IV. Les États du sud de TAmérique
y. Les États-Unis.
La quasi-totalité des États neutres, sans s'en douter encore suffisamment, ont un intérêt vital ^àce que l'Allemagne non seulement abandonne ses conquêtes à Test et à l'ouest mais encore et surtout à ce qu'elle n'établisse pas, à la faveur de la guerre, son hégémonie sur FAutriche- Hongrie. Ce dernier point de vue est parfaitement logique puisque cette hégémonie allemande sur l'Europe centrale aurait pour conséquences d'assurer au gouvernement de Berlin des moyens de domination terrestres et maritimes formidables fV. p. 173). Donc, par effet réflexe de cette per-
turbation colossale dans le rapport général des forces des États, en raison de celte concentration extraordinaire des instruments de la puissance dans les mains allemandes, Tindépendance de tous les États neutres en serait certainement affectée de la façon la plus grave. Dans ce chapitre, on examinera la situation des pays encore neutres qui seraient plus particulièrement touchés par la réalisation du Hambourg- Golfe Persique.
L'exemple du Portugal est caractéristique car il s'agit d'un petit État qui, dans Topinion de beaucoup, pendant longtemps semblait pouvoir rester en dehors du conflit alors qu'au contraire la nécessité de se défendre contre les projets allemands d'absorption qui le visaient l'a finalement contraint à se jeter dans la guerre.
Depuis Touverlure des hostilités européennes, les intrigues allemandes les plus intenses se sont exercées au Portugal où, avant l'éclatement de la conflagration européenne, elles avaient été préparées aussi minutieusement qu'ailleurs.
Agissant surtout sur les milieux réactionnaires portugais elles avaient pour but le plus apparent de rétablir sur le trône Emmanuel de Saxe-
Cobourg et Gotha-Bragance, détrôné le 5 octobre 1910 par la Révolution d'où naquit la République portugaise, et qui, le 4 septembre 1913,
LE PORTUGAL E.T le PANGERMANISME COLONIAL
cpousala princesse allemande Augustine-Victoria de HohenzoUern-Sigmaringen. Les agents. allemands agirent encore sur certains milieux anarchistes portugais afin, partons les moyens possibles, de provoquer des troubles dans ce pays dont la ruine était très nettement prévue par
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le plan pan germaniste de 1914. On a vu, p. 169, quelles colonies portugaises ce plan visait particulièrement. Or, en 1912, le gouvernement de Berlin préparant ardemment et astucieusement sa guerre européenne sur la base de l'abstention de l'Angleterre qu'il s'agissait d'endormir par l'avantage de profits coloniaux momentanés avait, dans des négociations officieuses avec Lord Haldane, tenté de s'entendre avec le cabinet de Londres pour partager les colonies portugaises d'Afrique.
Ces colonies (Iles Açores, Madère, du cap Vert, du Prince, de Saint-Thomé, Guinée, Angola, Mozambique), dont la carte ci-contre donne la vue d'ensemble, ont une grande importance pour le Portugal. Avec leurs 2 millions de kilomètres carrés et leurs 8.300.000 habitants, elles sont les restes imposants du magnifique empire colonial portugais de jadis ; elles constituent donc une base essentielle pour le commerce portugais et surtout pour une future renaissance économique du Portugal que, très naturellement, le gouvernement de Lisbonnje voudrait pouvoir provoquer.
Dès l'ouverture des hostilités européennes, les Allemands, escomptant leur victoire en Europe, avaient envahi l'Angola et c'est seulement tout récemment que les soldats portugais ont réussi.
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à les en chasser. L'état de guerre existait donc, en fait, depuis longtemps entre le Portugal et rAlIemagne et c'est celle-ci quien avait pris r initiative. Le gouvernement portugais s'est ainsi trouvé^ dès le début, avoir des raisons multiples et concordantes d'éprouver de la sympathie pour la cause des Alliés. Il la leur a témoignée d'ailleurs de la façon la plus efifective dans toute la mesure de ses moyens.
En représailles des incessantes intrigues allemandes sur son territoire continental et des actes de guerre commis sur son territoire colonial par des soldats de Guillaume II, le Portugal a fini par saisir les nombreux navires allemands qui se trouvaient internés dans ses ports depuis le début de la conflagration européenne.
L'Allemagne a riposté, en mars 1915, par une déclaration officielle de guerre qui, en réalité, n'a fait que sanctionner un état de choses existant depuis longtemps par suite de l'agression allemande sur l'Angola.
Dès cette rupture officielle accomplie, le Portugal a parfaitement saisi que, pour sauver son existence, il devait s'engager à fond aux côtés des Alliés. Le 25 mars 4916, le ministre de la Guerre portugais a lancé un ordre à l'armée dans lequel il dit :
« Quiconque a suivi avec tme anxiété patrio*
tique les actes de P Allemagne depuis la conférence de Berlin de 1885 ne peut douter que sa victoire représenterait la perte de nos colonies, peut-être même de notre, nationalité.
« Nous devons tous^ par suite, bien graver dans fiotre esprit que les combats qui se livrent actuellement sur tant de points du monde sont des combats qui nous touchent de très près, que cette guerre est notre guerre, la guerre pour notre liber té, pour notre indépendanée, pour l'intégrité du territoire de la patrie et que nous devons la faire là où notre action militaire pourra frapper le plus efficacement le pouvoir de r Allemagne.,.
« II faut que la haine pour TAUemand ennemi et barbare soit répandue dans les cœurs de tous, et pour qu'elle s'établisse et pénètre dans Tarmée, il devient nécessaire qu'on explique au soldat les raisons de cette guerre, qu'on lui raconte les offenses que nous ont infligées les Allemands, qu'on lui fasse comprendre les intentions et les projets de l'Allemagne à l'égard des petites nations comme la Belgique, comme la Serbie, comme le Portugal. »
Cette proclamation du ministre de la guerre portugais mérite d'être retenue car elle exprime fort exactement les sentiments généraux qui deviendront ceux des États encore neutres au
fiir «ta mesure qu'ils « réaliseront » clairement que leur indépendance future est véritablement subordonnée à la défaite intégrale dé l'AUemagne.
Les lignes ci-dessous résument quelles étaient, dans le plan pangermaniste de 1895, les vues et la tactique adoptées par les Allemands à l'égard des Hollandais.
« Quand nos frères de race bas-allemande auront triomphé de leur frayeur presque puérile de « Tannexion par les Prussiens », ils admettront que Feutrée de la Hollande dans la Grande- Allemagne est avantageuse aux deux parties.
D'ailleftirs, au sein de la Grande -Allemagne, les Hollandais pourraient conserver dans la mesure raisonnable leurs caractères particuliers.
a Le Royaume des Pays-Bas entrant non seulement dans l'Union douanière allemande, mais encore dans la <]lonfédération pangermaniste avec la plénitude de ses droits, renoncera à entretenir une flotte indépendante, mais organi- .sera un corps d'armée indépendant, avec des prérogatives analogues à celles de la Bavière, ainsi qu'une armée coloniale. Il restera en possession de ses colonies et pourra même se char-
ger d'administrer la Nouvelle-Guinée et toutes les colonies allemandes du Pacifique.
« La langue officielle restera le bas-allemand