‹ Le poltronChapitre 13 sur 33 · SCÈNE X. AUGUSTE, ADÉLAÏDE · texte numérisé non relu

SCÈNE X. AUGUSTE, ADÉLAÏDE

( Ils se regardent un moment en silence et d'un air stupéfait ; enfin Auguste part d'un éclat de rire. )

AUGl'STE.

Ah! ah! ah! ah!...

ADELAÏDE, se laissant aussi aller.

Ah! ah! ah! ah!... Il est gai...

AUGUSTE

Monsieur... vous étiez là... caché?

ADÉLAÏDE

Je mangeais un morceau...

AUGUSTE

Et caché... par mademoiselle Amanda...

ADELAÏDE

Oh! oh!...

AUGUSTE

Monsieur Adélaïde... peut-être?

ADÉLAÏDE

Plaît-il?...

AUGUSTE

Professeur de piano...

ADÉLAÏDE

Et de chant...

Congédié par le père...

ADÉLAÏDE

C'est possible...

AUGUSTE

Retenu par la tille...

ADÉLAÏDE

C'est vrai!...

AUGUSTE

Et le signal convenu?...

ADÉLAÏDE

La gamme...

AUGUSTE

Et c'est moi qui ai donné le signal...

ADÉLAÏDE

Bah!... c'est VOUS... qui avez... Je disais aussi il y a un sol qui m'a paru douteux.

AUGUSTE, riant plus fort.

Ah! ah! ah! ah!...

ADÉLAÏDE, de même.

Ah! ah! ah! ah!... Il est très gai...

AUGUSTE

C'est charmant!

ADÉLAÏDE, à part.

A la bonne heure... il a un bon caractère...

AUGUSTE, sérieusement.

Savez-vous, monsieur, que je pourrais vous demander raison?...

ADÉLAÏDE, s'éloignant de lui.

Plaît-il?... plaît-il?... je ne vous connais pas, monsieur...

AiorsTE.

Qu'est-ce que vous' me répondriez... si je vous disais : Venez-vous battre?

ADÉLAÏDE

Je vous répondrais : Va te battre toi-même. (A part.) Ah çà , lui aussi, c'est un caractère détestable...

AUGUSTE

Rassurez-vous , je ne le vous dirai pas... Après tout... je ne suis pas encore amoureux... et je suis enchanté d'être instruit à temps... car, plus tard peut-être... Hum !

ADÉLAÏDE

Dame!... plus tard... (A part) Qu'est-ce qu'il a à me regarder comme ça?...

Vous aimez Amauda... beaucoup?...

ADÉLAÏDE

Prodij|ieusement.

AUGUSTE

Et Amanda vous aime... elle vous l'a avoué?

ADÉLAÏDE

Cent quatre-vin{;t-dix fois.

AUGUSTE

Et vous vous trouviez souvent ensemble?

ADÉLAÏDE

Trois fois par semaine.

AUGUSTE

Et vous êtes un gaillard?...

ADÉLAÏDE

A trois francs le cachet...

AUGU.STE.

Je veux dire... que vous étiez seuls... et que... Hum!

ADÉLAÏDE , sans comprendre.

Eh! eh! ..

AUGUSTE

Et les choses ont été...

ADELAÏDE, toujours sans comprendre.

Eh! eh! eh!...

AUGUSTE, riant.

Je comprends... Je l'échappe belle... Ah! ah! ah! ab!...

ADELAÏDE , riant aussi.

Ah! ah! ah! ah!... (A part.) Qu'est-ce qu'il a compris? C'est égal, il a un très bon caractère.

AUGUSTE

Air : Il nie faudra quitter l'empire.

Vous tenez ddoc beaucoup à votre élève?

ADÉLAÏDE

Dieu ! si j'y tiens ! quand je connncucc ici A la former, on vient , on me l'eidéve ! l'n coeur en sol, qui descend jusqu'au si .' C'est ma Sontag, ma C.inti , ma Crisi.

Le talent vient , l'expérience arrive :

.Jugez , monsieur, si je serais vexé , S'il faut souffrir qu'un aiure la cultive , l'our achever ce que j'ai commencé ! ( bis.)

AUGUSTE

Crcst juste... c'est une éducation qui vous rej^arde. Eh bien! monsieur Adélaïde, je vous remercie de votre franchise; je n'en abuserai pas... Vous pouvez aimer mademoiselle Amanda en toute sïireté et à votre aise, mon cher ami .

ADÉLAÏDE

Vrai! vous consentez?... Votre femme!... Je n'y manquerai pas, mon cher ami...

Ma femme!.... Eh bien! comme il y va!... Mais pas du tout... ce sera la vôtre... Je me retire, je vous la cède...

ADÉLAÏDE

Oh! oh!...

AUGUSTE

Trop heureux encore... Entendons-nous ensemble... et s'il faut dans cette affaire vous donner un coup de main...

ADÉLAÏDE

Comment donc!... mais deux.... Tant de bonté!... Ah! je vous réponds de ma reconnaissance... Permettez que je vous étreigne... Si vous n'aviez pas de moustaches, je vous embrasserais.

AUGUSTE

Merci! merci!... Ah çà , il n'est pas sûr que M. Beltois...

ADÉLAÏDE

Si fait... il est sûr qu'il... refusera...

