Chronique Médicale
Terrassé en présence des maréchaux et entendant Bonaparte cause de son empoisonnement, Yvan effrayé
se sachant innocent,
mais affolé par le mot qui l'accuse, ne trouve rien de mieux que d'enfourcher un cheval et de fuir le château. Lorsque calmé, il voulut, regrettant cette folie, retrouver Napoléon qu'il ne se pardonna jamais d'avoir quitté, il était trop tard, l'empereur n'était point mort, mais il n'était déjà plus l'empereur.
Deux ans après à Ste-Hélène, oubliant encore le mot qu'il avait jadis prononcé : “ Ne m'étant pas donné la vie, je ne me l'ôterai pas, ” il propose à Gourgaud et à Bertrand de se donner la mort en s'enfermant avec un réchaud de charbon de bois !, procédé plus moderne, mais auquel on n'eut pas recours.
De cette heure, le poison passe définitivement de l'histoire, dans la criminalité plus banale. La transformation s'est complétée, tout se démocratise, le vice comme le reste. Ce n'est plus dans l'histoire qu'on pourra le retracer, ni même parfois dans la légende, il faudra aller le dépister dans les prisons et au tribunal, où il se sera refugié de lui-même avec ses adeptes du reste moins fréquents.
C'est que bien des changements se sont réalisés de toutes parts. La législation s'est affirmée, la science surtout s’est dévoilée, qui en aidant au progrès contribue pour Sa part à faire reculer le crime. Dès le XVIIe siècle, on avait utilisé l'analyse de la drogue, l'étude de la maladie et l'autopsie du cadavre. Mais rien n'était à point. Au XIXe siècle, au contraire, la médecine a müri. La chimie triomphe, la clinique domine, l'anatomie pathologique reconnait déjà les lésions. Gay Lussac et Lavoisier ont éclairé la première, Orfila et Straus dans le domaine spécial de la médecine légale, ont ouvert les horizons et créé les méthodes qui vont dépister au plus profond de l'organisme, les moindres traces des poisons de tous