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MEUSE, CHAMPAGNE

I. LA PKATTCB I1IF£rIBURB. Il H. MBUBB BUPtRIBURB; AROONHB ORIBRTALB. H DI. VOBVKB. Il IV. AROONNB OCCIDBIfTALB. Il ▼. ARDBNRB : ■BD8B DIFÉRnORB. Il VI. CHAMPAGMB IIUIIIDB. Il VU. GHAMPAOIIB POinUiBUSB.

n Tm. PAYS d'othb. ii ix. adbb, XARNB, aishb.

ALPES et Pyrénées, Vosges et Jura sur nos frontières, Monts français et Cévennes dans LA FRANCS Flntérieur du pays, voilà nos hautes sierras, nos iSFÉ- hauts plateaux.

RJBURE Tout le reste n'est que collines, plateaux bas

et plaines.

Chez nous le Centre, TEst, le Sud, sont à |la montagne, à Torient d'une ligne très sinueuse qu'on tracerait d'Avricourt près Lunéville à Bayonne, avec un fort détour vers l'ouest pour englober toutes les dépendances du Massif Central.

Le Nord, le Nord-Ouest, l'Ouest sont au coteau ou à la plaine et le divorce des eaux y suit la tranche de collines de 100 à 200 mètres, rarement de 200 à 300. Même le faite est souvent invisible, sur des plaines vagues : telle, entre Loire et Seine, cette Beauce qui obsède par son égalité de niveau et par sa nudité verte ou jaune selon que le blé croît ou que la moisson s'approche.

De tous ces petits monts ou plateaux, il n'en est qu'un pour dépasser 500 mètres, encore de très peu, l'Ardenne que nous partageons avec nos frères les Belges Wallons. En partant de notre frontière la plus menacée (là où l'Europe centrale pèse sur nous de tout son poids), on y arrive par des collines

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chafrbs

sans hauteur, sans puissance et complication, incapables par elles-mêmes, sans Taide des forts, batteries, camps retranchés, d'arrêter les ennemis pendant vingt-quatre heures. On les nomme les Argonnes ou TArgonne.

Il est un fleuve indépendant jadis, la Meuse; // mais le dépôt des alluvions dans un golfe de la

MEUSE mer a fini par marier son onde au flot du Rhin. SUPÉRIEURE, Elle passe pour recevoir les branches termi- ARGONNB nales du Rhin; en réalité c'est un assez humble ORIENTALE afflucut du magnifique fleuve de Suisse, d'Allemagne et de Hollande, né d'un chaos de neiges éternelles, alors que la Meuse n'a pas un seul glacier dans son bassin.

La Meuse débute en France, dans le lias, se continue dans l'oolithe, se termine dans le schiste.

Elle a sa source première à 409 mètres, au pied de collines reliant les Faucilles à ce plateau de Langres qui, tout bas qu'il est, voit cependant douze rivières sortir de ses roches.

Inaugurée à six lieues au nord-est de Langres, l'une des trois hautes villes froides du bassin de la Seine S elle coule, très petitement, dans un val qui fut à lui seul le Bassigny : puis l'usage étendit aussi ce nom sur la vallée supérieure de la Marne jusque en aval de la ville de Chaumont.

Longtemps étroite en étroit vallon, elle va vers le nord, entre talus d'oolithe de 350 à 400 mètres ; ces talus relient les lias et les calcaires de Langres aux schistes des Ardennes, portent le nom commun d'Argonne.

Bien qu'ayant déjà fait quinze lieues en un bassin d'une cinquantaine de milliers d'hectares, c'est à peine un gros ru de 500 litres par seconde quand elle arrive au moulin de BazoiUes.

En aval et tout près de ce moulin, eUe se perd dans les fêlures de l'oolithe : perte invisible quand les eaux sont hautes, car les fentes du sol ne boivent alors qu'une moitié de la Meuse et le reste coule à ciel ouvert; mais, quand les eaux sont basses la Meuse périt en entier, puis renaît à 3 kilomètres plus loin par les fontaines de Noncourt : celles-ci ne rendent pas tout ce qu'ont aspiré les failles de BazoiUes; une part da flot ressort dans le lit du Mouzon ou Petite Meuse.

Le Mouson * vient du plus haut des Faucilles; il roule des eaux du lias grandement diminuées par les infiltrations au passage sur l'oolithe; aussi, le volume ordinaire approchant de

1. Avec Laon et Chiteau-Chinon. — 9. 61 kilomètrM, 42400 hectares.

pRBMiBR Petits Monts y Bas Plateaux, Plaines.

