‹ Le plan pangermaniste démasqué: le redoutable piège berlinois de "La partieChapitre 6 sur 26 · LES DANOIS EN PRUSSE · texte numérisé non relu

LES DANOIS EN PRUSSE

bon plaisir, que la Prusse lit reconnaître, par le Parlement de Francfort, comme territoires allemands^ ses provinces orientales qui^ enréaltte\ sont slai^es puisqu'elles contiennent encore actuel" lement environ 4 millions de Polonais.

LE PLAN PANGERHANISTE

C'est au nom du Pangermanisme qu'en 1864 la Prusse s'empara de la partie purement danoise du Schleswig. (V. la carte p. 25.)

C'est au nom du Pangermanisme que TAutriche-Hongrie où les Allemands ne sont qu'ime très faible minorité, acluellement 12 millions

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contre 38 millions de non Allemands (or ces chiffres sont ceux des statistiques allemandes qui exagbrent systématiquement le nombre des Allemands dans l'empire des Habsbourg), fait depiiis fort longtemps l'objet des convoitises allemandes.

Dès 1859, Lm Gazette (T Atigsbourg en donnait la raison avec le plus complet cynisme :

« Nous déclarons hautement que si ce n'était pas un membre de la Confédération, si ce n'était pas l'Autriche (à celte époque le mot Autriche désignait toute TAutriche-Hongrie actuelle), qui fût le légitime possesseur de ces pays non allemands^ la nation allemande devrait en faire la conquête à tout prix^ parce qu'ils sont absolu-meni nécessaires pour son développement et sa position de grande puissance. »

Déjà en 1844, le futur maréchal de Moltke, toujours inspiré par le Pangermanisme, avait écrit :

« Nous espérons que l'Autriche maintiendra les droits et sauvegardera l'avenir des pays du Danube et que V Allemagne parviendra finalement à libérer fembouchure de ses grands fleuves. » (V. von Moltke, Schriften^ t. II, p. 313.)

C'est inspiré par cette doctrine de rapt que l'auteur de la brochure éditée en 1895, — il y a donc exactement vingt et un ans, — sous l'égide

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de Y Alldeutscher Verband, la plus puissante société pangermaniste, après avoir exposé les grandes lignes des futures annexions, trouvait tout naturel de conclure :

Sans doute, des Allemands ne peupleront pas seuls le nouvel empire allemand ainsi constitué; mais « seuls ils gouverneront, seuls ils exerceront les droits politiques, serviront dans la marine et dans r armée, seuls ils pourront acquérir la terre. Ils auront alors, comme au moyen âge, le sentiment d'être un peuple de maîtres; toutefois, ils condescendront à ce que les travaux inférieurs soient exécutés par les étrangers soumis à leur domination ». (V. Grossdeutschlandund Mitteleuropaum dasJahr 1930. — La Grande Allemagne et rEurope centrale en 1930. Edité par Thormann und Goestch, S. W. Bessel Strasse 17.

Berlin, d895, p. 48.)

Ces faits et ces déclarations catégoriques établissent nettement que Fidentité de langue et de race longtemps donnée pour justifier le Pangermanisme n*a été jadis qu'un simple prétexte pour faciliter la diffusion de cette doctrine. Les avantages militaires, politiques et économiques, d'après les inspirations prussiennes, en sont les seuls éléments constitutifs.

On doit donc bien se persuader de cette vérité : Le Pangermanisme est la doctrine de proie de la

Monarchie prussienne. Elle a pour objets par des agrandissements de territoire successifs et iridéfinis^ de réunir au sein des mêmes frontières^ économiques d'abord^ politiques ensiiite, les régions et les peuples dont la possession et ï exploitation sont considérées comme profitables par les Hohenzollern et leur soutien : l'aristocratie allemande.

Le Pangerjnanisme est t antithèse absolue et la négation radicale du principe des nationalités^ Iq, plus noble idée lancée dans le monde par la Révolution française. En résumé^ le Pangermanisme est une doctrine de cambriolage international appliquée par la Prusse à la collectivité des nations.

