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La combinaison du panislamisme et du mouvement apparemment sinophile préparerait les mainmises allemandes sur l'Asie. Comme on Ta vu (p. 162), le plan de Berlin consiste d'abord à armer la Chine sous la direction d^officiers allemands assez puissamment pour que le Japon soit expulsé de Kiao-Tchéou et de la province du Shantoung. L'Allemagne obtiendrait ainsi une première et éclatante vengeance de l'Empire du Soleil Levant. Mjais ce ne serait pas tout. La politique que Berlin prévoit à l'égard de la Chine est identique à celle pratiquée actuellement en Turquie. Si l'Allemagne armait la Chine, ce serait dans des conditions telles que le Céleste Empire devrait subir l'influence étroite de la Pangermanie. Tannenberg {pp.
LE PLAN PANGEBMANISTE
cit. y p. 321), nous apprend que l'aboutissement de cette tactique serait rétablissement d'une vaste zone d'influence allemande spéciale sur tout le cours inférieur du Yang-Tsé-Kiang et le Hoangho, c'est-à-dire sur la vaste portion de la Chine qui forme l'hinterland de Kiao-Tchéou.
SoU environ 750.000 kilomètres carrés et 50 millions d'habitants.
Tannenberg précise enfin les divers protectorats allemands qui seraient établis sur la partie méridionale de l'Amérique du Sud où existent d'assez nombreux colons allemands dont les tendances envahissantes sont déjà manifestes. « L'Allemagne, dit textuellement Tannenberg, prend sous sa protection les républiques de l'Argentine, du Chili, de l'Uruguay et du Paraguay, le tiers méridional de la Bolivie, pour autant qu'il appartient au bassin du Rio de la Plata et la partie méridionale du Brésil pour autant qu'y règne la culture allemande. » {Op. cit., p. 321.)
Argentine.
Chili . . .
Uruguay Paraguay .
1/3 Bolivie i/5 Brésil .
Soit au total
Kilomètres carrés.
Population.
l.'ÎOO.OOO
172 LE PLAN PANGERMANISTR
« L'Amérique méridionale allemande, conclut Tannenberg, nous procurera, dans la zone tempérée, un terrain de colonisation où nos émigrants pourront se fixer comme agriculteurs.
Le Cliili et l'Argentine conserveront leur langue et leur autonomie. Mais nous exigeons que dans les écoles l'allemand soit enseigné comme seconde langue. Le Brésil du Sud, le Paragi^ay et l'Uruguay, sont des pays à culture allemande. L'allemand y sera langue nationale. » (V. op. cit., p. 337.)
Pendant la guerre même, l'Allemagne a préparé certaines de ces réalisations. La Tribune de Chicago a appris que le Comité des Affaires Étrangères du Sénat des États-Unis possède les preuves d'intrigues allemandes dans l'hémisphère américain au mépris de la doctrine de Monroe. (V. Le Temps, 16 février 1916.) Ces agissements pangermanistes officiels de toute évidence entièrement conformes au programme d'action en Amérique de Tannenberg, vérifient ridentitc de ses vues coloniales avec celles du gouvernement de Berlin.
En résumé, le programme pangermaniste extra-européen aurait pour résultat d'assurer à l'Allemagne sous forme de colonies, de protectorats ou de zones spéciales d'influence :
Kilomètres carrés. Populalion.
En Asie 4.753.000 83.490.000
En Afrique 8.906.000 46.850.000
EnOcéanie 2.314.000 38.841.'^0
En Amérique 6.347.000 18.197.000
Soit au total. 22 . 320 .000 187. 378 . 000
L'Allemagne, qui occupait ou influait exclu^ sivement, au début de 1916, en Europe sur 3.576.237 de kilomètres carrés, y compris Tempire, et plus de 160 millions d'habitants environ, aurait donc un domaine universel d'action totale s'exerçant sur 25.896.237 de kilomètres carrés et 347 millions d'habitants . Ce chiffre com prenant au plus 90 millions d'Allemands en comptant très largement, donc, ceux-ci exerceraient leur hégémonie sur 257 millions de non- Allemands.
Il faut bien saisir encore que les énormes possessions de la Pangermanie dans les deux hémisphères seraient très solidement placés sous la domination de Berlin. En effet, il suffit de jeter les yeux sur la carte (V. p. 165) pour constater que le plan pangermaniste universel a pour objet de s'emparer de tous les points stratégiques essentiels qui commandent les mers de Funivers notamment, outre ceux déjà nommés plus haut, du détroit de Gibraltar par le Maroc, de celui de Malacca, de celui du cap Horn, de Madagascar et de toutes les bases navales de TOcéanie.
En somme, le plan pangermaniste intégral a pour but de faire passer à TAUemagne tous les moyens de domination terrestres et maritimes qui permettraient à la Pangermanie de tenir le monde entier sous la formidable étreinte du militarisme prussien porté au plus haut degré de puissance.
Pas un instant ce qu'il y a de criminel dans ce programme d'esclavage universel n'arrête les Pangermanistes. « La guerre, dit Tannenberg avec son monstrueux cynisme, ne doit laisser au vaincu que les yeux pour pleurer. Modestie de notre part serait pure folie . » (Y. op. cit. p. 304.)
Or, et c'est là une vérité capitale dont je voudrais convaincre mes lecteurs, le plan pangermaniste universel est entièrement et uniquement basé sur la réalisation du Hambourg -Golfe Persique qui en constitue F armature essentielle. Si celle-ci est brisée, tout le plan pangermaniste s'écroule et les projets de domination prussienne sont détruits à jamais. Rendre impossible le Hambourg Golfe Persique constitue donc^ en réalité j le problème capital que les Alliés ont à résoudre^ s'ils veulent assurer leur liberté et celle du monde tout entier.