‹ Le Portefeuille de la jeunesseChapitre 20 sur 102 · ANGOISSE D'UNE MÈRE · texte numérisé non relu

ANGOISSE D'UNE MÈRE

Une femme indienne et son enfant, âgé de sept ans , suivaient la rive du lac Ersie pour se rendre à un camp situé à quelques lieues de distance. L'enfant , ayant aperçu quelques grappes de raisins sauvages , témoigna un vif désir de s'en procurer. Sa mère , qui voyait un ravin par lequel elle pouvait gagner le bord du précipice, voulut satisfaire cette fantaisie JEIle lui dit de rester dans l'endroit où il se trouvait, et , gravissant la montée, elle s'a-

So LES FEMMES,

vança dans les bois plus loin qu'elle n'eu avait l'intention. Cependant le vent commença à souffler avec violence , les eaux du lac s'enflèrent , et il fut impossible à l'enfant , qui s'était égard en cherchant des coquilles , de revenir à l'endroit où l'avait laissé sa mère. Elle revenait lorsqu'elle entendit ses cris ; mais au lieu de descendre dans le ravin , elle courut vers le bord du précipice dont la voix paraissait sortir.

Elle aperçut son fils luttant contre les vagues, et cherchant en vain à gagner le rivage , qui se trouvait à une élévation de cinquante pieds. Comme il était impossible de venir à son secours, elle était sur le point de se jeter dans l'abyme, lorsqu'elle vit son fils se saisir d'un arbre tombé dans le lac , et monter sur une des plus longues branches. Déjà il était hors de la portée des vagues , et sa mère , en proie aux plus cruelles angoisses , ne savait si elle devait aller chercher du secours au camp , ou rester auprès de son fils. La nuit appro-

rhait , la femme indienne ne pouvait trouver son chemin dans les bois au milieu de l'obscurité : elle attendit que la lune se levât. Elle «'assit au haut du précipice pendant une heure entière, et de temps en temps les cris de son fils lui apprenaient qu'il existait encore ; mais quand la lune vint à paraître elle ne vit rien. Alors elle ne put douter de son malheur, et, se livrant à tout son désespoir, elle se jeta sur la rive. Bientôt après elle entendit une voix faible qui lui criait : « Maman, me voici; viens à mon secours. » La mère éplorée se leva aussitôt ; elle vit son fils qui grimpait sur le bord du précipice , elle accourut , lui donna la main ; mais la terre manqua sous les pieds de l'enfant, et il fut précipité dans le lac.

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