‹ Le plus beau royaume sous le cielChapitre 74 sur 129 · AA kilomètrei, 36 (M» hectares · texte numérisé non relu

AA kilomètrei, 36 (M» hectares

pRiaiBR Petits MontSf Bas Plateaux^ Plaines,

du pied ses c crayons » marâtres et sa groise ou cailloutis blanc pendant une quinzaine de lieues de Test à l'ouest, du ruban des grès verts ou c falaise de Champagne > à la c falaise de rile de France » : celle-ci plus ou moins signalée par les villes de Reims, Vertus» Sézanne en Traconne, ViUenauxe; cellelà marquée par celles de Rethel, Vouziers, Sainte*Menehould, Vitry-le-François, Troyes. Entre les deux c falaises > le c Camp » des craies couvre 860 000 hectares, plus du soixante-troisième de la France.

De beaucoup de nos bonnes ou mauvaises plaines, de Beauce comme de Sologne ou de Brenne ou de Dombes, nous savons qu'elles ondulèrent de forêts, que même elles JTurent peut-être entre leurs quatre coins d'interminables bois vierges. De la Champagne Pouilleuse, on sait ou Ton soupçonne tout le contraire : aucun texte de la vieille France ne nous parle de futaies en craie blanche de Champagne, et il semble bien que la nature ne s'est jamais souciée d'y verdir et reverdir à chaque printemps par la frondaison des branches.

11 a fallu l'intervention de l'homme en notre xix* siècle.

Si sèche la dalle crayeuse de surface par excès de porosité, dislocations et fêlures, si perméable la groise, si extraordinairement puissante la craie de dessous, assise non étanche qui a quelquefois jusqu'à 400 mètres d'épaisseur, comment y aurait-il eu dans la terre de Champagne assez d'eau de sol et sous-sol pour la grande et haute venue des forêts?

Tout ce qu'elle pouvait donner d'elle-même, c'était un seigle court, quand partout ailleurs il est long, une avoine sur tige basse, le blé noir ou sarrasin ; c'était surtout une herbe sans suc et saveur pour les célèbres moutons champenois, dont quatre-vingt-dix-neuf, augmentés du berger ou de tout autre homme du pays, faisaient, ni plus ni moins, cent bêtes; c'était enfin la presque absolue nudité des savarts, des landes sans arbustes, sans gazons, pierre sur pierre, qui valent, d'après le dicton : c deux francs, l'arpent, pas plus, quand on y récolte un lièvre »; là le sabot du paysan craque en été sur la groise; il s'y englue, l'hiver, ou après toute pluie, jusqu'à se coller à la c Champagne ».

Le surnom de la plaine, à laquelle trois départements ont part, Marne, Aube, Ardennes, la décrit suffisamment. Pouilleuse ne signifiait pas seulement couverte de poux, rongée de vermine; il voulait aussi dire pauvre, misérable, nue, ni belle, ni gracieuse, ni bocagère, avec tristes chaumières et vilaines bourgades.

La rareté des fontaines capables d'abreuver beaucoup d'hommes, de bêtes, et de fournir aux mille et une nécessité de

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la vie du mattre, de ses valets, de ses animaux, de ses plantes, explique la rareté des villages. Et en général, plus abondante est la source, plus grosse est la bourgade qui puise à ses eaux, chaudes en hiver, fraîches en été; encore leur température ne varie guère qu'entre 12 et 16 degrés ; en réalité elles sont presque toujours fidèles à elles-mêmes; mais en temps froid, elles fument en buée et semblent tièdes; en temps torride on les dirait glacées. Leur supériorité thermale prouve qu'elles viennent d'une grande profondeur, leur constance de débit montre qu'elles rassemblent sous terre les gouttes d*un vaste bassin, comme elles les rassemblent sur terre, quand les ravines, les sillons du réseau de vallées sèches sont accaparés par le déluge de quelque orage et que parfois, de l'ancienne à la nouvelle source court un impétueux torrent passager.

Telle était la Pouilleuse en l'an 1800 : une craie blanche, des champs altérés; des herbes courtes et sèches; pas de forêts, pas même de bois ; et de loin en loin comme un charmant sourire delà nature, des vallées, des vallons parés d'un luxe de prairies, d'arbres, de sources vives, de ruisseaux bleus. Parmi les flots qui reflètent les ponts de Paris, beaucoup sont sortis des fontaines de la plaine autrefois dépenaillée, mais qui aura bientôt cessé de l'être.

