LES ASPERSIONS D'EAU BÉNITE
à différentes époques des cérémonies, qui se présentent actuellement un peu pêle-mêle, mais qui s'expliquent si l’on veut bien se reporter aux usages généralement répandus en France au IX® siècle, antérieurement à la fusion opérée par l’Ordo antiquus ou vulgatus :. Le sacramentaire grégorien de l’époque ? rend assez bien compte de cet état de choses. Les rites de la préparation s’y présentent dans l’ordre logique que voici :
Le prélat consécrateur se rend à la porte extérieure de l’église à consacrer, préalablement fermée et laissée à la garde d’un diacre.
Il en demande l’accès en frappant au seuil.
Il entre et l’on commence aussitôt la supplication solennelle de la litanie,
Il trace ensuite deux fois l’alphabet sur la cendre répandue à terre.
Il bénit l’eau.
Le plus ancien Ordo romain n’a pour cette bénédiction d’autre formule que l’oraison grégorienne, Deus qui ad salulem.… maxima quæeque sacramenta… mais tous les documents plus récents, c’est-à-dire à partir du IX® siècle, ont déjà une deuxième bénédiction commune au Missale Francorum gallican et au gélasien où il est question d’un mélange d’eau et de vin, détail étranger au rite romain primitif ?.
Dars les différents documents du X° siècle plusieurs autres formules d’exorcisme et de bénédiction viennent se joindre
1. L’une des meilleures publications sur le rituel de la dédicace est celle de M. W. H. FRERE, Pontifical Services. I. The Consecration of a Church (Alcuin Club Collections, II1), p. 1-54. Londres, 1901. Voir aussi STIEFENHOFER, Die Geschichte d. Kirchweihe von x bis 7 Jahrh. Munich, 19009.
2. Sacramentaire grégorien de MÉNARD, Opera S. Gregorii, P. L., LXXVIII,.
3. Missale Francorum, P. L., LXXII, p. 328. Sacram. gél., Vat. 316. Ce rite était d’origine orientale,
aux deux signalées plus haut. Mais du moins ne formentelles à elles toutes qu’une seule bénédiction de l’eau.
Le pontife emploie aussitôt cette eau lustrale pour asperger la table d’autel, le pourtour de l’autel, les murailles intérieures et le pavement de l’église ; et pendant ce temps, ajoutent les documents, 17 envoie des clercs au dehors, qui ont pour fonction d’asperger les murs extérieurs de l’église.
Une oraison solennelle clôt cette première portion de la cérémonie : Deus sanctificationum, dont le style tout imprégné de réminiscences scripturaires semble être d’origine romaine. En tout cas sa finale paraît bien en reporter la composition à l’époque des luttes ariennes, au IVE siècle : ut... constanter in sanctæ Trinitatis confessione fide catholica perseverent.
Ce sont là déjà toutes les cérémonies de notre Pontifical ; mais le lien logique qui les reliait entre elles s’est quelque peu relâché. La première complication se constate déjà dans l’un des formulaires de l’Ordo antiquus !, le plus développé, celui qui prit de plus en plus d’autorité à partir des XIe et XIIe siècles. Tandis que précédemment nous voyions le prélat, au moment des aspersions intérieures, députer des clercs pour l’aspersion de l’église à l’extérieur, dorénavant c’est le prélat en personne qui tient à remplir cette fonction : et comme il paraît difficile qu’il sorte de l’église après avoir procédé aux aspersions intérieures, il accomplit désormais les aspersions à l’extérieur avant de pénétrer dans l’église, par conséquent avant même le commencement de la fonction. Le rite de la purification est par là même dédoublé ; par suite celui de /a bénédiction de l’eau également, puisqu'il doit nécessairement précéder l’aspersion ?.