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AUTORISER LES CONCLUSIONS SUIVANTES

La réalisation momentanée du plan pangermaniste dans la proportion des neuf dixièmes, conformément au programme de 1911, constitue la preuve des mensonges répandus par la propagande allemande sur la cause et les auteurs responsables de la guerre.

La mobilisation intellectuelle de TAllemagne aussi puissamment organisée et réalisée que sa mobilisation militaire lui a permis d'imposer à beaucoup de neutres de T Univers les opinions les plus fausses sur les responsabilités de l'éclat et de la prolongation de la guerre. On ne se rend pas encore suffisamment compte chez les Alliés à quel point cette propagande allemande leur a été préjudiciable et quels dangers elle continue à comporter pour la conduite de la lutte et la conclusion de la paix.

Celte propagation allemande a d'autant mieux

réussi que, fort longtemps, elle ne s'est heurtée nulle part à aucune contre-propagande sérieuse des Alliés. Ceux ci, en eflFet, confiants avec candeur en la justice de leur cause selon eux évidente, n'ont procédé à aucune mobilisation intellectuelle véritable. Ce n'est que tout récemment qu'on a commencé chez les Alliés à organiser la propagande nécessaire et légitime à faire à l'étranger ; des progrès sérieux semblent d'ailleurs devoir se réaliser dans cette voie.

Six arguments essentiels ont servi à la propagande allemande.

1^ L'Allemagne est contrainte do soutenir la guerre pour résister à une coalition traîtreusement nouée par TAngleterre. L'Allemagne, pays d'activité intellectuelle scientifique et économique, obligée de lutter pour son existence, mérite donc les sympathies de l'Univers.

2^ Si les neutres sont gravement lésés par la guerre et sa prolongation, la responsabilité en incombe aux Alliés qui veulent anéantir le peuple allemand. Les neutres doivent donc s'entendre et faire pression sur les Alliés pour que ceux-ci s'inclinant devant la victoire allemande, la paix puisse être vite rétablie.

3^ Pour hâter ce résultat, les neutres et notamment les Ëtats-Unis doivent s'opposer au blocus maritime que l'Angleterre exerce dans des con-

i-i-:fC

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ditions discutables au point de vue du droit international. En refusant de livrer des munitions aux Alliés, les Etats-Unis mettront fin à la tuerie et serviront ainsi la cause de Thumanité.

4** L'Allemagne est en réalité conciliante^ elle ne veut qu'une juste paix. <x Nous Allemands, déclarait M. de Bethmann-HoUweg, le 11 décembre 1915, nous ne voulons pas opposer les peuples les uns aux autres ; au contraire, cha« cun prendra part au travail pacifique commun et aux progrès des nations. »

5^ Les neutres doivent d'autant plus aider l'Allemagne que celle-ci combat pour assurer à tous la liberté des mers actuellement détenue par l'odieuse Angleterre. Le Berliner Tageblaii (cité par Le Matin du 18 février 1916) n'a même pas craint d'affirmer que le Hambourg- Golfe Persique assurerait à tous les peuples la liberté maritime.

<( Si la mission économique de l'Allemagne est de garder libre la route qui mène par l'Europe centrale, de la mer du Nord en Asie Mineure, et de la rendre de plus en plus accessible dans rintérét de tous ceux qui habitent sur son parcours, de cette mission même découle notre intérêt vital également sur la mer, dont la route continentale en Europe centrale n'est que la continuation. Notre intérêt exige que lu mèr soit

libre de l'hégémonie d'un seul peuple, libre pour toute concurrence honnête. »

6"^ Les Alliés ont prétendu qu'ils faisaient la guerre à l'Allemagne en raison de notre violation de la neutralité de la Belgique. Ce prétexte moral élevé ne sert qu'à dissimuler leurs hypocrites convoitises ; les Alliés n'ont rien à reprocher à l'Allemagne puisqu'ils ont eux-mêmes violé la neutralité de la Grèce.

Assurément ces arguments essentiels, base de la propagande allemande, paraissent aux Alliés, qui ne peuvent avoir aucun doute sur le caractère prémédité de l'agression allemande, constituer des mensonges « kolossaux » aussi absurdes que cyniques; mais il faut bien comprendre que, répétés inlassablement sous toutes les formes, soit à des neutres européens à tendances germanophiles, soit à des neutres d'Amérique ou d'Asie, qui forcément n*ont que des idées fort confuses sur les affaires si compliquées de l'Europe, ces arguments ont cependant permis aux Allemands de causer aux Alliés de graves préjudices aux répercussions morales, économiques et militaires. Les Alliés ont donc un intérêt majeur, pour la conduite ultérieure de la lutte, à anéantir le plus vite possible tous les effets de la propagande allemande univer-

LE PLAN PANGBRMANIi>TE

selle. Or c'est ce résultat considérable^ comme on le constatera plus loin, que. la réalisation momentanée du plan pangermaniste permettrait aux gouvernements al liés ^ s'ils le veulent, d'atteindre très rapidement.

