‹ Le pie bas-bleuChapitre 7 sur 33 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

m AScasvÉom mm pab», par M. Tabbé J.-H. Michoo. — BiociiAraiB

»BS ACIKOM ET MES ACimiCBS »■§ »IFPéBBim TViATBU VB VABIS,

pBT M. H. Demuiet. — l'avabb, de Molière. — les plaibeiibs, de Radiie.

Pendant que je babille, chers enfants, et fais un appel à votre reconnaissance , ma patte a heurté contre une petite brochure religieuse ; nous allons la parcourir ensemble : il est bon que je vous apprenne à connaître un peu de tout. Vous saurez par là comment on écrit de

nos jours sur les choses saintes. Ce livre est intitulé :

Les Archevêques de Paris, par M. Tabbé J.-H. Michon. C'est une brochure de 61 pages, qui est timbrée. Les huit premières pages sont employées à servir de catalogue des différents livres dont M. Michon se reconnaît le pire; on a soin d'indiquer les prix des livres, le nom des éditeurs, et même on ajoute à tous ces détails une petite note critique, en vue de ne plus permettre au lecteur la moindre hésitation.

Dans l'introduction du livre en question, l'auteur explique que son but est de prêcher la séparation des pouvoirs spirituels et temporels. On ne saurait trop le remercier d'avoir si clairement exprimé l'objet de sa brochure , car un lecteur peu accoutumé à disséquer de pareils ouvrages aurait peut être cru que l'on voulait prouver dans celui - ci la nécessité de transférer la papauté à Paris. En effet, on y voit plus loin que Paris devient de jour en jour da-

vantage le centre réel de la catholicité, tandis que Ron)e n'en est plus que le centre légal. Or, si Paris est le centre réel de la catholicité, pourquoi aller contre les faits et contre les tendances du siècle?

Ici nous serions fort disposé à croire que Ton amène le pape à Paris ; irais il y a un petit obstacle que nous n'avions pas vu, c'est que l'auteur a fait précédemment un livre intitulé De la papauté à Jérusalem, Et, franchement, on n'aime pas à enfreindre le premier une loi qu'on a établie soi-même. Un auteur a sa logique. Mon siège est fait! tant pis s'il surgit des obstacles non prévus I

D'ailleurs l'auteur se pose à lui- même, page 32, ligne 9*, la question que nous venons de résoudre; et voici comment il la résout à son tour. I-e lecteur jugera nos deux solutions :

■ Pourquoi , me dira-t-on , avez-vous , dans t votre livre De la papauté à Jérusalem^ détourné » la papauté de venir se fixer en France, puis-

— vaque, selon vous, c'est le centre du monde intellectuel et religieux? Pourquoi avez-vous posé l'hypothèse d'une translation du saintsiége à Jérusalem , loin de tout mouvement , au sein de l'islamisme immobile et sous la domination temporelle des Ottomans? Il serait trop long de répondre ici à ces deux questions avec le développement qu'elles comporteraient. •

Voilà donc le pape qui reste à Rome provisoirement, en attendant qu'il prépare son grand voyage de Jérusalem. Mais après les observations précédentes, qui ne laissent pas que d'être un sujet assez grave pour une brochure en 61 pages in-16, vient l'histoire des trois derniers archevêques de Paris.

L'auteur juge d'une façon assez impartiale , et en homme d'esprit, les trois archevêques qui , d'après son livre , tout en ayant occupé le premier siège épiscopal de l'occident catholilique, après Rome, n'y apportèrent pas une

capacité en rapport avec leur haute position et leur immense influence.

Entre autres réflexions faites avec la meilleure intention du monde , sans nul doute , on remarque ( page 53 ) les suivantes* qui seraient, à les prendre au pied de la lettre, un panégyrique plus mordant que flatteur pour rinfortuné Mgr Sibour.

i Mgr Sibour était doux, d'un caractère » bienveillant et désirant plaire à tous, etc...

