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kilomètres, 90 800 hectares. -- 3. 87 kilomètres

de branche mère) la Seine est en longueur le troisième fleuve de France, après Loire et Rhône; avec ses 7776920 hectares de domaine, ce n'est que le quatrième après Loire, Rhône et Gironde ; le quatrième aussi seulement pour le flot versé dans la mer; mais son débit est régulier et son eau passe dans Paris : ce sont là deux supériorités.

Elle est verte, elle est claire, elle est gaie, elle a de charmants détours, elle réfléchit des châteaux, des parcs; et comme elle passe dans la ville du plaisir, de la jeunesse et des arts, des millions d'hommes Fadorent ou Font adorée, car elle a vu couler les plus beaux de leurs jours.

Mais elle est indigne de Paris : à grand'ville on voudrait grand fleuve.

Certes elle a longueur et largeur quand on la compare à son homonyme la Senne de Bruxelles, à la Sprée, grenouillère de Berlin, au Manzanarès de Madrid où le vent ne raye que des sables quand le soleil du printemps a c brûlé » les neiges de la Guadarrama.

Mais, sans même sortir de Tinûme Europe, comment nommer la Seine à côté de la Neva, du Danube, du Bosphore et du Tage?

Devant les palais du tsar, la Neva bleue est comme un Saint-Laurent; à Vienne le Danube, encore germain et tout près d'être hongrois, a déjà reçu d'énormes torrents des Alpes; de Stamboul à Scutari, le Bosphore est un détroit d'entre deux mondes ; et devant les soi-disant sept collines qu'escalade la < Ville d'Ulysse > le Tage porterait dix fois tous les navires, tous les canots de pèche du Portugal, tous ceux de l'Espagne, voire toute la batellerie des Néo-Latins.

De la mer il ne monte à Paris que de petits navires, lentement, par les boucles du fleuve, et d'écluse en écluse ; mais le fleuve salé de Byzance et celui qui s'avance vers l'Atlantique au pied de la montagne de Cintra reçoivent sans peine les vaisseaux les plus lourdement cuirassés qu'il plaise à l'homme de lancer dans les flots ; même ils recevront aisément les c Léviathans > de l'avenir.

La Seine devant Paris n'est rien ; la Seine maritime a seule quelque grandeur.

Sur les 7 777 000 hectares de l'empire séquanien (dont très minime part en Belgique, vers les origines de l'Oise), 1 900 000 seulement, soit environ le quart, ont un plancher compact : donc, les trois quarts à peu près sont perméables.

A cette porosité la Seine doit la sagesse et la constance des rivières qu'elle unit dans son lit : leur sagesse, parce que la terre poreuse est comme une éponge pour les pluies et les

TRoisii» Petits MontSj Bas Plateaux^ Plaines.

neiges; leur constance, car Teau qu*aspire cette éponge s'assemble sous la roche à l'abri des soleils, sur toute couche étanche, dans de longs couloirs tordus où elle descend en cascatelles, se concentre dans des gours et glisse en siphon d'un gour à l'autre gour, d'une flaque à l'autre flaque; ces mares, ces gours sont toujours renouvelés par la filtration des voûtes, la chute des gouttelettes, les flots d'orage tombés en obscurs « sauts de Gavarnie » dans un gosier d'aven, et ils s'expriment en sources fidèles.

Aussi les arches de Paris ne sont-elles jamais remplies jusqu'au cintre par le passage tournoyant des crues, à la différence des torrents de la Cévenne et des Alpes méridionales qui atteignent ou dépassent leurs ponts, sur la grève où l'on voyait hier, où l'on verra demain l'enracinement des piles; pourtant les folles eaux du Midi, souvent plus larges que la Seine à Paris, arrivent à ces ponts au bout de quelques dizaines, rarement de quelques centaines de milliers d'hectares, tandis que le fleuve entre dans Lutèce avec le tribut de l'Aube, de l'Yonne, du Loing, de l'Essonne, de la Marne, et c'est l'épanchement de plus 4 millions d'hectares qui coule sous les arches de la ville magnifique.

La grande montée de 1876, qui donna plus de 4 milliards de mètres cubes en cinquante-cinq jours, ne dépassa pas 1650 mètres à la seconde entre les quais de Paris et l'on a calculé rétrospectivement que, lors de sa plus forte crise, en 1658, le fleuve n'a pu dépasser 2 500 000 litres.

Peut-être la Seine ne porte-t-elle jamais, crues très exceptionnelles à part, 2 500 mètres par seconde à la Manche, environ le cinquième des grandes ires de la Loire, de la Garonne et du Rhône. Son module, qu'on estime à 300 mètres cubes (?) dans la traversée de Paris, est de 600 (?) tous affluents reçus; aux eaux basses elle roule au-dessous du confluent de la Marne 75 mètres, volume qui descend quelquefois à 45, 40, et môme 33, à la suite de sécheresses c séculaires » ; la portée ordinaire est de 20 à 25 mètres en amont de l'embouchure de l'Aube, de 50 en amont de celle de l'Yonne, de 100 en amont de celle de la Marne, de 150 à Paris, de 253 à Rouen, et peut-être de 275 à l'arrivée en mer.

