‹ Le pirateChapitre 13 sur 59 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

CODEFROY, OLIVIER.

GODEFROY

Quelle agilation ! Qu'avez-vous, messire P

OLIVIER

Godefroy, des étrangers sont descendus, dit-on, sur nos rives ; quels sont-ils i'

GODEFROY

Je l'ignore.

OLIVIER

Quel dessein les amène ? la tempête les a jetés sur ces côtes ? leur vaisseau a échoué? quel était ce vaisseau.'' l'as-tu vu , Godefroy? oh! dis-moi donc, l'as-tu vu? quels gens composent l'équipage?... tu leur as parlé? ils t'ont dit leurs noms^ leur pays , leurs projets?...

GODEFROY

Rien de tout cela , je vous jure. Il ne m'appartenait pas de les interroger ; notre châtelaine se charge de ce soin ; c'est elle...

OLIVIER

Elle les verra, dis- tu? — Damnation! ce ne sera qu'après moi?...

•21 GODKFUOY.

(^ucl Irouhlc ! je iio vous coiTipreuds pas... Quel intc loi peuvent vous ins])iier ces étrangeis ... Si je ne parlais à sire Olivier, je croirais que la crainte... OLIVIER (avec un sourire amer.) La crainte ! — insensé 1

GODEFROY

Oh ! non ! loin de moi cette pensée offensante ; — un de nos plus vaillaiis guerriers, l'écuyer de Charles do iilois! le chevalier de la noble Imogènc... bientôt son époux...

OLIVIER

Ah ! cet hymen s'accomplira-t-il '

RÉCIT

J'espère encore ! Seul ami qui me reste , Rassure-moi.

GODEFROY

Oh! ciel, qu*entends-je ? quel effroi!

Quel est donc ce secret funeste ?

OLIVIER

Dans ma douleur à toi seul j'ai recours ; Mais puis-je dire...

GODEFROY

Ah ! parlez sans détours.

Vulre amitié m'est chère.

OLIVIER

Eh bien!... d'un téméraire, D'un rival abhorré , Dans un combat fameux la mort m'a délivré.

GODEFROY

Dieu ! qu'il fut beau ce joui' de victoire. Vive Bretagne !... nos chevaliers Marchaient à la mort , à la gloire Avec transport!... ïloiincur à ces guerriers! Avec Charles de Blois, prisonnier, saus défense, Vous n'avez pu combattre à oc duel fameux, Où trente chevaliers de Bretagne et de France Vainquirent trente Anglais , les plus vaillans d'entre eux.

Ilolaiid y succ<)iiâl>a. Lt; ciel fui lavotablo

Au défenseur de (^harle, à son noble soutien.

OLIVIER

Un guerrier inconnu vainquit ce misérable. Le bras qui l'a frappé, le voici! — c'est le mien ! Au péril de mes jours j'avais fui l'Angleterre , Pour mon prince ca[)lirje cherchais des vengeurs; Un célèbre déli ranime nos ardeurs , Inconnu, j'y combats; et le sort m'est prospère. De celle que j'aimais Roland avait la foi ; Ce bonheur usurpé devait être pour moi. Oui , mon bras a puni le traître , El Roland, rebelle à son maître, Expira sous mes coups.

Sa perfidie Fut à la fin punie !...

Le ciel était pour nous!

Hélas ! crainte incertaine , Est-ce un épouK que regrette Imogènc?

GODEFROY

Le ciel brisa sa chaîne.

OLIVIER

Ecoute ! —

CAVATÏNE.

Aux fureurs de la tempête Sans trembler livrant ma tête , Triste , errant , l'ame it;.|uiété^ Je voulais fuir ma douleur; Une image douce et chère Consolait pourtant mon cœur.

Imogène , ange sur terre , Pour toi seule étaient mes vœux, Et, malgré le sort contraire, Je t'aimais: — j'étais heureux!

GODEFROY

Tout maintenant vous dit : espère ; Elle est fidèle et va combler tes vœux.

OLIVIER

Pour elle encor je sens doubler mes feuv !

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