INTRODUCTION
Les landes de Gascogne, qui s'étendent sur une superficie de 1.200.009 hectares contenus dans les départements de la Gironde, des Landes et du Lot-et-Garonne, forment entre Bayonne, Nérac et Le Verdon, un vaste plateau triangulaire, limité, d’un côté par Océan, et des autres par l’Adour, les hauteurs cultivées du Lot-et-Garonne et les vignobles du Bordelais.
Le sol de ce plateau est un sable siliceux qui ne contient en général, ni argile, ni calcaire. En dessous se trouve, agglomérée à des profondeurs de 0 m. 30 à 1 mètre, une couche de matière organique appelée « allios », dont l’épaisseur est d'environ 0 m. 50 à 0 m. 70. Ce banc très dur est imperméable et l’eau de pluie, ne pouvant le traverser, formait, il y a peu de temps encore, de vastes lagunes qui rendaient une partie du pays inhabitable l'hiver, et par leur desséchement, insalubre l'été.
En outre, cette eau toujours en contact avec l’al-
lios, dissout la matière organique dont il est composé
l = (rez
en grande partie. Aussi était-elle souvent contaminée au dernier des points et dangereuse pour l’alimentation des hommes et des’ animaux.
Si bien qu’il y a un demi-siècle à peine, les Landes comptaient parmi les régions les plus insalubres de la France. La vie moyenne n’y était que de 34 ans et 9 mois. Le département des Landes se classait en tête de la France en 1837-1849, pour le nombre d’exemptions de scrofuleux au conseil de révision. Et cette région était considérée comme une des plus pauvres de la France, inculte et inhabitée (1).
Or, à l'heure actuelle, la vie moyenne y est de 41 ans; le département des Landes se range parmi les 4 départements présentant le moins de conscrits scrofuleux. La population est devenue robuste; l’aisance avec la santé est venue aux habitants et la région landaise est une des parties les plus riches de notre pays.
Une transformation aussi extraordinaire est un exemple peut-être unique dans l’histoire économique de la France. Et pour opérer un pareil changement, il a suffi de quelques semences de pins maritimes répandues sur ce sol stérile.
C’est le pin, en effet, qui à fait disparaître les marais et avec eux les fièvres, c’est lui qui a amélioré les conditions climatériques de cette région deshéritée, et c’est lui qui a apporté la richesse, grâce aux exploi-
tations multiples et variées que les hommes peuvent
(1) Chambrelent. « Les Landes de Gascogne », chapitre VI.
se permettre sur sa généreuse et passive structure.
Malgré les excellentes choses déjà dites sur le pin; sur les dunes, sur certaines questions ouvrières des Landes, il nous à paru intéressant de dégager d’une façon précise l'essor économique de cette région, de mettre en lumière tous les éléments qui ont contribué à sa prospérité, espérant aussi sur certains points, apporter quelques renseignements nouveaux.
Pour dissiper tout de suite la confusion que nous avons rencontrée dans les esprits et même dans les ouvrages consultés, sur l’enchaînement des faits qui constituent l’évolution de cette contrée, nous étudierons dans une première partie l’histoire du pin maritime dans les Landes; dans une seconde partie nous signalerons les diverses entreprises agricoles, commerciales industrielles auxquelles son exploitation donne lieu; et nous pourrons apprécier ainsi tout l'intérêt éccnomique de la question. Enfin, nous nous réservons dans une troisième partie de faire connaître en détail l’industrie proprement dite de la matière ligneuse, c’est-à-dire le mouvement des scieries mécaniques, car c’est sur elles que lon a dit le moins de choses et ce sont elles dont le développement continuel nous permettra de mieux juger les progrès ac-
complis dans les Landes de Gascogne.