4 mètres cubes, Tétiage se borne à 57 misérables litres. Vers le milieu de sa route, il coule à près de 200 mètres au-dessous d'une colline isolée près de la rive droite, vraie montagne par la majesté : haute de 506 mètres, la plate-forme aujourd'hui déserte du coteau de Lamothe fût coiffée d'un oppidum gaulois, puis d'une bourgade romaine, puis, sous le nom d'Hilairemont ou d'Aillermont, d'une ville médiévale qui compta, peose-t-on, jusqu'à plus de 6000 âmes; place redoutable par ses murailles, bastions, tours et l'escarpement de sa cime ; sa force causa sa ruine : on craignait trop la forteresse de Lamothe pour ne pas la raser après l'avoir prise.

La Meuse ne baigne en France que des bourgs, des villes sans grandeur, mais elle passe devant le lieu des visions et des voix, Domrémy la Pucelle où naquit Jeanne d'Arc.

Elle rencontre à Troussey le Canal de l'Est, qui d'abord la suit, puis dont elle devient part intégrante jusqu'à l'entrée en Belgique; elle coule, étroite, en val étroit, en étroit bassin, par Commercy, Saint-Mihiel, Verdun, Dun, Stenay, Mouzon.

Une rivière souvent divisée d'où partent, où rentrent à chaque instant des bras latéraux; une onde pure, lente, sinueuse en la prairie; pas d'affluent qui soit plus qu'un ruisseau; de beaux flots de fontaine, la roche étant calcaire ou crayeuse; de hautes collines d'Argonne, crêtes boisées avec les forts détachés du camp militaire de Verdun : telle est la Meuse, argonnaise avant d'être ardennaise, de la maison rustique où la libératrice vit le jour jusqu'à Sedan francovore.

Cette Argonne, la Meuse la divise en deux Argonnes : celle de l'Est, purement jurassique; celle de l'Ouest, faite d'oolithe et de craie inférieure.

Argonne orientale, c'est un nom savant, mis en parallèle avec Argonne occidentale; le peuple de la vallée mosienne l'appelle tout simplement les Côtes de la Meuse ou les Hauts de la Meuse ; et sur le versant opposé, à l'est, les habitants de la plaine woèvroise au-dessus de laquelle elle se profile en dentelures, la nomment non moins simplement les Côtes de Woêvre.

C6tes en effet, et souvent même très dures et très hautes, jusqu'à 412 mètres au-dessus des mers, à la butte d'Hattonchfttel : soit 200 mètres de dominance pour qui regarde des bords du fleuve errant. Elles barrent carrément l'horizon du levant en séparant le val de Meuse du val de Moselle, mais elles ont peu de largeur. Des prairies de Commercy, de Saint-Mihiel, de Verdun, l'Argonne monte en quelques milliers de mètres, à travers bois et forêts, jusqu'à son faite, qui d'habitude est

nu; puis à travers d'autres forêts, d'autres bois, la voilà qui s'écroule brusquement sur la vaste plaine de la Woêvre où ses villages voient des clochers en foule, des bois, des lueurs d'étangs et des coteaux à l'horizon.

Cette lente ascension de l'Argonne orientale, suivie d'une chute rapide, c'est comme la dernière lame qu'un Océan lance contre un rivage : du pied de retombée de l'avant-demière vague, la dernière s'élève mollement, puis retombe soudain.

Argonne, évidemment nom celtique, avec Farticle ar en syllabe initiale. Que veut-il dire? La blanche, à cause des escarpements de roches de Sorcy, d'Euviile, d'où l'on tire de magnifiques pierres, statuaires ou monumentales? Ce serait aussi bien la noire, au moins la brune ou la sombre, en vertu des chênes et des hêtres, des frênes, des tilleuls, des érables, alisiers et sorbiers de ses deux penchants de Meuse et de Woévre. Cette double sylve presque indiscontinue, et à son cuimen, le long de la crête, les terres découvertes, le sol aride, absorbateur d'eau par les fentes et les trous de surface, toute cette Argonne est quasi déserte en son ensemble, mais avec beaux bourgs, riches villages sur les basses pentes, au-dessus des sillons, des vignes, des étangs de la Woêvre.