Le Pangermanisme et ses dangers éventuels sont assez bien connus chez certains neutres, mais c^est encore d'une façon vague, sans cette précision absolue et cette notion du péril immé^ diat qui déterminent les fortes convictions et les actions rapides. Il est aisé de comprendre que si le plan pangermaniste de 1911 a été ignoré, dans sa précision et son étendue, jusqu'à une date toute récente, dans les pays alliés/ cependant les plus intéressés à le connaître^ ce plan néfaste d'asservissement universel est encore presque totalement ignoré dans les pays neutres dans son ensemble et sa complexité. Or^ la réa-lisation momentanée du plan pangermaniste en Europe dans l'énorme proportion des neuf dixièmes met les Alliés en possession d'arguments de fait indiscutables d'une extrême puissance démonstrative qui donnent aux Alliés les moyens de détruire vite et partout V effet encore subsistant des mensonges allemands et de montrer le danger que le Pangermanisme fait courir à tous les Etats civilisés.

Pour obtenir ce résultat, il suffirait que la pro-

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pagande des Alliés qui commence à s'organiser fût unifiée et basée essentiellement sur un petit nombre d'arguments positifs tirés des réalisations pangermanistes actuelles qui permettraieiU de démontrer à tous la lointaine préméditation, donc la responsabilité, de V Allemagne, et le plan de domination universelle qu'elle poursuit.

Cette propagande des Alliés devrait être assise sur la preuve matérielle indiscutable qui résulte de la superposition géographique presque absolue, sur le plan de 1911, des occupations pangermanistes systématiquement réalisées par l'Allemagne au cours de la guerre,

La carte ci-contre exprime graphiquement cette vérité incontestable en montrant la position des contours de la forteresse allemande actuelle par rapport aux limites préves du plan pangermaniste de 1911. Les conquêtes et mainmises allemandes correspondantes à ce plan devaient s'étendre, en plus de l'Allemagne actuelle, sur 3.474.288 kilomètres carrés. Or celles-ci au début de 1916 étaient réalisées sur une superficie de 3.035.572 kilomètres carrés. Cette preuve géograpliique est confirmée par les multiples manifestations annexionnistes d'outre-Rhin, notamment par :

1^ Le fameux mémoire du 20 mai 1915 que le Chancelier de l'Empire s'est fait remettre par

les plus iiii(>ortantes assbciatioos allemandes. (V. p. 47.)

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2*^ La volonté manifeste qu'a l'Allemagne de s'emparer successivement de Riga, de Calais,, de

Verdun, de Belfort et de Saionique^ afin précisément de compléter le plan de 1911 en s'emparant des points stratégiques nécessaires à la conservation des territoires qu'il englobe.

3^ Les déclarations faites le S avril 1916 au Reichstag par le Chancelier de TEmpire, M. de Belhmann-HoUweg, déclarations qui donnent à la preuve géographique une force démonstrative péremptoire.

Pour tout esprit droit, ces déclarations constituent, en effet, un aveu officiel de la volonté de TAUemagne de réaliser le plan pangermaniste. Ces phrases du Chancelier de Guillaume II ne laissent place à aucune ambiguïté :

a Après la guerre, la Pologne ne sera plus la même Pologne que l'usurier russe a quittée... Non. La Russie ne doit pas pouvoir, encore une fois, faire avancer ses armées vers la frontière non protégée de la Prusse orientale, de la Prusse occidentale. {Tempête d'applaudissements)...

« On ne s^imaginera pas davantage qu'à Touest nous abandonnerons, sans avoir des garanties sûres pour l'avenir, le pays où a coulé le sang de notre peuple. Nous voulons créer des garanties réelles, afin que la Belgique ne devienne pas un État vassal de FAngleterre et .de la France et ne soit pas transformée en ouvrage

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avancé contre rAllemagne, tant au point de vue militaire qu'au point de vue économique. » {Vifs applaudissements,) (Cité par Le Temps^ 8 avril 4916.)

