‹ Le poëme de Lucrèce [microform]; morale, religion, scienceChapitre 67 sur 73 · Voir une note dans l'Appendice, page · texte numérisé non relu

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documents épars, les rares et précieux vestiges de ces temps évanouis, tandis qu'il « ne se sert de son imagination, comme il dit encore lui-même, que pour combiner les observations, généraliser les faits, et en former un ensemble qui présente à l'esprit un ordre méthodique d'idées claires et de rapports suivis, » Taulre expose sans scrupule un système préconçu, ne se doute pas qu'il existe une méthode pour arriver à la vérité et s'imagine trop souvent, dans l'aveu^^lement de sa foi philosophique, que le plus irrésistible moyen de persuasion est une affirmation hautnine. Buffon, aussi bien que Lucrèce, est quelque fois grand poète, et il faut l'èlre pour remonter par la seule force de l'esprit à la naissance de l'univers, pour décrire ce qu'on ne peut que deviner; mais combien il garde encore de prudence même dans ses conjectures immodérées !

« Comme dans l'histoire civile on consulte les titres, on recherche les médailles, on déchiffre les inscriptions antiques, pour déterminer les époques des révolutions humaines et constater les dates des événements moraux-, de même, dans l'histoire naturelle, il faut fouiller les archives du monde, tirer des entrailles de la terre les vieux monuments, recueillir leurs débris, et rassembler en un corps de preuves tous les indices des changements physiques qui peuvent nous faire remonter aux différents âges de la nature. C'est le seul moyen de fixer quelques points dans l'immensité de l'espace, et de

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placer un certain nombre de pierres nunidraires sur la route éternelle du temps, m Voilà bien le langage d'un pof'le, mais d'un poëte qui connaît les conditions impérieuses de la science et dont les erreurs mêmes seront le fruit d'une réflexion profonde. Lucrèce ne prend pas cette peine, ni ces précautions; il s'écrie simplement avec une confiance plus poétique que raisonnable : « Je vais vous révéler des oracles plus certains que ceux de la Pythie. » C'est là toute sa méthode; il se contente de proclamer, les yeux fermés, les arrêts de son divin Épicure.

La partie vraiment originale, intéressante et fondée sur des conjectures vraisemblables, est le tableau qui présente la vie primitive de la race humaine et la naissance des sociétés.

Si Virgile a composé avec amour le sommaire poétique de la cosmogonie du cincpiième livre, Horace à son tour fait, en disciple fidèle, le résumé de ce qui suit. Il reprend le sujet exactement au point où Virgile l'a laissé : « Quand sur la terre nouvelle encore rampèrent les animaux humains, troupeau hideux et muet, ils se disputèrent d'abord leurs glands et leurs repaires avec les ongles, les poings, puis avec des bàlons, et de progrès en progrès avec toutes les armes que leur forgea le besoin. Cela dura jusqu'au temps où leurs cris inarticulés se changèrent en un langage capable d'exprimer leurs sentiments et de désigner les objets. Alors cessèrent les luttes sauvages; on

bâtit dos villes qu'on entoura de remparts, on établit des lois... C'est la crainte de l'injustice qui a fait trouver le droit; il en faut convenir quand on remonte aux origines et qu'on déroule les annales du monde. »

Cum prorepserunt primis onimalia terris, Mutum et turpe pocus, glandcm atque cubilia propter Uni*uibus et piignis, dein fustibus, atque ita porro Pugnabant armis, quîc post fabricaverat usus, Donec verba, quibus voces sensusque notarent, Nominaque invenerc ; doliinc absistere bello, Oppitla cœperunt munira et ponere leges... Jura invenla melu injusti fateare necesse est, Tempora si fastosque velis evolvere niundi *.

Ce sont en eiïel les fusle s du. monde, c'est la première histoire des sociétés qu'Horace fait tenir en ces quelques vers d'après Lucrèce. On voit combien la science du Pocmc de la Nature faisait autorité, comme elle s'imposait aux plus grands esprits. Virgile et Horace, dans leur commune admiration pour leur savant devancier, se relèvent en quelque sorte pour lui faire les honneurs. L'auteur des Bucoliques et des Gèorgiques, qui se montra toujours curieux de connaissances physiques, s'attache à l'histoire de l'univers. Horace avant tout moraliste se réserve la partie humaine. Les deux morceaux mis bout à bout forment le tableau réduit de l'immense peinture qui remplit le cinquième livre.

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