La rénovation de la Champagne date à peu près de la fin du premier Empire, soit à quatre-vingts ans derrière nous. Elle n'eut rien de commandé, de réglementaire ; si la contrée < naquit de nouveau », ce fut très lentement, par l'exemple de quelquesuns, par l'imitation de beaucoup. D'aucuns plantèrent en pins sylvestres un coin de leur domaine, là où ils n'avaient ni l'herbe à mouton, ni les pitoyables avoines ou le seigle nain. < A la Bonne aventure », dirent-ils, et l'aventure fut bonne : les pins sylvestres poussèrent peu à peu ; ils tendent à couvrir la contrée de bosquets, voire de petites forêts ; non pas eux seulement, mais aussi le pin larix de Corse et le pin d'Autriche, qui sont ici de venue plus facile que le pin sylvestre, et de sève plus riche, de durée supérieure.

Aussi ne peut-on plus traiter la Champagne de blanchâtre, aveuglante et pulvérulente au soleil. Des mamelons dominants (si peu quelquefois), des faites, du haut des clochers, on la voit plutôt verte, d'un vert sombre, parce que les arbres du plateau sont pins ou sapins plus que hêtres ou chênes, tandis qu'au long des riviérettes se balancent, généralement nés de la tourbe, le peuplier, ubiquiste en France, l'aune, le saule, le tremble, le frêne, le bouleau. Les bosquets, les jeunes forêts menues qui tendent à se réunir en une sorte de sylve générale par l'ense-

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mencement des clairières, ont amené dans la Champagne une Tie nouvelle sur terre et dans Tair, des lièvres, des faisans, des perdrix, maintes autres nations d'oiseaux; la plaine ressemble maintenant aux pays forestiers d'autour de Paris en ce que les nobles exterminateurs du gibier y ont installé de grandes chasses. De pauvrement pastorale devenant de jour en jour sylvestre, agricole aussi, elle perd graduellement ses moutons, mais elle les compense, et au delà, par le bœuf et la vache autour de villages régénérés.

Souvenirs immémoriaux du passé d'avant Thomme et ses vanités d*un jour, quelques collines — on dit ici des monts, et ce sont des monts par leur dominance, — quelques coteaux s'élancent du plan de craie champenois, à l'ouest, tout près de la falaise de l'Ile de France. Étant de l'âge tertiaire, infiniment postérieur à celui de la craie blanche, elles racontent que cette craie se couvrit lentement de dépôts, sables, graviers, limons, et que lentement aussi les météores déblayèrent le remblai.

A deux lieues droit au nord de Reims, le Mont de Brimont n'a que 151 mètres, soit 72 seulement au-dessus du canal de l'Aisne à la Marne, son proche voisin ; mais à 5 kilomètres de cette même ville d'industrie, le Mont de Berrn est un gros massif boisé de 267 mètres ayant 180 mètres de commandement au-dessus du val rémois. Grâce à son isolement, il voit plus d'espace que tel pic des Alpes coupé du cercle de l'horizon par des pics ^^ux ou supérieurs. De même à trois lieues à l'est sud-est du Mont de Berru, le Mont Haut ou Point de Vue (257 mètres) contemple Mourmelon-le-Grand et les 12 000 hectares de ce Camp de Cbàlons qui fut jusqu'en 1870 le champ de manœuvres de l'armée française dont rien ne gênait ici les évolutions ; rien non plus n'y contrarie la brigade de cavalerie, le champ d'expériences et l'école de tir qui conservent à cette ville militaire un peu de son ancienne animation.

A 10 kilomètres au sud-sud-est de Reims, la Montagne de Reims, couverte de forêts, serait un de ces témoins muets, mais éloquents, une de ces îles terreuses sur un socle de craie, si les éléments, air et eau, avaient achevé l'œuvre dès longtemps commencée, toujours continuée, de l'émiettement, déblaiement et transport des matériaux; mais elle est restée presqu'tle, et l'isthme tranché sous terre par le chemin de fer de Paris à Reims, au tunnel de Rilly (3250 mètres), la rattache encore à la grande plaine tertiaire du Bassin de Paris : péninsule gracieusement découpée où les vallons de la craie entrent en baies, sous-baies, anses et criques, elle tient encore à la < falaise de

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France »; ses promontoires méridionaux se mirent presque dans la rivière de la Marne.

