SCÈNE XI
OLIVIER, YVES, RERNOC et Piuates.
KERNOC.
Que je sois damné si je n'ai pas entendu mon nom!
YVES
Qui diable m'a appelé ?
OLIVIER
Eh quoi! mes maîtres, n'allez-vous pas au-devant du sire de Beaulieu ? Ne Irouvera-t-il pas sur son passage les hôtes que la mer lui a envoyés?
KERNOC.
A dire vrai^ messirc , nous ne nous soucions pas beaucoup de nous monlror à lui.
OLIVIER
Eli quoi! la reconnaissancc|qiic vous lui devez...
YVES
Il vcul dire, qu'il craint comme moi (|uo l'hospilalilc qui nous a clé accordée par la noble chAtclaine ne soil pas approuvée par son époux.
OLIVIER
Et pourquoi:' le manoir d'un baron breton est toujours ouvert à l'infortune. — Mais s'il voit en vous des ennemis, si vous suivez une autre bannière que la sienne. ..-El en effet n'êtes-vous pas partisans de Charles de Blois?..
KEUNOC.
Ah ! qu'à cela ne tienne !
YVES (vivement).
Tais-loi, slupide !
OLIVIER
J'entends, oui... il ne vous en coûterait pas plus de vous dire amis de Jean de Monlforl... d'où je vois qu'à l'exemple de tant d'autres braves , vous guerroyez pour votre compte...
KERNOC.
Ai-je dit cela ?
OLIVIER
Et pourquoi non , mes dignes amis ? qu'y a-t-il là qu'un gentilhomme ne puisse avouer? Les traités de Calais et deMalestroit n'aulorisent-ils pas , malgré la trêve, cette guerre de partisans? Joyeuse guerre, vive Dieu! où il y a du moins du profit... n'est-il pas vrai?
KERNOC.
A qui le dites-vous!
Et qu'il vous plairait fort de recommencer. Qu'en ditesvous y maître Yves de Lambezeliec ?
YVES
Yrai Dieu! c'est mon nom. D'où le connaissez-vous?
OLIVIEU.
Ce n'est pas un des moins célèbres de la piraterie.
KERNOC.
Vous êtes le diable... on...
OLIVIER
Il en est d'autres cpi'on peut citer encore... Pensez-vous comme moi, Kernoc, le brave pilote'
KERNOC.
Saint lllam nous soit en aide l Si vous n'êtes celui que je n'ose nommer, autant vaudrait pour nous être au fond de l'eau^ en compagnie des requins , que dans ce château infernal!
OLIVIER
Eh bien! Yves, mon maître , voilà le moment de montrer ce courage, cette présence d'esprit qui distinguaient l'intrépide pirate.
YVES (s'oublianl).
Mais nous ne sommes plus ici sur le lillac de la Vengeance,
OLIVIER (avec feu).
La Vengeance ^ amis!... la Vengeance!... et ce mol seul ne fait pas bouillonner le sang de vos veines!... {Bruit de fanfares plus rapproché. ) Tenez , entendez-vous 1'
KERNOC.
C'est le seigneur qui entre au château.
OLIVIER
Répétez donc avec moi : vengeance !
KERNOC.
Ah! que je meure, si ce n'est...
OLIVIER
Séparons-nous , amis, pour nous rejoindre bientôt.
(Il sort. Yves et Kernoc restent seuls un instant.) YVES.
Kernoc , c'est lui !...
KERNOC.
Ou Satan.
YVKS.
C'est l(; maître, tctlis-jc!
KERNOC.
\lors nous sommes sauvés.
WES.
Dieu le veuille l
KEKNOC.
J'en suis sûr, si nous obéissons.
WES (avec un soiipii. ;
Et nous obéirons.
KEUNOC.
Bien dit. — Ta main!...
YVES
Quittons-nous... À revoir...
KERNOC.
Mon saint patron^ ayez pitié de nous!
(Ils sortent par deux côtés différens.)