Ses premières fontaines sourdentà 471 mètres, en un ravin calcaire des monts bas où la Côte d'Or s'ajuste au plateau de Langres, à sept ou huit lieues au nord*ouest de Dijon, près du long tunnel de Blaisy, qui transmet le chemin de fer de Paris à Marseille du bassin natal de la Seine à celui de la Saône.

Jadis les fonts vives étaient des lieux augustes. Un temple

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cbapitiis

romain consacrait les premiers murmures de la Seine; hui c'est une statue élevée par la Ville de Paris, une nymphe appuyée sur Turne qui symbolise Tonde intarissable : mais ici Turne peut mentir, et parfois il arrive que Tété hume entièrement les six sources du fleuve.

Ce ruisseau a grand'peine à devenir rivière; Toolithe loi verse des « douix >, mais cette roche décousue boit la Seine à mesure, si bien qu'en mainte canicule il n'y a plus d'eau dans son lit aux approches de Châtillon.

Mais, là même, d'une grotte sort une douix supérieure aux autres, onde éternelle, riviérette pure au-dessous de laquelle on n'a jamais vu sécher le fleuve de Paris.

Douix, Douy, Doux, Douze, Douce, Dhuis, Duis, Dhuys, Douée, Douet, Duides, sous ces formes à peine diverses c'est un mot qu'on trouve en toute France, surtout Douix en Bourgogne et Doux dans le Sud-Ouest; on appelle de ce nom les sources < exubérantes », comme précisément la Douix châtillonnaise ; et la Dhuis dont Paris reçoit les eaux par un aqueduc; et, à d'autres bouts du pays, la Doux de Coly, mère d'un affluent de la Vézère, et la Doux du Durzon, grand'font du pied des Cévennes, au bas du Larzac.

Près de passer des calcaires de Bourgogne aux craies de Champagne, à Bar, le fleuve n'est plus qu'à 162 mètres d'altitude; à Troyes il est à 100. 11 frôle de sa rive droite les campagnes de la c Pouilleuse >, il passe devant Romilly, devant Nogent, devant Montereau, puis serpente entre le plateau de la Brie et les grès ombragés par la forêt qui tire son nom de Fontainebleau, ville sise à 3 kilomètres de la rive gauche, à côté d'un des grands châteaux de l'Europe ; il effleure ensuite Melun et Corbeil.

Au confluent de la Marne la Seine entre dans Paris.

La plus gracieuse des villes, Paris, a 2536834 habitants, soit près du quinzième de la nation xxxn française.

PARIS 11 en a plus de 3 millions, environ le treizième

du peuple quand on lui ajoute les villes de ceinture qui continuent ses rues, ses boulevards et ses promenades : Neuilly, Le vallois- Perret, Clichy, Saint-Ouen, Saint-Denis, Aubervilliers, Pantin, Montreuil, Vincennes, Saint- Mandé, Charenton, Alfortville, Saint-Maur, Ivry, le Kremlin- Bicètre, Montrouge, Issy, Malakofl*, Meudon, Saint-Cloud, Sèvres, Boulogne, Puteaux, Courbevoie, Asnières, Colombes, Bois-Colombes, pour ne nommer que des cités supérieures à 10 000 âmes.

TRoisiim Petits MontSy Bas Plateaux^ Plaines.

Et ces villes de première ceinture envoient des tentacules vers d'autres villes; des rues de jardins, des hameaux de villas, des avenues de chftteau, des pièces d'eau, des parcs, prolongent au loin Paris dans une campagne frivole qui peut donner de Fombre et des fleurs, mais qui n'a point l'intimité, la vertu, le calme et la tranquillité des champs : c'est ainsi que, par exemple, Versailles tient réellement à la métropole.

Les Parisiens habitent 2 345 rues, 82 boulevards, 115 avenues, 166 places, 469 passages ou galeries : en tout 965 kilomètres bordés de maisons banalement monumentales.

Ces boulevards, ces rues, ces places s'enchevêtrent ou plutôt — car la ville est de plus en plus régulière — se distribuent sur les rives de la Seine, dans la plaine du fleuve et dans les vallées hui méconnaissables dont les ruisseaux ont disparu ; mais sous le luxe et l'apparat de la ville pompeuse, sous les trottoirs, les pavés de bois, les carrés de grès, le bitume ou le macadam, court dans l'ombre, avec des regards sur le jour et de grandes portes sur la rivière, un admirable réseau de canaux immondiciels.