Le Chancelier du Kaiser ne pouvait affirmer plus nettement les prétentions territoriales de TAUemagne, à Test et à l'ouest. Quant à celles visant le sud et le sud-est et résultant de la mainmise de T Allemagne sur TAutriche-Hongrie, la Bulgarie, la Serbie et la Turquie» M. de Bethmann-Hollweg n'y a fait aucune allusion. Ce silence s'explique. D'abord, on ne peut évidemment pas attendre du Chancelier de Guillaume II l'aveu précis du véritable cambriolage que rAllemagne a fait des territoires de ses propres alliés ; ensuite, à Berlin, on affecte de considérer les mainmises allemandes au sud et au sud-est comme définitives, donc en dehors de toute discussion.

D'ailleurs, le député Spahn, le leader du centre, qui, le S avril 1916 comme le 11 décembre 1915, s'est chargé de donner la réplique au Chancelier et de dire plus nettement ce que la fonction officielle de celui-ci l'obligeait à sousentendre, n'a laissé aucun doute au sujet des vues de l'Allemagne sur l'Europe centrale.

« Nous devons créer^ dit M. Spahn, une vie commune et dw*able avec F Autriche-Hongrie.

;i30 LE PLAN PANGERMANISTE

Nous devons disposer de territoires plus considérables que celui de V Empire d'A llemagne. Cette guerre qu'on nous a imposée doit nous assurei' une situation de puissance mondiale. » {V. Le Temps, 7 avril 1916.)

Ainsi donc toutes les preuves matérielles et morales indiscutables existent qui permettent d'établir sans contestation possible que TAUemagne a fait et continue la guerre pour réaliser le plan pangermaniste élaboré de 1895 à 1911..

Les AUiés peuvent se servir de la preuve des mensonges aUemands résultant de la réaUsation momentanée du plan pangermaniste de 1911 dans la proportion des 9/10* pour anéantir rapidement et partout les effets de la propagande aUemande et établir devant Funivers civilisé la légitimité et la nécessité de leur action mUitaire contre l'Allemagne prussianisée.

En partant des preuves matérielles et des déclarations allemandes indiscutables plus haut exposées la propa^çande des Alliés permettrait de démontrer très vite aux neutres la fausseté absolue des affirmatiens allemandes, donc que :

1® L'Allemagne a fait la guerre avec une très longue préméditation, uniquement pour réaliser le plan pangermaniste de 1895-1911 dont l'objet est de réaliser de formidables conquêtes et d'asser-

LE PLAIf PANGBRMANISTE 331

vir en Europe et en Turquie au joug de 77 millions d'Allemands, 127 millions de non-Allemands. (V. p. 43.)

2*^ Si la guerre dure c'est uniquement parce que TAlIemagne, n a pas renoncé à son plan de domination universelle.

3^ En prétendant réaliser le Hambourg-Golfe Persique, l'Allemagne n'a nullement pour but d'assurer au monde la liberté des mers, selon elle confisquée par l'Angleterre ; au contraire le gouvernement de Berlin prétend, par Teffet des conséquences inéluctables de Hambourg-Golfe Persique, s'emparer de tous les points stratégiques maritimes essentiels du globe. (V. p. 173.)

4"* En raison de ces conséquences, la réalisation du Hambourg-Golfe Persique menacerait directement l'indépendance de tous les pays civilisés de l'Univers et notamment du Japon, des États de TAmérique du Sud et des États-Unis.

5^ Aucune assimilation n'est possible à faire entre la violation de la neutralité de la Belgique par TAllemagne et l'installation des Alliés à Salonique.

Les Alliés ne sont pas allés en Grèce pour s'emparer du pays comme les Allemands l'ont fait pour la Belgique. Les Alliés sont allés en Grèce pour secourir leur alliée la Serbie, qui était d'ailleurs l'alliée de la Grèce, et mettre

obstacle au cambriolage de TAutriche-Hongrie, des Balkans et de la Turquie par les Pangermanistes. Les traités qui donnent à la Turquie, à la France, à l'Angleterre et à la Russie le droit de protéger la constitution hellénique, si profondément atteinte du fait des influences allemandes à Athènes suffisent, en droit international, à justiGer la présence des Alliés en Grèce. Mais il faut, en outre, mettre en évidence quils s'y trouvent encore en vertu du droit supérieur de sauvegarder la liberté collective des nations. Une comparaison permettra de bien saisir ce point de vue dont Texposé est peut-être nouveau. D'après le droit civil, la propriété privée est inviolable. Mais celui qui, passant devant un jardin dans lequel le droit de propriété lui interdit de pénétrer, voit de l'autre côté de ce jardin un apache en train d'assassiner un passant pour le voler, a le droit moral et même le devoir absolu de traverser ce jardin pour aller au secours de son concitoyen en péril de mort. Il n'est pas un tribunal au monde qui reprochera au bon et courageux citoyen d'avoir violé une propriété privée pour porter secours à son semblable. Or, c'est exactement l'état d'esprit qui a amené les Alliés à Salonique. Ils passent par la Grèce pour saisir à la gorge Tapache pangermaniste qui cambriole l'Autriche-