La grande plaine de la Woêvre étend ses nappes d'argile compacte, du pied oriental des /// côtes de la Meuse, qui sont ici les côtes de

LA woBVRE Woêvre, jusqu'aux lignes de coteaux qui accompagnent la rive gauche de la Moselle. Dans son extrême longueur, elle a plus ou moins trentecinq lieues, de la rencontre de Meuse et Vair à celle de Meuse et Chiers : mais la Woêvre spécialement c woêvroise », le grand lit d'argile avec stellation d'étangs, le long du Terrouin, de l'Esse, du Mad, de l'Yron, de l'Orne, dépasse à peine quinze lieues avec largeur de cinq.

Elle se déroule, ancien lac avec anciens îlots devenus collines isolées, avec baies de rebord devenues entrées de vallon, à part cela plate, à l'altitude de 200-250 mètres, avec buttes calcaires parfois majestueuses — tel le Montsec (380 mètres) qui commande de 140 mètres le socle de sa base. Près ou loin de sylves malingres, de taillis, de bois de charmes, de trembles, d'aunes, de saules, les étangs sans nombre versent des rus lourds, vaseux, languissants, laids dans des rainures d'argile, entre étroites prairies, à la lisière de c fromentaux » où, même traîné par quatre à cinq chevaux, l'araire trace difficilement des sillons dans un sol humide et collant : aussi les paysans ont-ils donné le nom de c malpeine > aux parages les plus « gluants »

puHiBii Petits Monts^ Bas Plateaux^ Plaines.

de ces espaces faits pour le choc des grandes années modernes avec leur déploiement de chevaux, leurs galops tonnants d'artillerie. Les champs les plus tragiques de la guerre infortunée, Mars-la-Tour, Vionville, Rezonville, Gravelotte, Saint-Privat, appartiennent à la Woévre française ou à la zone frontière de \Voevre que les Prussiens ont annexée.

VArgonne Occidentale a bien plus de largeur IV que Torientale; elle ne domine pas seulement

ARGONNE une rive de la Meuse, elle remplit le pays entre la occi- Meuse et l'Aire, la contrée entre TAire et TAisne

DENTALE et dépassc même un peu cette dernière rivière au sud de Sainte-Menehould pour dresser quelques collines à la lisière de la Champagne Pouilleuse dans l'ancien pays de Dormoia.

Magnifiques y sont les forêts, surtout entre l'Oise et l'Aisne; nombreux les étangs sur l'Aisne supérieure; sans nombre les petites sources où viennent boire sangliers, cerfs et chevreuils : moins qu'antan lorsque les bois de l'Argonne, des Ardennes, de la Germanie contigue n'étaient qu'une même sylve; et l'ours a cessé d'y humer les fontaines.

Là où le plus vaste des bois debout encore, la forêt d'Argonne couvre toutes les collines de Sainte-Menehould à Grand- Pré, à Varennes, à Clermont, à Beaulieu, des défilés entament l'Argonne occidentale, passages faciles entre coteaux bas.

On les vantait pourtant comme les c Thermopyles de la France » depuis qu'ils avaient retardé l'invasion prussienne en 1792; or ce n'est pas l'Argonne qui sauva les Français; ce fut la sottise de l'ennemi.

En 1814, en 1815, en 1870, ces < Thermopyles » ne nous garantirent pas; elles nous garantiront de moins en moins.

Au temps jadis un peuple se défendait par l'immensité des forêts, des marais, l'embourbement dans la glaise, par les champs sans routes, les rivières sans ponts, les petites places fortes dont des canons inertes bombardaient en vain les murs, l'intendant ennemi qui sortait monstrueusement riche de la guerre où les soldats étaient morts de faim et par typhus, variole, fièvres, dysenterie, les envahisseurs fondaient comme la neige au grand soleil.

Aujourd'hui deux millions d'hommes (et bientôt dix millions) amenés en quelques jours dans les plaines de l'assassinat, se heurtent dans une tempête de feu, de fer, de bronze et d'acier; ils se tuent à trois pas ou à trois lieues, et des deux nations l'une tombe et ne se relève plus. Les historiens de l'avenir raconteront comment le Cunctator ne détourne plus le

< Soy )

Ls Plus Beau Royaume Sous le Ciel. ciuniBB

destin de Rome, ni Pelage celui de TEspagne; mieux encore que nous ils nommeront le chemin de fer ce qu'il est réellement : le Premier ministre de la servitude.