Un autre réseau moins sordide complique sous terre le dédale des conduits d'ordure, des tuyaux de gaz, des fîls de télégraphe et de téléphone; c'est celui des eaux de source amenées de la province à Paris : meilleures que les boissons fraudées, que les vins arrivés impurs dans les entrepôts, puis suradultérés par la puissante corporation des débitants, ces eaux viennent de la Bourgogne, de la Champagne, de l'Ile-de- France, de la Normandie.

La Bourgogne envoie par un aqueduc de 173 kilomètres, sur une pente de 25 mètres, 600 à 1 242 litres par seconde (selon les mois, les semaines, les jours), cristal pris à treize fontaines d'extrême limpidité filtrées par la craie : fontaines qui jaillissent dans les prairies de la rive gauche de la Vanne; cette onde arrive au réservoir de Montsouris à l'altitude de 80 mètres.

La Champagne donne moins d'eau, mais cette eau entre à Paris par 108 mètres et monte aux étages supérieurs des maisons, même dans les rues élevées; l'aqueduc, long de 131 kilomètres, puise dans la source de la Dhuis; il apporte 220 litres à son réservoir terminal de Ménilmontant.

L'Ile-de-France ne fournit en eau de source que 15 litres à la seconde; mais elle envoie à flots des ondes bien moins pures : le canal de l'Ourcq amène des rus des pays de Tardenois, d'Orvois, de Valois, de Multien, en tout 1 042 à 1 215 litres suivant le temps, et des pompes puisent 1 018 litres dans la Seine, 1 423 dans la Marne.

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cBAmu

De la Normandie Taqueduc de l'Avre, long de 102 kilomètres, apporte» à 106 mètres au-dessus des mers, au réservoir de Montretout-Saint-Cloud, plus de 1 150 litres empruntés aux magnifiques fontaines de la Vigne, au voisinage de Vemeuilsur-Avre.

Quant aux ondes les moins fraîches, c'est Paris lui-môme qui les donne à Paris par des puits artésiens. Le trou de sonde de Grenelle a 548 mètres de profondeur; Teau (6 litres) qu'il appelle de Tabtme intérieur est à 27*. Du trou de Passy, profond de 586 mètres, monte un flot onze à douze fois plus abondant, 69 à 70 litres. Le puits de la Chapelle évoque très peu d'onde cryptique, et le puits de la Butte aux Cailles n'est pas encore achevé.

Le cristal des sources étant pour l'usage de l'homme, l'eau souillée pour les rues, les jardins, les égouts, il semble que les sources acquises chez le Boui^uignon, chez le Champenois, le Normand et dans la banlieue de Lutèce pourraient étancher la soif la plus ardente des trois millions de Parisiens : dès lors la Seine et la Marne, au besoin TOise, et surtout la Loire, amenée de haut, distribueraient avec abondance et surabondance ce qui manque pour la propreté, l'arrosage, le noiement et l'éloignementdes vidanges; mais, soit maladministration, soit gaspillage, Paris gémit sur l'insuffisance des eaux qu'on lui donne à boire, et la grand'ville s'est emparée des plus belles fontaines à vingt-cinq lieues à la ronde : sources de Cochepies (315 litres par seconde), près de Villeneuve-sur- Yonne; source de Chaintreauville (248 litres), près de Nemours, admirable de constance, belle par son site au pied de grès escaladés par les pins et sapins; et d'autres moindres.

Elle voulait aussi ravir, et n'a pu le faire, les fontaines de la Voulzie et du Durtein qui font la fraîcheur, l'orgueil et la joie de Provins, la « ville des roses », et les fontaines de la Bonneville, où renatt l'Iton (Eure) : Summum jus, summa injuria : excès de droit, c'est injustice.

Non seulement ruisseaux et marais ont disparu du sol de Paris, mais nombre de coteaux n'existent plus : on a fait monter les ravins à leur hauteur ou bien on les a nivelés pour les couvrir de palais. De la plaine, des anciennes vallées, les maisons escaladent au nord les collines des Batignolles. de Montmartre (105 mètres), des Buttes-Chaumont (101 mètres), de Belleville et de Ménilmontant (108 mètres) ; au sud, le Mont- Parnasse et le Panthéon (60 mètres).

Paris a 7 802 hectares, dont 3 594 en quais, rues, places, boulevards, squares et jardins : trop peu pour 2 537 000 habi-

TRoiuÉKi Petits Monts y Bas Plateaux y Plaines,

tants, puisque 325 personnes s*y partagent un hectare; et si Ton distrait des 78 kilomètres carrés de la ville les 36 qui ne sont pas hérissés de maisons, il y a moyennement 604 individus sur chacun des 4 500 hectares couverts de bfttisses.

L'enceinte, murée, de 34 kilomètres, défendue en avant par dix- huit forts, a laissé bombarder la ville en 1870-1871, mais ne Ta pas laissé prendre. Les < héros du Nord > ne sont point entrés ouvertement, délibérément dans le grand Paris, par mines et tranchées, par assauts et batailles, en marchant sur leurs morts et les nôtres ; la famine a fait la brèche, et les Allemands ont passé.