De la doctrine pangermaniste est sorti le plan pangermaniste politique et militaire dont Guillaume II est le créateur et le metteur en action. On a considéré, longtemps hors d'Allemagne, le Kaiser comme tin prince pacifi(|ue. Ce fut là une erreur inQniment grave qu'on s'explique difficilement. En effet, en oulre de son action organisatrice secrète en vue de la conflagration européenne, qu'il commença fort peu de temps après son avènement (1888; , Guil-

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laume II prononça publiquement des paroles révélatrices de ses tendances nettement pangermanîstes.

Le 28 août 1898, répondant au discours du bourgmestre de Mayence, le Kaiser déclara vouloir maintenir intact l'héritage légué par son « immortel grand-père ». Mais, ajouta-t-il, je ne pourrai y parvenir que si notre autorité se maintient ferme à l'égard de nos voisins. « Datis ce but^ r unité et la coopération de toutes les tribus germaniques sont nécessaires. »

Le 4 octobre 1900, Guillaume II, posant la première pierre du musée romain de Saalbourg, dit encore :

« Puisse notre patrie allemande, dans les temps futurs, par la coopération unifiée des princes et des peuples, de leurs années et de leurs citoyens, devenir aussi puissante, aussi fortement unie, aussi extraordinaire que F empire romain universel, afin qu'un jour dans l'aoenir on puisse dire, comme autrefois : Civis Romanus sum : Je suis citoyen allemand. »

Le 28 octobre 1900, dans une réunion d'officiers, Guillaume II affirma : « Mon but suprême est d écarter ce qui sépare le grand peuple allemand, » Or, en septembre 1900, à Steltin, le Kaiser venait de déclarer. « Je n'ai aucune crainte dans ravenir. Je suis convaincu que mon plan

réussira ». Ce plan se résumait dans Tesprit de Guillaume II dans la réalisation de la formule capitale de domination pangerraaniste : de Hambourg au golfe Persique. Pour y parvenir, le Kaiser était résolu à attacher par des liens sans cesse plus étroits rAutriche-Hongrie à TAllemagne. Pour assurer son hégémonie sur les peuples des Balkans, il comptait sur le concours de leurs rois d'origine germanique (Bulgarie et Roumanie) ou subissant de très près des influences germaniques qu'il organisait luimême. C'est ainsi qu'il fit épouser sa propre sœur, Sophie, en 1889, à l'héritier du trône do Grèce, aujourd'hui le roi Constantin. Enfin, presque aussitôt son avènement, il avait déjà conçu le projet de flatter les Turcs et les musulmans afin de mettre plus tard la main sur TEmpire ottoman et de se faire des maliométans répandus dans le monde une arme contre toutes les autres puissances.

C'est, en efl'et, le 8 novembre 1898 que Guillaume Il prononça à Damas ces paroles fameuses qui prennent toute leur signification maintenant que nous venons de voir Faction allemande se développer en Turquie, en Perse, et tenter d'agiter les Musulmans d'Egypte, des Indes et de la Chine :

« Pmsse Sa Majesté le Sultan, ainsi que les

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300 millions de mahométans qui vénèrent en lui leur Calife, être assurés que l'empereur allemand est Ifur ami pour toujours. »

Comme conséquence de. ses flatteries au Sultan rouge Abdùl-Hamid, Guillaume II obtint de celui-ci, le 27 novembre 1899, la première concession du chemin de fer de Bagdad qui, quoique inachevé, vient d'être utilisé comme un instrument d'offensive militaire allemand dirigé à la fois contre la Russie et contreT Angleterre.

C'est Guillaume II qui a favorisé partout dans son empire la création de la Ligue Militaire et de la Ligue Maritime qui comptent des millions de membres, lesquels, depuis vingt ans, ont sans cesse propagande pour l'augmentation incessante des armements allemands sur terre et sur mer que voulait le Kaiser.

C'est Guillaume II encore qui a favorisé la création de Y AUdeutscher Verband ou Union Pangermaniste. Cette société qui compte parmi ses adhérents une foule de personnalités importantes de l'empire a la plus écrasante responsabilité dans Téclat de la guerre actuelle. Fondée en 1894, elle a fait des milliers de conférences et répandu des millions de brochures pour diffuser dans les masses de l'Empire les idées pàngerinanistes et les désirs d'annexion. C'e^t V Alldeutscher Verband qui a organisé, en vue de

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la conflagration actuelle, divu le monde entier les Allemands vivant en dehors de l'Empire, notamment en Autriche et aux Etats-Unis.