Hongrie, les Balkans, la Turquie, qui anéantit dans ces pays, par millions, les populations civiles antigermaniques, qui, sans hésiter devant les crimes les plus atroces, prétend se saisir d'immenses richesses et s'assurer leur conservation par la mainmise sur le Vienne-(îolfe Persique, laquelle donnerait à la Pangermanie les moyens de maintenir sa domination universelle. (V. p. 173.)

Or, comme mes lecteurs ont pu le constater, pour faire ces démonstrations, en raison précisément de la réalisation momentanée du plan pangermaniste, les arguments indiscutables de fait, de chiffres, de géographie et d'ethnographie abondent. Ces arguments irréfutables sont donc ceux qui peuvent le mieux faire grande impression sur les neutres puisqu'ils sont de nature à la fois à toucher leurs sentiments élevés et à mettre en évidence que leurs propres intérêts sont en péril. Si la propagande unifiée des Alliés veut se servir de ces arguments avec méthode, bien vite les répercussions morales, économiques et militaires dont la propagande allemande a incontestablement fait bénéficier l'Allemagne seraient anéanties et ce sont les Alliés qui, justement cette fois, s'assureraient des bénéfices analogues qui hâteraient la Victoire.

33i LE PLAN PANGERVAMSTE

Lies Alliés désormaie et les États neutres doivent avoir en constante considération non pas seulement les occupations allemandes à l'est et à Touest mais l'ensemble des occupations pangermanistes de l'Allemagne.

La carte ci-contre justifie cette conclusion. Il est évident que les occupations allemandes à Touest et à Test, si importantes qu'elles soient, sont relativement petites par rapport aux énormes mainmises que TAllemagne a réalisées aux dépens de rAutriche-Honprrie, de la moitié des Balkans et de la Turquie. Or il faut bien comprendre qu'en fait ces pays, notamment T Autriche- Hongrie, quoique alliés de TAlIemagne, sont aussi effectivement sous Thégémonie germanique que le sont la Belgique, la Pologne ou les départements français envahis. Il y a donc lieu de ne pas distinguer entre les occupations pangermanistes réalisées par l'Allemagne aux dépens d'ennemis directs (France, Russie), et celles eifectuées par la trahison du gouvernement de Berlin aux dépens de ses propres alliés comme l'Autrîche-Hongrie.

Ce que les Alliés et les États neutres ont à considérer, c'est r ensemble des occupations pangermanistes allemandes afin de discerrier celles de

nature à bouleverser les rapports généraux de» forces dans le monde et à déterminer par conséquent l'hégémonie allemande.

Or, il est îndubilable que ie jour où l'AUemagne renoncerait à ses occupations à l'est et & l'ouest en maintenant ses mainmises au sud et au sud-est, sa puissance serait formidablement accrue par rapport k ce qu'elle était avant la ^erre. Ce serait donc là une incontestable et énorme victoire pour le Pangermanisme. La carte schématique ci-dessus symbolise matériellement ceLte vérité. De Berlin partent les rayons

sur lesquels sont tendus les fils de rimmense toile d'araignée qui couvre Tensemble des énormes occupations pangermanistes que T Allemagne a pu réaliser au cours de la guerre en raison :

1° De la direction politique fort habile qu'elle a su donner à ses opérations militaires ;

2' De l'ignorance du plan pangermaniste par les Alliés. La connaissance de ce plan, en eifet, eût suggéré à ceux-ci, dès le début de la campagne, l'intervention par Salonique et le sud de la Hongrie qui eût détruit la partie principale du plan allemand en rendant impossible la jonction des empires du centre avec la Bulgarie et la Turquie.

I«a réaUsation momentanée presque intégn^ale du Haml>ourg-Golfe Persique démontre que la Tictoire intégrale des AUiés est indispensable à la Uberté du Monde.

