LES IRRIGATIONS, LA SUBMERSION
L’action de l’eau, dans le premier cas, se borne à soutenir plus ou înoins, à ranimer parfois, les vignes malades ; mais, dans cette lutte inégale, c’est la vigne qui finit par succomber. La submersion, au.con-
traire, telle que M. Faucon l’a pratiquée et conseillée, c’est-à-dire faite au mois d’octobre, durant une trentaine de jours consécutifs, et de telle sorte que la couche d’eau surnageante dépasse 5 ou 6 centimètres ; la submersion, disons-nous, a donné chez l’auteur du procédé des résultats tellement remarquables, qu’il est 'impossible de ne pas y voir le moyen le plus certain (jusqu’ici du moins) de sauver les vignobles placés dans les conditions où ce traitement est applicable 1 . Aussi l’attention publique se tourne-t-elle déjà vers les moyens de rendre submersibles le plus grand nombre possible des terrains de la région méridionale; et ce mouvement vers la création de canaux, vers l’emploi des eaux eh général, n’aurait-il pour résultat que de créer dans nos terrains de nouvelles conditions de fertilité, les sacrifices faits dans ce sens trouveraient leur juste rémunération, alors même,que d’autres moyens rendraient plus tard l’usage des eaux inutile pour la vigne.
Comment agit l’eau dans le cas de submersion complète et prolongée, c’est-à-dire avec excès et surnagement d’une couche de liquide ? On peut croire, avec M. Faucon, que, dans ce cas, les insectes sont asphyxiés; car lapression de l’eau fait dégagerrairdesinterstices du sol, et comme, au mois d’octobre, les insectes ne sont pas encore tombés en léthargie* l’asphyxie doit être la conséquence de la suppression de l’élément nécessaire à leur respiration. Cette asphyxie serait sans doute plus rapide dans les mois d’été ; mais d’autres inconvénients, et surtout l’impossibilité pour la vigne de résister à ce bain forcé dans ses périodes de végétation, rendent impraticables des submersions estivales.
4° LES INSECTICIDES
Les insuccès qui, jusqu’à présent, ont entravé l’emploi de ces moyens, tiennent, principalement aux difficultés mécaniques de pénétration de ces substances dans l’espace cubique de terre qu’occupe tout l’appàreil radiculaire d’une souche. Alors même qu’il s’agit de substances trèssolubles et qu’on n’est pas embarrassé pour donner de fortes doses de liquide, beaucoup d’insectes échappent à l’action délétère de ces substances. Cela tient probablement à la presque impossibilité de déplacer par de simples arrosages, sans pression d’eau, l’air qui s’interpose entre les racines, siège des insectes, et la terre dans laquelle ces racines sont plongées. .
1 Voir, pour les détails de ce procédé, les divers articles de M. Faucon, dans la Messager agricole du Midi, et notamment dans le Bulletin de la Société d’agriculture de Vaucluse, supplément à la livraison de juillet 1872, tom. XXI, p. 1-31.
Il faut qu’un obstacle de ce genre compromette ce mode de traitement; car, sans cela, l’on ne concevrait pas pourquoi tant de Phylloxéra échapperaient dans le sol à l’énergie de certains insecticides. L’application des gaz, des substances émettant des vapeurs, permettrait peut-être de tourner cette difficulté ; mais, jusqu’ici, des déceptions ont signalé les efforts persévérants faits pour atteindre l’ennemi dans les profondeurs du*sol ; déceptions mêlées sans doute de quelques demi-succès, mais qui nous ont fait successivement renoncer à l’acide, phénique, à l’huile de cade dissoute dans l’urine, au polysulfure de calcium, à la suie, à la naphtaline et à une foule d’autres substances.. L’arsenic, et l’orpiment, fort à la mode en ce moment, aurontrils un meilleur succès? Décidés à n’opposer de fin de non-recevoir à aucune recherche sérieuse, nous nous garderons bien de' condamner les in-r secticides en bloc, ou tel insecticide en particulier. Il faut, au, contraire, expérimenter tout ce qui présente quelque chance de réussite, soit au point de vue de la guérison des vignes malades, soit comme moyen de préservation des vignes saines.