foyer qui se manifeste au printemps ouenété remonte pour ses débuts aux mois chauds ou tempérés de l’année d’avant.

U3S DIVERS TYPES, LES DIVERS ÉTATS ET LES DIVERSES FORMES DU PHYLLOXERA

Nous proposons d’appeler types gatycole et radicicole les deux modifications sous lesquelles l’espèce Phylloxéra vastatrix se présente, suivant qu'elle est destinée à la vie aérienne ou à la vie souterraine. Chacun de ces types comprend lui-même, d’une manière parallélique, une série d’états, savoir : larve, femelle pondeuse aptère, nymphe et insecte ailé; enfin, tels de ces états comportent également des formes différentes, telles que les formes transitoires des larves entre leurs diverses mues ou changements de peau, ou les deux formes d’insecte ailé que nous avons observées soit chez le Phylloxéra àe la vigne, soit chez le'Phylloxéra du-chêne. La diversité de ces modifications du même insecte est un fait très-singulier, mais qui n’étonnera nullement ceux qui connaissent l’extrême polymorphisme des animaux inférieurs.

' Ce n’est pas ici le lieu d’étudier minutieusement ces nombreuses modifications; contentons-nous d’en signaler les principales, en commençant par le type radicicole.

PPhylloxera des racines, Phylloxéra vastatrix radicicola. —Al’état de larve naissante, c’est-à-dire avant sa première mue, ce type se présente avec l’aspect d’un petit pou jaune clair, relativement agile» avec des pattes et des antennes plus développées que^chez les formes d’âge plus avancé. D’abord errant à la recherche d’une place convenable pour se nourrir, cette larve ne tarde pas à se fixer sur' un point d’une racine : elle y enfonce sa trompe, commence à grossir, après quoi sa peau devient un peu terne et s’ouvre par une fente dorsale, et l’on en voit sortir l’insecte, qui a fait peau neuve et se présente de nouveau avec une teinte plus vive. Ce fai£ de la mue, facile à voir en été lorsque les mues sont fréquentes, a été très-bien étudié par M. Cornu chez des insectes de la génération d’automne, lesquels, engourdis pendant tout l’hivqr et d’un jaune sale ou quelquefois fauve durant cette période, se dépouillent au printemps de leur peau flétrie et paraissent avec une robe nouvelle et plus claire 1 .

Le nombre de mues de l’insecte aptère des racines n’a pas été nettement observé. Nous supposons qu’il est de trois ou quatre. Après la dernière, les individus laissent voir par transparence, dans leur abdomen, un ou deux œufs à la fois. Ils passent alors à l’état de mères pondeuses. Leur forme ovoïde et plus ou moins rebondie, les rangées

(*) M. Cornu, Comptes rendus de l'Acad. des Sc., tom. LXXVI, p. 102, 104.

de tubercules qui s’étendent en longueur sur leur dos et leur abdomen, la brièveté relative de leurs pattes, de leurs antennes et de leur trompe, leur torpeur habituelle (elles ne changent querarement de place), tout les fait aisément distinguer des larves, de grosseurs diverses, dont les ovaires n’ont pas encore atteint leur perfection et dont les tubercules dorsaux ne sont que peu ou point dessinés. L’absence de fourreaux d’aile empêchera de les confondre avec les nymphes, et la présence des œufs doit les faire assimiler à des insectes adultes, chez lesquels l’appareil reproducteur est développé, tandis que les organes de locomotion restent à l’état rudimentaire. Ces femelles pondeuses à tubercules se rencontrent sur les nodosités des radicelles aussi bien que sur les divisions plus grosses de la racine:'on ne les a jamais vues dans les galles des feuilles. C’est d’elles que naissent évidemment la plupart des individus aptères qui pullulent sur les racines ; mais on n’a pas suivi régulièrement,'pendant toute une saison, la durée d’évolution des générations successives, les modifications que peuvent subir les individus, dans ces lignées qui dérivent les unes des autres. On ne sait pas, par exemple, si les nymphes qui vont donner l’insecte ailé naissent dans les mêmes pontes que les insectes aptères; si c’est, au contraire, de femelles spéciales que dérivent les générations ailées. On ignore également la part que la température, la nourriture, peuvent avoir dans le développement de ces individus ailés.