Ni la réalité ni l'étendue du plan de domination mondiale poursuivi par les Allemands ne pouvant plus être contestées, il en résulte que tous les liltats civilisés ont un intérêt certain à la défaite de l'Allemagne prussianisée car la victoire de celle-ci afiecterait certainement leurs intérêts à un haut degré. Donc, les États neutres

dont Tindépendance serait particulièrement atteinte par les conséquences du Hambourg- Golfe Persique ont un intérêt règlement vital à ce que les Alliés continuent la guerre contre TAllemagno jusqu'à leur victoire complète.

Cette victoire intégrale est une nécessité non pas seulement européenne^ mais planétaire puisque le Hambourg-Golfe Persique aurait des conséquences planétaires (V. p. 174). Cette victoire doit avoir pour objectif capital de délivrer le monde entier du péril pangermaniste, donc d'empêcher tout retour offensif ultérieur de l'ambition intolérable des HohenzoUern. Par cotisé^ quent^ la victoire des Alliés implique l' obligation de détruire le Hambourg-Golfe Persique^ base indispensable mais suffisante de tout le plan pangermaniste.

Le plan d'esclavage poursuivi par l'Allemagne est maintenant si manifeste que les neutres ou les groupements germanophUes sont désormais moralement responsables de leurs sentiments devant l'Univers civilisé.

Les neutres qui, dans dans la première partie de la guerre, ont témoigné de la sympathie à l'Allemagne étaient excusables parce qu'ils étaient abusés mais maintenant ils ne se trouvent

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plus dans la même situation. Les faits sont là. Il n'est plus permis à quiconque à,e voir dans rAUemagne prussianisée autre chose qu'un cambrioleur-assassin féroce opérant aux dépens de la collectivité des nations. Selon la belle formule de M. Paul Hyacinthe-Loyson, les neutres peuvent ils être neutres devant le crime? Évidemment non. Comme le disait Fort justement le Daily Telegrapk : « Ceux qui refusent d'occuper un siège vacant à la table ronde de la cheoa^ lerie auront des comptes à rendre devant le tribunal du Jugement de l'Humanité. » Au point de vue où en sont les choses* en présence des cr/mes commis par les n scélérats de l'Europe centrale », — le mot est du Hollandais M. Schrœder, — les neutres ne peuvent plus soutenir TAlIemagne, sous aucune forme, sans se rendre ses complices.

Cette vérité se dégage si fortement des événements que déjà se manifeste l'évolution de deux pays neutres qu'on a pu croire germanophiles. L'opinion espagnole dont une partie fut longtemps trompée par la propagande allemande se reprend de plus en plus. La Suëde^ que des pressionset des tentations berlinoises audacieuses ont failli lancer dans la lutte pour le plus grand profit de la Pangermanie, se soucie maintenant de ne point séparer sa cause de celle de la civi-

lisation ; ses dirigeants responsables viennent de proclamer avec force que la Suède veut garder une stricte neutralité.

Les déclarations des Alliés, la réalisation du Hambourg - Gotfe Persique et la question d'Autriche-Hongrie.

En recevant les parlementaires français à Londres, le 11 avril 1916, M. Asquith a déclaré : « J'ai déjà dit en novembre que nous ne remettrions pas Tépée au fourreau tant que la domination militaire de la Prusse n'aurait pas été détruite entièrement et définitivement.

« Dans cette lutte, nous sommes les champions, non seulement des droits des traités, mais de rindépendancé et du libre développement des pays les plus faibles. {Y.L'OEuvre^ 12 avril 1916.)

Sir Edward Grey dans son interview au Dailt/ News de Chicago a affirmé : « Nous et nos Alliés nous nous battons pour une Europe libre, une Europe libérée non seulement de la domination d^une nationalité par une autre ^ mais aussi de la diplomatie fanfaronne^ du péril de gtterre, etc. ; a Les Alliés ne peuvent tolérer aucune paix qui 'y laisserait les torts causés par cette guerre non redressés . . Notts voulons une paix qui rende justice à chacun. (Cité par Le Temps, 17 mai 1916.)

M. Sazonoir parlant au nom de la Russie a signiûé : « Notre victoire doit être absolue,.. Les Alliés continueront à combattre jusqu'à ce que la race humaine soit délivrée du prussianisme. » (Cité par Le Temps, 21 février 1916.)

