PRÉCIS HISTORIQUE
DES VARIATIONS DE LA COIFFURE DES FEMMES EN FRAtSCE.
Sous la première race , les femmes portaient leurs cheveux séparés sur le front, légèrement bouclés sur les tempes , et réunis ensuite en longues tresses flottantes. Telles étaient les statues des grands personnages du temps , qui jadis décoraient le portail de l'église Saint-Germain-des- Prés. On y voyait Ultrogothe , et Clotilde, femme de Clovis. Cette dernière est remarquable par deux longues mèches de cheveux qui descendent sur ses épaules, et sont serrées de distance en distance par des anneaux de perles. Les cheveux de la première flottent avec grâce sur ses vêtements. C'est ainsi que se coiffait la belle et terrible Frédégonde.
Parmi toutes les reines' ou princesses
dont la sculpture nous a conservé les antiques images , toutes celles qui ont été célèbres par leur piété sont représentées le front couvert d'un voile, sans aucune apparence de cheveux.
Les femmes de Charlemagne, sans cacher entièrement leur chevelure, relevèrent leurs tresses , et ne laissèrent voir que quelques mèches faiblement bouclées autour de leur visage. Richilde, épouse de Charles-le-Chauve, les releva tout-à-fait, et en cacha l'extrémité sous une espèce de toque. Richarde, femme de Charles-le- Gros , imagina d'en tresser la moitié inférieure, et de les relever ensuite de chaque côté des joues. Cette manière caractérise les coiffures des neuvième et dixième siècles. Le onzième siècle est remarquable par l'entière disparution des cheveux sur le front des femmes, et l'invention des. bourrelets, qui, plus tard, dégénérèrent en hennins.
Plus d'une l'ois l'Eglise interposa son au-
lorité pour défendre ou l'aire adopter en France telle ou telle mode de coiffure. Tantôt les cheveux longs, tantôt les cheveux courts, excitèrent le zèle des princes de l'Eglise. On sait le funeste résultat qu'eut la piété mal entendue de Louis VII, qui , jugeant sa conscience intéressée à donner l'exemple de la soumission , fit couper ses cheveux et sa barhe. Eléonore de Guyenne le railla de cette condescendance, et un sujet aussi léger fut la cause d'un divorce. Eléonore donna sa main et ses grands biens à Henri de Normandie , qui monta peu de temps après sur le trône d'Angleterre. De là des jalousies et des guerres qui durèrent trois siècles. » Il périt plus de trois millions de Français , dit Saint-Foix, parce qu'un archevêque s'était fâché contre les longues chevelures, parce qu'un roi avait coupé la sienne , parce que sa femme l'avait trouvé ridicule avec des cheveux courts et un menton rasé. »
Les modes firent un pas rétrograde à la fin du douzième siècle, et durant le treizième ; Blanche de Castille reprit la coiffure de Clotilde, et le voile et la guimpe ensevelirent de nouveau les cheveux , la tête, et les grâces des femmes.
Le quatorzième siècle commençait: c'était l'aurore des lumières. Une femme dont le nom est cher aux muses, Clémence Isaure, parut, et , appelant son sexe à une illustration nouvelle, le fit sortir de l'obscurité à laquelle le condamnaient depuis tant de siècles l'ignorance et la tyrannie.
Malgré les malheurs de la France, à cette époque, le luxe faisait des progrès extraordinaires. La vaine et galante Isabeau de Bavière inventa des modes extravagantes. Par un renversement bizarre de tous les principes de convenance et de goût , elle cacha tous ses cheveux , et découvrit son sein et ses épaules. C'est elle qui mit à la mode ces coiffures ridicules parleur forme et leur hauteur démesurée,
appelées cornes ou hennins , dont l'usage alluma la sainte fureur des prédicateurs du temps. « Les dames et demoiselles, dit Paradin dans ses annales de Bourgogne , portent de hauts atours sur leurs têtes , de la longueur d'une aune ou environ , aigus comme des clochers , desquels pendent par derrière de longs crêpes , ou riches franges, comme étendards. »
Cependant les femmes d'une classe inférieure étaient coiffées avec plus de grâce que les femmes d'un haut rang. Dans les anciennes peintures à fresque , et surtout dans celles qui représentent les danses ma cabres, images de la vie humaine, on voit les femmes bourgeoises les cheveux flottants, couronnés de fleurs, ou à demi couverts d'une espèce de turban dont la forme est élégante; et les femmes nobles les cheveux cachés sous un voile , et la tête couverte d'un bonnet en pain de sucre , dont la richesse ne peut faire passer le mauvais goût.
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Sous François Ier il fut enfin permis de concilier, à la cour, la mode avec la grâce: les cheveux reparurent; et, dans les portraits de la belle Féronnière , de la blonde Joconde , et de l'amante de Pétrarque , que nous a laissés Léonard de Vinci , toutes ces beautés ont les cheveux séparés et lissés sur le front, et réunis derrière les épaules.
Le caractère distiuctif de la coiffure de cette époque est la ganse qui , partageant le front , donne tant de douceur à la physionomie. Cette coiffure était charmante , mais elle vieillit avec celles qui l'avaient inventée.