Maintenant la défense de la frontière, < Fobstacle continu », le mur de pierre et d'airain avec coupoles blindées a passé de FArgonne occidentale à TArgonne orientale. Du camp retranché de Toul au camp retranché de Verdun, des forts couronnent la crête des c6tes de Meuse et Woévre, des batteries sournoises se cachent dans les bois : tout le sombre appareil de la mort c mécanique ».

Le massif schisteux des ArdeniÈiea monte à V peu près à 700 mètres au-dessus des mers, non

MEUSE pas chez nous, mais en Belgique. En France, INFÉRIEURE : au uord-est de Monthermé, sur la frontière belge, ARDENNES leur licu culminant, la Croix Scaille n'a que 504 mètres d'altitude.

Ardennes est évidemment un nom celtique, débutant par l'article, ar. On le retrouve encore, ce nom, dans un canton d'Angleterre, dans une Arden jadis ceitisante, hui € saxonisante », canton sinon montagneux, du moins coUinier, à la rive gauche de l'inquiète Sevem qui devient plus bas un large estuaire à marées extraordinaires.

Pour les uns, Ardenne signifie c le Pays élevé » ; pour les autres, c'est la < Profonde » *, pour d'autres enfin la « Forêt », et en effet, les bois de ce massif, si vastes soient-ils en divers cantons français, belges, luxembourgeois, allemands, ne nous montrent qu'un faible débris de l'immense nation d'arbres qui couvrit jadis au loin Gaule et Germanie, et partant du pays de Paris, de la Seine et de l'Oise, ne s'arrêtait qu'au Rhin pour recommencer de l'autre côté du fleuve sous le nom de forêt d'Hercynie — nom gardé dans l'Allemagne centrale par le Hartz, lequel infiniment réduit en comparaison d'antan, est une montagne sylvestre entre l'Elbe et la Weser.

Rien n'empêche de voir dans le nom d' c Arminots » une autre imperceptible épave du naufrage mortel de ce qui fut la Celtie, et spécialement de l'idiome antérieur de l'Europe occidentale, dans les pays celtophones devenus par la suite germanophones ou romanophones. On désigne sous ce nom d'Arminots les habitants des hautes côtes et hauts plateaux de l'Ardenne; or, ar menez veut dire en breton loyal : la montagne.

Les Romains, les Germains, les Celtes entamèrent peu ou pas cette futaie sans bornes; le moyen âge la peupla de légendes, il la surnomma la c sylve enchantée », la c forêt sur-

miniR Petits Monts, Bas Plateaux, Plaines,

naturelle », les c sept forêts de TArdenne >, car elle resta longtemps si grande que Timagination du peuple pouvait y trouver aisément sept sylves au lieu d*une. On la redoutait, mais on finit par y porter la cognée; Tâge moderne tend à la détruire, comme tout ce qu'il touche des œuvres du temps accessibles à sa petitesse.

Triste en dehors des vallées et vallons est cette < sombre et formidable Ârdenne > que la nature du sol, la langue des hommes font France, mais dont Tincohérence des événements nous a ravi les trois quarts au profit du Belge; sans rien dire de la part qui revient à Fempire berlinois entre Malmédy et Coblence, en vertu de Tadage : < Aussi loin que Tallemand résonne, là est TAllemagne ».

Triste, et plus froide que Pexigeraient altitude et latitude, surtout autour des Pagnes d'où monte un brouillard glacé, le passant y frissonne de tous ses membres, même au plus chaud de Tété, quand il arrive, la nuit, dans les bas-fonds.

Fagne est un mot du vieux français; on le retrouve dans toutes les provinces d*oTl, même dans la plus éloignée de FArdenne, dans la Saintonge, autour de la Roche-Chalais où un hameau se nomme la Fagnouse et où le rural appelle toujours fagne ce que le citadin appelle déjà de la boue : c'est la fange du langage classique, c'est la hang^e des Béarnais.

Les cuvettes boueuses des Fagnes, ont à leur plus bas un étang sans profondeur sur schiste ou quartz imperméable; autour de cette mare, les mousses, joncs et roseaux s'étendent, et dans les eaux sombres la tourbe crott, qui finira par les effacer toutes de la terre d' Ardenne, comme elle y en a déjà comblé des centaines. Avec le temps le bourbier, devenu prairie, augmente le domaine des Ardennais, qui est fort court, car trop peu l'humus masque ces roches sans chaleur, où rares sont les villages, rares les hameaux, misérables les maisons dans la lande froide ou devant la forêt profonde. La lande a ses pâtures, ses c rièzes >, plaines qui ne dressent pas un arbre, ses fagnes, ses pierres gerçant la terre, ses pins et genévriers, ses genêts, bruyères et fougères, et les mélancolies de toutes les landes.