Le plus redoutable de ces anciens forts couronne le Mont' Valérien (161 mètres), fîère colline au-dessus de Suresnes et de la rive gauche du fleuve; ils forment une enceinte de 55 kilomètres, qui ne suffît plus, n'ayant point empêché Ten* nemi de tirer à boulets rouges sur Paris du haut des coteaux de Châtillon.

Les forts de l'enceinte nouvelle, également au nombre de dix-huit, entourent l'ancienne enceinte à variables distances, de 6 à 20 kilomètres, suivant une ligne capricante, sur un pourtour de 122 kilomètres embrassant 91 500 hectares.

Londres a presque deux fois autant de Londoniens que Paris de Parisiens, sur une aire quadruple, et d'autres casernements l'emportent sur Lutèce par le tumulte des rues, l'industrie, le commerce, la diversité des monuments, mais nulle cité n'est rivale de Paris pour la variété des plaisirs, la facilité de la vie, les recherches du luxe, le déploiement des richesses, la foule d'hommes d'esprit, de savants, d'artistes, la valeur réunie des académies, écoles et facultés, musées, collections et bibliothèques.

Parmi ces dernières, une seule a tant de rayons pour ses tomes, brochures et manuscrits, pour ses cartes, ses atlas, et ses quinze lieues de rayons portent tant de volumes qu'il y a là 2500000 livres, 250 000 cartes, 2 500000 estampes et gravures; plus une merveilleuse réunion de 250000 monnaies et médailles, des camées, pierres gravées, bijoux d'art, bronzes, statuettes, vases antiques, etc., etc. Cette bibliothèque est < nationale >, « impériale > ou < royale », selon le pouvoir dont il faut flatter l'immortelle splendeur.

Et l'on ne compte pas à Paris les instituts, les écoles, les cours publics ou privés en français ou en tout autre idiome, sur toute chose de savoir et désavoir.

Musées, écoles, bibliothèques, administrations, ministères, hôpitaux, théâtres, les salles du plaisir, celles de la soufl^nce,

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cBAnni

celles du travail, et la foule sans fin des bureaucrates habitent de vieux ou de jeunes palais dont plus d'un n'a que la grandeur et n'est point monumental. D'humeur iconoclaste, Paris a détruit presque tout ce que les âges abolis lui avaient laissé de grand, d'antique, de vénérable; ses aligneurs de rues, ses perceurs de boulevards ont culbuté les pierres romaines, < basilicales > ou féodales qui osaient se dresser, solides ou caduques, avec la majesté de l'âge, sur le plus court chemin d'un point à un autre, et l'entrepreneur abat des murs de miUe années pour construire un monument fait en un jour pour durer un jour. Malgré tout, la grande ville montre encore de superbes architectures, dans tous les styles, de celui de l'an 300 à celui de Tannée 1900.

Rome y revit dans d'informes arènes et dans les thermes du palais bâti par Constance Chlore, habité par Julien l'Apostat; le moyen âge triomphe avec Notre-Dame et sa merveilleuse façade, avec la Sainte-Chapelle, qui est le < bijou > de l'art ogival, et dans tous les quartiers anciens de la métropole il dresse çà et là une église, une tour, une tourelle, un débris ; la Renaissance a le Louvre et son admirable cour carrée; l'après-Renaissance, le Palais du Luxembourg et le Palais-Royal; le siècle de Louis XIV a donné le palais des Invalides, la Porte Saint-Denis, la Porte Saint-Martin; le xviii® siècle, le Panthéon ; le xix* siècle, la Madeleine, grande copie du temple grec, et l'Arc de l'Étoile, la plus haute porte triomphale du monde, au bout de l'avenue des Champs-Elysées, non moins triomphante et faite pour le passage d'un peuple; il a son fastueux Opéra, ses Halles Centrales, fer et verre plus que pierre et marbre, et des hôpitaux, des hôtels et caravansérails, des cafés luisants de glaces et de dorures, des théâtres, des ponts, des viaducs.

Une pierre qui n'est plus énigmatique et dont on sait que ses hiéroglyphes proclament les victoires d'un Pharaon, l'obélisque de Louxor lève son granit rose au bas de l'avenue des Champs-Elysées, à une demi-lieue de l'Arc de triomphe qui célèbre les batailles de la France à l'autre extrémité de l'allée grandiose; sur sa place de la Concorde, magnifiquement décorée, il ne voit que monuments ayant 3 000 à 3 500 ans de moins que lui ; mais ce n'est pas un témoin de nos splendeurs ou de nos ruines, il n'a de français que le granit breton de son piédestal; son granit à lui est du granit d'Egypte : pris dans les ruines de Thèbes aux cent portiques, au bord du Nil limoneux, à l'entrée du grand désert fauve, on l'a planté dans le sol de Paris devant le jardin d'un palais des rois, les Tuileries, détruites en 1871.