Alors vint le temps de l'impérieuse Médicis , et il sembla que les modes prenaient le caractère des mœurs de l'époque. Tandis que les hommes affectaient une élégance efféminée dans leurs vêtements, les femmes empruntaient à l'autre sexe des parures peu faites pour elle. Une toque de velours ou de drap d'argent , enrichie de
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pierreries , relevée par une aigrette sans grâce , une cuirasse couverte de perles et de rubis , qui , dénaturant leur taille , en dérobait les formes les plus délicates , donnaient à leur extérieur je ne sais quoi de hardi et d'opposé à leur caractère ; de vastes remparts d'étoffe , posés sur des cerceaux , achevaient de rendre les femmes ridicules en annonçant quelles se croyaient obligées d'être toujours sur la défensive.
Mais en France l'exil du goût et de la grâce ne peut-être que passager. Anne d'Autriche rendit aux cheveux leur liberté et prépara les charmantes coiffures , des Mancini , des Ninon , des Sévigné , et toute l'élégance qui caractérisa le siècle de Louis XIV.
On sait quels étranges et pitoyables changements eureut lieu sous les deux règnes suivants. Le fer et le feu , instruments meurtriers , forcèrent les cheveux à quitter leur pente naturelle ; non content de cette bizarrerie , on les ensevelit sous une
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couche épaisse de graisse et de poudre ; et les plus jolies femmes de Paris , métamorphosées en sibylles , trouvèrent convenable d'établir une ressemblance parfaite entre leurs têtes et les cimes neigeuses des Alpes.
Grâce aux progrès des arts et surtout à l'étude de l'antiquité, ces usages sont à jamais frappés de ridicule ; notre siècle s'est rapproché de la nature , et le goût aussi bien que les convenances y ont beaucoup gagné.
HYPATIA.
Hypatia fut peut-être l'élève le plus illustre qui figura dans les écoles des philosophes. Cette femme belle et charmante était la fille de Théon d'Alexandrie. Suidas , qui parle de deux de ses ouvrages , l'un qui traite des dissertations astronomiq\ies de Diophantus et l'autre des productions d'Apollonius , assure que non seu-
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irmcnt clic remportait sur son père dans la science de l'astronomie, mais qu'elle possédait aussi toutes les connaissances philosophiques. Il est certain qu'elle succéda à son père dans l'école platonicienne d'Alexandrie , et remplit avec distinction une chaire occupée par des maîtres du premier mérite, dans un temps où la science comptait de nombreux adeptes , non seulement à Alexandrie, mais dans toutes les parties de l'empire romain. Le peuple avait pour ses paroles la même vénération que pour les oracles de la divinité , et les magistrats avaient coutume de lui demander avis dans les affaires importantes. Quoique souvent elle se trouvât dans des assemblées nombreuses, elle conserva toujours une grande pureté de mœurs. « Elle n'était point intimidée au milieu de tous ces hommes , dit Socrates, écrivain ecclésiastique) tous admiraient et respectaient sa vertu. »
Hypatia eut une fin malheureuse. Du vx. 12
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temps qu'elle faisait l'ornement d'Alexandrie , Oreste était gouverneur de cette ville au nom de l'empereur Théodose ; Cyril occupait en même temps le siège patriarchal. Oreste, qui avait reçu une éducation libérale , admirait Hypatia et trouvait du plaisir à l'entendre. Cyril blâma hautement la liaison d'Hypatia et du gouverneur. Des fanatiques sous la conduite de Pierre, lecteur de l'église, formèrent un complot contre la jeune femme.
Ils s'emparèrent d'elle , après l'avoir arrachée de sa chaire, et la traînèrent à l'église de César, où ils la tuèrent à coups de tuiles. Ensuite ils la coupèrent par morceaux, et brûlèrent ses membres dans un endroit appelé Cinaron.
REINE BARDEREAU.
Parmi toutes les héroïnes qui se distinguèrent dans la guerre de la Vendée , on remarque surtout Reine Bardereau , con-
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mie aussi sous le nom de Langevin. Elle était née dans un village près d'Angers , de parents pauvres. Quarante de ses proches furent victimes de la révolution , et son père fut égorgé devant ses yeux. Elle résolut de prendre elle-même les armes ; pendant six ans elle combattit, à pied et à cheval dans plus de deux cents affaires, avec le courage le plus intrépide. Son oncle commandait un parti de républicains. Exaltée par une espèce de fanatisme royaliste , elle lui coupa la tête. Langevin tua quatre bleus de ses propres maius au combat de Saint-Lambert. A l'affaire du pont de Ce, où elle se trouvait dans les rangs des dragons , elle mit , dit-on , hors de combat vingt et un républicains. Bientôt après elle concourut à la délivrance de cinquante prêtres , et une autrefois à celle de huit cents dont la sentence était déjà prononcée. On promit quarante mille francs à celui qui apporterait sa tête. Lorsque les Vendéens mirent bas les armes, on
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la jeta dans un cachot pour un crime dont elle ne pouvait se justifier qu'en découvrant son sexe. Elle resta cinq ans dans une prison.