‹ Le Portefeuille de la jeunesseChapitre 91 sur 102 · MADAME DOUBLET · texte numérisé non relu

MADAME DOUBLET

Ou se souvient encore de madame Doublet , qui , sous Louis XV, rédigeait une feuille quotidienne aussi libre que spirituelle.

Pendant soixante ans elle rassembla dans sa maison la meilleure société de la cour et de la ville. Elle passait sa vie à composer ce journal , qu'on ne peut comparer qu'à celui de l'Etoile. Ses feuilles manuscrites , distribuées dans tout Paris , n'enrichissaient que ses domestiques, qui en faisaient des copies qu'ils vendaient fort cher.

La politique , les belles-lettres , les arts, \cs détails d'intérieur, les anecdotes de so-

eiété, étaient de son ressort. Tous les jours on élaborait chez elle les nouvelles courantes, on en rassemblait les circonstances, on en pesait les probabilités , on les rédigeait ensuite et elles acquéraient un caractère de vérité si connu, que, lorsqu'on voulait s'assurer de la certitude d'un fait extraordinaire , on se demandait : « Cela sort-il de chez madame Doublet. »

La police seule gagna beaucoup à son décès. Elle désespérait ses agents , et était souvent mieux instruite de ce qui se passait que le lieutenant général.

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