La forêt a les beautés de toute forêt, des chênes, des hêtres, des bouleaux, des sycomores, des pins; mais par suite d'impuissance de sol il y a maints cantons où ses chênes sont rabougris, où ses arbres tendent à l'arbuste, à la broussaille. L'ours en a disparu, non le cerf, ni le loup et le sanglier, qui sont les grosses bêtes de ce pays natal de saint Hubert, patron des chasseurs.

L'ours fût évidemment le roi des animaux qui rôdèrent

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL ghartrb

dans TArdenne depuis que Thomme écrit Thistoire, mais quand les chevaliers eux-mêmes n'entraient pas sans frémir dans la forêt « surhumaine >, nos ancêtres la peuplèrent de bètes apocalyptiques.

Toutes se sont évanouies comme songe et mensonge : ni dragons cuirassés, ni monstres volants n'y veillent à la porte des palais enchantés; la guivre n'y garde pas les avenues, les guéS) les cavernes, et TArdennais n'a d'autre ennemi que son schiste à complexion froide.

En grand contraste avec la morosité du plateau, les vallées sont belles; elles seraient splendides avec des roches plus éclatantes, dans une moindre parcimonie de soleil; les talus de la coulière montent si haut que la magie des rayons ne colore le bas du val que tard dans la journée.

Ainsi descend la Meuae^ avec ses villes tordues comme elle, car la brusquerie du schiste, si proche du fleuve que souvent il s'y mire, les force à suivre le méandre de l'onde ; les boui^ y sont longs, sinueux, très animés par leurs ferronneries, leurs engins, leurs usines, leurs carrières d'ardoises. Au-dessus d'eux la roche sombre se dresse à 200, même 270 mètres, concave ou convexe en sa ligne, comme le courant qu'elle accompagne. A Lavaldieu, près de Monthermé, l'un des grands sites sévères du val de Meuse, une rivière arrive au fleuve entre schistes dominant le confluent de plus de 2^ mètres : c'est la Semoy qui, semblable à la Meuse, réfléchit dans son eau de noires ardoises et de sombres ou blanches ou vertes forêts : blanches de bouleaux, vertes de chênes, de sycomores, de hêtres, sombres de pins et de sapins ; — et toutes < candides > sous la neige de l'hiver.

A la Semoy ou Semois il manque pour être parfaitement harmonieuse un ciel plus doux que le ciel des Ardennes, et des couleurs plus vives que celles du lias, voire de l'oolithe du Luxembourg belge : encore faut-il dire que le profond encaissement de son val en fait une serre chaude en terre froide, et qu'il y a ici comme une Italie du Nord, si ce n'est là où la rivière, obscurcie par de très hautaines parois, ne voit la lumière qu'aux heures c méridionales > quand le soleil luit haut dans l'azur; aussi les paysages, toujours beaux, y sont blêmes.

Hors cela c'est une merveille d'onde claire et fuyante; et aussi d'onde muette, immobile, obscure en sa profondeur, si transparente soit-elle, car on ne voit pas tous ses flots à travers les flots; de hautes pierres dominent le gouffre, et au rocher pend la forêt d'Ardenne.

Extraordinaire en détours, elle coule au midi parce qu'elle

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niBMiiR Petits MonUy Bas Plateaux^ Plaines.

tient de couler au septentrion, puis elle se retourne vers le nord, ensuite le sud, et toujours ainsi ; mais à chaque promontoire qu'elle entoure de son argent bruni, elle se rapproche de Toccident, qui pour elle est le chemin de la Meuse. Il se peut qu'il n*y ait pas au monde une rivière méprisant autant la ligne droite; pourtant, comme ses détours ne sont pas des contours, mais de brusques retours sans ampleur de courbure, sans déploiement de rondeur, elle ne triple même pas sa route directe; il y a 19 lieues à vol d'oiseau de sa source à son embouchure, et c'est à peine si elle en parcourt 50, dont 6 ou 7 en France, en un pays de 135 000 hectares qui lui vaut une portée de 20 mètres cubes réduits au cinquième par la sécheresse ; moins encore quand à l'août sans pluie succèdent un septembre, un octobre anhydres.