A Nancy, le 13 mai 1916, M. Poincaré a déclaré. c( La France ne livrera pas ses fils aux dangers de nouvelles agressions. Nous ne voulons pas que les empires du centre nous oOfrent la Paix, nous voulons qu'ils nous le demandent ; nous ne voulons pas subir leurs conditions, nous .voulons leur imposer les nôtres ; nous ne voulons pas une paix qui laisserait F Allemagne impériale mai-tresse de recommencer la guerre et qui suspen^ drait sur U Europe une menace étemelle; nous voulons une paix qui reçoive du droit restauré de sérieuses garanties .d'équilibre et de stabilité.

« Tant que cette paix-là ne nous sera point assurée, tant que nos ennemis ne se reconnaîtront pas vaincus nous ne cesserons pas de cop battre. (Cité par Le Temps, 15 mai 1916.)

ïjh 22 mai 1916, répondant aux parlementaires russes, M. A. Briand, président du Conseil français, a également déclaré :

« Je l'ai dit, je le répète, quand le sang coule à flots, quand nos soldats font avec tant d'abnégation le sacrifice de leur vie, le mot de paix est sacrilège^ s'il signifie que l'agresseur ne sera

p{is puni y et si démain l'Europe risque d'être encore livrée à l'arbitraire, aux fantaisies et aux caprices dune caste militaire assoiffée d'orgueil et de domination,

« Ce serait le déshonneur des Alliés. Que répondrons-nous si demain, après avoir conclu une telle paix, nos pays étaient de nouveau entraînés dans une frénésie d'armements? Que diraient les générations de l'avenir si nous com^ mettions une pareille folie et si nous laissions échapper l'occasion qui s'offre à nous d'établir sur des bases solides une paix durable ?

« La paix sortira de la victoire des Alliés, elle ne peut sortir que de notre victoire. » (V. Le Temps, 24 mai 1916.)

De toutes ces déclarations des Alliés se dégagent formellement deux idées fondamentales :

Le militarisme prussien doit être détruit ;

Les nationalités de TËurope doivent être libérées du joug prussien*.

Or, comme on Ta constaté, la réalisation du Hambourg-Golfe Persique a deux buts essentiels :

Une extension formidable du militarisme prussien qui régenterait une armée de 15 à 21 millions d'hommes (V. p. loi).

L'asservissement au germanisme de toutes les

nationalités non-allemandes situées entre le sud de la Saxe et le Golfe Persique.

Il y a donc opposition radicale entre les buts de la guerre poursuivis par les Alliés et ceux du gouvernement de Guillaume II. C'est ce qu'a implicitement très bien constaté. M. Marcel Cachin, député socialiste, dans up article paru dans L Humanité du 9 mai 1916 sous le titre a L'Europe centrale ».

« On voit se dessiner avec netteté le plan général de nos ennemis, dit M. Gacbin. 11 s'agit, au cas où ils seraient victorieux d'établir au cœur de l'Europe une puissance formidable soumise à riiégémonie allemande et qui comprendrait avec les annexions, dont les projets sont avoués, plus de 130 millions d'habitants...

« Il n'est pas besoin de grandes phrases pour montrer le danger que ferait courir à l'Europe entière l'exécution d'un pareil dessein. Ce serait pour notre pays la menace éternelle. Tant que durera le système politique actuel de l'Allemagne et celui de TAutriche, un aussi monstrueux assemblage serait, — qui en pourrait douter? — un danger permanent contre lequel, sans cesse, il nous faudrait songer à nous prémunir. El quant aux populations slaves à nouveau asservies, quant aux Tchèques, aux Polonais, aux Yougo-Slaves, aux Serbes, ils ne songeraient

naturellement qu'à la revanche pour échapper au servage et retrouver leurs nationalités foulées aux pieds. Si par malheur, se réalisait, par le fer et par le feu, cette unification brutale que résume la Mitteleuropaj nous aurions beau, après la tourmente, parler de paix ; ce serait à nouveau la guerre fatale. »

C'est là le bon sens môme. H est clair qu'en en finissant une bonne fois avec le militarisme prussien les Alliée obtiendront ainsi Ist seule garantie raisonnable qu'une guerre aussi atroce ne recommencera jamais et que de nouveau des millions d'hommes ne seront plus sacrifiés au Moloch pangermaniste. Les déclarations officielles des Alliés plus haut rappelées ne sont donc pas intransigeantes comme la propagande allemande voudrait en persuader certains neutres. En raison du formidable plan de dpmination universelle que poursuivent encore les Allemands, l'apparente intransigeance des Alliés constitue de leur part la suprême sagesse.

La question d'Autriche-Hongrie étant le nœud du problème universel posé par la guerre peut devenir la raison commune de la concentration des efforts communs, non seulement des Alliés actuels, mais aussi des États encore neutres qui sont virtuellement

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menacés par la réalisation du Hambourg-Golfe Persique.