» Il se prodigua aux hommes qui gouver-

> vemaient alors. Il se persuada quMl pourrait

> ainsi être plus utile à la religion. Plus tard , » surpris par l'arrivée d'un pouvoir nouveau ,

> il crut que les motifs qui l'avaient fait se » prodiguer aux uns devaient le faire se pro-

> diguer aux autres. Gela venait de son cœur,

> qui ne savait ni se réserver ni se contrain- • dre. »

Enfln l'auteur termine son travail par un

portrait anticipé du nouvel archevêque, quMl parait avoir été plus à même d'apprécier que les précédents, à en juger par son langage plus indulgent cette fois que quand il s'agissait des trois défunts.

A ce dernier portrait succèdent quelques lignes, en manière de conclusion, pour établir qu'il est fort difficile d'être bon archevêque de Paris, et que Paris, sans vouloir détrôner l'antique Rome, la mire patrie de l'Église universelle, a des velléités de se faire appeler la nouvelle Rome.

Ce livre , quoique un peu rapidement écrit et étouffé dans ses étroites limites, soulève des questions de la plus haute gravité. Il est à regretter que Fauteur n'ait pas employé son talent et son esprit à nous faire voir, dans un gros livre digne d'un tel sujet, ce qu'il adviendra, pour l'Église , de cette prépondérance de jour en jour plus croissante de l'influence politique et religieuse de Paris sur le reste du monde; et

il est aussi à regretter que Ton ne puisse pas s'arranger, malgré le livre de la papauté à Jérusalem^ pour amener à Paris , au moins une fois en passant, cette papauté qui d'ailleurs n'aura pas besoin de défaire ses paquets, puisqu'elle n'a' point encore annoncé son départ pour la terre promise.

O mes enfants, ne criez pas au scandale, je vous prie ! Mais la mère Gros-Lard a si peu mis d'ordre dans ses papiers, qu'à côté des archevêques de Paris j'ai ramassé la Biorjraphie drs acteurs et des actrices des di/férenis théâtres de Paris ^ etc., écrite par M. Hippolyte Demanet.

Puisque ce papier, qui vaut dix centimes, à en croire l'imprimeur, m'est tombé sous la main, lisons ce qu'il contient.

Je ris beaucoup de voir que madame Madeleine Brohan y est à peine nommée , et encore sous l'égide de sa sœur Augustine , et que madame Marie Cabel a pour elle seule un long article

de plus d'une page, commençant comme un conte de fées!...

• Par un de ces beaux jours d'été qui font » des alentours de Bruxelles un jardin magi-

> que aux prairies émaillécs de fleurs où les » zéphyrs viennent parfumer leurs ailes ^ une 9 belle enfant, joyeuse et candide, s'en allait

• effeuillant les bluets et les paquereltes, dont » elle semait les pétales comme en un jour de » fête • (j'avertis le lecteur que les mots soulignés ne Tétaient pas dans la susdite biographie) , « et semblait répondre au défi des rossignols

> et des pinsons, en jetant à Ncho répercuteur » ( j'avais envie de souligner deux fois ce dernier mot ) t les notes perlées de sa voix harmonieuse,

• lorsque, au détour d'un buisson d'aubépine, » une apparition soudaine vint arrêter le jet ca- » pricieux de ses richesses symphoniques. Mais ■ cette apparition, loin d'exciter la frayeur, » avait le sourire aux lèvres, et se tenait dans » une position admirative.

9 — C'est toi qui chantes ainsi? Quel âge as-

• tu, mon enfant? lui demanda d'un ton plein de » douces caresses une dame aux dehors d'une » élégante distinction , etc., etc., etc. (1\ *

Si madame Marie Cabel n'est pas satisfaite du long article dont nous ne faisons qu'un bien petit extrait, que devra penser cette pauvre Rachel, dont voici la biographie, toujours tirée de ce même papier volant que je viens de trouver dans la cave.

€ Rachel Félix ^ née vers 1819. D'abord » chanteuse des rues, prise en pitié par des

> protecteurs qui lui firent faire des études à

> l'aide desquelles elle débuta au Gymnase, dans t la Vendéenne f en 1837; elle ne réussit pas, » non plus qu'au théâtre Molière *> (admirez , lecteur, le pas non plus que ) , c lorsque tout à 9 coup une révolution s'opéra en elle et la fit

> la reine de la tragédie française. »

Parlez-nous de ces révolutions-là I

(1) Biographie de» acteur» et actrices des différents théâtres de Paris y etc. . . par M. ff. emanct.

