Prclace des Harmonies
"l. Y. de Laïuade, l'rélacc des Podaies inédites de Lamartine (1881). Lainarliiii; a dit de iiii-inùmc : >i Je n'ai jamais été, en poésie, qu'up aiiialeur disliujrué ».
dans la Préface des Mcdilations; ces deux qualités sont les deux premiers éléments de toute poésie.... J'étais une glace vivante qu'aucune poussière de ce monde n'avait encore ternie et qui réverbérait l'œuvre de Dieu. )) Plus tard un autre poète, non moins spontané que Lamartine, trouvera sur son chemin la même idée et l'exprimera en des termes presque identiques:
Tout souffle, tout rayou, ou propice ou falal. Fait reluire ou vibrer mon âme de cristal, Mon âinc aux mille voix, que le Dieu que. j'adore Mit au centre de tout, coninie un écho sonore.
Mais combien différents apparaissent, dans ce rapprochement même, le caractère et le génie des deux poètes ! V. Hugo se proclame l'ouvrier conscient d'une œuvre colossale, et la poésie est poui' lui le labeur héroïque du prophète élu à qui Dieu marque sa tâche; Lamartine affecta toujours de considérer la poésie comme le retentissement presque involontaire de la vie dans une âme bien douée, « un cantique délicieux qui s'élève spontanément en nous )),... « luie voix qui balbulie sur des lèvres d'enfant ».
Je chantais, mes amis, comme l'iionnuo respire, Comme l'oiseau prcmit. connue le vent soupire, Couime l'eau murinmr on coulant.
Dans sa pensée, cette intime union entre la personne et l'œuvre devait pi'ofiler autant à l'une qu'à l'autre : si la poésie en paraissait plus naturelle, la nature de l'homme en restait plus poétique. Delà, la constante noblesse, la dignité un peu tliéàtrale de son attitude dans la vie journalière.
On lui demandait, un jour, où il siégerait à la Chambre des députés : (( Au plafond », répondit-il, en montrant le ciel. On se souvient aussi du refus qu'il lit à un journal satirique de lui laisser publier sa caricature, ne voulant pas « qu'on déshonorât l'œuvre de Dieu ».
Comme J. Sandeau l'a dit d'Alfred de Vigny : « Il ne vécut jamais dans la familiarité do personne, pas nu'me de lui ».
Lamartine fut naïvement et sincèrement le même en toutes choses: « il a porté dans tous ses actes la hauteur et la dtnu-eur de son vers »; il fut uniquement un poète, et c'est dans le développement de sa poésie qu'il faut chercher l'histoire de sa vie.
INTHODUCTIùN. 7.
• Né à Rlàcon en 1790, en pleine Révolution, élevé à la campagne (à Milly) par une mère tendre et par un pieux abbé, Lamartine se ressentit toujours des impressions lanlôt douces et tantôt tragiques de son enfance. Le nom de Milly revient bien souvent dans ses vers, ainsi que le souvenir des rêveries pastorales qui s'y niiMait; mais l'aventure de son père, condamné à mort par la Terreur et sauvé par le 9 Thermidor, la mort du duc d'Engliien, les gloires et les revers de l'épopée napoléonienne laissèrent une trace profonde dans sa jeune et vive sensibilité.
A sa sortie du collège, il partit pour l'Italie en 1811. De retour à Milly en 1815, il écrivit ses premiers essais* : deux tragédies, Mcclée et Zoiaïde, « tribut payé au goût du temps ». Comme le dit M. de Laprade : « le génie le plus original ne peut soustraire aux influences régnantes ses premiers coups d'aile,... mais son essor l'emporte bientôt au-dessus des courants inférieurs. >» L'étaient d'ailleurs les novateurs qui attiraient le plus le jeune poète: Ossian, dont les poèmes apocryphes devaient leur triomphe à l'épuisement de la veine classique et au sentiment confus qu'une ère nouvelle se préparait; Chateaubriand, qui venait de transformer l'art poétique et l'imagination littéraire de la France*.
Une vive passioti qu'il conçut vers ce temps, et dont l'histoire se déroula près du lac du Bourget, lit jaillir son premier chant, le Lac (1817). Trois ans après (mars 1820), paraissaient les Premières Mcdilalious, qui lui ouvraient la carrière diplomatique et le faisaient célèbre d'un coup. 11 se marie alors et entre dans la période la plus brillante et la plus féconde de sa vie : tour à tour secrétaire d'ambassade à Naples et à Florence, il publie les Nouvelles Méditations, la Mort de Socrate, le Dernier Chant du pèlerinaifc dllarold, hommage rendu à lord lîyron dont il adoptait le héros, le Chant du Sacre, les Épîlres, et enfin les Harmonies poétiques et religieuses (I8."»0), qui sont restées son chef-d'œuvre.
11 entre à l'Académie (18.30), où il est reçu par Cuvier, assiste à la chute de Charles X, refuse de servir le gouvernement de Juilhît et part pour l'Orient, où il promène à travers la Turquie, la Pales -
1 . Voyez Porsics inédites de Lamartine, publiées par Mme Yalentiiie de Lamartine (ISSl).