Il est probable que le militarisme prussien serait déjà détruit ou sur le point de l'être si, dans la première partie de la guerre, les dirigeants des pays alliés n'avaient commis les trois fautes capitales aujourd'hui reconnues : la politique balkanique de 1915, les Dardanelles, le retard dans renvoi des renforts en Serbie.

Il est clair que ces trois fautes funestes ont entraîné une notable prolongation de la lutte et permis à l'Allemagne de constituer l'immense forteresse qui s'étend du nord de Dunkerque à l'Egypte et du sud de Riga à Bagdad (V. la carte p. 125). Pour abattre les murailles puissantes de cette formidable forteresse, les peuples alliés doivent donc consentir des sacrifices beaucoup plus étendus et plus prolongés qu'il n'eût été nécessaire si les erreurs aujourd'hui admises n'avaient pas été faites. Ces sacrifices les peuples alliés les acceptent d'ailleurs avec une abnégation et un héroïsme qui feront l'admiration impérissable de l'histoire. Mais, précisément parce que les fautes commises ont augmenté la durée de la lutte, les dirigeants des pays alliés ont maintenant le devoir absolu de tout faire pour assurer relativement vite la victoire intégrale. Or

LE PLAN PANGERHANISTE

celle-ci serait considérablement kdtée par groupement des forces soit économiques, soit lUaires de, tous les pays restés neutres gui, s s'en douter suffisamment encore, seraient di tement atteints par le succès du plan panger niste.

J'ai montré p. 330 comment une propuga systématique des Alliés, basée sur la réalisa' momentanée du plan pan germaniste, pour démontrer vite aux neutres la réalité des n songes allemands qui les ont abusés. Cette mi propagande devrait se proposer pour sec résultat de convaincre ces neutres qu'ils i autant que les Alliés, intérêt à la destructîor militarisme prussien et du Hambourg-Golfe 1 sique. Une fois cette démonstration bien h il serait vraiment légitime et possible de deir der à ces neutres d'apporter, dans la mesuri ils le peuvent, leur concours à l'oeuvre c< mune du salut de la civilisation universelle.

Pour que des résultats pratiques puissent rapidement obtenus par une propagande i vaincante, il est nécessaire de dégager très m ment quel est dans l'immense lutte actuell point d'intérêt réaliste considérable qui est v ment commun à tous les États de l'Unit Comme il a été démontré au cours de ce li ce qui procurerait à l'Allemagne les moj

346 LE PLAN PANGERMAiNISTI*:

d'établir sa domination universelle c>6t si, à la faveur de la guerre actuelle, rAllemagne parvenait à réaliser, sous une forme directe ou indirecte, le Hambourg-GolfePersique. D'autre part, je crois avoir établi que pour empêcher la réalisation du Hambourg-Golfe Persique il suffit^ mais il faut, que les peuples latins et slaves de F Autriche- Hongrie soient défînitivement soustraits au joug que leur a imposé Berlin à la faveur de la guerre. En ellet, le jour où la majorité de ces peuples formerait à la place de TAutriche-Hongrie un Etal, probablement de forme fédérale, une barrière inébranlable serait constituée en Europe centrale qui assurerait le Monde contre tout retour oflensif du Pangermanisme (V. la carte p. 84) . Par contre, si l'indépendance à Tégard de Berlin des peuples slaves de l'Autriche-Hongrie n'était pas assurée, l'extension du militarisme prussien sur les Balkans et la Turquie serait inéluctable; les peuples alliés auraient fait en vain leurs sacrifices inouïs et la lutte contre le « prussianisme » devrait continuer.

Il résulte de ces constatations que la question d'Autriche- Hongrie, parce que sa solution implique la /in du Hambourg-Golfe Persique^ constitue le nœud, non pas seulement du problème européen, mais encore le nœud du problème universel posé à tous les États civilisés par le plan

pangermaniste de domination mondiale. Par

conséquent, c*€st la solution de la question d'Autriche^ Hongrie^ sur la hase du principe des natio

naliiés, qui constitue tintirét commun, non seulement des belligérants alliés, mais aussi de tous les États encore neutres de f Univers qui sont menacés à un degré quelconque par la réalisation du Hambourg-Golfe Persique.

Les cartes ci-contre résument graphiquement pour quels États de l'Univers la solution de la Question d'Autriche présente un intérêt plus ou moins intense mais réellement identique.