Les incertitudes à cet égard ne pourront être levées que par des études très-régulièrement suivies, dans la campagne et dans le cabinet, par l’isolement absolu des diverses pontes, à partir d’une première mère mise à part et dont les filles, petites-filles, etc., seraient successivement séquestrées et nourries en bocal du printemps jusqu’à l’automne L

1 Nous venions d’écrire ce qui précède, c’est-à-dire d’exposer les lacunes d’observation qui ne permettent pas de déterminer d’une manière rigoureuse le nombre de générations du Phylloxéra qui se succèdent dans le courant de l’année, lorsque nous avons lu, dans le Moniteur vinicole (n« du 30 juillet 1873), l’article de M. Signoret intitulé : le Phylloxéra ; ses transformations. Notre collègue avouera lui-même qu’il faut une forte dose d’attention pour démêler sa pensée réelle au sujet de l’évolution de cet insecte, et surtout pour faire concorder les six mues et les dix temps dans lesquels il enferme cette évolution, avec son assertion générale que « Y évolution complète du Phylloxéra a besoin de toute l’année. » Par cette dernière phrase, M. Signoret veut-il dire que l’ensemble des formes que prend successivement le Phylloxéra n’apparaît que successivement dans le cours de l’année entière 7 Admet-il implicitement que les premiers Phylloxéra nés au printemps arrivent à l’état de femelles pondeuses vers le mois de juin, et donnent alors au moins une nouvelle génération dont il n’a pu suivre exactement les phases? Mais, dans ce cas, au lieu d’énumérer six mues successives et dix temps (d'évolution), comme s’il s’agissaitdes changements du même individu, il aurait fallu, pour être clair, parler d’abord des trois mues qu’il attribue au même individu, pour arriver à l’état de mère pondeuse à tubercules; puis recommencer

La rapidité de la ponte est évidemment sous la dépendance de la température, et d’autant plus grande que cette température est plus élevée. Du 13 au 14 août 1868, en vingt-quatre heures, une femelle observée dans un bocal a pondu quatre œufs ; du 23 février au 6 mars 1869, dans une. chambre médiocrement- chauffée, une femelle n’a pondu que six œufs, c’est-à-dire, en moyenne* pas tout à fait un en deux jours 1 .

Le temps que les oeufs mettent à éolore est également variable et encore peu connu. Nous croyons que huit jours, à péu près, sont le chiffre des mois d’été, du 15 juin au 15 août; mais quinze jours au moins seraient nécessaires en avril et octobre.

Parmi les individus aptères des racines, il en est quelques-uns qui tranchent, par certains caractèrgs, avec les femelles ordinaires. Leur couleur est jaune orangé, leur forme ellipsoïde, avec l’abdomen postérieurement arrondi et presque tronqué. On ne voit pas d’œufs dans leur corps, au moins dans la saison d’hiver, époque ou nous les avons surtout observés dans nos bocaux : ils marchent et changent de place à cette époque où les femelles ordinaires sont engourdies. Que représentent ces individus ? C’est encore pour nous un problème, dont la solution pourrait éclairer peut-être la question des insectes ailés.

