IMOGÈNE. OLIVIER
Ils sont loin ces beaux jours de notre II n'est plus d'espérance ;
adolescence , Maispourmoi la vengeance
De nos sermens d'amour j'ai gardé Commence.
souvenance ;
Mais je dois ma constance Perfide et faible femme !
Au plus sacré des nœuds. Mon ame
Le devoir réclame Maudit tes nœuds.
Etjesens, — faible femme, — Oui, malgré moi mon cœur l'adore,
Dans mon ame, En vain ta voix m'implore,
Tourment affreux ! Moi, te quitter! mieux vaut encore
Ah ! le même feu nous dévore, Mourir... ou fuir tous deux ! Mais tromper! mieux vaut encore Mourir — ou vivre malheureux!
IMOGÈNE
Fuir! 0 <léi»euce ! mais pardoniio, O mou (ils adoré!
OLIVIER
Ton fils !... Ah ! je frissonne !
Morl à ce fils exécré!
(H tire son poignard. En ce moment entrent deux femmes conduisant l'enfant, )
Dieu! mon enfant!...
OLIVIER
Qu'il meure !
Ou suis-moi!
IMOGÈNE
De grâce ! . . .
OLIVIER
Vois son trépas.
IMOGÈNE
Pitié !
OLIVIER
Non , non ! — qu'il meure !
IMOGÈNE
Mais Dieu te voit eu ce moment!
Ah ! sois clément !
(Au cri déchirant d'Imogène , Olivier met à ses pieds l'enfAut qu'il allait frapper.)
OLIVIER
Tu vois de ma furie L'excès affreux ; mais , mon amie , Pitié pour moi, je t'en supplie !
Le malheur nous rend si méchant !
Ton fils , ton bien suprême , Mourir! — plutôt moi-même!
Sur toi, Roland, retombe l'anathéme , Auteur de mon tourment !
IMOGÈNE
C'est moi , la tendre amie , Cher Olivier, qui l'en supplie !
Ah! calmo cette affreuse furif !
Ii(* désespoir rond si niéchaiil !
IMoii fils, njoii ])\v\i suprême!
Mourir! — plull^t moi-même !
Révoque ce funeste anallirine , Vois mou cruel tourment !
ENSEMBLE
IMOGÉNE. OLIVIER.
Cruel , vois mes alarmes ; Touché de ses alarmes ,
Prends |)itié de mes larmes. A sa douleur je rends les armes.
— Olivier ! — Mon courroux doit plier.
C'est moi , ta tendre amie, Ah! ne crains plus, charmante amie,
Qui t'en supplie! Pardonne, je l'en prie,
Calme cette affreuse furie, (A part.)
Le désespoir rend si méchant! Je garde au cœur toute ma furie ,
Mon fds, mon bien suprême! Et je vengerai mon tourment! Mourir! — plutôt moi-même !
Révoque ce funeste anathéme , Vois mon cruel tourment !
IMOGÈNE
(i4 ses femmes.) Si je vous suis chère, oubliez à jamais ce que vous venez de voir et d'enlendre. ( A Olivier .) Ah \ vous êtes un loyal chevalier, messire! parlez ; chassez un espoir qui maintenant serait un crime ; quittez à l'instant ce château ; songez au cruel soupçon que votre présence pourrait faire naître dans le cœur de mon époux! (On entend un bruit de fanfares) (1). Mais je l'entends! Sainte vierge! fuyez 1 fuyez ! s'il en est temps encore!
(Elle sort.)
(1) Ici commence la marche guerrière qui annonce l'entrée de Roland. Le monologue se parle sur la rausique|[ainsi que la scène qui le suit. Celle scène doit être jouée avec verve , énergie ; le dialogue doit être pressé , vif, soutenu. Chez Olivier, la fatalité remporte ; sa voix , amère d'abord, ^devint tonnante, jon regard 'élincelant , son geste furieux. Les pirates ont reconnu leur chef!...