Née à 380 mètres, tout près d'Arlon, capitale du Luxembourg belge, elle finit chez nous à l'abbaye de Lavaldieu, tout près de Monthermé, l'un de ces bourgs tellement enfoncés dans le val qu'il leur manque une partie du soleil de la journée. Quand elle a pénétré dans le fleuve, elle mêle à regret son flot aux eaux de la Meuse, qu'ont ternies des débris d'ardoise, mais peu à peu la grande rivière domine la petite, et Tonde claire versée par les naïades luxembourgeoises disparait.

Quand elle a quitté l'Argonne, la Meuse entre dans l'Ardonne, avec plus de flots qu'elle n'en roule à Verdun, car elle a confisqué sur sa rive droite une notable rivière pourvue par Toolithe, le lias et un peu les vieux schistes : cette rivière participe, en effet, dans le bas de sa conque, à la roche des Ardennes. On l'appelle Chien, d'un nom désagréable, presque malhonnête, qui est en réalité le même que celui du Cher, puisque les anciens titres nomment la Chiers : Carus, Gharus, Gara, Chara, etc.

La Chiers a son berceau dans le grand-duché de Luxembourg : en ce pays, qui est de patois allemand, on la nomme Kom.

N'ayant encore erré que pendant trois lieues, elle pénètre en France pour y serpenter à 100, 150 mètres au-dessous du plateau d'oolithe où elle a tracé son sillon. Dans un cours des plus biscornus où tel cingle a 6 kilomètres pour 1 500 à 1 600 mètres d'isthme, où même 5 000 mètres pour 250, elle rencontre Longwy; Longuyon, lieu du confluent de la Crâne S tranquille riviérette du calcaire; Montmédy qui est voisine de la confiscation de VOtbAin*, autre paisible courant de l'oolithe

1. 41 485 mètTM, M867 hecUres. -2,10 kUomfttros, 30000 hecUros.

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Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. csAfinB

suivi de V Oison ', dont la roche oolithique avive également les eaux. Il baigne Carignan et s'unit à la Meuse au terme de 143 kilomètres; de ses 227 500 hectares, dont 166200 en France, lui viennent 9 mètres cubes à la seconde en débit normal, 3 en étiage : rivière modérée qui n'est point traîtresse à ses moulins, à ses forges et laminoirs, à ses filatures et foulons.

Elle atteint la Meuse à 5 kilomètres en amont de Sedan, où le fleuve commence son détour d*Iges : 12 000 mètres de boucle, 2 500 mètres d'isthme.

C'est à Mézières même que la Meuse passe dans les ter rains schisteux, en même temps qu'augmente sa tortuosité. Le cingle qu'elle décrit de Mézières à Charleville — deux cités qui n'en font qu'une — n'a pas moins de 2 lieues, l'isthme n'étant que de quelques centaines de mètres.

De Mézières-Charleville, où son altitude est de 140 mètres, à l'entrée en Belgique par environ 100 mètres, la Meuse erre à grands replis, entre les schistes à pente raide où descend çà et là, jusqu'au bord des eaux:, l'immense forêt, l'Ardenne, qui gravit toutes les crêtes, qui frissonne à tout vent sur le plateau, la c rièze », la c fagne >, et qui s'abrite en tout vallon.

Où eUe manque, la nudité du val est noire et triste; encore plus celle de la haute plaine, neigeuse en hiver, humide au printemps, presque froide en été; mais les clairières sont rares sur la table de l'Ardenne là où ses roches pressent l'une et l'autre rive de la basse Meuse française et, contemplée d'un des mamelons supérieurs du schiste, la profonde sylve ondule en calme magnificence ou frémit et gémit jusqu'à l'horizon, comme la mer.

A Monthermé débouche la Semoy; à Laifour se dressent les plus hauts rocs de la gorge, les Daines de L&ifour^ — dames fières et de peu de sourire ; — Revin va de rivière à rivière, sur un étranglement de 400 mètres qui est le cou d'une boucle harmonieuse, ovale presque parfait de 5 kilomètres; Fumay, ville ardoisière, est également le lieu de contraction d'un cingle régulier; enfin un détour de 9 000 mètres, l'isthme n'en ayant pas 1 000, précède Givet, place forte, et le fleuve passe en Belgique.

Il y prend une largeur de 100 à 150 mètres et, continuant à réfléchir des parois rocheuses, il y reçoit la Lesse, fameuse par son long voyage dans la caverne de Han, la Sambre à Namur et devant la grande ville française de Liège, la belle Ourthe, rocheuse rivière du Luxembourg belge.

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