Ceux-ci se présentent sous deux formes : 1° femelle ailée renfermant deux ou trois œufs dans son abdomen, à corps manifestement étranglé (surtout chez la nymphe), entre le corselet et l’àbdomen, à nervure

la série des chiffres pour, les mues de la génération ou des générations de la seconde moitié de l’année. Du reste., au lieu de discuter en détail les assertions de M. Signoret, nous préférons en appeler à l’observation ultérieure. Seulement, sans préciser dès à présent le nombre des générations successives de l’insecte et le temps que chacune met à parcourir toutes les phases de son évolution, en admettant que cette évolution n’est pas très-rapide dans les mois d’avril et de mai, surtout lorsque la chaleur est tardive comme elle l’a été cette année (jusqu’au. 15 mai, nous trouvions à peine quelques œufs nés des insectes qui avaient passé l’hiver engourdis), on peut dire que de juillet à fin septembre l’évolution est bien plus rapide que ne le pense M. Signoret. N’avons-nous pas vu, par exemple, en peu de jours, du 12 au 24 juillet 1870, les jeunes larves sorties des galles de feuille, et nourries sur les racines, arriver à l’état de mères pondeuses munies de tubercules 7 La proportion croissante des insectes, à mesure qu’on avance vers l’automne, serait-elle aussi grande si leur multiplication ne comprenait plusieurs générations successives * 7

Quant à la succession des mues du même individu, elle est parfois très-rapide, puisque, d’après M. Balbiani, cité par M. Cornu ( Comptes rendus de l'Académie, séance du 21 juillet 1873, p. 193 ), des insectes des galles auraient subi deux mues en quatre jours I

* L’un de nous a compté, le 1er août 1869, vingt-sept œufs à divers degrés d’évolution, dans l’ovaire d’une femelle n’ayant pas encore commencé à pondre, mais s'approchant de cet état adulte où la ponte

de l’aile simple, ne joignant pas les deux nervules qui s’avancent vers elle À partir du bord postérieur de l’aile.

2° Des individus ailés, dont l’abdomen dépourvu d’œufs est relativement plus court que chez les femelles, dont la nervure de l’aile, simple à la base, se divise en deux nervules (dont une bifurquée), qui s’étendent jusqu’au bord postérieur de l’aile.

A l’état de nymphe, leqr couleur est souvent jaune grisâtre (non orangé vif, comme chez le nymphe femelle); leur corselet n’est pas • étranglé ; bref, on les distingue à première vue des nymphes des femelles ailées.

Que sont ces individus problématiques ? Nous avons pensé quelque temps que ce pouvaient être des mâles; mais l’absence d’organes visibles de copulation et le fait que nous ne les avons jamais vus accouplés avec des femelles rendent cette hypothèse bien incertaine. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que ce ne sont pas, comme l’a cru M. Signoret ( sur de rares individus par nous envoyés), des femelles ayant déjà pondu. D’abord les individus en question, éclos dans des tubes, n’ont jamais eu d’œufs dans l’abdomen, et, de plus, en étudiant au microscope des centaines d’individus analogues du Phylloxéra' quercus, l’un de nous a vu que, au lieu d’un ovaire, ces individus ont dans T abdomen une ou deux vésicules à parois assez résistantes, remplies dejcellules à contenu granuleux, qui ne se résolvent pas en spermatozoïdes définis, mais qui pourraient être le premier état des cellules dans lesquelles les spermatozoïdes achèveraient leur évolution. Mais ce sujet est encore plein d’obscurité et demande évidemment des études plus précises et plus complètes.

i Les femelles pondeuses des galles (type gallicole) sont remarquables par leur petit nombre (1-2 dans chaque galle), par leur corps très-large, déprimé, débordant les jambes courtes, finement chagriné sur la région dorsale, mais d’ailleurs dépourvu de tubercules ; enfin, par le nombre énorme d’œufs que chacune d’elles peut pondre ( 200 et au delà dans chaque galle). Les petits qui sortent de ces œufs-rappellent les jeunes , du type radicicole : en été, ils se répandent sur les feuilles tendres de l’extrémité des pampres, en y développant par leurs piqûres des galles de plus en plus nombreuses; mais il se peut que, même en cette saison, quelques-uns se rendent surles racines de la vigne, comme le prouve une expérience faite par M. Signoret, dans un jardin de Paris, en août 1870. A l’automne, dans tous les cas, c’est sur les racines que les derniers éclos doivent descendre, attendu qu’ils ne sauraient passer l’hiver dans les abris que les feuilles leur donnaient pendant l’été.