TRoiuÈMB Petits Monts, Bas Plateaux, Plaines.

La ville opulente est facile au plaisir, étourdie, joyeuse, mais la corruption qu'on lui reproche, et qui dégrade autant les autres capitales, ne vient pas seulement des Parisiens et des Français ; les homme de loisir que nous envoient les nations c vertueuses » apportent et soulèvent plus de fange que nous dans le bourbier de Lutëce. Quand ces Pharisiens partent pour leurs pays hypocrites, ils secouent sur nous la poussière de leurs pieds en criant : < Nous sommes plus justes que ces hommes-là > ; et ils prédisent un dieu vengeur à la Babylone moderne. Ils espèrent que Paris sera brisé comme le château d'Edenhall, dans la célèbre ballade du poète souabe Uhland.

L'avenir exaucera leur vœu ; il n'est que deux sortes de villes : celles qui sont mortes et celles qui mourront.

Pour l'instant, très vivante et fîère d'elle-même, elle ignore ses premiers commencements.

Quand les Romains arrivèrent à la Seine parisienne, vers le milieu du siècle qui précéda notre ère, les deux rives, bois et marais, étaient presque désertes.

La Marne bue, le fleuve dévorait deux ruisseaux : sur la rive gauche, la Bièvre, descendue de coteaux bocagers, s'amortissait en palus dans le vallon, derrière les chaussées du castor dont elle a gardé le vrai nom français ; un ru venu des collines de Montreuil et Rosny s'épanchait dans la plaine de la rive droite; il s'y divisait en deux bras, dont le plus court joignait la Seine à l'issue des bas-fonds mouillés dont le souvenir vit encore dans le nom que porte le quartier du Marais; l'autre s'en allait, palustre aussi, entre prairies qui furent plus tard des jardins, puis des rues, quand Paris, devenu géant, brisa ses entraves. Ces deux bras sont maintenant invisibles; la voûte de pierre leur fait un cours nocturne, et le plus long des deux transporte autant d'ordures qu'il roula jamais de flots clairs : aujourd'hui sous sa courbure latrinière, tronçon du « Grand collecteur », il concentre des abominations et des fétidités.

Cinq îles éparpillaient la Seine en deux ou trois branches. Sur l'une d'elles, un bourg peuplé de mariniers, Lutèce (ou peut-être Lucète) appartenait aux Parisiens, tribu celtique dont il paraît que le nom voulait dire : les Vaillants.

Nous n'en savons pas plus. Ces c Vaillants » fondèrent-ils leur ville? Ou la prirent-ils à d'autres Celtes qui l'avaient euxmêmes acquise par la politique du fer et du sang? Et ces autres Celtes la tenaient-ils, par force ou ruse, de Celtes ou d'Antéceltes attirés dans l'archipel de ces îlettes par la richesse de la pèche et la facilité de la défense?

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, cHAmu

L'île de Lutèce, qui contint tous les Parisiens, est le lieu de Paris qui en renferme le moins, occupée qu'elle est par ses quais, son boulevard, ses places, ses grands monuments, Notre-Dame, Hôtel-Dieu, Palais de justice, Sainte -Chapelle, Tribunal de commerce. Plus petite alors que de nos jours, elle ne s'était pas encore annexé Tflot d'aval devenu le terre-plein du Pont-Neuf.

Les < Vaillants >, peu à peu romanisés quant à la langue, agrandirent leur ville : très lentement sous les Mérovingiens, petits despotes insensés, pillards et ripailleurs tant qu'ils restèrent guerriers, Iftches quand ils devinrent fainéants; plus lentement encore sous les Carolingiens, tant qu'il fallut vaincre avant tout les Normands arrivés de la mer sur des flottilles de cuir. A partir de l'an mille, après l'intronisation des Capétiens, Paris s'accrut vite et lorsque approchait la guerre de Cent Ans, la ville de la Boue (si c'est là ce que signifiait le nom de < Lutèce ») avait 275 000 habitants sur 400 hectares; mais cette guerre inexpiable arrêta net son expansion, même la ville se rapetissa, et deux cent cinquante ans après, quand s'allumait une guerre non moins frivole et meurtrière, lorsque protestants et catholiques se daguaient dans toutes les rues, sur tous les ponts, devant tous les châteaux de France, Paris ne comptait guère plus de 250 000 âmes. Il en avait 720 000 (7) à la fin du règne de Louis XIV; 600000 (?) en 1762; 720000 (?) en 1784; 550 000 en 1800; 725 000 en 1820; 925000 en 1840; près de 1 700 000 en 1860, après annexion de la banlieue d'alors, entre les boulevards extérieurs et le justaucorps de l'enceinte; 2269000 en 1881 ; 2537000 en 1890.