Gomment pourrait-on croire que Faction de ces trois formidables sociétés, dont les moyens d'action se sont sans cesse accrus, ont pu se livrer, depuis vingt ans à une propagande fort coûteuse et intense dans un empire policier comme TAllemagne, — où rien ne peut se faire de suivi malgré le consentement des autorités^ — sans que l'autocrate qu'est Guillaume II ait voulu cette propagande?

Quant à l'heure de la guerre, c'est encore Guillaume II qui Ta fixée. La situation des Balkans après le traité de Bucarest (10 août 1913)^ et l'état intérieur de l'Autriche-Hongrie, pour des raisons qu'on trouvera exposées au chapitre II, le décidèrent à précipiter le conflit.

Dès novembre 1913, le Kaiser prend ses dispositions en vue do l'ouverture prochaine des hostilités. Il sait que les travaux d'élargissement du canal de Kiel seront terminés en juillet 1914, il s'arrange pour être prêt vers cette date. Il séduit l'archiduc François-Ferdinand, héritier de François-Joseph, par le mirage

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des profits qu'une action comniune doit rapporter aux empires du centre. En avril 1914, le Kai.-er va voir Farchiduc au château de Mira^ mar, près de Trieste. Il le revoit à Konopischt en juin 1914. L'amiral Tirpitz, qui s'est signalé d'une façon si particulière comme chef de la piraterie sous-marine allemande, l'accompagne. C'est alors que le plan d'action général des forces de terre et de mer de l'empire allemand et de i'Autriche-Hongrie est arrêté dans ses grandes lignes. L'assassinat de Farchiduc François-Ferdinand se produit le 28 juin 1914. Il ne change rien aux projets du Kaiser. Au contraire, ce meurtre est un prétexte excellent d'intervention contre la Serbie; il précipite donc les événements. La guerre est déclarée le 1*' août, exactement quelques jours après l'achèvement des travaux du canal de Kiel.

L'action criminelle du Kaiser dans l'établissement du plan pangermaniste depuis vingt-cinq ans apparaît ainsi manifeste. ^

« On a soutenu, dit le baron Beyens, — qui était ministre de Belgique à Berlin avant la guerre, — que Guillaume II avait été sans s'en douter l'instrument d'une caste et d'un parti pour qui la guerre était Tunique moyen d'affermir leurs pouvoirs. // les a écoutés, en effets mais parce que leurs vues concordaient avec les

siennes, Dan^ le jugement de Fhistoire^ cest lui fatalement qui portera la responsabilité des malheurs dont r Europe a été accablée. » (V.

baron Beyens, L'Allemagne avant la guerre^ p. 41, G. van OEst, éditeur, Paris.)

En outre, qu'on ne s'y trompe pas, grâce à rintense propagande pangermaniste faite dans tout l'Empire depuis vingt-cinq ans, sur l'ordre de Guillaume II, celui-ci, en déclarant la guerre, a été soutenu dans sa décision, non seulement par tous les cercles influents de l'opinion allemande, mais encore par la très grande majorité du peuple allemand. Un Allemand fort notoire, Maximilien Harden, Ta reconnu formellement dans sa revue Zukunft en novembre 1914 lorsqu'il a écrit :

a Cette guerre ne nous a pas été imposée par surprise. Nous l'avons voulue y nous devions la voidoir, V Allemagne la fait en raison de la conviction immuable que ses œuvres lui donnent droit à plus de place dans le monde et à de plus larges débouchés pour son activité, » (Cité par Le Temps, 20 novembre 1914.)

Or c'est après avoir ainsi dressé et j)erfectionné pendant plus de vingt ans le plan pangermaniste de la conflagration européenne que

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Guillaume II a eu la prodigieuse audace de déclarer, dans son Manifeste au peuple allemand du l""" août 1915, après avoir ensanglanté l'Europe depuis un an : « Devant Dieu et devant rilistoire, je jure que ma conscience est nette; je n'ai pas voulu la guerre ».

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