‹ Le Portefeuille de la jeunesseChapitre 27 sur 102 · MADAME D ACIER · texte numérisé non relu

MADAME D ACIER

M. Le Fèvre, père de madame Dacier, ne pensait nullement à élever sa fille dans les lettres ; mais le hasard en décida autrement. Ce savant avait un fils, qu'il instruisait avec grand soin. Pendant qu'il lui donnait des leçons , mademoiselle Le Fèvre . qui avait alors onze ans, était pré-

s cille et travaillait en tapisserie. 11 arriva qu'un jour le jenne e'colier répondit mal aux questions de son père. Sa sœur, touchée de la situation pénible où il se trouvait , lui suggérait tout bas les réponses qu'il fallait faire. Le père, étonné, l'entendit ; ravi de cette découverte, il résolut d'étendre sur elle ses soins , et de l'appliquer à l'étude. Elle fut très fâchée d'avoir parlé, car dès ce moment elle fut assujettie à des leçons réglées. En peu de temps elle fit des progrès si rapides, que son père la regarda comme son égale , et ne faisait rien sans la consulter. On sait que madame Dacier devint une des colonnes de l'érudition , et qu'elle sut le grec aussi bien qu'homme de son temps. Malheureusement les femmes perdent en grâces ce qu'elles acquièrent en savoir ; et si madame Dacier montra toute l'érudition d'un commentateur en traduisant Homère , la barbarie de son style égale au moius la profondeur de ses commentaires.

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