Ce prodigieux épanouissement ne durera pas; peut-être même Paris a-t-il fini de grandir. La ville issue des tlots de la Seine n'a rien de ce qui fait les cités souveraines, toujours sûres de revivre après mort violente, de rajeunir après caducité passagère; elle n'a pas la mer, le port profond, ample, abrité que ne comblent ni les galets, ni les vases; elle n'a pas le fleuve de mille à quinze cents lieues portant des vaisseaux de haut bord ; il lui manque la centralité dans d'immenses plaines et le commandement d'un long chemin des peuples; l'histoire la fit géante, la nature la rapetissera, ou du moins des rivales croîtront sans qu'elle croisse autant qu'elles.

Sans doute Paris fut central en France lorsque la langue d*oc n'avait pas encore subi le joug de la langue d'oïl : la pairie, c'était alors la Seine, la Saône et moitié de la Loire : en ce temps-là l'Angleterre elle-même, dans ses villes et par ses hautes classes, était plus française que le sud de la France;

TR0I8IBHB Petits MoHtSj Bos Plateuux, Plaines»

aujourd'hui que la Loire d'en haut, la Garonne, le Rhône, FAtlas, le Niger, le Congo, portent Taxe de la France au midi (bientôt même au delà des flots cérulécns), Lyon, Avignon, Toulouse, Marseille, seraient de meilleures capitales.

Devenu très excentrique, Paris a Tennemi presque à ses portes; tandis que Lyon, sur un fleuve supérieur à la Seine, une rivière supérieure à la Marne, a derrière lui les créneaux du Jura; Avignon, entre l'Espagne et Fltalie, a les Alpes à gauche, les Cévennes à droite, le Rhône devant elle et la mer tout près; Marseille regarde Alger, au bout d'une France, à portée de l'autre; Toulouse règne entre l'Ouest et l'Est, entre l'Atlantique et la Méditerranée, non loin des ports où l'on s'embarque pour l'Afrique.

La Seine est fort limpide à l'amont de Paris; la Marne la décristallise un peu, qui est plus opaque, et trouble cent jours par an, contre les soixante-six jours impurs de la Seine.

Ce fleuve est comme l'axe de Paris, qu'il traverse sur une longueur de 12300 mètres, avec largeur minima de 125 à 130 mètres, ampleurs ordinaires de 150, 175, 200; il entoure l'île Saint-Louis, puis l'tle de la Cité, celle-ci très brillante, celle-là sans monuments au milieu de la ville monumentale et pareille à une cité de province endormie à deux pas des tohusbohus endiablés de Babel.

Des bateaux à vapeur la montent et la descendent, qui convoient par an des millions et millions de voyageurs; de bateaux de commerce, peu ou pas ; ils suivent, loin de la rive du nord, le canal Saint-Martin et le canal Saint-Denis qui leur évitent les embarras de Paris et l'énorme détour du fleuve par Sèvres, Saint-Cloud, Neuilly. Exactement parlant, ce n'est pas la Seine seule qui coule sous les arches de gauche et sous les arches de droite des ponts parisiens : à gauche s'avance la rivière maîtresse, la Seine, différente en couleur, en pureté, de la rivière moindre, qui est la Marne, et celle-ci heurte un flot moins vert, moins clair contre les quais de la rive droite. En aval de Paris, les deux courants, longtemps brassés ensemble ne sont plus qu'un seul et même fleuve.

La Seine d'en bas est incroyablement si-

xxxiu nueuse : de Lutèce à la Manche, elle erre pen-

DE PARIS dant exactement autant de kilomètres qu'il y a

A de jours dans Tannée : 365, alors que son droit

LA MER chemin est de 180 au plus.

D'abord elle baigne le pied de collines chargées de villas qui continuent la vivante splendeur de Paris jusqu'à

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL aumii

la splendeur morte de Versailles, à ces avenues solennelles, à cet énorme château, à ces jardins immenses, pleins de vases de marbre, de statues, de bassins. La rivière de TEure, amenée par un aqueduc, devait donner la vie au parc, au château, à la ville, et verser Fonde aux bassins par la bouche de leurs dieux, de leurs déesses, de leurs nymphes de pierre; mais TEure n'a point coulé jusqu'à Versailles, l'aqueduc de Maintenon n'est que ruines, et il n'y a plus de glorieuse opulence dans la cité du roi < qui se serait fait adorer par les hommes s'il n'avait eu peur du diable >. Deux siècles à peine se sont écoulés depuis la fleur de jeunesse de cette humanité polie; la cour de Versailles fut la société la plus dorée, la plus élégante, la plus spirituelle sous le soleil ; l'Europe en fit son idéal, et la France fut alors le premier des peuples, son roi le premier des rois.