Il est clair que la Russie serait constamment sous la menace allemande si la mainmise sur rAutriche-Hongrie de l'Allemagne était maintenue. Par suite de l'extension du militarisme prussien qui en résulterait, l'Angleterre serait contrainte de continuer de formidables armements qu'elle n'a accepté que provisoirement. Pour la France, aucune récupération de l' Alsace- Lorraine ne serait durable si les forces asservies de l'Autriche-Hongrie donnaient au gouvernement de Berlin, après un court répit, tous les moyens de reprendre l' Alsace-Lorraine momentanément cédée. La Belgique serait menacée pour la même raison. Pour l'Italie, l'hégémonie allemande sur l'Europe centrale signifierait la fin de tous les espoirs nationaux sur l'Adriatique et sur l'expansion italienne en Méditerranée orientale. Pour la Serbie et le Monténégro, celte mainmise serait un arrêt de mort sans

LE PLAN PAI<ïGBRMAMfôTE

appel. Elle impliquerait, pour le Portugal, la

350 LE PLAN PANGERMAlflSTE

perte de ses territoires d'outre-mer en raison des conséquences maritimes et coloniales du Hambourg-Golfe Persique.

Mais des pays encore neutres comme la Grëce^ la Roumanie, la Hollande» la Suisse qui sont directement visés par le danger pangermaniste devraient aussi être convaincus que leurs intérêts les plus réalistes, en complète harmonie avec leurs obligations morales devant la civilisation, leur font un devoir de donner aux Alliés un concours selon leurs moyenb soit moral, soit économique, soit militaire.

La seconde carte montre le faisceau des États d'Asie et d'Amérique qui, menacés par les conséquences mondiales du Hambourg-Golfe Persique, ont également un intérêt majeur et direct à la solution de la Question d'Autriche-IJongrie. Le Japonaidedéjànotablementles Alliés, maisson concours pourrait être encore plus étendu, plus effectif et plus direct. Or, l'intérêt japonais le plus strict commanderait de le fournir -car c'est seulement du fait de la défaite intégrale de l'Allemagne en Europe que le Japon sera assuré de ne pas voir se développer pendant longtemps à ses dépens les troubles de Chine (V. p. 163). Comme il a été établi p. 171, de nombreux Etats de l'Amérique du Sud sont directement visés par le plan pangermaniste de 1911. Or, celui-ci ne

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sera réellement redoutable pour ces Etats que si rAUemagne peut un jour disposer des formidables moyens d'action que lui assurerait le Hambourg-Golfe Persique. Le Chili, l'Argentine, rUruguay, le Paraguay, la Bolivie, la Colombie, le Brésil ont déjà été l'objet de manœuvres pangermanistes préparatoires. Cet avertissement devrait les amènera comprendre vite qu'ils ont un intérêt certain à coopérer dans un.e mesure quelconque à l'œuvre commune. Or, ils le pourraient, l'Argentine et le Brésil notamment, d'une façon efficace dans le domaine économique.

Quant aux Etats-Unis on a constaté, p. 316, que la réalisation du Hambourg-Golfe Persique mettrait réellement en péril et de la façon la plus grave leur indépendance. Sans doute, ce point de vue n'est pas encore généralement compris aux Etats-Unis mais une propagande facile à faire, puisque les arguments abondent, permettrait de convaincre les Américains qu'en luttant en Europe les soldats alliés garantissent vraiment l'avenir de la grande république américaine. Le jour où cette conviction les dominerait, les Etats-Unis n'hésiteraient plus à prêter aux Alliés européens les concours de nature diverse (V. p. 317) qui hâteraient La victoire inté^rrale.

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En résumé, des déductions successives, toutes basées sur. des faits acquis et aisément contrôlabiés, araënent à constater que le formidable problème posé à l'univers civilisé 'par ragression allemande se résume dans la solution de la Question d'Âutriclie-Hongrie, /Kzr^e que cette solution^ qui peut être réalisée sans porter atteinte aux intérêts légitimes du peuple cUlemand (V. chapitre vi | III), est l'unique moyen de mettre fin au plan de domination mondiale des Hohenzollern. basé sur le Hnmbourg^Golfe Persique,

Or, quand la question d'Autriche-Hongrie sera résolue, par voie de conséquences, les problèmes l>articuliers à chacun des Alliés seront également solutionnés. Quant à l'Univers entier, par un procédé indiscutablement juste, — l'indépendance des peuples tion-allemaods de l'Europe centrale, — il sera efficacement protégé contre tout retour offensif des intolérables ambitions pangermanistes.

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