AUGUSTE

Dame!... il a sur vous des idées... fausses assurément... et, comme on dit au régiment, il prétend que vous êtes un peu de la vache à Colas...

ADÉLAÏDE

Comment, de la vache à Colas!. . en voilà bien d'une autre, par exemple !... je suis de la vache à Colas...

C'est-à-dire que vous n'êtes pas d une bravoure... bien éprouvée.... et qu'enfin en cas de besoin... vous n'iriez pas sur le terrain... d'un coeur bien résolu.

ADÉLAÏDE

Je n'irais pas du tout...

AUGUSTE

Vous ne vous battriez pas? ..

ADÉLAÏDE

Eh bien ! non, eh bien ! non... Je suis franc, moi... Vous êtes mon ami... je puis vous dire ça entre nous... Je ne me battrais pas... c'est plus fort que moi... Ce n'est pas que je manque de courage.... O Dieu! j'en ai beaucoup.... mais en dedans... Oh! si j'avais été militaire,

comme vous... je sens que je serais crâne, querelleur, mauvais sujet... comme vous!...

ArGVSTE.

Plnit-il? comme moi !...

ADÉLAÏDE

Mais je suis dans le civil... Je vous le dis du fond du cfcur... je ne me battrais pas...

Mais vo\is n'avez jamais su ce que cétait...

ADÉLAÏDE

Si fait!... si fait'... une fois, à Romainville... Je servais de témoin à un élève du Conservatoire... Un basson, qui se battait avec un cor de l'Ambigu pour une figurante du Gymnase , qui les sacrifiait tous les deux à une basse du Vaudeville... Kous arrivons sur le terrain... Ah! monsieur... je n'oublierai jamais ça... On tire d'une boîte deux pistolets... atroces... on les charge... J'étais blanc comme votre linge... j'étais plus blanc que votre linge... Le basson

ôte son habit et le cor sa redingote Mes

jambes s'en allaient... On mesure les pas... et voilà mon basson et mon cor qui marchent l'un sur l'autre... Je n'y voyais plus... Ils tirent... ils étaient très adroits tous les deux... ils se manquent... Les gendarmes accourent au bruit... et qu'est-ce qu'ils trouvent étendu par terre?... moi, monsieur... moi, qui n'avais pas une goutte de sang dans les veines... et qui, à cette horrible détonation, m'étais trouvé mal tout de mon long... On m'emporta à moitié mort... J'eus le transport au cerveau pendant trois jours... Quand je revins à moi, je jurai que les duels, les épées, les pistolets ne me seraient jamais de rien... et je me tiendrai parole!...

AUGUSTE

Allons donc ! c'est de la poltronnerie ça , mon cher...

ADÉLAÏDE

C'est possible... mais c'est comme ça...

AUGUSTE

Il ne s'agit que de commencer... comme les conscrits... et si vous vous battiez une ()remière fois... la seconde, ça irait tout seul.

ADÉLAÏDE

La seconde... je ne dis pas... mais la première... jamais...

AUGUSTE

Bah!... quand vous aurez vu un peu de sang...

ADÉLAÏDE

Je ne peux pas voir saigner un poulet sans tomber à la renverse...

AUGUSTE

Allons donc!... je vous forcerais bien à marcher, moi... Et si vous receviez un affront?...

ADÉLAÏDE

Eh! mon Dieu!... j'ai reçu l'autre jour... un... quelque chose...

AUCJUSTE.

Et vous ne vous êtes pas battu !...

adélaïbe.

Est-ce que vous vous seriez battu, vous?...

AUGUSTE

Comment!... mais j'aurais tué mon homme...

ADÉLAÏDE

Mais c'est de la barbarie... Un homme qui s'était tronqié... qui me faisait des excuses...

C'est égal... il n'y a pas de milieu... Un duel... ou le déshonneur... Le déshonneur... y pensez-vous?.... vous, un homme.... un artiste!...

ADÉLAÏDE

Fichtre !... si je l'avais su...

AUGUSTE

Vous vous seriez battu.

ADÉLAÏDE

Je lie dis pas...

AUGUSTE

Vous vous seriez battu; et si vous le trouviez... vous vous battriez encore...

ADÉLAÏDE

Vous croyez?...

AUGUSTE

Certainement, vous vous battriez... je vous en réponds... je serais là...

ADÉLAÏDE

Dame!... au fait... si vous étiez là... je ne sais pas... Mais vous me montez la tète... vous me remuez le cœur...

AUGUSTE

Vous voyez bien... vous voyez bien... vous y viendrez tout comme un autre... Un peu poltron... mais dans le fond bon enfant... Allons, allons... je vais trouver M. Beltois... lui parler en votre faveur... Il aura be.TU dire... il faudra bien qu'il fléchisse, ce fier Agamemnon...

ADÉLAÏDE

Vous croyez?... Eh bien, allez vite... je vous attends... Justement, on vient... c'est la femme d'Agamemnon, comme vous dites...

AUGUSTE

Bien ! je vous laisse... je vais arranger votre mariage et rompre le mien... c'est tout béné fice!...

Air : Séduisante image ( Gustave ).

Vile , je vous laisse , Et pour vous soudain De votre maîtresse J'obtiendrai la main !

ADÉLAÏDE

Pour moi l'espoir brille !

Et bientôt, j'en grille.

Grâce à vous naîtra Quelque fils ou fille Qui vous béuira !

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