Si Versailles est un faubourg de Paris sur un plateau de la rive gauche de la Seine, Saint-Denis est un faubourg de plaine sur la rive droite. Un autre faubourg, c'est Saint-Germain-en- Laye, sur un plateau de la rivière, au bord d'une forêt de 4 400 hectares. Le fleuve, accru de l'Oise, arrose ensuite Poissy, dont le pont date de saint Louis, et Mantes, surnommée la Jolie; il effleure, de sa droite, des collines qui sont le rebord du Vexin français, puis au delà du confluent de l'Epte, des coteaux qui sont le talus de support du Vexin normand ; il serpente dans la plaine de Vernon, et maintenant dégagé du faix des ordures de Lutèce, rencontre successivement : les Andelys, que contemplent, ruines superbes, les trois enceintes du Château-Gaillard, œuvre de Richard Cœur de Lion, prince français dont la gloire est anglaise; Poses, où déjà la marée soulève un peu les eaux que va gonfler le tribut de l'Eure ; Elbeuf, riche de ses draps ; Rouen, l'ancienne capitale de la Normandie, où le fleuve arrive au sommet de la plus formidable de ses courbes : 35 kilomètres de cingle pour moins de 5 kilomètres d'isthme.

RonoD est chez nous la grande ville cotonnière. Au bord d'un fleuve à marée, au pied de collines altières, ses monuments, ses églises, sont dignes d'une métropole, et puisque le maître lieu de la France n'en devait pas occuper le centre, Rouen eût mérité plus que Paris d'être le site élu ; les Français s'y seraient familiarisés avec les choses fluviales et maritimes, et sans doute que sur plus d'un rivage maintenant anglais, espagnol ou portugais résonnerait aujourd'hui la langue de Tours en Touraine.

En aval de Rouen, la Seine reste encore longtemps médiocrement large, de 200 à 250 mètres; mais à partir de Quillebœuf, elle s'amplifîe en estuaire entre des rives qui s'écartent jusqu'à près de deux lieues et demie.

TRoiBiixB Petits Monts y Bas Plateaux ^ Plaines.

L*estuaire de la Seine avait son commencement vers Villequiers, tout au moins entre Vieux-Port et Quillebœuf.

C'est chose d*antan, la Seine ayant indéfiniment remblayé ses deux rives, surtout par Fatterrissement du Marais Vernier, jadis vaste golfe en demi-rondeur.

L'estuaire a maintenant son principe en aval de Quillebœut par l'ouverture d'au delà de 4 000 mètres comprise entre le cap de Tancarville et la pointe de la Rocque ; on dit cap de Tancarville, et c'était bien autrefois un promontoire, au long d'une falaise marine, ou plutôt demi-marine à cause des heurts du flux et du reflux dans l'estuaire, à la tombée de rebord du pays de Caux.

Ces roches maintenant fluviales sont dignes de leur solide château de Tancarville, dignes de leur fleuve, comme le sont de leur mer les roches du littoral ; elles ont cependant perdu la moitié de leur beauté depuis qu'elles plongent sur la prairie d'alluvions et non sur l'eau mobile, que les atterrissements ont éloignée d'elles. A la rive opposée, le plateau du Lieuvin monte sur l'estuaire par un escarpement moins blanc que la tranche du pays de Caux.

En même temps qu'ils rétrécissaient le golfe, les envasements enfouissaient des ports : Lillebonne reçut des vaisseaux quand elle était la Juliobona gallo-romaine, et plus tard pendant le moyen ftge ; de nos jours aucune barque ne remonte son ruisseau, tributaire de l'estuaire. Harfleur, voisine du Havre, offrait aux grands navires l'asile de l'anse abritée où la Lézarde s'évanouissait dans la Seine déjà presque confondue avec la mer; maintenant l'anse est comblée, la Lézarde fend près d'une lieue d'alluvions avant d'atteindre le flot, et il faut de hautes marées pour mener à Harfleur un modeste navire.

C'est pour la moindre partie que la Seine contribue au comblement de sa baie, déjà diminuée de près de 10000 hectares; la masse des alluvions est amenée de loin, des rivages occidentaux de la Normandie, par un courant littoral chargé de débris schisteux ou calcaires.

On a très heureusement approfondi, régularisé la Seine et l'on y a conquis sur l'estuaire des prairies superbes. Rouen, qui ne recevait que des bateaux de 3 mètres et demi de cale, accueille des navires de 6, de 7 mètres, malgré la barre, toujours incommode : cette sœur du mascaret de la Dordogne fait de 5 à 7 mètres 1/2 par seconde, quelquefois 10, 12, 15; à contre-courant, car elle vient de la mer; tenant toute la largeur du fleuve, sa vague, haute de 2 à 3 mètres couronnée d'écume, se cabre et fait danser la Seine; les bateaux qu'elle saisit par le travers chavirent mais voici qu'elle n'épouvantera

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chapitbi

plus personne; elle ne peut mener à mal les grands navires, et les petits se rient de son tumulte : à peine s'ils voient sa blanche écume et s'ils entendent de loin son tonnerre, assurés qu'ils sont d'un calme inaltérable dans un tout nouveau canal de la rive droite de l'estuaire — le canal de Tancarville au Havre, menacé d'avance, dit-on, par l'inconsistance de la vase et les nombreux jets de fontaine du pied de la falaise cauchoise.

