IV. — LES ONCTIONS
Les onctions et encensements forment la deuxième partie de la consécration. Leur nombre est traditionnel. A part le plus ancien Ordo romain qui ne mentionne que l’onction de l’autel avec le saint chrême, tous les documents à dater du IXe siècle détaillent les deux séries de cinq onctions avec l’huile des catéchumènes, puis les cinq onctions avec le chrême, au centre et aux quatre angles de la pierre d’autel, et enfin les onctions de chrême en forme de croix sur les murailles intérieures de l’église. Le nombre précis de douze onctions ne paraît que vers le X® siècle dans l’Ordo vulgatus. Les commentateurs du moyen âge se sont ingéniés à donner
1. Les inscriptions de dédicace mentionnant les noms des saints patrons des églises consacrées sont fréquentes dans les basiliques romaines. La célèbre pierre tombale de Saint-Paul de Rome portant l'inscription constantinienne PAULO APOSTOLO MARTYRI est assez vraisemblablement un souvenir de la dédicace. Pour la France et autres pays, voir Revue de l’Art chrétien, 1874, 243 ; 1880, 433 ; Bull. Monum., 1860, 750 ; 1874, 151 ; Ann. archéol., t. I, 270-401 ; t. VI, 230 ; t. XII, 271. — F. ARNOLD-FOSTER, Studies in Church Dedications, Londres, 1899. J. BRAUN, D. chr. Altar, 1, pl. x12, 113.
2. W.MUEHLBAUER, Pontificale romanum comm. a Catalano,éd. 1876, fasc. II, p. 150-152.
l'explication mystique de ces nombres. Le plus vrai c’est qu’elles représentent une idée identique à celle des lustrations. Dans les deux cas, il y a une insistance très marquée à souligner que c’est l’autel et l’édifice, dans toutes leurs parties, qui sont purifiés et consacrés à Dieu.
Les onctions aux quatre coins de l’autel, super quatuor cornua altaris, doivent être, comme les aspersions d’eau bénite, un souvenir de l’effusion du sang des victimes dans les sacrifices de l’Ancienne Loi.
De bonne heure, la place des onctions fut marquée à l'avance par des croix sculptées dans la pierre ou les bois de l'autel. On a conservé des autels français des VII, VIIIe siècles et suivants, munis de croix de consécration 1.
Les oraisons et surtout les formules Sanctificetur, qui accompagnent les onctions, ne sont pas aussi anciennes. Remarquer toutefois l’une d’entre elles, Descendat, quæsumus Domine, Spiritus tuus sanctus super hoc altare…, qui rend si sensible l’analogie de cette dernière partie de la dédicace avec la Confirmation. La consécration est une chose définitive impliquant un caractère ineffaçable ; et là se manifeste aussi son analogie avec le don entier, définitif et irrévocable que l’âme religieuse fait d’elle-même à son Seigneur : Lætus obtuli universa. Comme tout ce qui est voué à Dieu, l’église est consacrée une fois pour toutes ; elle ne peut perdre sa consécration, non plus que l’autel (à moins de destruction), quelle que soit l’énormité des crimes qui y seraient commis. Dans ce cas, elle est réconciliée selon la forme indiquée dans l’Ordo vulgatus et conservée dans le Pontifical. — Cette
1. Telle une pierre du VII® siècle conservée au musée de Valognes ; une pierre d’autel trouvée à Vouneuil, près de Poitiers, munie également de cinq croix, surchargée après coup de noms mérovingiens et qui peut dater par conséquent du VIe ou VII® siècle ; autel de Six-Tours, près de Toulon, du IX® siècle environ, ROHAULT DE FLEURY, Les Saints de la messe et leurs monuments, 1893-1899, t. I, P. 156-158.