La transformation des Phylloxéra des feuilles en Phylloxéra des racines est d’ailleurs un fait mis hors de doute par nos expériences directes, par celles de M. Laliman et par celles, plus récentes, de notre

ami M. Maxime Cornu. (Comptes rendus de T Acad, des Sc., n° du 21 juillet 1873, p. 190-193). On peut en déduire, avec une certitude absolue, l’identité spécifique de ces deux types, dont les femelles adultes, vues à part, pourraient passer pour deux espèces distinctes. Personne, à notre connaissance, n’a vu en Europe la forme ailée du Phylloxéra des galles; mais Shimer et Riley l’ont observée en Amérique, et ce dernier la dit pareille à la femelle ailée des racines.

3° Les Remèdes

Ici, nous devrions nous borner aux indications générales, car le champ des expériences, et surtout des pures imaginations, est immense, l’appât d’un prix de 20,000-francs ayant mis en ’branle toutes les cervelles fêlées de la France et de l’étranger. Dans le fatras de projets soumis aux Commissions départementales (à celle de l’Hérault principalement) et à l’Institut, il faut faire une part à la réclame; une autre, et la plus large, à l’ignorance si humiliante du gros du public de notre pays; une autre à la manie qu’ont certains savants de trancher de loin, et sans examen, des questions qu’il faut étudier de près. La part la plus mince quant au nombre, mais la seule dont il y ait à tenir grand compte, revient à ceux qui, se basant sur l’observation et l’expérience, cherchent avec persévérance, non pas une panacée, un remède unique et souverain, mais les solutions les plus rationnelles que comporte un problème aussi complexe. Dans ce dernier ordre d’idées, nous allons exposer sommaiügement les traitements généraux, fondés sur les systèmes suivants: 1° l’arrachage et le brûlis des ceps; 2° les engrais, avec ou sans addition de substances insecticides; 3° les irrigations, et surtout la submersion ; 4° les insecticides ; 5° les moyens mécaniques; 6° les appâts, ou pièges à Phylloxéra; 7° les insectes mangeurs de Phylloxéra ; 8° le choix de cépages qui résistent à l’action de la maladie ; 9° les changements dans le mode de culture de la vigne.

I e L’ARRACHAGE ET LE BRULIS

Nous n’avons jamais recommandé cette méthode que dans le cas d’invasion récente, et pour des foyers très-disséminés et bien circonscrits. Nous n’y avons vu, nous n’y voyons encore qu’un palliatif, un moyen de retarder l’invasion, d’en enrayer le progrès. Pour des départements entiers, tels que l’Aude et les Pyrénées-Orientales ; pour des arrondissements comme celui de Béziers, il est temps encore d’ap-

pliquer cette mesure défensive, à la condition que l’association des communes, des cantons, de l’arrondissement, du département, rende la mesure générale, en votant des fonds applicables à cet objet. N’ajournerait-on que d’un an l’explosion du mal généralisé, les fonds n’auraient pas été perdus; sans compter qu’un an de délai peut per- -mettrë d’attendre la découverte de moyens de guérison véritable. Quant à la délimitation des points infectés, au mode d’arrachage et de brûlis, nous ne saurions entrer dans les détails. Disons seulement qu’on supprimerait des frais; en se contentant (de flamber sur place les ceps et leurs racines, au lieu de les incinérer, et que, sur le terrain de l’arraehâge, il faudrait, comme mesure de précaution, pour ramasser les Phylloxéra restés dans le sol, coucher en provins les sarments des vignes saines du pourtour, et mettre sur la partie nue du centre des marcottes de vignes réservées en pépinière pour cet usage.

Il est des cas, sans doute,' où la dissémination des insectes dans une vigne est assez grande pour que l’arrachage ne puisse être efficace, à moins de s’étendre sur une trop grande surface ; mais il en est dans lesquels les foyers sont bien circonscrits, et où l’arrachage a suspendu pendant un an presque tout progrès de l’insecte autour de la tache primitive.

Page 1