Mme de Sévigné: Leftres, 3 P. Clément : /oc. cit
allait être dépistée, Cette fois c'est dans l'antre des sorcières qu'if faut aller directement,
“Une femme à Paris faisait la Pythonisse ”
a dit Lafontaine dans ‘les Devineresses ", et chez elle toute la haute société, la bourgeoisie et le peuple, vont venir tour à tour, consulter les oracles, chercher des talismans et surtout des poi-
sons. La Voisin domine cette autre mise en scène, entourée de dignes compagnes, la Filastre, Marie Bosse et la Vigoureux, qui dans tous les milieux sément leur œuvre de mort.
Le billet dénonciateur emmena successivement l'arrestation d’une bande de faux Monayeurs, celle des sorcières, puis enfin celle d'un groupe important d'aichimistes. Et tout ce joli monde constituant dans l'ensemble une véritable cour des Miracles de la criminalité, mit au jour la plus s’vante organisation du vice qui fut ;. nais. Sorcières, faux monayeurs et alchimistes, n'étaient en somme que d'honnètes professions, sous le couvert desquelles se dissimulaient mal l'empoisonneur et la faiseuse d'anges. Il ne faudrait pas croire cependant que tous ces criminels, comme on a voulu le dire, ne tuaient que pour le plaisir de voir palpiter les victimes. Non c'est plus loin qu'il faut en chercher les raisons. L'intérêt toujours marque les actes des hommes et s'il est un prin- <ipe méconnu de tous les âges, c'est bien celui qui règne encore sans être mieux compris : “ Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux. ”
Monter, monter'toujours, quitte à tomber plus bas, voilà le mobile de tout acte purement humain! Ce fut celui d'hier, il prévaut aujourd'hui et règnera demain. Aussi doit-on y voir la cause première de ce débordement de honte, de débauche et de crime. La Voisin, comme toute sa clientèle, l’avoua avec candeur et sans forfanterie. Pour être aujourd'hui moins cruelles et plus dignes, nos voyantes modernes et nos “tireuses de cartes ” qui s’enri-
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chissent encore de la bêtise humaine, n'en ont pas moins sous nne forme atténuée perpétué avec une heure 18e dégénérescence l'espèce des sorcières du XVIe siècle. Les nicurs plus policées ter- ‘issent leur influence, mais elles gardent le cachet, ces diseuses que corsultent les concierges de Balzac ! ou les grandes daines et'les bourgeoises de notre septique X Xe siècle Îles ont seulement petdu par un transformisme fort apprécié l'horreur du passé.
C'est aux confins de Paris, dans le nouveau quartier Bonnenouvelle, qui touche aujourd'hui aux boulevards, que la triste descendante des Canidia, des Locustes et des Toffana, avait établi en chaumière son antre très courue. C'est là qu'elle put régner sur la ville enfiévrée de l'éclat du moment : là qu'elle pu! recevoir les plus grands noms de France: là qu'elle sacrifia plus de deux mitte enfants, qu'elle fournit aux clients
s conseils néfastes, ses recettes funestes. C'est de là toujours qu'elle put atteindre jusqu'aux marches du trône, pour retomber ensuite dan; les flammes du bücher.
Ses fervents, du reste, ne se recrutent pas dans la plus basse pègre qui l'entoure. Pendant de longues années, on y voit accourir des présidentes de tribunal, une Madame Leféron, une maréchale LaFerté, une marquise d'Alluye, une princesse de Tingry, des comtesses de Polignac et des duchesses de Vitry et de Vivonne, en même temps que s'y pressent les sœurs Mancini, l'une duchesse de Bouillon, l'autre la fameuse Olympe, comtesse de Soissons ?. Puis avec les grandes dames toute la bourgeoisie, une amie de Racine *, une autre de Molière, croisant sur le seuil le duc de Vendôme et Madame de Montespan, pendant que le grand tragique écrit, peut-être pas sans arrière pensée, Britannicus et Mithridate et que Poquelin ridiculise les devins dans “ Les Amants magmifiques ”.
Pareille société où fréquentent - © les princes de l’alchimie,