SCÈNE VI
MADAME DE SAINT- ANDRÉ, puis AN70NINE et
ESTELLE
MADAME DE SAINT-ANDRE
Je suis pour ce que j ai dit... ; je crains qu’il ne soit un peu tyran. ( Allant vers /’ appartement à droite, dont elle ouvre la porte . ) Ma fille , ma fille , je suis seule ici... tu peux y venir achever ta toilette.
antonine , allant se placer devant la glace.
Si vous saviez , maman , combien je suis malheureuse !.. mon voile ne va pas bien du tout... ; il fait trop de plis...
ESTELLE
Nous faisons cependant notre possible...
ANTONINE
J’ai envie de n’en pas mettre.
madame de saint-andrÉ , arrangeant le voile .
Impossible... le voile est indispensable... c’est F emblème de Finnocence , de la modestie, qui convient à une jeune personne... A propos, ton mari sort d’ici.
antonine , sans T écouter.
Ah !.. je crois quil faudrait une épingle.
MADAME DE SAINT-ANDRE
Il était désolé de ne pas te voir... et si tu avais été témoin de sa colère , de son impatience...
antonine, sans Vêcouter.
Dis donc , ma sœur , je crois que ma ceinture ne serre pas assez la taille.
ESTELLE
Attends... je vais voir... regardez donc , maman, comme ma sœur est bien.
ANTONINE
Ce n’est pas sans peine.
madame de saint-andre , tout en arrangeant sa
toilette .
Je n’ai pas besoin, ma chère amie, de te tracer la conduite que tu auras à suivre aujourd’hui... un air affable et attendri avec nos amis et nos parents... un maintien modeste et réservé avec ton mari... si cependant tu peux y mettre une nuance d’affection , cela ne sera pas mal... mais c’est comme tu voudras... pareeque , quelquefois , la froideur sied bien à unejeune mariée... c’est meilleur ton.
antonine.
Oui , maman.
MADAME DE SAINT-ANDRE
Si par hasard... et comme cela arrive un jour de noce , quelques personnes t’adressaient quelques plaisanteries qui ne fussent pas convenables... ne t’a-
vise pas de rougir et de baisser les yeux ; c’est une grande imprudence... parcequ’on a l’air de comprendre... regarde-les au contraire d’un air étonné... cela déconcerte sur-le-champ les mauvais plaisants, et leur donne la meilleure opinion d’une jeune personne.
ANTON 1 NE
Ah ! maman... c’est toujours ce que j’ai fait.
MADAME DE SAINT-ANDRE
Cette chère enfant !... du reste , j’ai étudié le caractère de ton mari... c’est par la douceur qu’il faudra le prendre... tu en feras ce que tu voudras avec les moindres prévenances... c’est bien facile.
ANTONINE
Oh ! oui... mais vous, maman, quelle manière avez-vous prise avec mon père ?
MADAME DE saint-andre, baissant la voix, à cause d'Estelle qui est occupée à regarder la corbeille .
Mauvaise... les attaques de nerfs.
ANTONINE
Comment ?
MADAME DE SAINT-ANDRE
Moyen très fatigant... qu’on ne peut guère employer que tous les deux jours.
Air : Femmes , voulez-vous éprouver?
Les nerfs n’ont jamais profité Qu’aux gens d’une faiblesse extrême;
J’ai par Railleur une santé
Peu favorable à ce système:
Mon époux d’abord affecté,
Rien qu’en me voyant se rassure.
ANTONINE
Moi , je n’ai pas votre santé,
Et J en rends grâce à la nature.
MADAME DE SAINT-ANDRÉ
Mais viens , passons au salon.
ANTONINE
Vous ne sauriez croire ce qu’il m’en coûte d’aller recevoir tant de félicitations à-la-fois... et puis , il y a peut-être des personnes qui ne sont pas encore arrivées.
MADAME DE SAINT-ANDRE
C’est juste... je vais voir auparavant si tout le inonde y est... afin que ton entrée fasse plus d’effet.
ANTONINE, bas.
Et moi , pendant ce temps , je vais préparer mes cadeaux pour ma sœur et tous nos parents.
MADAME DE SAINT-ANDRÉ
A merveille... tenez- vous droite.
Air de Voltaire chez Ninon.
Prends le maintien, la dignité,
Que ton nouvel état réclame;
* Plus de vaine timidité ,
Car, à présent, te voilà femme:
J'abjure mes droits aujourd’hui.
ANTONINE
Quoi! sur moi votre pouvoir cesse?
MADAME DE SAINT-ANDRÉ
Tu ne dépends que d'un mari.
( Elle passe dans l'appartement à gauche. )
ANTONINE
Enfin , nie voilà ma maîtresse.