« Cette petite mendiante, devenue riche, dé- 9 pose aujourd'hui son sceptre après avoir créé • vne position à toute sa famille. >

Telle est la morale de la chose.

On est mendiante , on se promène en chantant sur le boulevard , on rencontre un protecteur, il se fait en vous une révolution, et vous chaussez le cothurne, que vous gardez jusqu'à ce que vous ayez marié tous vos amis, parents et connaissances.

Pourquoi madame Marie Cabel a-t-elle une aussi longue biographie, et Rachel une si courte? Que dira la postérité ( si les feuilles de M. Demanet lui parviennent)? Elle prendra Marie Cabel pour une reine de la scène , et cette pauvre Rachel pour sa soubrette I

Il faut avouer que madame Marie Cabel a bien de la chance , et que Rachel n'en a guère ! à moins qu'il ne faille remplacer le mot chance par un mot plus métallique.

Que vois-je, mes enfants? V Avare de Molière et les Plaideurs de Racine ! quelle bonne fortune ! Je compte bien emporter le tout chez moi. Quoi ! je laisserais ces perles au milieu de ce tas de bouquins

Qu*à répicier du coia bonne mère Gros-Lard, Pour quelques sous comptant, offrira tôt ou tard?

Oh non ! Tant pis pour la marchande, elle n'en saura rien; au surplus, elle mérite son sort pour avoir pu commettre une pareille bévue 1 Mais venez çà, mes trésors, bijoux chéris, que je vous baise ! O Molière ! ô Racine ! comme on ralTole de vous , surtout après les rencontres que je viens de faire !

V Avare I Quel plaisir on éprouve à relire ce chef-d'œuvre I O Molière! plus on t'étudie, plus on admire la profondeur de ton génie I Tu dis les choses les plus sublimes avec le langage le plus simple et le plus naturel !

Les Plaideurs sont aussi un chef-d'œuvre ,

mes enfants ; mais on n'y trouve plus le naturel de Molière. Racine a des mots que Ton voit venir comme ces gens qui se font tirer l'oreille! Puis le sujet de la pièce est fort léger; elle pèche aussi par le manque d'unité dans Taction. La scène du jugement du chien larron, scène véritablement sublime, paraît trop être toute la pièce , et n'est pas assez reliée au reste.

D'ailleurs on voit naître parfois sous la plume de Racine quelques mots redondants et inutiles ou qui paraissent appelés par la rime, qu'ils aident plus qu'ils f{ aident le sens du vers.

Molière ne tombe jamais dans ce défaut-là.

Ce sont les détails qui ont immortalisé les Plaideurs de Racine ; c'est le fond qui a immortalisé V Avare de Molière.

C'est égal, je vous emporte avec moi, chers joyaux! Sortons vite, avant que la mère Gros- Lard nous surprenne I Retournons en notre logis,

mes enfants; quittons cette cave, et disons-lui au revoir. Ne craignez point que je termine ici les cours de critique littéraire de la pie Bas-Bleu. J'ai encore à vous conter bien des choses, mais il faut coordonner ce que Ton possède avant de songer à amasser de nouvelles richesses. Méditez donc sur tout ce que je vous ai dit précédemment, et quand vous aurez reposé vos esprits, vous serez plus aptes à profiter des leçons que je prétends encore vous donner.

Je vous emmène avec Molière et Racine; vous plaindrez-vous de votre sort ? J*espère que vous ne voudrez pas imiter Tindiflerence de la mère Gros-Lard I Pourtant, dans le monde , que de gens qui, avec des prétentions que n'a point cette bonne mère, ont dans leur esprit le désordre qu'elle n'a que dans sa cave t

Ici nous trouvons une lacune dans les notes écrites d'après le récit de la pie Bas-Bleu. Des points, que nous supprimons , séparent ce qui précède de ce que l'on va lire ensuite.

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