THILLARD, GILBERT
c.tLBEitt, entrant sur un signe du domestique. Enfin!..
thillard. Qu’osl-ce qu'il y a pour votre service, monsieur?
gilblht On ne vous a donc pas dit mon nom?
TOiLLAiiD.Si fait; mais je n'ai pas l'honneur'..
ciLBUiT. Peut-être mon visage vous ranpellera-l-il?...
tuiixarp. Il me semble, en effet.. attendez donc!... (Il s'arrête tout crmrt en rayant l'habit râpé de Gilbert; rt part). Oh! là! là! (Haut). Non... je n’y suis ms.
Gilbert. C'est déjà d’un licheux augure pour moi. — Je suis Gilbert Gautier, votre ancien j camarade de college
tillard. Ah!., [A part,) Il est un peu râpé, mon ancien camarade de college !
Gilbert. Oh! il est impossible que...
thillard. Oui, je vous reconnais, maintenant ; je vous reconnais.
Gilbert. Ah! tant mieux: car, alors, tu te rappelleras peut-être l'amitié...
t billard. Certainement; mais j’ai beaucoup d'affaire*, cl je... vous serais oblige de nie dire tout de suite. .
ciiLLfir. se relevant. Mon Dieu*!... monsieur... je dois... vous avouer que je ne suis pas heureux ..
iiiillard. Ah! tout n'est pas rose dans la vie!
i.iLRERT. Je dirai plus... je suis dans une horrible position... je suis arrivé à la dernière des misères...
thillard, comptant ses billets de banque.
Je dois le croire, puisque vous me !c dites; mais j'ai peine à ra expliquer que ce ne soit pas
LE PONT-RÔCGE.
un peu de votre faute... car, à votre âge, avec votre éducation.
Gilbert . Eh! précisément... c’est cela; pourquoi mon père n'a-t-il pas fait de moi un ouvrier? j'aurais eu, au moins, un état... mais non; tous les sacrifices faits pour m’éever trop haut n’ont servi qu'à développer en moi de» désire et des ambitions irréalisables, des habitudes d'oisiveté surtout... le petit patrimoine qui me restait, j'cn ai été trop jeune k maître absolu, et je l'ai sottement dissipé.
Alors, mais trop Uni, je me suis marié. .. Gli ! depuis ce temps-là, ce n’est pas le courage qui m'a manque... mais quand on est forcé de gagner tout de suite de l'argent pour vivre, beaucoup de carrières deviennent impossibles!... telle que la médecine que j’avais d’abord commencée Forci? de l'abandonner parce i|ue je n'avais pas de quoi payer les examens, j ai fait de la peinture, du feuilleton... mais si j ‘étais assez peintre, assez musicien, pour un amateur, je ne l'étais pas assez pour un artiste; et, jwu à peu, toutes les portes entrebaillées un instant >• Icnnerent tout à fait pour moi. Alors, d'écrivain je devins copiste; de peintre barbouilleur d'enseignes... Enfin, j'ai essaye de tout ; mais, tantôt mon impuissance, tantôt ma mauvaise fortune, m'ont privé de mon gagne- pmi... et, à l'heure qu’il est, je suis huis place, sans argent, sans crédit...
bientôt sans asile... et je suis venu à vous... monsieur ThilLard, pour vous supplier de m’employer à .quelque «buse!... oh ! je n'élève pas mes prétentions jusqu'au rang d’un de vos commis... je n'entends rien aux chiffres... ce que je vous demande, c'est de faire de moi un garçon de bureau, un homme de peine ; enfin, ce que vous voudrez. . pourvu que je puisse, a la lin de chaque journée, rapporter un morceau de pain 4 ma femme!
thillard. Ma foi, mon garçon, je dois reconnailrc que vous navet jus de chance; mais c'est à peu près le cas d»? tous ceux qui sont organises comme vous... de taux artistes, des 1 bohèmes, propres à tout, bons à rien .. dépen- 1 sant plus d’intelligence et d'activité pou* attraper une pièce de cent sous qu'il n’eu fau- I drait pour se faire une position.
Gilbert, se contenant. Je croyais ma démarche assez humiliante pour espérer plus de pitié... ma demande est si modeste que vous ne pouvez la repousser...
THiLEARD. Vous êtes étonnant, vous autres!
vous vous figurez qu’on peut vous employer comme çà, au pied levé. — Ma maison estau 1 complet.
Gilbert. Ainsi, vous me refusez?
tbillard. Mon Dieu ! je no vous refuse pas; je songerai à votre affaire.
GILBERT. Mais, d’ici là, monsieur?
tdillard. N’avoz-vous pas la moindre ressource?
gii bert. Une seule me restait : un parent, un frère du ma mère, qui habite la Belgique.
II m'a fallu prêt d'un an pour amasser le prix du voyage. Enfin, j’ai pu partir, il y a limt jours... mon oncle avait quitté le paya depuis plusieurs années, et il m a été impossible de savoir ce qu’il est devenu. Si voua doutez de ce que je vous dis, tenez, voilà mon passe-port, vise pour Bruxelles...
thillard. Oh ! je n'ai que faire de votre passeport, visé pour Bruxelles! Eh bien I puisque vous en êtes là, revenez un de ces jours, dans un mois, plus tard.. . Enfin, je penserai à vous, c’est convenu. (A part, en entrant chez son caissier ) l’n us de paresseux et de mendiants!
Gilbert, seul, u Revenez dans un moi». »
Mai» comment vivre jusque-là? D'ailleurs, ce serait mutile, cet homme n'a pas de coeur...
III s'apprête à oortir, ItoaaUo parait à In porte de
gauche nreumpMgr.i'o do Louiae.)
locise. Je vous promets de m’occuper de vous, mon enfant, je vous le promets.
Rosalie. Ob: je vous en prie, madame!
(Louîm rentre chez elle.)