‹ Le poëme de LucrèceChapitre 38 sur 93 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

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faut aller jusqu’à Bossuet pour en reü'ouver un pareil.

Dans cette revue lugubre de toutes les pensées qui peuvent nous aider à mourir et qui se suivent avec la sombre gravité d’une marche funèbre,

.... Hortis comites et funeris atri, '

Luorëce recommande enfin de se représenter souvent l’image des grands hommes, que leur grandeur n’a pas défendus plus que nous contre l’universelle nécessité. Nous pouvons bien, nous, chétifs, qui ne sommes que du troupeau humain, nous résigner à un sort auquel n’échappe ni la royauté, ni l’héroïsme, ni le génie ; ils sont morts, les potentats; ils sont morts, les héros tels que Scipion, qui laissa ses os à la terre comme le dernier des esclaves ; ils sont morts, les inventeurs de la science et des grâces, les amis des Muses ; il est mort luimême, Épicure, le sage des sages, qui effaça toutes les gloires, comme le soleil levant éteint toutes les étoiles. Voilà on genre de consolation, dit-on, qui n’a jamais consolé personne ! Aussi ces vers mélancoliques prétendent, non pas consoler, mais rendre plus familière et plus acceptable la loi commune. Ces grands tableaux de la fragilité humaine n’étaient pas pour les anciens, comme on se l’imagine, de beaux thèmes oratoires et poétiques; ils y cherchaient, non l’ostentation du talent, mais l’efficacité morale. Ces méditations ne leur seiublent pas vaines, puisqu’ils y recourent dans leurs lettres

LA CnAINTE DE LA MORT. 1C3

intimes, dans les condoléances de Tamitié et jusque dans les secrets entretiens où le sage se parle à luimême. Le poète Antimaque ayant perdu sa femme, tendrement aimée, ramassa dans son élégie « toutes les adversités qui sont anciennement arrivées aux grands princes et roys, rendant sa douleur moindre, par la comparaison des maujt d’autruy plus griefs^» C’est à peu près ainsi que Sulpicius, dans une lettre connue, console son ami Cicéron, qui avait perdu sa fille unique : « Crois-moi, cette méditation m’a fortifié : fais-en l’essai sur toi-même et représentetoi le même spectacle*. » Marc-Aurèle, dans le secret de sa conscience et pour son propre usage, fait

de semblables réflexions avec le désir de se rendre plus doux envers la mort en ayant, dit-il, sans cesse à l’esprit « le peu de durée des choses humaines®. » Mais quoi I la prédication chrétienne ne dédaigne pas ce moyen de persuasion. Que de fois Bossuet n*y a-t-il pas recouru, soit en s’écriant que nous mourrons tous, soit en montrant que les hommes, «après avoir fait, ainsi que des fleuves, un peu plus de bruit les uns que les autres, vont tous se confondre dans ce gouffre infini du néant, où l’on

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