La Seine se confond avec la mer devant le Havre, belle ville qui commerce avec le monde entier, surtout avec l'Amérique. C'est, on peut dire, le bout de la banlieue d'aval de Paris, ou encore Paris maritime. En couronnant d'une digue, à 2 ou 3 kilomètres en mer, les deux bancs de l'Éclat et des Hauts de la rade, qui sont une assise d'ancien rivage, on lui ferait un avant-port de 700 hectares en eau profonde ; mais on hésite à défier ici la mer, rouleuse infatigable de galets et traîneuse de vases qui ne sauront où se déposer quand elles auront comblé l'estuaire du fleuve parisien.

De la banlieue d'aval de Paris jusqu'à la xxxiv mer, de l'embouchure de l'Oise jusqu'à la fin de LES DEUX Testuaire séquanien, le Vexin monte par de vExiss : hauts talus sur la rive droite de la Seine, puis le EPTE, pays de Caux s'enlève en escarpements ardus, ANDELLE en caps rocheux. Ce même pays de Caux s'abat au nord sur la Manche, en tragiques falaises qui vont de la bouche du fleuve, largement ouverte, à l'étroit ensevelissement de la Bresle, aux lieux où les houles marines cessent de menacer la Normandie pour gronder au devant de la rive des Picards. Au Vexin, au pays de Caux s'ajuste en arrière le pays de Bray; tandis que vis-à-vis, au-dessus de la rive contraire de la Seine, des coteaux rapides escaladés par de grandes forêts portent les champs féconds de l'Ile de Grftce« de la Campagne de Neubourg et du Roumois, plans d'une altitude sensiblement égale à celle des plateaux d'entre l'Oise et la Manche.

Le Vexin est double : de l'Oise à l'Epte, Vexin français; de l'Epte à l'Andelle, Vexin normand ; Tun et l'autre disputés avec fureur par l'Anglais au Français, alors que le duché de Normandie, au bord du fleuve c national » de la France, relevait des rois dont le palais bordait la Tamise, le fleuve national des Celtes mâtinés de Saxons, de Danois, de Normands.

Conformément aux nécessités naturelles, les Français triomphèrent enfîn des < Grands Bretons » qui nous avaient vaincus dans trois grandes batailles, deux en Picardie, une en

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Poitou, avec de vaillantes petites armées où TAngevin, le Manceau, le Normand, le Saintongeais, le Gascon tenaient autant de place que TAngiais, et qui avaient pour chefs de guerre des rois, des princes, de hauts et nobles chevaliers de sang français, de langue française.

Entre Paris et Rouen, les paysans vexinois, aussi délurés que n'importe quels autres ruraux d'Ile-de-France et de Normandie, sont, en partie par le sang, tout à fait par le nom, les héritiers des Véliocs&ses dont la capitale fut Ha^uma ou Ràium&cosy la Rotomagus des Romains, notre Rouen.

Le Vexin français, en amont sur le fleuve, a plus de surrection que le Vexin normand, mais guère : tous deux se tiennent aux altitudes de 100, 120, 150 mètres, avec quelques reliefs d'au delà de 200 sur le premier des deux plateaux qui, tous les deux, sont des tables de craie avec vastes placages de tertiaire sur le c français », aussi de tertiaire, et surtout d'allu viens quaternaires sur le c normand ».

Avec ses terres fertiles, ce Vexin ne pouvait manquer à la destinée de campagne très agricole, sagement cultivée, soignée avec persévérance autour de riches villages.

Mais cette sagesse, persévérance et richesse tendent au néant depuis que les vieux Véliocasses sont en proie à la décimation, du fait du plus cruel des fléaux, la rareté des naissances par intention délibérée, par mépris de la vie générale à force d'estime pour la vie personnelle.

Campagne nue sur de très vastes espaces, même quelquefois jusqu'à l'horizon, mais avec sylves qui ont persisté jusqu'à ce jour, et desquelles nulle ne vaut la Forêt de Lyona en étendue, en beauté, en majesté; cette assemblée d'arbres dresse tout ce qu'on peut voir de plus splendide en fait de hêtres, comme celles de Bellème du Perche et de Tronçais du Cher en fait de chênes ; elle couvre à la rive droite de l'Andeile, 10 608 hectares de ravins, plateaux et collines, à des altitudes variant entre 50 mètres et 210; on y admire avec recueillement, dans une demi-obscurité sacrée, des hètraies de 180 à 200 ans, vieillesse qui pour ces troncs magnifiques est encore une jeunesse.

Au long de l'Epte^ le Vexin français divorce du normand. L'Epte part du pays de Bray et s'avance entre prairies ombragées, jamais bien large, souvent lente et profonde, toujours fraîche, et forte de 6 à 9 mètres cubes, avec étiage de 4 suivant la pluviosité du temps.

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