Au midi de la susnommée Marne, la sylvestre Montagne de VertuBy dépassant un peu 250 mètres, a failli devenir une île, elle aussi; mais elle est demeurée presqu'île, en vertu du pédoncule qui la relie toujours au plateau tertiaire « français ». Vis-à-vis d'elle, à 5 kilomètres au sud de Vertus, le Mont Aimé (240 mètres), où Ton soupçonne un très antique oppidum, est et reste séparé, tertiaire lui-même, du tertiaire de Paris, par une gorge dont ont profité grand'route et chemin de fer. Pourquoi Mont Aimé? Maudit plutôt, en un jour de honte, en 1233, par 183 misérables, des hérétiques et relaps, des Manichéens brûlés à sa cime à côté du château de Blanche de Navarre, maintenant disparu, en vue du plateau, de la plaine, devant le comte de Champagne, ses hobereaux, et son bon peuple, hommes, femmes, enfants, au nombre de presque cent mille. A 13 kilomètres au sud-ouest du Mont Aimé, le Mont Août (221 mètres) pointe au midi des marais de Saint-Gond traversés entre digues par le Petit-Morin ; il regarde ce palus et, au sud, à infini, la plaine pouilleuse jusqu'à l'Aube, et par delà l'Aube jusqu'à la Seine.

La Champagne se termine au midi par le viii Pays d'Oihe, dit aussi la forêt d'Othe, en raison

PATS des sylves, vastes encore, dont les principales

D'OTUs occupent, sur une ligne qui joindrait à peu près

Troyes sur Seine à Joigny sur Yonne, le faite

de 250 à 300 mètres interposé entre la Vanne

au septentrion, l'Armance et l'Armançon au sud, l'Yonne à

l'occident.

Il y a là 20000 hectares de bois d'un seul tenant, sur une bonne douzaine de lieues de long, sans compter une foule de sylves, sylvettes et boqueteaux dispersés sur plateaux et collines des deux rives de la Vanne, rivière centrale de l'Othe, jusque vers Marcilly-le-Hayer et les lieux où le massif othien s'aplatit sur le Champ pouilleux.

Non moins < pouilleuse » serait peut-être devenue l'Othe sans ce manteau protecteur : les pluies, plus drues ici qu'alentour, 700 millimètres par an au Heu de 500 ou 600, n'auraient pas manqué de raviner le sol, craies entamables, tertiaires déÛtables; ce ravinement eût amené la décadence du massif, et sans doute la perte de tant de fontaines précieuses dont Paris a revendiqué les plus belles, dans le vallon de la Vanne. Les arbres sauvés dans TOthe, les sources le furent aussi; mais où la sylve manque, au nord, en tirant sur la rive gauche de la

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Seine, le pays est sec, pauvre en surgeons, autant que riche en déploiements de vallées anhydres.

Aube, Marne, Aisne, ainsi se nomment les IX trois maltresses rivières qui s'attardent dans la

AUBB, Champagne Pouilleuse après avoir franchi la MARNE, bordure de la Champagne humide. Tous les cou- AJSNE» rants qu'elles y hument se ressemblent par le VANNE manque d'affluents, et leur force réside en quelques fontaines de beau débit.

Fontaines qui, suivant les années, descendent ou remontent le val de leur naissance; il y a par ici nombre de lieux dont le nom commence par Somme, c'est-à-dire Tète; et ces lieux marquent la prime fontaine d'une rivière — Somme*Sois ou Somsoîs, Somme-Puy ou Sompuis, Somme-Soude, Somme- Sous, Somme*Aisne, Somme- Yèvre, Somme-Bionne, Somme- Tourbe, Somme-Suippe, Somme-Py, Somme- Vesle, etc.

Mais cette source habituelle, ancienne, historique, diminue par la sécheresse; un cycle d'années ardentes peut même la tarir, alors eUe va jaillir plus bas, à tel niveau inférieur qui reçoit les eaux cachées d'un plus vaste pays, au-dessous d'un confluent souterrain de ces siphons invisibles qui sont l'origine des ruisseaux.

VAube, l'une des branches mères de la Seine, décrit en Bourgogne et Champagne un quart de cercle de 62 lieues, toutes < promenades » comprises; elle accueille les eaux de 461 500 hectares et finit par rouler de iO à 25 mètres, avec étiage extrême de 3 à 4. A l'oolithe bourguignonne, puis à la craie champenoise, elle est redevable des claires fonts qui lui donnent une eau claire. Aube est un radical celtique, en même temps que latin, aW, qui veut dire blanc; elle est en effet blanche, transparente; quand elle rencontre la Seine à Marciliy, par 70 mètres, à peu près à distance égale entre la source du fleuve et Paris, elle amène des ondes moins foncées que celles qui lui font perdre assez injustement son nom.

Elle naît sur le plateau de LÂngres, à 5 lieues au sud-est de la ville forte qui nomme ledit plateau, entre deux des coteaux c langrais » de la ligne de faite européenne, le Haut du Sec et le Mont Saule ; c'est la rivière d'Auberive, de Montigny, de Bar, Brienne, Arcis, Anglure. Ainsi que l'Ai^on, son maître affluent S elle diminue à son passage sur la grande oolithe à des trous et fentes de la roche. Après avoir embelli de ses eaux,

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