SCÈNE VII
CODEl lU) Y , \M<:S ( à l'ccarl ).
GODEFUOY.
Que signifie cet ordre;'... Pourquoi enlever cet enlanl à sa nièrc:'... Ah! le lyran niédile (jnelque nouvelle vengeance ! Imogène peut èlre... Oui, ralTreuse jalousie de Ixoland! sa haine i)Our Olivier... — Ah! que n'esl-il libre, mon noble maîlre !... que ne pcul-il délendre son amie !... Mon Dieu! comment le soustraire à la morL' qui pourrait i'arracher de ce lieu falal :'
YVES ( paraissant loiit-à-iou|t).
Le diable! ou moi, si vous aimez mieux.
r.ODEFROY.
Un pirale !...
YVES
N'exclamez pas ce nom-là si haut, noire ami, {llrant sa dague) ou je serais forcé de vous faire clianler plus bas.
GOPEFROY.
Comment êles-vous ici i'
YVES
Je vais vous le dire, l^a j)lus grande ])arlie de nos camarades avail déjà iVanchi le poiU-ievisde la iorleresse: noire chel' — Olivier — puisque vous le nommez ainsi, Rernoc , quelques aulrcs el moi, nous allions à notre tour nous trouver libres, (juand , le premier, j'aperçus \enir à nous cet Anglais damné avec une troupe à huiuelle nous ne pouvions raisonnablemcnl résister. -- ÏNous éliou-^
à deux pas de celle rivière ou fossé inlérieur que vous voyez ; je m'y [)récipile ; je me lipus caché derrière ces «jnarlicrs de rocs qui formcnl les arches du pelit pout^ et j'allcuds le moment favorable pour aller rejoindre ceux de nos amis (jui, Dieu uicrci, ne se balanceront pas dcn)ain au bout d'une corde de chanvre, en compagnie de voire Olivier — ou comme il vous plaira de l'appeler.
QODEFROY.
Et commenl espérez-vous parvenir à vous échapper du châleau :'
YVES
Avec votre aide, sire ménestrel, je compte bieix n'y plus être dans quelques instans.
GODEFROY, Que prétendez-vous?
YVES
Qu© vous m'aidiez à me tirer d'ici... et vous le ferez, car je vous jure, sur mon salut, que dans une heure notre chef sera entouré de ses braves amis, qu'il n'eut jamais dû cfuitter.
GODEFROY
Tous voulez vous échapper, mon maître, et ririez bien de ma crédulité, si je vous en donnais les moyens? YVES (tirant sa dague et là lui mettant sur le cœur). J'en ai un excellent! Je puis te tuer^ te porter à la place que j'occupais tout-à-l'heure-, me couvrir de ta robe de clerc , et profiler de l'ordre que l'on vient de donner de te laisser sortir.
GODEFROY
Hélait là!...
YVES
Et j'ai tout entendu... Me sauver seul serait une lâcheté!... Je veux la liberté de mon chef, de mes compagnons: — je l'aurai! — Je n'ai que faire de ta vie ; mais j'ai besoin de tes vctemens. — Donne-les-moi ; laisse-moi partir; il V va du salut de ton Olivier-..
GODEFROY
Mais lordic (jui m'a élé donné.
YVES
Tu attendras à demain pour rexéculcr... et demain lu n'auras plus de compte à rendre à Roland. — N'as-lu pas
un logis au château?
J'en ai un.
Près d'ici ?
A deux pas.
GODEFROY
YVES
D'autres habits? - D'ailleurs pour le couviir j'ai Ic^ miens , et ta robe me suffit.
GODEFROY
Mais cet enfant que l'on va m'amener?
YVES
Quelques minutes, et je suis transformé en honnôlo homme!... — Il faut si peu de temps. — Tu reviendras après. —Tu conduis chez loi ton élève ; -on le croit parti... avant une heure nous venons délivrer celui que tu parais tant aimer... El si, comme tu semblés le craindre, il se tramait quelque complol contre la vie d'Imogène, cet enfant que l'on veut éloigner...
GODEFROY
Sa présence empêcherait peut-être un nouveau crim^..,
YVES
En pareil cas, mailre, il est donc de votre devoir de <lésobéir.
GODEFROY
Aux dépens de ma vie !
YVES
Eli! qu'importe:'... faiil-il donc qu'un bandit vous donne des leçons de générosité, savant clerc.'
GODEFKOY.
Kh bien! je cède...
YVES- Si celle nuit Olivier n'csl pas sauvé , demain je viens livrer ma lèle à Roland , cl mon aine au diable!
GODEFROY
Parlons!...
(Ils sorleiil j>récij)itamnient. )
SCÈJNE \m.
.lEANNIC, conduisant le fils d'Iinogrue.
Il doit êlre ici... « Dans la galerie du petit pont, » m'a dit monseigneur. — Nous y voilà. — « Remets cet enfant entre les mains de maître Godefroy. » — J'ai peine à comprendre— Et je n'ai pu instruire ma maîtresse! — A peine iii je eu le temps de lui glisser le billet de messire Olivier. — Pauvre jeune homme! — li est là, dans la salle basse de la grande tour. — Comme je passais devant sa prison, cherchant maître Godefroy que j'espérais trouver près de lui, il m'appelle à travers ses barreaux : « Bonne Jeannic, « au nom du ciel , qui te bénira^ porte cet écrit à ta maîtresse ! » Et son regard me suppliait! — Puis , sans le vouloir, je regardai ce billet, et je vis des caraclères rouges ! <c C'est mon sang , me dit-il avec un sourire qui me fit mal. » —Oh! que Notre-Dame me le pardonne! mais je n'ai pu résister;... j'ai fait la commission... Puis, comme je sortais de chez ma marraine, j'ai rencontré monseigneur; il tenait cet enfant... Mais je ne vois pas maître Godefroy. Serait-il de ce côté:* — Cherchons!
(Elle s'éloigne avec l'enfanl.)
Jo