‹ Le poignard dans le dos; notes sur l'affaire MalvyChapitre 34 sur 55 · HE>-RY BÉRE>GER · texte numérisé non relu

HE>-RY BÉRE>GER

La déposition de Bérenger fut méthodique, nette et précise et fit ressortir les nombreuses inexactitudes, pour ne pas dire pire, de la dépositi n de

Paul-Prudent Painîevé. Celui-ci avait déclaré, on

s'en souvient, qu'il n'y avait eu que des actes sporadiques de mutinerie, mais pus l'ombre d'un complot défaitiste et révolutionnaire. Or, Bérenger, rapporteur de la Commission au Sénat, a précisément établi en partie son rapport sur un rapport de Painîevé, où ce dernier constate, en propres termes, que les mutineries militaires ont été l'effet « d'un complot concerté contre la sûreté de l'Etat ». Painîevé avait également déclaré que l'arrière n'avait jamais été pour rien dans les troubles du front ; or dans le rapport auquel fait allusion Bérenger, il est écrit que les troubles et révoltes étaient dus à « une répercussion de l'intérieur ». Quelle autorité peuvent avoir après cela les déclarations d'un ministre aussi menteur !

Je ne puis, dit en débutant M. Bérenger, que confirmer ici de la façon la plus nette mes dépo5itions antérieures devant M. le capitaine Bouchardon et devant la Commission d'instruction de la Cour de Justice.

La Commission sénatoriale de l'armée, dès le mois de décembre 1916, préoccupée tout comme moi-même des menaces contre la Patrie et contre l'armée, intervint à la tribune par la parole de son président, M. Clemenceau, qui signala certains incidents survenus dans les usines de guerre où des mobilisés et des soldats s'étaient livrés à une propagande dangereuse pour la suite de la guerre.

La Com'mission sénatoriale de l'armée se préoccupa de désigner un rapporteur et je fus désigné.

En juin se produisirent de graves événements sur le front. M. Painîevé, alors ministre de la Guerre, a pu lui-même évaluer à cinq corps d'armée l'étendue de la contamination qui s'était produite sur le front; c'était donc assez grave |pour faire craindre une sorte de révo-

lution militaire. M. Painlevé a employé les termes mêmes de complot contre la sûreté de l État, de complot réel, de complot concerté. Ce sont les expressions du ministre de la Guerre.

Ces expressions étaient graves; elles étaient portées devant la plus grande Commission militaire du Sénat.

Nous tVunes dans l'obligation de convoquer devant nous M. Ribot, président du Conseil d'alors, M. Painlevé, ministre de la Guerre, et M. Malvy, ministre de l'Intérieur, aujourd'hui sur ce banc.

De l'ensemble des conversations échangées il résulte de la façon la plus nette, que nous nous trouvions en présence d'une véritable répercussion de l'intérieur sur le front. Ce sont les expressions qui furent employées par .M. Painlevé f ministre de la Guerre.

On peut juger de l'impression^roduite par ce démenti formel donné avec autorité à Paul-Prudent Painlevé.

Bérenger continue :

Ce mouvement était né, non parmi les ouvriers mais dans un certain nombre de milieux qui n'avaient rien à voir avec la classe ouvrière proprement dite, dans les milieux anarchistes et syndicalistes. L'origine de ce mouvement paraissait suspecte et les preuves en furent apportées au cours des séances.

Je fus al®rs chargé de préparer un rapport sur le contrôle de la Sûreté nationale.

J'ai dû, pour la rédaction de ce rapport, user de tous l€s moyens d'investigation en mon pouvoir, compulser une multitude de dossiers, entendre toutes les personnes qui désiraient être entendues. C'est ainsi que j'ai été amené à convoquer M. Léon Daudet.

M. Léon Daudet Annt me voir. Il me produisit un certain nombre de faits qui ont été depuis révélés exacts, puisque les Conseils de guerre ont condamné à mort les gens qui s'étaient rendus coupables de ces faits, que

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d'autres ont été condamnés à la réclusion et aux travaux forcés.

Je ne fus pas sans être frappé de sa documentation très touffue, très abondante, mais où beaucoup de lueurs de vérité apparaissaient.

M. Léon Daudet insista beaucoup auprès de moi sur la question de la distribution dans les régiments, dans un grand nombre de régiments, de tracts nettement antipatriotiques et, disons le mot, germanophiles et inspirés visiblement par des agents de l'étranger. Il insista sur la répercussion'que ces tracts avaient eue dans les milieux militaires, dans un assez grand nombre de régiments. Moi-même, à ce moment, je suivais avec une grande angoisse et une profonde inquiétude les révélations qui étaient laites sur ce point.

Sur ces entrefaites, un de mes secrétaires m'apporte une note, rédigée d'après les témoignages d'un soldat, et relative à certaines mutineries qui s'étaient produites à Cœuvres. Des agents de la Sûreté déguisés en militaires excitaient les soldats à la rébellion et les enivraient de vin.

M. Daudet, lancé sur des pistes analogues, me demanda ma note. Je dois dire que rien, dans cette note, ne mettait en cause le ministre de l'Intérieur, car il ne s'agissait pas d'agents directs du ministre et il n'y avait au surplus pas de preuves que celui-ci eût connaissance de ces agissements.

Cette note, M. Daudet l'a communiquée par la suite à MM. Painlevé, Steeg et Péret au cours de l'audience qu'il eut avec eux. Mais je le regrettai, car jamais il n'avait été dans ma pensée d'associer les faits qu'elle relatait aux graves accusations portées contre M. Malvy.

De l'enquête que j'ai faite, il ressort qu'il y a eu plusieurs causes à ces mutineries, mais que la principale paraît être la présence d'une organisation occulte venant de l'intérieur dont on n'a pas suffisamment poursuivi ni la trame ni l'origine. Je regrette, je tiens à le dire.

que, ie Gouvernement ayant déclaré en juin 1917 à la Commission sénatoriale de l'armée, qu'il y avait eu complot contre la Patrie, que ce complot avait failli compromettre l'armée et le pays, aucune instruction générale n'ait été ouverte sur l'ensemble des mutineries militaires, ens'appuyant sur les dépositions faites devant le Conseil de Guerre et sur tous les autres moyens d'in« vestigations dont on pouvait disposer.

Je demande, dit en terminant Henry Bérenger, que la lumière la plus complète soit faite, maintenant qu'il n'y a plus de danger à la faire, sur l'offensive du 16 avril 191 7, sur les mutineries militaires et sur la répercussion morale que ces faits ont exercée.

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