‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 254 sur 318 · V.— LA VESTITIO ALTARIS ET LA MESSE · texte numérisé non relu

V.— LA VESTITIO ALTARIS ET LA MESSE

Les rites de la consécration terminés, il convient qu’à lPinstar des néophytes l’autel soit revêtu de blanc. Aussi avons-nous d’abord une bénédiction pour les ornements dont va se parer l’autel nouvellement consacré en vue de l’oblation du sacrifice.

La westitio altaris est un rite très ancien à Rome ; la bénédiction est venue s’y ajouter de très bonne heure (supplément carolingien au grégorien, gélasien, etc.), entraînant après elle toute une série de bénédictions pour les vases sacrés et objets du culte. Elles se sont conservées au Pontifical,

1. Cod. Maffei, édit. MURATORI, Lit. rom. vet., II, app.: Hic ungatur frons lapidis in modum crucis chrismate.. deinde teneant linteamina.. Cf. également Cod. Vat. lat. 4745 et 4748.

mais à part ; on a cru bon d’en alléger la fonction de la dédicace, en raison même du développement que certaines d’entre elles ont pris, comme la bénédiction des cloches ou la consécration des autels portatifs. L’une et l’autre se trouvent insérées dans les rites de la dédicace dans des documents très anciens ; mais ce n’est pas constant : tandis que d’une façon ordinaire la liste de ces bénédictions comprend :

la formule générale pour fous les ornements de l’autel, comme dans notre Pontifical : Ommipotens et misericors Deus, qui ab initio, qui peut-être, dans le principe, servait pour tous les objets destinés au culte ; la consécration, avec onction de chrême, de /a patène et du calice qui s’est conservée sans grand changement depuis le sacramentaire gélasien avec l'addition de l’onction du calice qui ne paraît que tardivement (Ordo vulgatus) ; souvent, la bénédiction du chrismalis, à laquelle correspond notre bénédiction du cibotre avec une oraison nouvelle ; et la bénédiction des autres vases et ornements ; plus récemment, des bénédictions spéciales pour les vétements sacerdotaux et les corporaux qui n’ont pas changé ; pour une nouvelle croix et les reliquaires ; enfin, la dédicace du baptistère que nous n’avons plus, la bénédiction des cloches et de l’autel portatif. Tous ces formulaires feront l’objet des chapitres suivants. Il suffisait pour l'instant de les énumérer ici, pour marquer leur étroite relation avec les cérémonies de la dédicace. Celles-ci ont leur achèvement dernier dans la célébration solennelle du saint sacrifice sur l’autel nouvellement consacré. La messe Terribihs est, encore inscrite au missel romain pour la fête de la Dédicace, est peut-être le texte composé jadis

à Rome pour la consécration de la basilique de Sainte-Marie ad Martyres, l’ancien Panthéon transformé en église et dédié par le pape Boniface IV le 13 mai 610!.

Le Graduel romain possède deux autres messes aux XVIIIe et XIX® dimanches après la Pentecôte qui sont également des formulaires de dédicace : la première semble avoir servi lors de la consécration de la basilique du « Saint-Ange ? » ou sanctuaire de Saint-Michel (29 septembre), la seconde pour la dédicace de la basilique des Saints Côme et Damien (27 septembre).

La messe de consécration a aussi ses oraisons spéciales qui se sont transmises dans les sacramentaires et figurent encore au missel romain soit à la fête de la Dédicace et l’octave, soit pour la solennité même de la consécration. Ces dernières sont particulières et reproduisent textuellement la messe de lP’antique recueil grégorien ?, moins sa préface, et une collecte de rechange que notre Missel affecte maintenant à la messe qui suit la consécration d’un autel :

Deus qui ex omni coaptatione sanctorum æternum tib1 condis habitaculum, da ædificationi tuæ incrementa cælestia…

Rien n’exprime mieux l’idée, empruntée à saint Paul, de la coopération, coaptatio, de tous les membres du Christ à l’œuvre d’édification du corps mystique de l’Église : elle appuie tout naturellement la demande que l’on adresse au Seigneur d’augmenter encore le nombre de ces collaborateurs à l’œuvre commune. L’oraison reparaît dans le Pontifical au cours de la cérémonie de la dédicace, mais sous une forme

1. SAINT BÈDE LE VÉNÉRABLE, De gestis Anglorum, 1. II, c. 1v, P. L., xCv, 88. — PAUL DIACRE, De gestis Longobardorum, 1. IV, c. XXXVII, PL 101d, 570.

2. La fête du 29 septembre porte, dans l’antique sacramentaire léonien, le nom caractéristique de Natale basilicæe Angeli in Salaria.

3. Sacramentaire grégorien d'Hadrien, édit. WILSON, The greg. Sacr.. P. 118.

différente qu’il serait aisé de corriger : Deus qui ex omnium cohabitatione sanctorum…

La fête annuelle de la Dédicace se célèbre en chaque église à l’anniversaire de sa consécration. De très bonne heure on a songé à perpétuer ainsi la mémoire des grâces reçues au jour même de la consécration et du caractère sacré conféré à l’édifice !. De même célébrait-on jadis avec grande solennité l’anniversaire des ordinations d’évêques, de prêtres, de diacres. Les anciens calendriers et martyrologes mentionnent généralement la date de dédicace des églises particulières pour lesquelles ils ont été rédigés. L'Église romaine fête encore les deux anniversaires de la basilique du Latran, au 9 novembre : dedicatio basihicæ SS. Salvatoris, et des basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul le 18 du même mois. À Jérusalem la fête de la Dédicace des basiliques constantiniennes se célébrait chaque année avec une solennité exceptionnelle dont le récit d’Éthéria nous a conservé un souvenir très vivant ?.

1. Cf. SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE, Orat. XLIV, P. G.; XXXVI, 607. — SOozoMÈNE, Hist. eccl., 1. II, c. xxv.

2. DUCHESNE, Origines du culte chrétien, 5° éd., Paris, 1925, p. 541- 542. — Dom CaABROL, Les églises de Sérusalem au IV® siècle, ch. vi.

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